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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005337

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005337

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005337
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP BILLEBEAU-MARINACCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2020, le syndicat intercommunal à vocation unique des landes, représenté par Me Billebeau, demande au tribunal :

1°) de prononcer la nullité des rapports d'expertise judiciaire de M. A, expert désigné par le tribunal administratif de Nantes ;

2°) de juger que les réserves à la réception n'ont jamais été levées ;

3°) de juger que les épreuves n'étant pas concluantes, la réception a été rapportée ;

4°) de condamner in solidum des sociétés Egis Eau venant aux droits de la société Setegue, Sinbio, Sogea Atlantique Epur Nature, et Bhd Environnement et de leurs assureurs, les sociétés MMA et MMA IARD, à réaliser ou faire réaliser à leurs frais les travaux nécessaires à la mise en conformité de la station par rapport aux prescriptions règlementaire de rejet de 15 mg/l d'azote, afin que la réserve puisse être levée, sous astreinte de 1 000 euros par jour à compter du jugement à intervenir ;

5°) A défaut pour eux d'y procéder, de condamner in solidum ces mêmes sociétés à lui payer la somme de 1 400 000 euros à parfaire, conformément à l'estimation de l'IRH, pour substituer à la filière existante une filière boues activées, outre les frais de maîtrise d'œuvre de conception et d'exécution et de bureau de contrôle, estimés à 10 % du montant des travaux, soit, en l'état, 140 000 euros HT ;

6°) de mettre à la charge in solidum des sociétés Egis Eau venant aux droits de la société Setegue, Sinbio, MMA, Sogea Atlantique Epur Nature, et Bhd Environnement le versement de la somme de 45 000 euros en application de l'article L.761-1 du Code de justice administrative, ainsi que les dépens dont les frais d'expertise judiciaire.

Il soutient que :

- la réception de l'ouvrage, prononcée le 9 mai 2011 avec réserves, a été rapportée dès lors que les réserves n'ont pas été levées en dépit de multiples réunions, interventions et modifications ; le groupement Setegue-Sinbio doit répondre du défaut de conception, au titre de sa garantie contractuelle et notamment de ses engagements quant aux rendements épuratoires ; les constructeurs sont contractuellement tenus par l'obligation de lever la réserve et engagent leur responsabilité contractuelle, à charge pour eux d'appeler en garantie les concepteurs en raison de leurs fautes ; le SIVU est bien fondé à solliciter la condamnation des constructeurs à réaliser à leurs frais les travaux nécessaires à la mise en conformité de la station par rapport aux prescriptions règlementaire de rejet de 15 mg/l d'azote, afin que la réserve puisse être levée ou, à défaut pour eux d'y procéder, leur condamnation in solidum à lui payer la somme de

1 400 000 euros à parfaire, conformément à l'estimation de l'IRH, pour substituer à la filière existante, une filière boues activées ;

- le groupement Setegue-Sinbio a commis une faute tenant au dimensionnement et à la conception, inappropriés, de la station d'épuration, alors qu'il était informé de la présence d'eaux claire parasites qu'il lui revenait d'intégrer dans la conception de l'ouvrage, notamment au regard des stipulations de l'article IV.1.1 et IV.1.2 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) ;

- il résulte du rapport de M. B du 29 septembre 2016 que la présence d'eaux claires parasites n'a aucune incidence sur le fonctionnement de la station d'épuration quant au paramètre " azote " ; cette analyse est confirmée par l'étude de l'IRH du 15 février 2019 ; le dysfonctionnement est consécutif à une dénitrification insuffisante car la phase d'anoxie (absence d'oxygène) est insuffisante pour transformer les NO3 en N2 ;

- le rapport d'expertise de M. A doit être annulé ; les conditions de réalisation de l'expertise sont contestables au regard de l'attitude de l'expert ; les investigations et les conclusions de l'expert sont lacunaires ; l'expert ne s'est rendu sur site que sur l'injonction du tribunal ; il n'a entrepris aucune description de la station (aucun schéma, aucun synoptique, aucune explication de son fonctionnement ni aucune analyse) ; il n'a entrepris aucune investigation autre qu'une lecture partielle et superficielle des relevés produits par l'exploitant Veolia ; l'expert s'est borne à des affirmations péremptoires et génériques ; suite à un courrier produit en application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative par le SIVU, le président du tribunal a d'ailleurs déclaré, par télécopie du 1er février 2017, nul et non avenu le premier rapport ; il n'a jamais entrepris de répondre sérieusement aux argumentaires développés par les parties ni exposé le process de traitement de l'azote par ce type de station ; il ne s'est pas prononcé sur le niveau de nitrification/ dénitrification envisageable sur ce type de filière ; il ne précise pas quelles seraient les solutions de travaux qui pourraient être de nature à remédier à la non-conformité objet de la réserve ; le rapport ne répond pas aux conclusions des études menées par M. B et par l'IRH, qui sont documentées et argumentées, ni aux dires adressés par le syndicat.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 6 décembre 2021, la SA MMA Iard, la société d'assurance mutuelle MMA Iard Assurances Mutuelles et la SARL Sinbio, représentés par

