mercredi 15 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2006106 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HENRION |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juin 2020 et 20 août 2021 sous le n° 2006106, la société Pigeon TP Loire Anjou, représentée par Me Henrion, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser, au titre du décompte de résiliation du marché de réalisation d'un échangeur sur la RN 137 à Grandchamp-des-Fontaines, la somme de
3 013 567 euros TTC, sous déduction des acomptes déjà versés ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 840 857,71 euros au titre des intérêts échus au 1er août 2019, assortie de la capitalisation des intérêts à compter de l'enregistrement de la requête ;
3°) de condamner l'État à lui verser les intérêts sur les sommes en cause au taux de 7 % à compter du 2 août 2019 ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a droit à une réparation intégrale de son préjudice résultant de la résiliation anticipée du contrat ;
- l'État a méconnu les règles d'indemnisation des titulaires d'un marché public résilié pour motif d'intérêt général ;
- sur la perte de marge, l'état d'acompte n° 1 ne correspond à aucun prix du marché ; l'État ne justifie pas qu'il s'agisse de prestations reçues ;
- sur les frais et investissements, doivent être indemnisées les dépenses pour répondre à l'appel d'offres, les dépenses résultant de contrats passés en vue de l'exécution du marché, les frais de personnel et de matériel liés à la préparation du chantier, les frais de transferts d'engins, d'installation et de signalisation du chantier, les frais liés à la location d'un terrain en vue de la réalisation d'un chantier, les frais liés à l'achat et au stockage des matériaux destinés au chantier, à l'évacuation des matériaux de remblai qui avaient été approvisionnés par l'entreprise pour les besoins du chantier, les études engagées, plans et calendriers, et toutes études de préparation réalisées ;
- l'État a commis également plusieurs fautes ; l'État a ordonné le démarrage de la période de préparation du chantier, mais l'État n'a décidé ni de lancer le démarrage des travaux ni d'informer l'entreprise de démobiliser les moyens prévus pour ce démarrage, alors que des lettres prévoyant un démarrage du chantier lui ont été adressées en 2013, 2015, 2017 et 2018 ; l'État a tardé pour prononcer la résiliation du marché ; la résiliation est intervenue alors que plus aucun obstacle juridique ne s'opposait à la réalisation du nouvel aéroport ; la résiliation du marché est intervenue près de 5 ans après la notification du démarrage de la période de préparation du chantier ; la mobilisation inutile de moyens ne lui a pas permis de répondre à d'autres commandes ; ces fautes justifient une indemnisation complémentaire ;
- elle a également droit à une indemnisation sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques ; elle a subi un préjudice anormal et spécial ;
- elle a droit à une indemnité de résiliation de 5 % du montant du marché de 6 952 105,55 euros HT, soit 347 605,28 euros HT ;
- le coût de la période de préparation et de la période transitoire, qui comprend les frais de préparation, d'étude et d'immobilisation des équipes d'encadrement, s'élève à la somme de 124 388,75 euros HT pour la société Pigeon TP Loire Anjou et à la somme de 28 568 euros HT pour la société Marc SA ;
- les frais d'amené, d'évacuation et de stockage des matériaux d'apport déposés provisoirement à proximité du chantier s'élèvent à la somme de 1 219 398,39 euros HT ;
- les frais liés à l'immobilisation du matériel, soit 160 460 euros en 2013 et
42 450 euros en 2014, et à l'immobilisation du personnel, soit les sommes de 34 944 euros et 35 568 euros en 2013, doivent être indemnisés pour un total de 273 422 euros ;
- les frais d'approvisionnement à proximité du chantier de blocs de bétons BT4 et des éléments de signalisation s'élèvent à la somme de 58 760 euros, comprise dans le décompte général établi par l'État ;
- les frais d'étude au stade de la consultation s'élèvent à la somme de
15 697,50 euros HT ;
- les frais liés au manque de chiffre d'affaires s'élèvent à la somme de 435 600 euros ;
- elle a droit aux intérêts moratoires au taux de 7 % sur ces sommes, soit un total de 840 857,71 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 novembre 2020 et 20 avril 2022, le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, représenté par Me Béjot, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Pigeon TP Loire Anjou en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'indemnité de résiliation de 5 % du montant du marché, diminué de l'acompte n° 1, a été versée pour un montant global de 339 082,95 euros ;
- l'indemnisation des frais de préparation et d'étude est déjà comprise dans le montant de l'indemnité de résiliation ;
- les frais d'immobilisation du personnel d'encadrement, dont il est demandé l'indemnisation, ne sont pas justifiés ;
- les frais de stockage et d'évacuation des matériaux d'apport ne sont pas justifiés ;
- les frais d'immobilisation du matériel ne sont pas justifiés ;
- les frais d'approvisionnement à proximité du chantier de blocs de bétons BT4 et des éléments de signalisation ont été retenus dans le cadre de l'état d'acompte n° 1 ;
- les frais généraux de structure liés au manque de chiffre d'affaires sont inclus dans l'indemnité de résiliation, ou ne sont pas justifiés, ou ne se rapportent pas à l'exécution du marché ;
- les frais d'études au stade de la consultation ont déjà été pris en compte dans le montant de l'indemnité de résiliation ;
- la faute alléguée n'est pas démontrée ;
- la réparation pour rupture d'égalité devant les charges publiques n'a pas vocation à s'appliquer aux rapports contractuels ; au surplus, aucune rupture d'égalité n'est établie.
