jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005420 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | HENNI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juin 2020 et 20 mai 2021, Mme C I, représentée par Me Henni, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté d'agglomération CAP Atlantique à lui verser, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait des fautes commises dans la gestion de sa situation administrative, une somme de 61 675,05 euros, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de CAP Atlantique le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de CAP Atlantique est engagée pour faute : en raison du refus illégal de reconnaître l'imputabilité au service de son congé de maladie et de son placement illégal en congé de maladie ordinaire ; en raison de son placement illégal en disponibilité d'office ; en raison de la dégradation de ses conditions de travail et du harcèlement moral dont elle a été victime ;
- la responsabilité de CAP Atlantique est également engagée en raison de l'accident de service dont elle a été victime ;
- elle est fondée à obtenir réparation de son préjudice selon les indications suivantes : 6 675,05 euros au titre du préjudice financier ; 15 000 euros au titre du préjudice de carrière ; 15 000 euros au titre des souffrances physiques et morales endurées ; 10 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence ; 15 000 euros au titre du préjudice moral ;
- elle demande au tribunal d'ordonner la production du document intitulé " Réunion du 20 février 2018 : Point d'étape du comité de pilotage, Synthèse des entretiens individuels " , si CAP Atlantique ne le produit pas spontanément.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 août 2020 et 17 septembre 2021, CAP Atlantique, représenté par Me Oillic, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 3 500 euros soit mis à la charge de Mme I au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
CAP Atlantique fait valoir que :
- aucune des fautes alléguées par la requérante n'est établie ;
- Mme I n'a pas été victime d'un accident de service ;
- ses demandes indemnitaires ne sont pas justifiées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique,
- les observations de Me Henni, représentant Mme I, en présence de celle-ci,
- et les observations de Me Oillic, représentant CAP Atlantique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme I, rédactrice territoriale titulaire employée par l'établissement public de coopération intercommunale CAP Atlantique, a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 18 décembre 2017, puis en disponibilité d'office au terme de ses droits à congé de maladie ordinaire. Elle a, par un courrier du 28 mars 2018, sollicité la requalification de ses congés de maladie en congés pour accident en raison de l'accident de service dont elle alléguait avoir été victime le 29 novembre 2017, ainsi que l'octroi de la protection fonctionnelle à raison des agissements de harcèlement moral dont elle estimait être victime. Ces deux demandes ont été rejetées. Estimant que CAP Atlantique avait commis plusieurs fautes dans la gestion de sa situation administrative, et que sa responsabilité sans faute était en sus engagée en raison de l'accident de service qu'elle a déclaré, elle a adressé à CAP Atlantique le 14 février 2020 une demande indemnitaire préalable pour obtenir l'indemnisation de ses préjudices. Cette demande a été rejetée le 12 mars 2020. Mme I demande au Tribunal de condamner CAP Atlantique à réparer ses préjudices.
Sur le principe de la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de CAP Atlantique :
Concernant le refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des congés de maladie prescrits à Mme I :
2. Mme I soutient avoir été victime d'un accident de service le 29 novembre 2017, en étant violemment bousculée par sa responsable hiérarchique, Mme D, alors qu'elle souhaitait lui venir en aide après avoir constaté que cette dernière pleurait. La requérante soutient que le geste brusque de Mme D a entraîné sa chute sur un fauteuil. Par un courrier adressé à CAP Atlantique le 28 mars 2018, elle a sollicité la requalification des congés de maladie qui lui ont été accordés depuis le 18 décembre 2017 en congés pour accident.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Cette commission comprend : deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes, () ". Il ressort de la liste d'émargement de la commission de réforme, réunie le 22 novembre 2018 pour émettre un avis sur la demande de reconnaissance d'imputabilité au service des congés prescrits à Mme I, que le docteur J, psychiatre agréé, a siégé à cette commission. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de réforme doit être écarté.