Me Dupuy, concluent :

A titre liminaire :

1°) à l'incompétence du tribunal administratif pour connaître des demandes formulées à l'encontre de la SA MMA Iard et de la société d'assurances mutuelles MMA Iard Assurances Mutuelles et au renvoi du SIVU des Landes à mieux se pourvoir à leur encontre ;

A titre principal :

2°) à ce qu'il soit dit et jugé que les désordres dénoncés par le SIVU des Landes ont pour cause exclusive l'absence de réfection des réseaux amonts incombant au seul maître d'ouvrage ;

3°) à ce qu'il soit dit et jugé que l'acceptation délibérée des risques inhérents à la filière roseaux plantés par le SIVU des Landes constitue une cause exonératoire totale de responsabilité au profit des maîtres d'œuvre ;

4°) à ce que le SIVU des Landes soit déclaré entièrement responsable des désordres allégués ;

5°) à ce que le SIVU des Landes soit débouté de l'ensemble de ses demandes ;

À titre subsidiaire :

6°) à ce qu'il soit dit et jugé qu'aucune solution de reprise n'est viable du fait de la carence du SIVU des Landes à réfectionner les réseaux de collecte amonts ;

7°) à ce qu'il soit dit et jugé que la demande d'exécution en nature du SIVU des Landes est imprécise et dès lors impossible à exécuter ;

8°) à ce qu'il soit dit et jugé que la demande de condamnation sous astreinte est inutile ;

9°) au rejet en conséquence la demande du SIVU des Landes visant à condamner les constructeurs à réaliser ou faire réaliser les travaux de reprise à leurs frais et sous astreinte ;

10°) à ce qu'il soit dit et jugé que la demande indemnitaire du SIVU des Landes n'est ni fondée ni justifiée tant en son principe qu'en son quantum ;

À titre très subsidiaire :

11°) à ce qu'il soit dit et jugé que la Sarl Sinbio n'est tenue à aucune solidarité avec les autres intervenants ;

12°) à ce qu'il soit dit et jugé que la part de responsabilité de la Sarl Sinbio est nulle ;

13°) à la condamnation en conséquence de toute partie responsable à garantir et relever totalement indemne la Sarl Sinbio des condamnations qui seraient éventuellement mises à sa charge ;

En tous cas :

14°) à ce que la somme de 3 000 euros à verser à la SA MMA Iard et à la société d'assurances mutuelles MMA soit mise à la charge du SIVU des Landes au titre de l'article

L. 761-1 du Code de justice administrative ;

15°) à ce que la somme de 10 000 euros à verser à la Sarl Sinbio soit mise à la charge du SIVU des Landes et/ou de toute autre partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elles font valoir que :

- la requête est irrecevable ; le juge administratif est incompétent pour juger les demandes du SIVU des Landes formulées à l'encontre des sociétés MMA Iard et MMA Iard Assurances Mutuelles dès lors qu'il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et à raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif ;

- le SIVU ne démontre pas la cause de nullité susceptible d'affecter le rapport d'expertise judiciaire du 7 septembre 2018 ; il ne se fonde sur aucun texte ou règle de procédure qui aurait été méconnu ; l'expert judiciaire a bien rendu son rapport et un retard n'est pas susceptible de constituer une cause de nullité ; l'expert s'est rendu sur les lieux ; il a répondu aux dires des parties ; le simple fait que les conclusions du rapport soient défavorables au requérant ne justifie pas la nullité de celui-ci ;

- aucune faute ne peut être reprochée aux assurés ; le rapport d'expertise pointe une responsabilité exclusive du maître d'ouvrage tenant à l'absence de maîtrise des eaux parasitaires s'infiltrant par les réseaux communaux ; les réseaux de collecte en amont n'ont pas été rénovés par le SIVU alors qu'il était parfaitement informé de la nécessité d'une réfection ; cette prescription figurait dans les études préliminaires et la notice d'impact de 2008 et avait été rappelée par les services de l'Etat ; la seule intervention ponctuelle du maître d'ouvrage sur les réseaux remonte à 2007 ; il résulte des opérations d'expertise qu'en l'absence de pluie et en présence de pluie dans les jours précédents avec faible variation, la station atteint les performances souhaitées et ce n'est qu'en cas de forte pluviométrie que la station est totalement inadaptée ; cette faute du maître d'ouvrage, qui a pris le risque, en toute connaissance de cause, de choisir un procédé de construction qui risque de s'avérer défectueux, exonère totalement la société Sinbio de sa responsabilité ; aucune faute ne saurait être reprochée à la société Sinbio dès lors que l'expert a relevé que les travaux réalisés étaient conformes au clauses contractuelles et que l'ouvrage n'est pas impropre à sa destination ;

- l'exécution en nature sollicitée par le SIVU ne peut qu'être rejetée dès lors que le désordre résulte de sa faute exclusive et que, persistant à ne pas exécuter sa propre obligation de rénovation des réseaux, aucune solution de reprise ne serait viable ; au demeurant, la demande d'exécution n'est pas détaillée et serait impossible à mettre en œuvre ;