Un mémoire, présenté pour la société Pigeon TP Loire Anjou, a été enregistré le
16 janvier 2023.
II) Par une requête, enregistrée le 26 juin 2020 sous le n° 2006257, la société Pigeon TP Loire Anjou, représentée par Me Henrion, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser, au titre du décompte de résiliation du marché de réalisation d'un échangeur sur la RN 137 à Grandchamp-des-Fontaines, la somme de
3 013 567 euros TTC, sous déduction des acomptes déjà versés ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 840 857,71 euros au titre des intérêts échus au 1er août 2019, assortie de la capitalisation des intérêts à compter de l'enregistrement de la requête ;
3°) de condamner l'État à lui verser les intérêts sur les sommes en cause au taux de 7 % à compter du 2 août 2019 ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a droit à une réparation intégrale de son préjudice résultant de la résiliation anticipée du contrat ;
- l'État a méconnu les règles d'indemnisation des titulaires d'un marché public résilié pour motif d'intérêt général ;
- sur la perte de marge, l'état d'acompte n° 1 ne correspond à aucun prix du marché ; l'État ne justifie pas qu'il s'agisse de prestations reçues ;
- sur les frais et investissements, doivent être indemnisées les dépenses pour répondre à l'appel d'offres, les dépenses résultant de contrats passés en vue de l'exécution du marché, les frais de personnel et de matériel liés à la préparation du chantier, les frais de transferts d'engins, d'installation et de signalisation du chantier, les frais liés à la location d'un terrain en vue de la réalisation d'un chantier, les frais liés à l'achat et au stockage des matériaux destinés au chantier, à l'évacuation des matériaux de remblai qui avaient été approvisionnés par l'entreprise pour les besoins du chantier, les études engagées, plans et calendriers, et toutes études de préparation réalisées ;
- l'État a commis également plusieurs fautes ; l'État a ordonné le démarrage de la période de préparation du chantier, mais l'État n'a décidé ni de lancer le démarrage des travaux ni d'informer l'entreprise de démobiliser les moyens prévus pour ce démarrage, alors que des lettres prévoyant un démarrage du chantier lui ont été adressées en 2013, 2015, 2017 et 2018 ; l'État a tardé pour prononcer la résiliation du marché ; la résiliation est intervenue alors que plus aucun obstacle juridique ne s'opposait à la réalisation du nouvel aéroport ; la résiliation du marché est intervenue près de 5 ans après la notification du démarrage de la période de préparation du chantier ; la mobilisation inutile de moyens ne lui a pas permis de répondre à d'autres commandes ; ces fautes justifient une indemnisation complémentaire ;
- elle a également droit à une indemnisation sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques ; elle a subi un préjudice anormal et spécial ;
- elle a droit à une indemnité de résiliation de 5 % du montant du marché de 6 952 105,55 euros HT, soit 347 605,28 euros HT ;
- le coût de la période de préparation et de la période transitoire, qui comprend les frais de préparation, d'étude et d'immobilisation des équipes d'encadrement, s'élève à la somme de 124 388,75 euros HT pour la société Pigeon TP Loire Anjou et à la somme de 28 568 euros HT pour la société Marc SA ;
- les frais d'amené, d'évacuation et de stockage des matériaux d'apport déposés provisoirement à proximité du chantier s'élèvent à la somme de 1 219 398,39 euros HT ;
- les frais liés à l'immobilisation du matériel, soit 160 460 euros en 2013 et
42 450 euros en 2014, et à l'immobilisation du personnel, soit les sommes de 34 944 euros et 35 568 euros en 2013, doivent être indemnisés pour un total de 273 422 euros ;
- les frais d'approvisionnement à proximité du chantier de blocs de bétons BT4 et des éléments de signalisation s'élèvent à la somme de 58 760 euros, comprise dans le décompte général établi par l'État ;
- les frais d'étude au stade de la consultation s'élèvent à la somme de
15 697,50 euros HT ;
- les frais liés au manque de chiffre d'affaires s'élèvent à la somme de 435 600 euros ;
- elle a droit aux intérêts moratoires au taux de 7 % sur ces sommes, soit un total de 840 857,71 euros.
