jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2004381 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SARL ANTIGONE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril 2020 et 15 septembre 2021, M. et Mme A, représentés par Me Lefèvre, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 février 2020 par laquelle la commune de Saint-Nazaire a rejeté leur demande préalable indemnitaire ;
2°) de condamner la commune de Saint-Nazaire à leur verser la somme de 720 000 euros en réparation des préjudices subis en raison de l'illégalité des refus de permis de construire intervenus les 1er février 2011, 14 avril 2011, 3 septembre 2012, 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de leur demande indemnitaire préalable ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Nazaire une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- leur créance n'est pas prescrite ;
- l'illégalité des refus de permis de construire intervenus les 1er février 2011, 14 avril 2011, 3 septembre 2012, 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013, constatée par un jugement d'annulation définitif du tribunal administratif de Nantes du 28 février 2014, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- l'opposition injustifiée à la construction, que caractérise le courrier du 6 août 2015, constitue une méconnaissance des droits à construire et une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- ces deux fautes leur ont causé plusieurs préjudices, qu'ils évaluent à 720 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 juillet 2020 et 4 mai 2022, la commune de Saint-Nazaire, représentée par Me Camus, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la créance dont se prévalent les requérants est prescrite conformément aux dispositions de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968.
- les prétentions indemnitaires des requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huet,
- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,
- les observations de Me Gallot, substituant Me Lefèvre, représentant les requérants,
- et les observations de Me Paulic, substituant Me Camus, représentant la commune de Saint-Nazaire.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A ont obtenu un permis de construire et un permis de construire modificatif, délivrés par le maire de Saint-Nazaire par arrêtés en date respectivement des 3 juin 2008 et 10 mars 2009 pour l'édification d'une maison d'habitation sur le terrain dont ils sont propriétaires, route du Fort de l'Eve. Les travaux réalisés étant non conformes aux autorisations précitées, des poursuites pénales ont été engagées à leur encontre. Par deux arrêtés des 1er février 2011 et 14 avril 2011, le maire de Saint-Nazaire a refusé de leur délivrer les permis de construire de régularisation sollicités. Le 7 septembre 2012, le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire a ajourné le prononcé de la peine encourue pour permettre aux prévenus d'obtenir et de justifier d'autorisations administratives régulières. Ainsi, les requérants ont déposé une nouvelle demande de permis de construire pour régulariser la construction. Cette nouvelle demande tendait à l'extension et à la transformation du bâtiment existant afin d'y créer cinq logements accolés, désignés sous le terme de " maisons ". Toutefois, cette demande a été rejetée par un arrêté en date du 3 septembre 2012 portant refus de permis de construire. Les nouvelles demandes présentées par M. et Mme A ont, de nouveau, fait l'objet d'arrêtés portant refus de permis de construire, en date des 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013. Par un jugement du 25 février 2014, le tribunal administratif de Nantes a annulé les arrêtés du maire de Saint-Nazaire, portant refus de permis de construire en date respectivement des 3 septembre 2012, 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013, et a enjoint à la commune de Saint-Nazaire de procéder à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire présentée par M. et Mme A. Le 26 mai 2014, le maire de Saint-Nazaire a délivré aux requérants le permis de construire sollicité.
2. A la suite d'un contrôle effectué le 17 juillet 2015, le maire de Saint-Nazaire, par un courrier du 6 août 2015, a demandé à M. et Mme A de suspendre les travaux d'exécution du permis de construire délivré le 26 mai 2014, faute de quoi ils s'exposaient à ce qu'un procès-verbal soit dressé en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, et les a invités à solliciter un permis de construire modificatif, en raison des incohérences relevées entre le permis de construire du 26 mai 2014 et les travaux réalisés. Un permis de construire modificatif a été délivré aux requérants le 17 mai 2016. Le recours exercé par un tiers à l'encontre de ce permis de construire modificatif a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 4 juin 2019.
3. Par courrier du 26 décembre 2019, M. et Mme A ont adressé une réclamation préalable à la commune de Saint-Nazaire tendant à l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis, à hauteur de 720 000 euros, en raison d'une part, de l'illégalité fautive des arrêtés portant refus de permis de construire intervenus les 1er février 2011, 14 avril 2011, 3 septembre 2012, 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013, et, d'autre part, de l'illégalité du courrier du 6 août 2015. Cette demande a été rejetée par une décision du 21 février 2020 du maire de Saint-Nazaire.
Sur la responsabilité de la commune :
4. L'illégalité d'une décision administrative est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration à l'égard de son destinataire s'il en est résulté pour lui un préjudice direct et certain.