- le rapport IRH, dont se prévaut le SIVU pour étayer sa demande indemnitaire, rappelle la cause initiale du désordre, tenant à la nécessité de reprendre les réseaux de collecte visant à réduire les apports en eaux claires, et chiffre les travaux de reprise à un montant de

1 350 050 euros ; selon l'expert, seuls ces travaux permettront de résoudre le désordre constaté ; le maître d'ouvrage a lui-même écarté la solution par boues activées en aération prolongée au regard des coûts de fonctionnement et ce, avant même de missionner le groupement de bureaux d'études ; la somme de 1 400 000 euros demandée, fondée sur le rapport IRH, n'est pas détaillée ; cette imprécision est admise par le SIVU lui-même qui indique que la somme est à parfaire ;

- le SIVU ne peut demander une condamnation solidaire du groupement de maîtrise d'œuvre qui était un groupement conjoint et non un groupement solidaire, de sorte que la part contributive de chacun doit s'apprécier selon sa part de responsabilité ; or, la société Sinbio n'a commis aucune faute ; aucune condamnation ne peut donc être mise à sa charge ; à défaut, l'ensemble des intervenants qui seront déclarés responsables devront la garantir et la relever totalement indemne ;

- la société Sinbio est bien fondée à solliciter le versement par le SIVU de la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1, tant pour les frais exposés à l'occasion de la présente instance qu'au cours de la procédure de référé expertise.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 6 décembre 2021, la société Sogea Ouest TP, venant aux droits et obligations de Sogea Atlantique Hydraulique, représentée par Me Caous-Pocreau, conclut :

1°) à ce que le SIVU des Landes soit débouté de sa demande d'annulation du rapport d'expertise de M. A ;

2°) en tout état de cause, en cas d'annulation du rapport de M. A, à ce qu'il soit fait application des dispositions des article R. 621-1 du code de justice administrative et à ce qu'une nouvelle expertise soit ordonnée sur les points déterminés par la décision à intervenir ;

3°) à ce qu'il soit dit et jugé que les demandes du SIVU des Landes sont irrecevables comme étant non fondées en droit ;

4°) subsidiairement, à ce que le SIVU des Landes soit débouté de l'ensemble de ses demandes, fins et conclusions, singulièrement à son encontre;

5°) de la mettre hors de cause ;

6°) encore plus subsidiairement, à ce que les sociétés Egis Eau, venant aux droits de la société Setegue, Sinbio, Epur Nature, et Bhd Environnement soient condamnées à la garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre en ce qui concerne les montants éventuellement alloués au SIVU des Landes tant en principal, frais et intérêts, qu'au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dépens ;

7°) à ce que soit déduit de ces montants le pourcentage correspondant à la part de responsabilité propre du SIVU des Landes ;

8°) en tout état de cause, à ce que le SIVU des Landes soit débouté de sa demande tendant à voir lever les réserves de réception sous astreinte, alors que les travaux évoqués par l'expert judiciaire consistent non pas à reprendre les ouvrages réalisés, mais à effectuer des travaux supplémentaires distincts de ceux confiés aux constructeurs mis en cause, en particulier à la société Sogea Ouest Tp ;

9°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du SIVU des Landes ou toute partie jugée responsable au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- s'agissant de la régularité des opérations d'expertise : le SIVU ne démontre aucune raison sérieuse de mettre en doute l'impartialité de l'expert judiciaire et n'établit pas en quoi l'intéressé aurait manqué à ses obligations de conscience, objectivité et impartialité, le seul fait que l'expert judiciaire ait estimé que le SIVU est pour une très large part responsable de la situation qu'il a décrite ne suffisant aucunement à rapporter la preuve (qui incombe au SIVUL) des manquements allégués de l'expert judiciaire ; il n'est pas établi que, conformément aux disposition de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, le SIVU aurait, dans le mois suivant le dépôt du rapport d'expertise, fait part de ses observations au tribunal ; cette absence d'observations a fait obstacle à l'application des dispositions de l'article R.621-10 du même code prévoyant que le tribunal peut décider que l'expert devra se présenter, les parties dument convoquées, pour fournir toute explications complémentaires utiles et notamment se prononcer sur les observations recueillies en application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative ; en cas d'annulation du rapport de M. A, il y aurait lieu de reprendre l'intégralité des opérations d'expertise, en faisant application de l'article R. 621-1 du code de justice administrative et le tribunal ne pourrait se prononcer sur la seule base des documents produits par le SIVU, non contradictoires ;

- les demandes du SIVU ne sont pas fondées en droit et il devra être débouté ;

- sa responsabilité n'est pas évoquée par l'expert judiciaire ; aucun défaut n'a été relevé dans la réalisation de ses ouvrages ; elle est étrangère au défaut de conception invoqué ;