Une ordonnance du 10 juillet 2020 a dispensé d'instruction la requête n° 2006257.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Dias, rapporteur public,
- les observations de Me Henrion, représentant la société Pigeon TP Loire Anjou,
- les observations de Me Debray, représentant le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre du projet d'aménagement d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, l'Etat a confié, le 2 octobre 2012, le marché de réalisation d'un échangeur sur la RN 137 à Grandchamp-des-Fontaines à un groupement solidaire constitué des sociétés Egetra, mandataire, SRTP et Marc SA, pour un montant de 6 952 105,55 euros HT, soit 8 314 718,24 euros TTC. L'avis d'appel public à la concurrence indiquait une date prévisionnelle de commencement des travaux au 1er mars 2013. Par un avenant signé le 22 mai 2018, la société Pigeon TP Loire Anjou s'est substituée à la société Egetra, mandataire du groupement. A la suite de l'abandon du projet d'aéroport, l'État a décidé, le 11 juin 2019, de résilier unilatéralement le marché de travaux pour motif d'intérêt général. Par une lettre du 26 juin 2019, la société Pigeon TP Loire Anjou a présenté une demande d'indemnisation d'un montant de 3 229 580,60 euros HT. L'État a notifié le 8 novembre 2019 le décompte de résiliation du marché pour un montant total de
543 903,25 euros, comprenant un état d'acompte n° 1 d'un montant de 204 820,30 euros TTC et une indemnité de résiliation d'un montant de 339 082,95 euros TTC. La société a retourné le
27 novembre 2019 le décompte signé avec réserves et accompagné d'un mémoire en réclamation. Le silence gardé sur ce mémoire a fait naître une décision implicite de rejet. Par ses requêtes n° 2006106 et 2006257, la société Pigeon TP Loire Anjou demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 3 013 567 euros TTC sous déduction des acomptes déjà versés, au titre du décompte de résiliation du marché, la somme de 840 857,71 euros au titre des intérêts échus au 1er août 2019, assortie de la capitalisation des intérêts à compter de l'enregistrement de la requête et les intérêts sur les sommes en cause au taux de 7 % à compter du 2 août 2019.
2. Les requêtes n° 2006106 et 2006257 ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les conclusions indemnitaires de la société Pigeon TP Loire Anjou :
3. Les entreprises ayant formé un groupement solidaire pour l'exécution du marché dont elles sont titulaires sont réputées, dès lors qu'aucune répartition des tâches n'a été faite entre elles par le marché, se représenter mutuellement. Il en résulte que leurs conclusions doivent être regardées comme présentées au nom et pour le compte des membres du groupement et qu'elles peuvent tendre au paiement du solde global du marché. Toutefois, d'une part, la représentation mutuelle de membres de groupement cesse lorsque, présents dans l'instance, ils formulent des conclusions divergentes. D'autre part, un membre d'un groupement solidaire, qu'il en soit ou non le mandataire, est recevable à demander le paiement, pour son propre compte, des seules prestations qu'il a personnellement effectuées, y compris lorsque le marché ne précise pas la répartition des tâches entre les membres de ce groupement. Lorsque le maître d'ouvrage acquitte les sommes correspondant à ces prestations ou est condamné par le juge du contrat à les verser, il est libéré de sa dette à concurrence du montant des sommes correspondantes à l'égard de l'ensemble des membres du groupement.