En ce qui concerne la responsabilité de la commune à raison de l'illégalité des arrêtés des 1er février 2011, 14 avril 2011, 3 septembre 2012, 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013 portant refus de permis de construire :
5. Les requérants soutiennent que la commune de Saint-Nazaire a commis une faute de nature à engager sa responsabilité au regard de l'illégalité des sept arrêtés de refus opposés à leurs demandes de permis de construire. Toutefois, il résulte de l'instruction que seuls les arrêtés de refus de permis de construire opposés les 3 septembre 2012, 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013 ont été annulés par un jugement du tribunal administratif de Nantes nos 1209352, 1300938, 1304529, 1307545 et 1309916 du 25 février 2014, dont il n'a pas été relevé appel, et qui est devenu définitif à l'expiration du délai d'appel. Aucun élément versé au dossier ne permet par ailleurs d'établir le caractère illégal des arrêtés des 1er février 2011 et 14 avril 2011, lesquels n'ont, au demeurant, pas été contestés.
6. Il résulte de ce qui précède que la commune de Saint-Nazaire a commis une faute uniquement en refusant illégalement, par arrêtés des 3 septembre 2012, 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013, les demandes de permis de construire des requérants.
7. Toutefois, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, () sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / () Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; / () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ". Aux termes de l'article 3 de cette loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. ".
8. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens des dispositions citées au point 7 du présent jugement, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés.
9. En l'espèce, le fait générateur de la créance détenue par les intéressés correspond aux refus illégaux opposés par la commune de Saint-Nazaire les 3 septembre 2012, 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013 à leurs demandes de permis de construire. Le délai de prescription a été interrompu par les recours qu'ils ont formés devant la juridiction administrative contre ces arrêtés ainsi que par le jugement du tribunal administratif de Nantes nos 1209352, 1300938, 1304529, 1307545 et 1309916 du 25 février 2014. Les requérants n'ayant pas interjeté appel du jugement précité du tribunal administratif de Nantes du 25 février 2014, ce dernier est devenu définitif, et a par conséquent force de chose jugée au sens des dispositions mentionnées au point 7. En application du dernier alinéa de l'article 2 précité de la loi du 31 décembre 1968, le délai de prescription a recommencé à courir à partir du 1er janvier 2015. Par ailleurs, ce délai de prescription n'a pu être interrompu ni par le courrier du maire de Saint-Nazaire du 6 août 2015 demandant aux requérants de suspendre les travaux d'exécution du permis de construire délivré le 26 mai 2014 jusqu'à la délivrance d'un permis de construire modificatif ni par l'instance engagée ultérieurement par un tiers devant la juridiction administrative contre le permis de construire modificatif du 17 mai 2016, qui n'ont pas trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance résultant des refus illégaux opposés en 2012 et en 2013. Ainsi, le délai de prescription est venu à expiration le 31 décembre 2018 et, à la date à laquelle les requérants ont présenté leur réclamation préalable auprès de la commune de Saint-Nazaire, soit le 26 décembre 2019, il était expiré. Il y a, par suite, lieu de faire droit à l'exception de prescription quadriennale opposée par la commune défenderesse.
10. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. et Mme A ne peuvent pas se prévaloir de l'illégalité des arrêtés des 3 septembre 2012, 17 décembre 2012, 24 avril 2013, 29 juillet 2013 et 15 novembre 2013.
En ce qui concerne la responsabilité de la commune à raison de l'illégalité du courrier du 6 août 2015 :
11. A la suite d'un contrôle effectué le 17 juillet 2015, le maire de Saint-Nazaire, par un courrier du 6 août 2015, a demandé aux requérants de suspendre les travaux d'exécution du permis de construire délivré le 26 mai 2014, faute de quoi ils s'exposaient à ce qu'un procès-verbal soit dressé en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, et les a invités à solliciter un permis de construire modificatif, en raison des incohérences relevées entre le permis de construire du 26 mai 2014 et les travaux réalisés. Un permis de construire modificatif a été délivré aux requérants le 17 mai 2016. Le recours exercé par un tiers à l'encontre de ce permis de construire modificatif a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 4 juin 2019.
12. Les requérants se bornent uniquement à soutenir que " le courrier de 2015 constitue une méconnaissance des droits à construire issus du permis de construire de 2014 ", que " le projet initial respectait la règle posée par l'UB10 " et que le permis de construire modificatif n'était pas nécessaire. Ce faisant, par ces seules allégations, les requérants, qui ne contestent pas le bien-fondé des constatations effectuées à la suite du contrôle du 17 juillet 2015, ne démontrent pas que les travaux exécutés à la date de ce courrier étaient conformes au permis de construire délivré le 26 mai 2014. Ainsi, les requérants n'établissent pas l'illégalité fautive du courrier du 6 août 2015 ni même, à la supposer invoquée, l'illégalité fautive du permis de construire modificatif accordé le 17 mai 2016. Aucun élément versé au dossier ne permet par ailleurs d'établir le caractère illégal de ce courrier et de ce permis. Dans ces conditions, aucune faute n'étant établie, M. et Mme A ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité pour faute de la commune de Saint-Nazaire.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Nazaire qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
15. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Saint-Nazaire au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Nazaire tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et à Mme A et à la commune de Saint-Nazaire.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Beyls, conseillère,
M. Huet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
F. HUET
Le président,
T. GIRAUD
La greffière,
C. GENTILS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026