- si sa responsabilité devait être engagée, elle est bien fondée à être garantie en totalité par les parties jugées responsables, soit les sociétés Egis Eau venant aux droits de la société Setegue, Sinbio, Epur Nature, Et Bhd Environnement, tant pour les montants alloués au SIVU en principal, frais et intérêts que pour les sommes dues au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ; il devra être déduit de ces montants le pourcentage correspondant à la part de responsabilité propre du SIVU dont le rapport d'expertise indique qu'elle est, si ce n'est exclusive, en, tous cas largement prépondérante ; il ne saurait être fait droit à la demande du SIVU tendant à voir lever les réserves de réception sous astreinte, alors que les travaux évoqués par l'expert judiciaire consistent non pas à reprendre les ouvrages réalisés, mais à effectuer des travaux supplémentaires distincts de ceux confiés aux constructeurs mis en cause, notamment à la société Sogea Ouest TP.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 5 août 2022, la SAS Syntea représentée par la SELAS Cazamajour et Urbanlaw, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de

5 000 euros soit mise à la charge du SIVU des Landes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions dirigées contre la société Epur Natur sont irrecevables dès lors que cette société, qui a fait l'objet d'une fusion-absorption, n'avait plus d'existence juridique au jour d'introduction de la requête ;

- les opérations d'expertise ont été menées de manière régulière et le SIVU n'est pas fondé à en demander la nullité ;

- le prescriptions réglementaires relatives aux concentrations de rejets d'azote résultent d'une règlementation postérieure au contrat ; le SIVU s'abstient de préciser le fondement juridique des garanties qu'il entend opposer aux constructeurs ; il est constant que les travaux ont été réalisés conformément aux prescriptions du marché ; il n'existe aucun manquement contractuel du groupement titulaire du marché de travaux et la responsabilité de la société Epur Nature ne saurait être recherchée au titre des paramètres épuratoires ; en effet, la seule variante proposée par la société Sogea et retenue par le maître d'ouvrage concerne le terrassement indépendant des filtres plantés de roseaux et de la lagune de secours et est sans effet établi sur le respect des normes de rejet ;

- le désordre constaté résulte, selon le rapport d'expertise judiciaire, d'une absence de maîtrise des eaux parasitaires et des eaux claires (eaux de pluie) en raison du mauvais état des réseaux publics de collecte et, par conséquent, d'une mauvaise étude de filière ab initio ; si le rapport d'expertise privée de M. B conclut à l'imputabilité du désordre à un défaut de conception de la maître d'œuvre, cette affirmation n'est nullement étayée ;

- la demande de condamnation des défendeurs à verser la somme de 1 400 000 euros au SIVU des Landes est injustifiée, tant dans son montant que dans son principe dès lors qu'il n'appartient pas aux entreprises de travaux de prendre en charge la construction d'une nouvelle station, travaux étrangers aux stipulations du marché de travaux, et alors que les travaux ont été réalisés conformément aux prescriptions contractuelles et que les dysfonctionnements en litige sont la conséquence d'erreurs de la maîtrise d'ouvrage et/ou de la maîtrise d'œuvre.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du

1er février 2023, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n°1503775-126/1409676-126 du 16 octobre 2018 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A ;

- le jugement n°1805806 du tribunal administratif de Rennes du 8 juillet 2021 rejetant le recours du SIVU contre cette ordonnance.

Vu :

- le code des marchés publics;

- le code de commerce ;

- la loi n°85-704 du 12 juillet 1985;

- le décret n°78-1306 du 26 décembre 1978 approuvant le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles;

- le décret n°76-87 du 21 janvier 1976 approuvant le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux;

- l'arrêté du 22 juin 2007 relatif à la collecte, au transport et au traitement des eaux usées des agglomérations d'assainissement ainsi qu'à la surveillance de leur fonctionnement et de leur efficacité, et aux dispositifs d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique supérieure à 1,2 kg/j de DBO5;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Dias, rapporteur public,

- les observations de Me Lasnier, représentant les sociétés Sinbio, MMA Iard et MMA Iard Assurances Mutuelles,

- les observations de Me Labarrère, représentant la société Sogea Ouest Tp.

Considérant ce qui suit :

1. En 2005, les deux communes limitrophes de Joué l'Abbé et de La Guierche (72380) ont constitué le syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) des Landes, en vue de la construction d'un système d'assainissement commun, comprenant la réalisation d'une station d'épuration. Une étude de faisabilité a été réalisée par la société Setegue en 2007. Par acte d'engagement du 18 janvier 2008, le marché de maîtrise d'œuvre pour la " création d'un bassin d'orage, d'ouvrage de pompage, de transfert et d'une unité de traitement des eaux usées d'une capacité de 2.700 équivalents-habitants (EH) " a été attribué au groupement constitué des sociétés Setegue et Sinbio Rhône Alpes, dont la société Setegue était le mandataire. Par acte d'engagement du 28 septembre 2009, le marché de construction de la station d'épuration a été confié au groupement constitué des sociétés Sogea Atlantique, Epur Nature et

Bhd Environnement. La réception des travaux a été prononcée le 9 mai 2011 sous réserves relatives aux épreuves de conformité des rejets. Au stade de la réception, deux paramètres se sont révélés non-conformes : le paramètre NGL (Azote) dont la concentration maximale à ne pas dépasser est de 15 mg/l et le paramètre PT (phosphore) dont la concentration maximale est de