4. En l'espèce, la société Pigeon TP Loire Anjou est mandataire du groupement solidaire. Les autres membres du groupement ne sont pas présents à l'instance. Les conclusions de la requérante doivent être regardées comme présentées au nom et pour le compte des membres du groupement.
En ce qui concerne la demande tendant à l'exécution des stipulations contractuelles :
5. En vertu des règles générales applicables aux contrats administratifs, la personne publique cocontractante peut toujours, pour un motif d'intérêt général, résilier unilatéralement un tel contrat, sous réserve des droits à indemnité de son cocontractant. Si l'étendue et les modalités de cette indemnisation peuvent être déterminées par les stipulations contractuelles, l'interdiction faite aux personnes publiques de consentir des libéralités fait toutefois obstacle à ce que ces stipulations prévoient une indemnité de résiliation qui serait, au détriment de la personne publique, manifestement disproportionnée au montant du préjudice subi par le cocontractant du fait de cette résiliation.
6. Aux termes de l'article 46 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux : " () 46.4. Résiliation pour motif d'intérêt général : / Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur résilie le marché pour motif d'intérêt général, le titulaire a droit à une indemnité de résiliation, obtenue en appliquant au montant initial hors taxes du marché, diminué du montant hors taxes non révisé des prestations reçues, un pourcentage fixé par les documents particuliers du marché ou, à défaut, de 5 %. / Le titulaire a droit, en outre, à être indemnisé de la part des frais et investissements, éventuellement engagés pour le marché et strictement nécessaires à son exécution, qui n'aurait pas été prise en compte dans le montant des prestations payées. Il lui incombe d'apporter toutes les justifications nécessaires à la fixation de cette partie de l'indemnité. / Le titulaire doit, à cet effet, présenter une demande écrite, dûment justifiée, dans le délai de deux mois compté à partir de la notification de la décision de résiliation ". Et aux termes de l'article 10 du cahier des clauses particulières du marché en litige : " () Dans le cas où le pouvoir adjudicateur résilie pour motif d'intérêt général, le pourcentage d'indemnisation prévu au premier alinéa de l'article 46.4 du CCAG est fixé à 5 % ".
7. Il résulte de ces stipulations qu'en cas de résiliation pour motif d'intérêt général, l'entrepreneur ne peut obtenir d'autre indemnité que celle correspondant à la part des frais et investissements éventuellement engagés pour le marché et strictement nécessaires à son exécution, à l'exception de l'indemnité forfaitaire correspondant à 5 % du montant total HT de ce marché. Si une société a droit au versement d'une somme d'un montant au titre de l'indemnité de résiliation représentant 5 % du montant HT des travaux diminué du montant des prestations payées, elle ne peut prétendre au versement d'une autre somme en réparation de la perte d'exploitation alléguée.
8. En premier lieu, la requérante soutient qu'elle a droit à une indemnité de résiliation de 5 % du montant du marché de 6 952 105,55 euros HT, soit 347 605,28 euros HT. Il résulte toutefois de l'instruction que le montant du marché, soit la somme de 6 952 105,55 euros HT telle qu'elle ressort de la notification de l'avenant n° 1 au marché, a été diminué de la somme de 170 446,51 euros HT versée au titre de l'état d'acompte n° 1, conformément aux articles 13 du CCAG travaux et 3-2.5 du CCAP du marché litigieux. Ainsi, l'indemnité due s'élevait à 5 % de la somme de 6 781 659,04 euros HT (6 952 105,55 - 170 446,51), soit la somme de
339 082,95 euros qui a été versée par l'État. Par suite, aucune somme supplémentaire n'est due à la requérante au titre de l'indemnité de résiliation.
9. En deuxième lieu, a requérante demande le versement de la somme de
124 388,75 euros HT pour la société Pigeon TP Loire Anjou et de la somme de 28 568 euros HT pour la société Marc SA au titre de la période de préparation du chantier et de la période transitoire, qui correspond à la période entre la fin de la période de préparation du chantier et la résiliation du marché.
