jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2004483 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Magistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13 |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 avril 2020, et un mémoire, enregistré le 19 janvier 2021, Mme A E B, épouse F, représentée par Me Louise Guilbaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé l'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de procéder à cet échange, à défaut, au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;
3°) d'enjoindre, en tout état de cause, au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un récépissé l'autorisant à conduire un véhicule terrestre à moteur en attendant la délivrance d'un permis de conduire français ou la décision prise à l'issue du réexamen de sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation en l'absence de saisine de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article 7 de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012.
Par un mémoire, enregistré le 25 novembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme E B, épouse F.
Il soutient que :
- le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation à ne pas avoir saisi l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ne peut être utilement invoqué ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme E B, épouse F par une décision du 28 janvier 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge des affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 juillet 2023 à partir de 8h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E B, épouse F est une ressortissante soudanaise qui séjourne régulièrement en France en qualité de réfugiée. Elle a, le 14 septembre 2018, sollicité l'échange de son permis de conduire, délivré par les autorités soudanaises le 5 juillet 2013, contre un permis de conduire français. Le préfet de la Loire-Atlantique a statué sur cette demande pour la rejeter par une décision du 16 décembre 2019. L'intéressée demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ".
3. En vertu des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant l'échange d'un permis de conduire étranger contre un permis de conduire français doit être motivée. L'obligation de motiver une décision a pour objet d'imposer à l'autorité administrative d'énoncer, dans l'acte formalisant cette décision, les considérations de droit et de fait qui la fondent afin de permettre à la personne qui en est destinataire de cerner de manière précise le motif retenu par l'autorité administrative pour l'opposer.
4. Il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle se réfère aux dispositions de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, en particulier celles de son article 1er relative à la condition de délivrance régulière du permis et celles de son article 7. L'acte formalisant cette décision indique "qu'il ressort de l'analyse menée par les services spécialisés, que le document présenté ne répond pas aux caractéristiques principales de fabrication et de sécurisation des permis de conduire provenant du Soudan pour la raison suivante (ligne cochée)". Cette mention est suivie par l'énoncé de quatre motifs qui sont chacun précédés d'une case que l'autorité préfectorale coche pour préciser celui qu'elle retient. En l'espèce, a été cochée la case correspondant au motif suivant : "Le permis de conduire analysé, présente de nombreuses différences avec le document authentique de même modèle, le document étudié est une contrefaçon". Si, en indiquant, en référence aux articles 1er et 7 de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012, que le permis de conduire produit par la requérante constituait une contrefaçon, le préfet de la Loire-Atlantique a précisé la considération de droit qui fonde sa décision, il n'a en revanche pas préciser les éléments de fait qui l'ont conduit à qualifier ce permis de document contrefait, faute d'en préciser les caractéristiques qu'il a regardées comme révélant l'existence d'une contrefaçon. La décision attaquée ne peut, dès lors, être regardée comme exposant les considérations de fait qui la fondent. Dans ces conditions, cette décision n'est pas motivée au sens des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer expressément sur les autres moyens soulevés et examinés, que Mme E B, épouse F, est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé l'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis de conduire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'annulation, par le présent jugement, de la décision attaquée n'implique pas nécessairement, au sens de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, compte tenu du motif de cette annulation, que l'autorité préfectorale procède à l'échange du permis de conduire de la requérante contre un permis de conduire français. Par suite, les conclusions à fin d'injonction au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer ce permis en échange de celui détenu par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
7. En revanche, en application de l'article L. 911-2 du même code, il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement le délai à l'issue duquel le préfet de la Loire-Atlantique devra prendre une nouvelle décision sur la demande d'échange présentée par Mme E B, épouse F, après avoir procédé à un nouvel examen de cette demande. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte, ni d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer, dans l'attente de sa nouvelle décision, à la requérante un récépissé l'autorisant à conduire un véhicule terrestre à moteur.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
8. Mme E B, épouse F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, le versement à Me Guilbaud, avocate de la requérante, de la somme de 1 000 (mille) euros, hors taxe sur la valeur ajoutée, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de la Loire-Atlantique du 16 décembre 2019 refusant de procéder à l'échange du permis de conduire soudanais de Mme E B, épouse F contre un permis de conduire français est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de prendre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une nouvelle décision sur la demande d'échange présentée par Mme E B, épouse F après une nouvelle instruction de cette demande.
Article 3 : L'Etat versera à Me Guilbaud la somme de mille (1 000) euros, hors taxe sur la valeur ajoutée, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 4 : Les autres conclusions présentées par Mme E B, épouse F sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E B, épouse F, au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à Me Louise Guilbaud.
Une copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023
Le magistrat désigné,
D. CLa greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026