2 mg/l. Les essais de garantie ont été réalisés par la société SGS du 16 au 19 avril 2012, qui a conclu à la non-conformité du paramètre de rejet NTK au regard des prescriptions règlementaires de la filière eau. Par une requête en référé enregistrée le 18 novembre 2014, le SIVU a sollicité du tribunal administratif de Nantes la désignation d'un expert aux fins d'établir les causes, origines et imputabilité de ce désordre et d'en proposer les solutions réparatrices. Par une ordonnance du 9 janvier 2015, le tribunal a désigné M. C. Suite au désistement de ce dernier, il a confié cette mission, par une ordonnance du 3 février 2015 à M. A. L'expert a remis un premier rapport le 28 novembre 2016. Le 29 septembre 2016, M. B a, sur la demande du SIVU rendu un rapport sur les dysfonctionnements de la station d'épuration.

Le 6 janvier 2017, le SIVU a, sur le fondement de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, saisi le président du tribunal d'une contestation de la régularité et la teneur du rapport d'expertise de M. A. Le 1er février 2017, ce dernier a déclaré nul et non avenu le rapport du 28 novembre 2016 et a demandé à l'expert de répondre à l'intégralité de sa mission dans le respect des règles du contradictoire. Le 7 septembre 2018, M. A a produit son nouveau rapport d'expertise. Le 15 février 2019, la société IRH, missionnée par le SIVU, a produit une étude diagnostique de la station d'épuration. Par la présente requête, le SIVU demande l'annulation du rapport d'expertise du 7 septembre 2018, la condamnation in solidum des sociétés Egis Eau venant aux droits de la société Setegue, Sinbio, Sogea Ouest Atlantique, Epur Nature et Bhd Environnement et de leurs assureurs MMA et MMA IARD, à réaliser ou faire réaliser à leurs frais les travaux nécessaires à la mise en conformité de la station par rapport aux prescriptions règlementaire de rejet de 15 mg/l d'azote, afin que la réserve puisse être levée. A défaut pour eux d'y procéder, il sollicite leur condamnation in solidum à lui payer la somme de 1 400 000 euros, à parfaire, pour substituer à la filière existante par roseaux plantés une filière boues activées, outre les frais de maîtrise d'œuvre de conception et d'exécution et de bureau de contrôle, estimés, à ce stade à 10 % du montant des travaux, soit, en l'état, 140 000 euros HT. Enfin, le SIVU demande qu'une somme de 45 000 euros au titre des frais irrépétibles ainsi que les dépens dont les frais d'expertise judiciaire soit mise à leur charge in solidum.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :

2. Il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et à raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif. Les conclusions du SIVU dirigées contre la société MMA Iard et la société MMA Iard Assurances Mutuelles, es qualités d'assureurs de la société Setegue, aux droits de laquelle est venue la société Guigues puis la société Egis Eau, et venant aux droits de la société Covea Risks, assureur de la société Sinbio, doivent donc être rejetées comme étant portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les fins de non-recevoir :

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la requête du SIVU tend à la mise en œuvre de la responsabilité contractuelle des constructeurs. Dans ces conditions, les sociétés Sogea TP et Syntea ne sont pas fondées à soutenir que la demande du syndicat serait dépourvue de fondement juridique. La fin de non-recevoir qu'elles opposent sera donc écartée.

4. En deuxième lieu, l'article L. 236-3 du code de commerce prévoit s'agissant des sociétés commerciales, que " la fusion () entraîne la dissolution sans liquidation des sociétés qui disparaissent et la transmission universelle de leur patrimoine aux sociétés bénéficiaires () ". En l'espèce, si la société Syntea soutient que la requête est irrecevable dès lors qu'elle était dirigée, lors de son introduction, contre la société Epur Natur qui n'avait plus de personnalité juridique en raison de sa radiation du registre du commerce et des sociétés le 5 octobre 2018, il résulte néanmoins de l'instruction que la société Epur Natur a fait l'objet d'une fusion-absorption par la société Syntea le 1er janvier 2017 qui, de ce fait, est venue aux droits et obligations de celle-ci résultant du contrat litigieux. La fin de non-recevoir opposée par la société Syntea doit donc être écartée.

Sur la régularité des opérations d'expertise :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 621-7 du code de justice administrative : " () Les observations faites par les parties, dans le cours des opérations, sont consignées dans le rapport ". Le SIVU soutient que ses dires, notamment 8 et 9 n'ont pas été pris en compte par l'expert et que ce dernier n'y a pas répondu. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment du rapport d'expertise de M. A du 7 septembre 2018 ainsi que des notes diffusées aux parties, que le dire n°8 du requérant du 20 avril 2018 a été pris en compte. Par ailleurs, l'expert vise le dire n°9 du 29 juin 2018 du SIVU et y apporte des réponses, malgré leur caractère sommaire. Par ces dires, le syndicat interrogeait l'expert sur le niveau de nitrification/dénitrification envisageable sur ce type de filière et sur l'opportunité et l'efficacité de la mise en œuvre d'un bassin anoxique de dénitrification en tête de filière. Il résulte des termes du rapport et des notes aux parties, que l'expert a répondu en indiquant que, selon son appréciation, le dimensionnement de l'ouvrage est correct et que ce sont les fortes variations d'apports en eaux parasitaires qui aboutissent à des rejets non conformes.

