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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004316

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004316

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004316
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 avril 2020 et 17 août 2023, Mme E D, M. Prince B de J F et M. I G, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 12 550,10 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 15 novembre 2019 et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant du refus de délivrance des visas demandés pour MM. F ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 400 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée pour faute en raison du refus illégal de délivrer un visa aux enfants de Mme D ;

- cette responsabilité est également engagée du fait du délai anormalement long de délivrance des visas sollicités ;

- ils ont subis des préjudices matériels en conséquence des fautes imputables à l'Etat ;

- ils ont également subi un préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête. Il soutient que l'ensemble des conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat ne sont pas réunies.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delohen a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. I et M. Prince B de J F, ressortissants centrafricains, ont chacun sollicité, le 15 septembre 2016, un visa de long séjour en qualité d'enfants de Mme D, titulaire d'une carte de résident. Une décision implicite de rejet est intervenue, après épuisement d'un délai de quatre mois pour vérification des actes d'état civil présentés, le 15 janvier 2017. L'autorité consulaire à Bangui a expressément rejeté leur demande le 17 février 2017, décision confirmée par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le 10 mai 2017. Ces visas ont finalement été délivrés le 26 juin 2018. Mme D et M. F demandent au tribunal de condamner l'Etat à réparer les préjudices qu'ils estiment résulter tant de l'illégalité du refus de délivrer les visas sollicités que du délai anormalement long de délivrance de ces visas.

2. Pour rejeter, au terme de sa décision du 10 mai 2017, les demandes de visas présentées par M. Prince B de J et I G, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de l'absence de conformité des actes de naissance des demandeurs avec les dispositions de l'article 194 du code de la famille centrafricain, de l'absence de production d'un jugement de déchéance de l'autorité parentale au bénéfice de Mme D du père de I, mineur à la date de la décision, et enfin, à titre subsidiaire, du caractère partiel de la réunification familiale.

3. Il résulte des dispositions combinées, dans leur version alors applicable, des articles L. 411-2, L. 411-3 et L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le bénéfice de la réunification familiale peut être demandé non seulement pour les enfants de la personne bénéficiant de la protection subsidiaire mais aussi pour les enfants dont la filiation n'est établie qu'à l'égard de celle-ci ou pour les enfants dont l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux, ainsi que pour ceux qui sont confiés à celle-ci au titre de l'exercice de l'autorité parentale en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Ces dispositions ne subordonnent pas la délivrance d'un visa d'entrée en France aux enfants mineurs de l'étranger bénéficiant de la protection subsidiaire au seul cas de la déchéance de l'autorité parentale de l'autre parent résidant à l'étranger. Il suit de là qu'en refusant de délivrer le visa sollicité par M. I F au motif que son père ne serait pas déchu de ses droits parentaux sans vérifier si Mme D se trouvait dans un des autres cas prévus par l'article L. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant la réunification familiale au profit des enfants de réfugiés ou de bénéficiaires de la protection subsidiaire, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur de droit.

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L.111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a retenu que les actes de naissance de M. G étaient irréguliers au regard des dispositions de l'article 194 du code de la famille centrafricaine, en ce que la rectification de la date de naissance du père n'a pas fait l'objet d'une ordonnance du président du tribunal de grande instance de Bangui et qu'aucune mention n'en a été portée en marge de ces actes de naissance. Cependant, cette seule circonstance ne permet pas d'établir le caractère inauthentique de ces actes, alors au surplus que M. G ont également produit des passeports à l'appui de leur demande de visa, dont le caractère authentique n'a pas été remis en cause par la commission. Ainsi, les requérants sont également fondés à soutenir qu'en refusant de délivrer les visas aux motifs que les actes d'état civil produits présentaient un caractère apocryphe, la commission a commis une erreur d'appréciation.

6. Toutefois, aux termes du II de l'article L. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, qui s'applique aux membres de la famille d'un réfugié en vertu des dispositions de l'article L. 752-1 de ce code : " () / Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 411-1 à L. 411-3. Un regroupement partiel peut être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Il résulte de ces dispositions que la réunification doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'une réunification partielle ne peut être autorisée à titre dérogatoire que si l'intérêt des enfants le justifie.

7. Il est constant qu'aucune demande de visa n'a été présentée pour les enfants L H C et K H A, âgés respectivement de 12 et 10 ans à la date de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, issus d'une autre union de Mme D et orphelins de père. Si les requérants se prévalent de la situation financière précaire dans laquelle Mme D se trouve en France, cette circonstance ne constitue pas un motif tenant à l'intérêt des enfants et de nature à justifier une réunification partielle de la famille. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre une erreur manifeste d'appréciation, refuser de délivrer les visas pour le motif tiré d'une réunification partielle. Or, il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que ce seul motif pour rejeter les demandes de visas présentée pour MM. G.

8. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir du caractère illégal du refus précité, ni, au vu des circonstances de l'espèce, du caractère anormalement long du délai de délivrance des visas litigieux.

9. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de faute imputable à l'administration, Mme D et MM. G ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de l'Etat.

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D et MM. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, M. Prince B de J F, M. I G, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

No 2004316

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