10. Au titre de la période de préparation du chantier, la requérante a produit une pièce dite " sous-détail de prix ", qui indique un total de frais de personnel en période de préparation de 65 690 euros HT et cette somme a été majorée d'un " coefficient pour frais généraux sur travaux " et d'un " coefficient pour bénéfices et aléas sur travaux " de 1,15. Or l'état d'acompte n° 1 comprend notamment les études des ouvrages définitifs, d'un montant de 7 575 euros HT, et l'installation du chantier, d'un montant de 104 111,50 euros HT. Cet état d'acompte n° 1 couvre en principe tous les frais propres à la phase de préparation. Et la pièce dite " sous-détail de prix ", produite par la requérante pour les besoins de la cause, est dépourvue de valeur probante.
11. Au titre de la période transitoire, la pièce dite " sous-détail de prix ", que la requérante s'est produite à elle-même, indique un total de frais de personnel en période de transition de 42 745 euros HT, soit 27 000 pour un directeur de travaux, 8 250 euros HT pour un responsable topographique et 7 495 euros HT pour un chef de chantier, et la somme totale a été majorée d'un " coefficient pour frais généraux sur travaux " et d'un " coefficient pour bénéfices et aléas sur travaux " de 1,15. La requérante soutient que le directeur de travaux n'a pu être affecté de manière permanente sur un autre chantier que courant septembre 2013, le responsable topographique et le chef de chantier que courant juin de la même année. Toutefois, la seule production de la pièce dite " sous-détail de prix " ne suffit pas à établir la réalité de ces coûts supplémentaires.
12. En troisième lieu, en ce qui concerne les frais d'amené, d'évacuation et de stockage des matériaux d'apport déposés provisoirement à proximité du chantier, la requérante soutient que le projet nécessitait l'approvisionnement et la mise en œuvre de 68 500 m³ de matériaux de remblai d'apport, qu'un stock provisoire de matériaux avait été constitué sur un terrain pris en location auprès d'une entreprise, à proximité immédiate du chantier, sur le territoire de la commune de Vigneux-de-Bretagne, pour un loyer mensuel de 3 000 euros, que les relations avec la commune sont devenues conflictuelles, que la commune a notifié le 25 octobre 2013 un arrêté prononçant une amende de 20 000 euros et enjoignant à la société Egetra de procéder à l'enlèvement complet des matériaux stockés, sous astreinte de 1 500 euros par jour, que la société Egetra a dû évacuer tous les matériaux destinés au remblai avant le 31 janvier 2014 et régler une indemnité forfaitaire de 15 000 euros à la commune de Vigneux-de-Bretagne et qu'en contrepartie, la commune a renoncé à liquider l'astreinte, qui représentait à cette date près de 150 000 euros.
13. La requérante a produit les factures de location du terrain de janvier 2013 à janvier 2014, pour une somme totale de 39 000 euros HT. Ces dépenses ont été exposées en vain du fait de la résiliation du marché. Elles sont ainsi en lien direct et certain avec la décision du maître d'ouvrage de mettre fin au contrat et doivent être indemnisées conformément aux stipulations précitées de l'article 46.4 du CCAG travaux.
14. Toutefois, l'indemnité forfaitaire de 15 000 euros, résultant d'un protocole d'accord conclu entre la commune de Vigneux-de-Bretagne et la société Egetra TP, avait pour objet d'indemniser la commune notamment du fait de la détérioration de la voirie et des pollutions subséquentes. Ces dommages relèvent de la seule responsabilité de la société Egetra TP et aucune somme n'est due à ce titre par le maître d'ouvrage.
15. Quant aux frais d'évacuation, ils ont été chiffrés à la somme de 459 630 euros par un " sous-détail de prix " établi le 26 juin 2020. Selon le détail estimatif du marché, les prix " 2205 - remblai avec matériaux d'apport " et " 2206 - PST en matériaux d'apport " prévoyaient respectivement 68 600 m³ à 6 euros l'unité soit 411 600 euros et 26 150 m³ à
12,50 euros l'unité soit 326 875 euros. Toutefois, il s'agissait là de la fourniture de matériaux pour toute la durée d'un chantier qui n'a, en fait, jamais commencé et la requérante n'explique pas en quoi il aurait été nécessaire de continuer à stocker des matériaux alors que l'ordre de service prescrivant le commencement des travaux n'avait pas été pris. La demande recouvre en réalité, non des frais et investissements exposés par l'entreprise pour l'exécution du marché, mais l'intégralité du coût de fourniture des matériaux objets du marché. Il ne s'agit donc pas de frais et investissements, engagés pour le marché et strictement nécessaires à son exécution au sens de l'article 46.4 du CCAG.