6. En deuxième lieu, les griefs tirés de ce que l'expert ne se serait pas rendu sur le site, n'aurait fourni aucun schéma ni aucune explication de son fonctionnement, manquent en fait dès lors qu'il ressort du rapport d'expertise qu'une visite de l'ouvrage a eu lieu le

19 octobre 2016. Par ailleurs, le rapport détaille le fonctionnement de la station au regard de la littérature, des débits et de leur volumétrie et l'absence de schéma reste sans incidence sur la pertinence des constats réalisés.

7. En troisième lieu, la circonstance tirée de ce que les conclusions de l'expert iraient à l'encontre des conclusions de M. B et de l'IRH, professionnels diligentés par le SIVU à des fins d'expertise privée, est sans incidence sur la régularité même des opérations d'expertise.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du SIVU tendant à l'annulation du rapport d'expertise du 7 septembre 2018 ne peuvent qu'être rejetées. Par ailleurs, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation du rapport d'expertise du 6 décembre 2016 dès lors qu'il a été déclaré comme nul et non avenu par le premier vice-président du tribunal administratif de Nantes, ainsi qu'il résulte de son courrier du 1er février 2017.

Sur la responsabilité contractuelle des constructeurs :

9. En premier lieu, la réception sans réserve des travaux met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs, sous réserve du cas où la réception a été acquise aux constructeurs à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives de leur part.

10. Il résulte de l'article 17 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché de travaux que son article 12.4 dérogeait aux stipulations du cahier des clauses administratives générales (CCAG) travaux. Or, l'article 12.4 est inexistant. L'article 41.4 du CCAG travaux de 1976 applicable au marché, prévoit que : " Dans le cas où certaines épreuves doivent, conformément aux stipulations du C.C.A.P., être exécutées après une durée déterminée de service des ouvrages ou à certaines périodes de l'année, la réception ne peut être prononcée que sous réserve de l'exécution de ces épreuves. Si de telles épreuves, exécutées pendant le délai de garantie défini au 1 de l'article 44, ne sont pas concluantes, la réception est rapportée. ". Aux termes de l'article III.15.3 du CCTP du marché de travaux : " La date d'effet de la réception des ouvrages et des installations est, sauf réserve spécifique motivée et formulée dans le procès-verbal lors des opérations de réception provisoire des ouvrages et des installations, celle de la date de fin de la période d'observation. ".

11. En l'espèce, il résulte du procès-verbal de réception du 9 mai 2011 que la réception était prononcée " sous réserve de l'exécution concluante des épreuves suivantes : bilan de 24 heures conformes pour tous les paramètres à réaliser au plus tard le 15 juin 2011. Essais de garantie prévus à l'article 11.8 du CCAP à réaliser au moins trois mois après la réception et avant la fin de la période de garantie de parfait achèvement. ". Aux termes de l'article 11.8 du CCAP, " Les essais et contrôles de garanties après réception sont réalisés pendant l'année ce garantie de parfait achèvement des travaux et après au moins 3 mois de marche normale des installations. Les objectifs de résultats correspondront aux valeurs fixées dans le CCTP. Ces essais seront effectués par des organismes indépendants, aux frais du maître d'ouvrage, mais avec l'assistance et la collaboration de l'entrepreneur. () ". L'article IV.1.4 du CCTP, relatif aux niveau de rejet, prévoit que l'installation a la capacité de traiter les effluents produits par 2 700 équivalents habitants pour se conformer aux prescriptions posées par l'arrêté du 22 juin 2007 reprend dans un tableau les valeurs correspondantes, notamment celle relative à l'azote NGL en prévoyant une concentration à ne pas dépasser de 15mg/l ou d'un rendement de 70% en moyenne annuelle. Les essais de garantie ont été réalisés par la société SGS du 16 au 19 avril 2012, qui a conclu a des concentrations non conformes des rejets d'azote. Dans ces conditions, le SIVU est fondé à soutenir que faute d'essais de garantie concluants et en l'absence de mise en œuvre de solution réparatoire permettant d'atteindre les niveaux de rejet réglementaires par les constructeurs et de l'absence de contestation sérieuse sur ce point, la réception de l'ouvrage a été rapportée.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d'être exposé qu'aux termes de l'article IV.1.4 du CCTP du marché de travaux, les constructeurs étaient tenus de livrer un ouvrage répondant aux exigences règlementaires de l'arrêté du 22 juin 2007, reprises contractuellement, de concentration de 15 mg/l ou de 70% rendement en moyenne annuelle sur le paramètre NGL litigieux. Il résulte tant des essais de garantie menés en 2012, que du rapport d'expertise judiciaire et des rapports de M. B et de la société IRH, que ces paramètres de fonctionnement ne sont pas atteints par la station d'épuration. Ainsi, aux termes des relevés effectués par l'exploitant Veolia, la moyenne annuelle NGL en sortie de station était de 36mg/l en 2013, 18mh/l en 2014, 28mg/l en 2015 et 2016. Par ailleurs, les moyennes annuelles de rendement relevées sur le paramètre NGL étaient de 58% en 2013, 70% en 2014, 60% en 2015 et 71% en 2016.

