mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005522 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 juin 2020, 16 février 2021 et 24 mai 2022, M. K G, Mme D G, Mme F G, M. I G, M. B G et Mme J H, représentés par Me Gouard, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner Nantes métropole à leur verser une somme de 240 000 euros, outre les intérêts de droit à compter de la présentation de la demande indemnitaire préalable, soit le 11 février 2020, et la capitalisation de ces intérêts en réparation de leurs préjudices résultant du décès de leur parent Hugo G dans la nuit du 17 au 18 octobre 2017 quai François Mitterrand à Nantes ;
2°) de mettre à la charge de Nantes métropole le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner la commune de Nantes à leur verser une somme de 240 000 euros, outre les intérêts de droit à compter de la présentation de la demande indemnitaire préalable, soit le 13 février 2020, et la capitalisation de ces intérêts en réparation de leurs préjudices résultant du décès de leur parent Hugo G dans la nuit du 17 au 18 octobre 2017 quai François Mitterrand à Nantes ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Nantes le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner solidairement Nantes métropole et la commune de Nantes à leur verser une somme de 240 000 euros, outre les intérêts de droit à compter de la présentation de leurs demandes indemnitaires préalables, et la capitalisation de ces intérêts, en réparation de leurs préjudices résultant du décès de leur parent Hugo G dans la nuit du 18 au 19 octobre 2017 quai François Mitterrand à Nantes ;
6°) de mettre à la charge solidaire de Nantes métropole et de la commune de Nantes le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de Nantes métropole dans la chute suivie de la noyade de M. A G dans la Loire est engagée à raison de l'absence de barrière de sécurité sur le quai François Mitterrand, à la différence des quais des Antilles et Fernand Crouand, la hauteur du muret est insuffisante, de l'absence de bouées à proximité et d'échelles et d'éclairage, qui auraient permis le sauvetage de la victime ; de l'absence de signalisation du danger ; ces carences révèlent un défaut d'entretien normal et un défaut d'aménagement de l'ouvrage public ;
- la responsabilité de la commune de Nantes dans la chute suivie de noyade de M. A G dans la Loire est engagée à raison de l'absence d'information sur la dangerosité de la Loire, dans un lieu notoirement fréquenté par des " fêtards " et de l'absence de moyens tels que des bouées ou des cordes mis à disposition des policiers municipaux afin de réagir utilement à une noyade ;
- aucune faute ne peut être reprochée à M. A G ; il n'est pas établi que celui-ci se trouvait en état d'ébriété, ni qu'il aurait marché sur le muret ;
- leurs préjudices, à raison du décès de M. A G, se décomposent comme suit : un préjudice d'angoisse de mort subi par la victime, à hauteur de 20 000 euros ; un préjudice moral à hauteur de 50 000 euros pour chacun des deux parents de la victime, de 35 000 euros pour chacun des frères et sœur de la victime et de 15 000 euros pour la grand-mère de la victime.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 octobre 2020 et 4 mars 2022, Nantes métropole et la commune de Nantes, représentée par la SELARL Coudray, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros chacune soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- La requête est irrecevable car dirigée contre des décisions implicites prématurées et que les décisions explicites de rejet des demandes indemnitaires préalables sont devenues définitives ;
- le quai François Mitterrand, qui est séparé de la Loire par un muret de 85 cm de hauteur et 65 cm de large et par une barrière au niveau de la passerelle métallique, qui est l'endroit le plus proche de l'eau, la circonstance que le quai des Antilles et le quai Fernand Crouand sont bordés par une barrière métallique n'est pas de nature à caractériser un défaut d'entretien normal du quai François Mitterrand ni la circonstance que ce quai a été équipé de bouées et d'échelles postérieurement à l'accident ;
- le quai François Mitterrand ne nécessitait pas de protection ou de signalisation au regard de ses caractéristiques et de la configuration des lieux ;
- l'imprudence fautive de la victime, qui est montée sur le muret à une heure tardive après une soirée alcoolisée, est de nature à exonérer totalement l'administration de sa responsabilité.
Un mémoire a été enregistré le 22 juin 2022 pour les requérants et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. Penhoat, rapporteur public,
- les observations de Me Gouard, avocat des requérants, et celles de Me Coudray, avocate de Nantes métropole et de la commune de Nantes.
Une note en délibéré, enregistrée le 29 juin 2022, a été présentée par les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Dans la nuit du 17 au 18 octobre 2017, M. A G, né le 31 mars 1997, qui, après avoir quitté une soirée étudiante organisée dans un établissement situé quai des Antilles à Nantes, circulait à pied le long du quai François Mitterrand, a accidentellement chuté dans la Loire et s'y est noyé. Son corps a été retrouvé le 23 octobre suivant dans le fleuve. Estimant que le défaut d'aménagement du quai François Mitterrand géré par Nantes métropole et la carence de la maire de Nantes dans l'exercice de ses pouvoirs de police étaient responsables du décès de leur fils, frère et petit-fils, les consorts G et Mme H ont, les 11 et 13 février 2020, adressé à ces collectivités publiques une réclamation indemnitaire. Ces demandes préalables ayant fait l'objet de refus d'indemnisation, les requérants demandent au tribunal de condamner Nantes métropole et la commune de Nantes, solidairement ou non, à les indemniser des préjudices consécutifs au décès de M. G.