4. En second lieu, il ressort de la motivation de la décision par laquelle le président de CAP Atlantique a rejeté la demande de Mme I tendant à la requalification de ses congés de maladie en congés pour accident de service, que cette décision s'appuie notamment sur l'avis défavorable à cette requalification rendu par la commission de réforme le 22 novembre 2018, au motif que Mme I ne présenterait pas de pathologie psychiatrique. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'expertise réalisé le 18 octobre 2018 par le docteur B, psychiatre agréé, en vue de la consultation de la commission de réforme, ainsi que d'un précédent rapport d'expertise psychiatrique réalisé par le docteur A, le 18 septembre 2018, que Mme I a présenté un état dépressif qualifié de sévère par ce dernier praticien, et qu'à la date à laquelle elle a été reçue le 18 octobre 2018 par le docteur B, elle présentait toujours une symptomatologie anxieuse ayant justifié un traitement médicamenteux. Au vu de ces éléments, la requérante est fondée à soutenir que le motif retenu par la commission de réforme, et repris par CAP Atlantique pour rejeter sa demande, tiré de l'absence de pathologie présentée par la requérante, est erroné.
5. Toutefois, la décision litigieuse est également fondée sur un second motif, tiré de ce que CAP Atlantique ne reconnaît pas la matérialité de l'accident de service dont Mme I déclare avoir été victime, un tel accident se définissant comme un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.
6. Si, ainsi qu'il a été dit, Mme I soutient avoir été bousculée par Mme D, et être tombée sur une chaise, elle n'apporte aucun élément de preuve au soutien de ses allégations. Alors qu'à la suite de sa demande de reconnaissance d'un accident de travail, CAP Atlantique a diligenté une enquête administrative, sa collègue Mme H, qui déjeunait avec elle ce jour-là et l'a accompagnée pour voir Mme D, a indiqué au cours de l'enquête administrative n'avoir pas de souvenir d'une telle agression, que Mme D conteste également fermement. Par ailleurs, alors que Mme I a consulté son médecin traitant le 5 décembre 2017 et s'est alors vu prescrire un arrêt de travail, le certificat médical établi à cette occasion ne fait nullement référence à un accident de travail survenu quelques jours plus tôt. Enfin, ce n'est que par un courrier du 28 mars 2018 par lequel elle sollicitait la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail que Mme I a évoqué, pour la première fois, ces faits auprès de sa hiérarchie. Dans ces circonstances, il ne peut être considéré comme établi par les pièces du dossier que Mme I aurait été victime, de la part de Mme D, d'un comportement susceptible d'être regardé comme un accident de service. Ce seul motif étant de nature à fonder le refus opposé par CAP Atlantique à la demande de reconnaissance d'imputabilité au service des congés de maladie prescrits à Mme I, la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute de CAP Atlantique à raison de ce refus, ni de son maintien consécutif en congé de maladie ordinaire
Concernant le placement de Mme I en disponibilité :
7. Mme I a été placée, après avoir épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire le 17 décembre 2018, en disponibilité d'office par une décision du 5 février 2019.
8. Pour démontrer l'illégalité de ce placement en disponibilité d'office, Mme I soutient, en premier lieu, qu'elle aurait dû être placée en congé de maladie imputable au service et qu'elle n'aurait ainsi pas épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire. Toutefois, il résulte de ce qui a été précédemment dit au point 6 que Mme I ne démontre pas l'illégalité de la décision par laquelle le président de CAP Atlantique a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses congés de maladie. Par suite, ce premier grief ne peut qu'être écarté.
9. Mme I soutient, en deuxième lieu, que CAP Atlantique n'a pas cherché à la réintégrer, alors que le comité médical, consulté le 13 décembre 2018, avait considéré qu'elle était apte à reprendre ses fonctions au 18 décembre 2018. Toutefois, cet avis a été rendu alors que la requérante avait déjà produit un certificat médical daté du 29 novembre 2018 portant prolongation de son arrêt de travail jusqu'au 28 février 2019. Par suite, il ne saurait être fait grief à CAP Atlantique de ne pas avoir engagé de démarches en vue de réintégrer la requérante, qui, par la transmission de ce certificat à son employeur, signifiait elle-même qu'elle n'était pas apte dans l'immédiat à reprendre ses fonctions.