13. De première part, il résulte de l'article IV.1.1 du CCTP que les importantes quantités d'eaux claire parasites qui infiltrent les réseaux, à hauteur de 50 m3/ jour pour la commune de la Guierche et de 270 m3/j pour la commune de Joué l'Abbé, en période la plus défavorable de nappe haute, ont été pris en compte par les constructeurs et que ces surcharges hydrauliques ont été considérées comme non gênantes pour le procédé par filtres plantés de roseaux.

14. De seconde part, l'article IV.1.2 du même CCTP précise la nature des effluents collectés ainsi que leurs débits moyens et de pointe. L'article IV.1.1 du CCTP du marché de maîtrise d'œuvre stipule que : " Pour ce qui est des apports d'eaux claires météoriques (rendus possibles par des mauvais branchements de particuliers), il convient de rappeler que les surcharges hydrauliques ne sont pas gênantes pour le procédé par filtres plantés de roseaux. Cet aspect représente d'ailleurs l'un des avantages majeurs de ce type d'épuration. De plus un bassin de stockage/ restitution (ou bassin d'orage) sera prévu sur le site de la station d'épuration actuelle de Joué l'Abbé, afin de retenir les premiers flots d'orage, censés contenir les flux de pollution de rinçage des réseaux ". Si le rapport d'expertise judiciaire constate que " les relevés aujourd'hui à notre disposition montrent des dépassements de 600 à 1000 m3 par jour pour un dimensionnement global de l'ouvrage à 485m3, étant rappelé que son utilisation actuelle pour ce qui concerne les eaux usées est de 270m3. On en conclut que la station dysfonctionne à cause et uniquement à cause de l'excès d'acceptation des eaux pluviales. ", il résulte en revanche du rapport de M. B du 29 septembre 2016, rendu à la demande du SIVU, au terme d'une démonstration plus étayée, que les surdébits en entrée de station ne peuvent pas être à l'origine des désordres. Ce dernier rappelle que les filtres plantés de roseaux sont des systèmes de traitement des eaux usées adaptés aux réseaux sensibles aux eaux parasites et que la présence d'eaux claires était une donnée prévue au CCTP et que, par conséquent, le désordre résulte d'un défaut de conception de l'ouvrage.

15. De troisième part, il résulte du rapport de la société IRH, rendu le 15 février 2019, le constat de deux non-conformités distinctes : d'une part, celle des réseaux d'assainissement des deux communes, d'autre celle de la station d'épuration sur le paramètre NGL. Sur ce dernier point, ce rapport, rejoignant les données du CCTP, met en évidence l'absence d'incidence de l'apport d'eaux claires parasites sur les performances épuratoires de la station quant au niveau de rejets de NGL, le seuil réglementaire ayant été dépassé, aux terme de deux bilans de 72 heures effectués tant dans des conditions de nappe basse (en juillet 2017) que dans des conditions de nappe haute (en mars 2018). La société IRH en conclut que la dénitrification est insuffisante et notamment que la phase d'anoxie (absence d'oxygène) est insuffisante pour transformer les nitrates en azote gazeux. Il résulte du point 4.3.2 de ce rapport, se référant à la littérature disponible, que les observations réalisées sur plusieurs stations utilisant un procédé similaire à celui de la station litigieuse, c'est-à-dire, sans massif filtrant spécifique à propriété d'absorption, de type zéolite ou autre, ni injection d'air forcée via des surpresseurs, la norme NGL garantie est de 35 à 40 mg/l ou 60% de rendement. Cette incapacité de la station existante à atteindre les objectifs de rejet corrobore les constats faits par la société Sinbio sur demande des services de l'agence de l'eau et de l'exploitant de la station Veolia, dans son mémoire technique du

22 novembre 2013, intitulé " proposition d'amélioration de la dénitrification de la station de traitements des eaux usées de la station de la Guierche suite à la réunion du 22 octobre 2013. ", qui préconise la mise en place d'un bassin anoxique de dénitrification en tête de station à l'effet d'atteindre les niveaux de rejet contractuels et règlementaires. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports techniques produits par le SIVU, que l'origine du désordre ne provient pas de l'afflux d'eaux claires parasitaires, donc d'une quelconque faute du maître d'ouvrage dans l'entretien des réseaux d'assainissement, mais d'une faute résultant de la conception inappropriée de l'ouvrage qui n'atteint pas les normes de rejet prévues contractuellement, alors que le groupement de maître d'œuvre était informé sur la nature et les volumes d'effluents susceptibles d'alimenter la station. Cette faute est de nature à engager la responsabilité contractuelle du groupement maître d'œuvre, qui ne peut se prévaloir d'aucune faute exonératoire du maître d'ouvrage.