Sur la responsabilité de Nantes métropole :
2. Le régime de responsabilité pour défaut d'entretien normal d'un ouvrage public, sur lequel se fonde la demande indemnitaire des requérants, n'a pas pour effet de dispenser les parties qui en invoquent le bénéfice de rapporter la preuve d'un lien de causalité direct entre le dommage invoqué et le défaut d'entretien, ou le vice de conception, affectant l'ouvrage public incriminé.
3. Il ressort des pièces du dossier que les conditions de la chute de M. G et même le lieu précis de celle-ci ne sont pas déterminées. Si M. G a assisté à une soirée dans un établissement situé dans le " hangar à bananes " du quai des Antilles qu'il a quitté à une heure indéterminée et que le bruit de sa chute dans la Loire a été entendu par un jeune homme qui a ensuite tenté de lui porter secours au niveau d'une passerelle métallique située quai François Mitterrand, à proximité du pont Anne de Bretagne, et qui a contacté les services de secours vers deux heures dans la nuit du 17 au 18 octobre 2017, aucun témoin oculaire n'a assisté à la chute de M. G, ni n'a croisé celui-ci alors qu'il marchait depuis le quai des Antilles jusqu'au quai François Mitterrand, la chute n'ayant pas non plus été enregistrée par une caméra de vidéo-surveillance. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent être regardés comme apportant la preuve, qui leur incombe, de l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre la chute et la noyade de la victime dans la Loire, qui est à l'origine de leur préjudice, et le défaut allégué d'aménagement du quai François Mitterrand, dont Nantes métropole est le maître de l'ouvrage, défaut résidant, selon les requérants, dans l'absence de barrières d'une hauteur appropriée séparant le quai du fleuve, alors que de telles barrières sont installées en d'autres points du cheminement le long de ce cours d'eau, et dans l'insuffisance de la hauteur du muret assurant cet office qui, compte tenu de ses dimensions et de la configuration des lieux, assure, toutefois, une séparation suffisante entre le quai ouvert à la circulation publique et le lit du fleuve et permet de prévenir les chutes des piétons faisant un usage normal du quai.
4. Si les requérants soutiennent également que l'absence de bouées de sauvetage et d'échelles installées à des intervalles suffisants le long du quai François Mitterrand se trouve à l'origine de leur préjudice, ils n'établissent pas, en l'absence de toute donnée sur la récurrence des chutes dans la Loire depuis ce quai, que le risque de chute dans le fleuve serait tel que cette insuffisance alléguée de bouées et d'échelles le long de l'ouvrage public serait de nature à caractériser un défaut d'entretien normal ou d'aménagement de celui-ci, alors même que Nantes métropole a, postérieurement à l'accident, fait installer davantage de bouées et d'échelles sur le quai François Mitterrand et les quais avoisinants.
5. Enfin, Nantes métropole soutient sans être contestée que le quai François Mitterrand est suffisamment éclairé de manière à ce que celui-ci, ainsi que le muret de séparation avec la Loire susmentionné, soient visibles des usagers la nuit. A supposer que les requérants aient entendu soutenir que l'absence d'éclairage du lit du fleuve constituerait un défaut d'entretien normal, il n'est pas établi que le risque de chute dans la Loire présenterait une fréquence telle que cette absence d'éclairage des bords intérieurs du lit du fleuve serait de nature à caractériser, là encore, un défaut d'entretien normal ou d'aménagement de l'ouvrage public.
6. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de Nantes métropole en ce qu'elle était chargée de l'aménagement du quai François Mitterrand et partant, à demander réparation à Nantes métropole du préjudice que leur a causé le décès accidentel de M. A G.
Sur la responsabilité la commune de Nantes à raison de la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police :
7. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, cité par les requérants : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () / 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ; / () ".
8. Compte tenu de ce qui a été dit plus haut, une potentielle chute dans la Loire depuis le quai François Mitterrand ne constitue pas un risque excédant ceux que les usagers sont normalement à même de rencontrer sur une voie publique bordant un cours d'eau et contre lequel ils doivent se prémunir en prenant les précautions nécessaires, sans qu'il soit requis de l'autorité de police qu'elles les informent ou les avertissent au préalable des conséquences le cas échéant très graves pouvant résulter de la réalisation de ce risque. Par conséquent, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'absence d'informations sur un risque de chute dans la Loire constituerait une carence de la maire de Nantes dans l'exercice de ses pouvoirs de police à l'origine de leur préjudice.
9. Dès lors que les policiers intervenus afin de, vainement, porter secours à M. A G appartenaient à la police nationale et non à la police municipale, les requérants ne peuvent utilement soutenir, en tout état de cause, que l'absence d'équipement des policiers en accessoires utiles en cas de noyade, tels que des bouées ou des cordes, caractérise une carence de la maire de Nantes dans l'exercice de ses pouvoirs de police.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les requérants ne sont pas fondés à rechercher l'engagement de la responsabilité de Nantes métropole ou de la commune de Nantes et partant, à leur demander réparation du préjudice que leur a causé le décès accidentel de M. A G.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Nantes métropole et de la commune de Nantes, qui n'ont pas dans la présente instance la qualité de parties perdantes, le versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants le versement de la somme demandée par Nantes métropole et la commune de Nantes au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. K G et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par Nantes métropole et la commune de Nantes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. K G, représentant unique des requérants, à Nantes métropole et à la commune de Nantes.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. C de Baleine, président,
M. Huin, premier conseiller,
Mme Milin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
La rapporteure,
C. E
Le président,
A. C DE BALEINELa greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne
au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026