10. Mme I reproche, en troisième lieu, à CAP Atlantique de ne pas l'avoir invitée à présenter une demande de reclassement. Toutefois, il résulte de la combinaison des dispositions des articles 57, 72 et 81 de la loi du 26 janvier 1984, de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 et de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985, que ce n'est que dans le cas où un fonctionnaire a été, à l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement et où le comité médical ne s'est pas prononcé sur sa capacité à occuper, par voie de réaffectation, de détachement ou de reclassement, un autre emploi, éventuellement dans un autre corps ou un autre grade, que l'autorité hiérarchique doit, avant de placer cet agent en disponibilité d'office, l'inviter préalablement à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement.
11. Au cas d'espèce, le comité médical n'a pas conclu le 13 décembre 2018 à l'inaptitude de Mme I à reprendre ses anciennes fonctions. Aucune obligation ne pesait donc à ce stade sur CAP Atlantique qui n'avait, dès lors, pas à inviter la requérante à présenter une demande de reclassement, avant de la placer en disponibilité d'office par l'arrêté du 5 février 2019, un tel placement se bornant à tirer les conséquences de son absence de reprise de fonctions.
Concernant la dégradation des conditions de travail et les agissements de harcèlement moral allégués par Mme I :
12. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige: " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
13. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
14. Mme I soutient, en premier lieu, que ses perspectives de promotion au grade supérieur ont été remises en cause après qu'elle a appelé l'attention de sa hiérarchie, au mois de septembre 2017, sur les conditions de travail dégradées au sein du service ressources humaines. Elle indique que, si CAP Atlantique a diligenté un audit sur cette question, elle a reçu un courrier daté du 22 novembre 2017 de la vice-présidente déléguée à l'organisation et au fonctionnement général, exposant à son encontre de nombreux griefs qui n'avaient pas été évoqués lors de son entretien professionnel, pourtant organisé quelques jours plus tôt, et que sa promotion a été conditionnée aux résultats de l'audit, révélant selon elle une mesure de rétorsion à son égard. Toutefois, il ressort des termes du courrier du 22 novembre 2017, produit par CAP Atlantique en défense, évoquant la nécessité de veiller à la rigueur et à la fiabilité des informations transmises, et à mettre en place une relation de confiance, que celui-ci se borne à reprendre des éléments déjà exposés au cours des différents entretiens professionnels organisés depuis la prise de fonctions de Mme I au sein de l'établissement, les entretiens professionnels successifs ayant évalué la fiabilité et la qualité de son travail, ainsi que sa capacité à rendre compte à sa hiérarchie à un niveau " moyen ", qui ne saurait être regardé comme satisfaisant. Si ce courrier indique effectivement qu'aucune décision sur sa demande de promotion ne saurait être prise avant les résultats de l'audit qui sera engagé, cette position apparaît justifiée par l'attente d'un diagnostic sur le fonctionnement d'un service dont Mme I avait elle-même signalé les dysfonctionnements, et ne saurait être regardée comme constituant une mesure de rétorsion, dès lors que la seule circonstance que Mme I avait été admise à l'examen professionnel de rédacteur principal ne lui créait pas un droit à être promue dans ce grade, une telle promotion restant subordonnée à la valeur professionnelle démontrée par l'agent. Par suite, ce courrier ne saurait être regardé comme constituant un élément susceptible de caractériser une atteinte portée à la situation ou aux droits de Mme I.
15. Mme I soutient, en deuxième lieu, que CAP Atlantique a modifié, sans justification sérieuse, son rattachement hiérarchique, la requérante étant informée lors d'un entretien organisé le 4 décembre 2017 par M. G, directeur des ressources, qu'elle serait désormais rattachée à ce dernier, et non plus à Mme D, responsable des ressources humaines. Si Mme I conteste le bien-fondé cette mesure, il résulte toutefois de l'instruction que les relations de travail entre la requérante et Mme D étaient notoirement dégradées, et qu'à la date du 4 décembre 2017, Mme D était placée en congé de maladie. CAP Atlantique précise, sans que cela soit contesté, qu'à l'occasion de l'entretien du 4 décembre 2017, Mme I a d'ailleurs indiqué à M. G que si Mme D reprenait ses fonctions, elle solliciterait à son tour un arrêt de travail, propos qui manifestent son refus de travailler avec cette responsable. Dans ces circonstances, il y a lieu de considérer que la décision de CAP Atlantique de modifier, par une mesure temporaire, le changement de rattachement hiérarchique de Mme I apparaît justifié par un objectif d'apaisement des relations de travail au sein du service des ressources humaines.