16. En revanche, aucun manquement n'étant établi à l'encontre des entreprises en charge des travaux de construction de l'ouvrage, les conclusions du SIVU dirigées contre les sociétés Sogea Atlantique Epur Nature, et Bhd Environnement ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la solidarité :

17. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'acte d'engagement signé par la société Setegue, que cette société agissait en tant que mandataire non solidaire du groupement de maîtrise d'œuvre. Si la société Sinbio soutient qu'il n'existe aucune solidarité entre les cotraitants, elle ne l'établit pas alors que la convention de groupement n'est pas produite.

La " répartition des honoraires " annexée à l'acte d'engagement, qui prévoit une participation de la société Setegue, de même que celle de la société Sinbio, à chaque élément de la mission de maîtrise d'œuvre, à l'exception de la mission OPC qui rassortissait à la seule société Setegue, ne saurait tenir lieu de convention de répartition des prestations entre les membres du groupement opposable au maître d'ouvrage. Ainsi, au regard de ces éléments, la société Sinbio et la société Egis Eau, venue au droits de la société Setegue, doivent être regardées comme solidairement responsables envers le maître de l'ouvrage de l'ensemble des conséquences dommageables imputables à la faute commise par l'un d'eux, au demeurant étrangère à la mission OPC.

Sur le préjudice :

18. Le SIVU demande la condamnation in solidum des constructeurs à lui verser la somme de 1 400 000 euros à parfaire, ainsi que 140 000 euros au titre des frais de maîtrise d'œuvre en s'appuyant sur le rapport IRH qui préconise de substituer à la filière existante une station de type boues activées. Toutefois, le caractère indispensable de cette reconfiguration totale de l'ouvrage et de la réalisation des importants travaux de génie civil et d'équipement préconisés par la société IRH ne peut, en tout état de cause, être tenu pour établi, alors que la pertinence de la solution corrective proposée par la société Sinbio, dans son mémoire technique du 22 novembre 2013, consistant en la mise en œuvre d'un bassin anoxique agité de dénitrification en tête de station à l'effet d'améliorer les performances de rendements NGL, a été agréée par le rapport, particulièrement documenté et étayé, de M. B avant d'être écartée dans son principe mais sans démonstration sérieuse par l'expert judiciaire. Les travaux ainsi préconisés par la société Sinbio ont été décrits et chiffrés en 2013 à la somme de 220 000 euros TTC. Au regard de ces éléments, il y a lieu de condamner in solidum les sociétés Egis Eau et Sinbio à verser cette somme de 220 000 euros, majorée de 25 % afin de tenir compte de l'évolution de l'indice INSEE des coûts de construction depuis dix ans, soit une somme de 275 000 euros. Cette somme sera en outre majorée de 25 000 euros au titre des honoraires de maîtrise d'œuvre nécessaires à la bonne réalisation de l'opération. Les sociétés Egis Eau et Sinbio sont par suite, condamnées in solidum à verser au SIVU des Landes la somme de

300 000 euros en réparation du préjudice subi.

Sur les appels en garantie :

19. La société Sinbio formule un appel en garantie à l'encontre de toute partie responsable en cas de condamnation. En l'absence de tout élément permettant d'apprécier les responsabilités respectives de la société Sinbio et de la société Setegue, aux droits de laquelle est venue la société Egis Eau, dans la faute contractuelle à l'origine du non-respect des performances épuratoires attendues, il y a lieu de condamner la société Egis Eau à garantir la société Sinbio à hauteur de 50% de l'indemnité, mentionnée au point 18.

Sur les dépens :

20. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

21. Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 13 280,27 euros par une ordonnance du 16 octobre 2018, doivent être mis à la charge définitive in solidum de la société Sinbio et de la société Egis Eau.

Sur les frais de l'instance non compris dans les dépens :

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés Sinbio et Egis Eau la somme de 1 500 euros à verser chacune au SIVU des Landes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge du SIVU des Landes, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Les sociétés Sinbio et Egis Eau sont condamnées in solidum à verser la somme de 300 000 (trois cents mille) euros au syndicat intercommunal à vocation unique des Landes en réparation de son préjudice.

Article 2 : La société Egis Eau est condamnée à garantir la société Sinbio à hauteur de 50% la condamnation prévue à l'article 1.

Article 3 : Les sociétés Sinbio et Egis Eau sont condamnées in solidum à verser la somme de 13 280,27 euros (treize mille deux cent quatre vingt euros et vingt-sept centimes) au syndicat intercommunal à vocation unique des Landes au titre des frais d'expertise.

Article 4 : Les sociétés Sinbio et Egis Eau verseront chacune au syndicat intercommunal à vocation unique des Landes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié au SIVU des Landes, à la société Egis Eau, à la société Sinbio, à la société MMA Iard, à la société MMA Iard Assurances Mutuelles, à la société Sogea Ouest Atlantique, à la société Epur Nature, à la société Bhd Environnement et à la société Syntea.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

Y. D

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2005337

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