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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005711

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005711

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005711
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : Mme CARO - R. 222-13
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juin et 10 septembre 2020, M. E B, représenté par Me Seguin, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 mai 2020, par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire béninois contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de permis de conduire sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur de droit en appréciant l'existence d'un accord de réciprocité à la date à laquelle il a pris sa décision, alors que, s'agissant d'une condition de recevabilité de la demande d'échange de permis de conduire, il aurait dû porter son appréciation à la date de son dépôt ;

- le préfet a commis une erreur de droit en opposant à sa demande un acte réglementaire irrégulièrement publié en vertu duquel il n'existerait pas d'accord de réciprocité entre la France et le Bénin pour les échanges de permis de conduire, alors que le dernier acte régulièrement publié incluant la liste des Etats dont les permis de conduire nationaux sont échangés en France contre un permis français est la circulaire du 12 août 2012, qui a été déclarée opposable le 1er janvier 2019 ;

- la décision attaquée porte atteinte au principe de sécurité juridique dès lors que faute d'avoir prévu des dispositions transitoires, l'acte réglementaire mettant fin à l'accord de réciprocité entre la France et le Bénin a porté une atteinte excessive aux intérêts en cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2020, le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée le 10 février 2023.

Vu :

- l'ordonnance n°2005829 du 17 juillet 2020 du juge des référés du Tribunal ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Caro, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant béninois, a sollicité, le 8 mars 2019 du préfet de la Loire-Atlantique, l'échange de son permis de conduire béninois obtenu le 24 juin 2015, contre un permis de conduire français. Sa demande a été rejetée par une décision du 14 mai 2020 au motif qu'il n'existait pas d'accord de réciprocité d'échange de permis de conduire entre la France et le Bénin. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route (). ". Il résulte de ces dispositions que l'échange des titres de conduite est subordonné à l'existence d'un accord de réciprocité entre la France et l'État ayant délivré le permis de conduire.

3. D'autre part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point précédent.

4. Enfin, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée alors qu'un Etat était lié à la France par un accord de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire, ne saurait faire obstacle à ce que l'administration rejette une telle demande lorsqu'à la date à laquelle elle statue, un tel accord n'existe plus.

5. En premier lieu, aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé : " Une liste des Etats dont les permis de conduire nationaux sont échangés en France contre un permis français est établie conformément aux articles R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route. Cette liste précise pour chaque Etat la ou les catégories de permis de conduire concernée (s) par l'échange contre un permis français. Elle ne peut inclure que des Etats qui procèdent à l'échange des permis de conduire français de catégorie équivalente et dans lesquels les conditions effectives de délivrance des permis de conduire nationaux présentent un niveau d'exigence conforme aux normes françaises dans ce domaine. / Les demandes d'échange de permis introduites avant la date de publication au JORF de la liste prévue au premier alinéa du présent article sont traitées sur la base de la liste prévue à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ". L'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 dispose, dans sa rédaction applicable à l'espèce, que le ministre chargé des transports établit, après consultation du ministre des affaires étrangères, la liste des Etats qui procèdent à l'échange des permis de conduire français.

6. Aucune liste n'ayant été établie par le ministre des transports en application des dispositions de l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012, les demande d'échange doivent être traitées, en application du second alinéa du même article, sur base de la liste prévue à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 visé ci-dessus. Si la circulaire du 22 septembre 2006 du ministre des transports fait référence à une liste d'Etats sur le fondement de l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999, l'annexe de cette circulaire fixant cette liste n'a pas été mise en ligne sur le site internet relevant du Premier ministre comme prévu au premier alinéa de l'article 1er du décret du 8 décembre 2008 relatif aux conditions de publication des instructions et circulaires, repris à l'article R. 312-8 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application de l'article 2 du même décret, aux termes duquel les instructions et circulaire déjà signées " sont regardées comme abrogées si elles ne sont pas reprises sur le site mentionné à l'article 1er ", la liste annexée à la circulaire du 22 septembre 2006 doit être regardée comme abrogée. En outre, si une telle liste d'Etats est annexée à la circulaire du 3 août 2012, précisant l'application des dispositions de l'arrêté du 12 janvier 2012, cette liste ayant été arrêtée par le ministre de l'intérieur, elle ne saurait être regardée comme répondant aux exigences des dispositions de l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012. Dans ces conditions, pour déterminer si un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen est susceptible d'être échangé contre un permis français, il y a seulement lieu de vérifier si, conformément aux dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, cet Etat est lié à la France par un accord de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire.

7. M. B soutient qu'en ne se fondant pas sur la liste annexée à la circulaire du 3 août 2012, le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur de droit et a privé de base légale sa décision, dès lors que seule cette liste a été régulièrement publiée, que le décret du 3 novembre 2017 a modifié les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route pour permettre au ministre en charge de la sécurité routière d'arrêter la liste d'Etats prévue à l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012 et qu'ainsi, le pouvoir règlementaire a rendu cette seule liste, sur laquelle figure le Bénin, opposable. Il expose en outre que la liste actualisée à la date de la décision litigieuse n'était pas applicable, dès lors que le rendez-vous en préfecture est intervenu avant la réactualisation de la liste.

8. En application de l'article 7 du décret n° 2017-1523 du 3 novembre 2017, il appartient au ministre en charge de la sécurité routière de prendre un arrêté fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire étranger. Toutefois, ces dispositions n'ont pas eu pour effet de modifier celles de l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012 attribuant, par renvoi à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999, au ministre chargé des transports la compétence de fixer la liste des Etats n'appartenant ni à l'Union Européenne, ni à l'Espace économique européen ayant un accord de réciprocité avec la France en matière de permis de conduire. Ainsi, en l'absence de toute liste d'Etats ayant conclu un accord de réciprocité avec la France établie par le ministre des transports, il revient au juge de l'excès de pouvoir de rechercher si un tel accord existait au jour où la décision attaquée a été adoptée par l'autorité administrative. En l'espèce, il est constant qu'aucun accord de réciprocité ne trouvait à s'appliquer entre la France et le Bénin au jour où le préfet de la Loire-Atlantique a rendu sa décision.

9. En deuxième lieu, ainsi qu'il l'a été dit au point 3, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point 2 du présent jugement. Ainsi, le préfet de la Loire-Atlantique était tenu de se fonder sur le droit en vigueur au jour où il a pris la décision en litige. Or, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent qu'aucun accord de réciprocité ne trouvait à s'appliquer au jour où le préfet de la Loire-Atlantique a pris la décision attaquée. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation et sans priver de base légale sa décision, que le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de M. B. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. En dernier lieu, au regard de la nécessité d'harmoniser les conditions de délivrance des titres de permis de conduire par les autorités des États de l'Espace Économique Européen et de l'absence de situation juridique définitivement constituée à la date du dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire rappelée au point 4, ne peut être tenue pour excessive l'atteinte aux intérêts privés portées par les autorités françaises en décidant, pour l'avenir, de mettre fin à la pratique d'échange des permis de conduire béninois contre les permis de conduire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait porté atteinte au principe de sécurité juridique.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 mai 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger son permis de conduire béninois contre un permis de conduire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions par M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et à Me Seguin.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La magistrate désignée,

N. A

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

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