16. Mme I évoque, en troisième lieu, l'accident de service dont elle affirme avoir été victime de la part de Mme D le 29 novembre 2017, et les propos injustifiés tenus pas cette dernière à son encontre, lui demandant de ne pas s'approcher et indiquant qu'elle avait " réussi ". Toutefois, ainsi qu'il a été précédemment dit, la matérialité de cet accident n'est pas établie. Par ailleurs, les propos qu'aurait tenus Mme D pour écarter Mme I quand celle-ci venait s'enquérir de son état ne présentent un caractère ni excessif ni injurieux, et peuvent se justifier dans un contexte de tension avérée entre les deux collègues.
17. Mme I fait état, en quatrième lieu, du retard avec lequel le compte-rendu de l'entretien professionnel pour l'année 2017, qui s'est tenu le 14 novembre 2017, lui a été notifié, ce compte-rendu ayant pourtant été signé par Mme D le 19 décembre 2017. S'il ressort en effet des pièces du dossier que ce compte-rendu n'a été communiqué à Mme I que le 2 juillet 2018, CAP Atlantique explique ce délai par la circonstance que Mme D, puis Mme I, ont été tour à tour placées en congés de maladie, et que la requérante n'ayant pas repris ses fonctions, il a finalement été décidé de procéder à une notification par voie postale. Si la requérante soutient, par ailleurs, que l'appréciation générale finale portée par Mme D, en tant qu'elle lui reproche " un savoir-être non adapté à une cohésion d'équipe ", est injustifiée et ne reflète pas la teneur de l'entretien professionnel, elle ne l'établit pas, cette appréciation apparaissant d'ailleurs cohérente avec l'appréciation de ses " aptitudes relationnelles ", évaluées à un niveau moyen, alors qu'elles étaient qualifiées de bonnes l'année précédente, le commentaire porté sur cette rubrique appelant de la part de Mme I une vigilance sur les relations avec les prestataires, sur l'image de la collectivité, et insistant sur la nécessité de ne pas se " buter " et de régler les différends avec professionnalisme et courtoisie. Au surplus, alors que Mme I a, par une requête n° 1809072, contesté ce compte-rendu d'entretien professionnel, elle n'a pas repris cette critique sur l'appréciation générale dans ce premier recours, rejeté par une décision du 14 avril 2021 devenue définitive. Par suite, la seule circonstance que le compte-rendu d'entretien professionnel a été notifié tardivement à Mme I ne saurait être regardé comme étant de nature à caractériser une dégradation de ses conditions de travail ou une atteinte portée à sa situation ou à ses droits, la requérante ayant en tout état de cause pu contester ce compte-rendu.
18. Mme I évoque, en cinquième lieu, les conditions dans lesquelles CAP Atlantique, qui avait confié en janvier 2018 une mission de médiation à Mme F, psychologue du travail, a décidé de mettre fin brutalement à cette mission deux mois plus tard. La requérante soutient à cet égard qu'à l'occasion d'un entretien organisé le 13 mars 2018 avec M. G et Mme F pour évoquer les conditions de sa reprise de fonctions, M. G s'en serait pris à elle avec virulence, l'accusant d'être responsable des dysfonctionnements du service ressources humaines, et lui indiquant qu'il avait pris des renseignements à son sujet auprès de son ancien employeur, la commune de Mougins. Elle précise qu'à la suite de cet échange, l'entretien individuel programmé avec Mme F a été annulé. En défense, CAP Atlantique fait valoir toutefois que l'entretien organisé le 13 mars 2018 ne présentait nullement une portée disciplinaire, mais confirme qu'il a été l'occasion de rappeler à la requérante les constats précédemment portés lors des entretiens professionnels concernant un manque de reporting et de travail en équipe, et des difficultés relationnelles entraînant une perte de confiance. CAP Atlantique justifie par ailleurs l'interruption de la mission confiée à Mme F par le constat d'un risque de manque de neutralité de cette dernière, par ailleurs chargée par l'établissement d'une mission d'accompagnement du service des ressources humaines, et rappelle qu'à la suite de la réception de la demande de Mme I tendant à l'octroi de la protection fonctionnelle, elle a diligenté très rapidement une enquête administrative. Si la requérante sollicite par ailleurs la production des comptes rendus des entretiens individuels qui ont été réalisés au cours de cette mission, elle ne démontre pas l'utilité de cette communication, dès lors que cette mission a été interrompue et que CAP Atlantique n'en a tiré aucune conséquence. Si, en revanche, les explications apportées par CAP Atlantique sur les motifs ayant conduit l'établissement à solliciter des renseignements auprès de la commune de Mougins, précédent employeur de Mme I jusqu'en 2014, ne démontrent pas la pertinence et l'utilité d'une telle prise de renseignements pour le traitement de la situation administrative de la requérante, cette seule circonstance n'est pas de nature à permettre de considérer que les conditions dans lesquelles s'est déroulé l'entretien du 13 mars 2018 et dans lesquelles il a été mis fin à la mission de Mme F révèleraient des agissements excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
19. Mme I critique, en sixième lieu, les conclusions du rapport de l'enquête administrative diligentée à partir du mois d'avril 2018, en contestant la partialité de ce rapport, qui prendrait selon elle le parti de Mme D au détriment de ses propres déclarations. Mais il ressort de la lecture de ce rapport, produit par la requérante, que son rédacteur a examiné avec attention l'ensemble des points soulevés par Mme I dans son courrier du 28 mars 2018 sollicitant l'octroi de la protection fonctionnelle et la reconnaissance d'un accident de travail, et a porté sur chacun des griefs exposés une appréciation circonstanciée, s'appuyant sur des échanges avec Mme I, Mme D, M. G, Mme E et Mme H, dont les propos sont cités dans le rapport. La circonstance que le rapport préconise le rejet des demandes formulées par Mme I ne suffit pas à en établir le caractère partial ou infondé.
20. Mme I critique, en septième lieu, l'absence de mesures prises par CAP Atlantique pour protéger l'ensemble des agents du service ressources humaines, alors que le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail avait alerté le président de l'établissement par courrier du 28 novembre 2017. Toutefois, et ainsi qu'il a été précédemment dit, il résulte de l'instruction que CAP Atlantique a confié à Mme F une mission d'accompagnement du service ressources humaines. Par ailleurs, et en tout état de cause, la requérante ne démontre pas le lien entre ce grief général et la situation de harcèlement moral dont elle allègue avoir été victime.
21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme I ne démontre pas avoir été victime d'agissements susceptibles d'être qualifiés de harcèlement moral. La responsabilité de CAP Atlantique ne saurait, dès lors, être engagée à ce titre.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
22. Si Mme I entend rechercher la responsabilité sans faute de CAP Atlantique à raison de l'accident de service dont elle allègue avoir été victime le 29 novembre 2017, il résulte de ce qui a été précédemment dit que la matérialité de cet accident n'est pas établie. La responsabilité de CAP Atlantique ne saurait, dès lors, être engagée à ce titre.
Sur le droit à réparation :
23. La responsabilité de CAP Atlantique n'étant susceptible d'être engagée, ni pour faute, ni sans faute, les conclusions présentées par Mme I tendant à la condamnation de cet établissement à l'indemniser de ses préjudices ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de CAP Atlantique, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur le fondement de ces dispositions.
25. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par CAP Atlantique au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme I est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de CAP Atlantique présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C I et à CAP Atlantique.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La présidente-rapporteure,
V. GOURMELON
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MILINLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026