16. En quatrième lieu, en ce qui concerne les frais liés à l'immobilisation du matériel et à l'immobilisation du personnel, la requérante demande, au titre de l'immobilisation du matériel, les sommes de 160 460 euros pour la période du 1er mars au 31 mai 2013 et de 42 450 euros pour la période du 6 au 31 janvier 2014. Au titre de l'immobilisation du personnel, elle demande les sommes de 34 944 euros, pour la période du 1er au 20 mars 2013, et de 35 568 euros pour la période du 21 mars au 31 mai 2013. Cependant la requérante, qui se borne à produire des pièces de " sous-détail de prix ", soit non datées soit datées de juin 2012 et qui ne mentionnent aucune période d'intervention, ne justifient pas la réalité de ces frais.
17. En cinquième lieu, en ce qui concerne les frais d'approvisionnement à proximité du chantier de blocs de bétons BT4 et des éléments de signalisation, la requérante demande la somme de 58 760 euros. Cette demande a été acceptée par l'État et l'état d'acompte n° 1 des prestations effectuées à la date du 14 février 2013 mentionne les " transports de séparateurs de type BT4 en béton " et la fourniture et l'assemblage de panneaux. La somme demandée ayant été réglée dans le cadre de l'état d'acompte n° 1, aucune somme supplémentaire n'est due à ce titre.
18. En sixième lieu, en ce qui concerne les frais d'étude au stade de la consultation, les frais d'études et frais divers liés à la négociation du marché ne peuvent être regardés comme des frais et investissements strictement nécessaires à l'exécution du marché dès lors qu'ils concernent soit la constitution du dossier de candidature soit des frais ayant vocation à être couverts par le prix des prestations déjà payées et pour le surplus, par l'indemnité de résiliation prévue par le premier alinéa de l'article 46.4 du CCAG Travaux.
19. En septième lieu, la requérante soutient que les frais liés au manque de chiffre d'affaires s'élèvent à la somme de 435 600 euros, qu'au regard du calendrier d'exécution, la réalisation des travaux du marché devait générer, sur les six premiers mois de chantier, de mars à août 2013, un chiffre d'affaires de 2 904 000 euros et que les frais généraux de structure, estimés pour l'année 2013 à 15 %, n'ont par conséquent pas pu être amortis sur ce montant de chiffre d'affaires. Toutefois, de tels frais ne peuvent être regardés comme des frais et investissements strictement nécessaires à l'exécution du marché.
En ce qui concerne la demande tendant à la mise en jeu de la responsabilité pour faute de l'Etat :
20. La requérante soutient que l'État a commis également plusieurs fautes, que l'État a ordonné le démarrage de la période de préparation du chantier, mais l'État n'a décidé ni de lancer le démarrage des travaux ni d'informer l'entreprise de démobiliser les moyens prévus pour ce démarrage, alors que des lettres prévoyant un démarrage du chantier lui ont été adressées en 2013, 2015, 2017 et 2018, que l'État a tardé pour prononcer la résiliation du marché, que la résiliation est intervenue alors que plus aucun obstacle juridique ne s'opposait à la réalisation du nouvel aéroport, que la résiliation du marché est intervenue près de 5 ans après la notification du démarrage de la période de préparation du chantier, que la mobilisation inutile de moyens ne lui a pas permis de répondre à d'autres commandes et que ces fautes justifient une indemnisation complémentaire.
21. Le 17 janvier 2018 a été annoncée la décision du Gouvernement d'abandonner le projet de réalisation d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Le projet, ancien, avait suscité une forte opposition, tant sur place avec l'installation d'opposants, que par la multiplication des recours contentieux. Dans ces conditions, en dépit de ce que la résiliation est intervenue après que les recours contentieux aient été purgés et après un référendum favorable à la réalisation du projet, le retard global pour résilier le marché en cause ne paraît pas fautif. Seul le délai entre l'annonce, le 17 janvier 2018, de la décision du Gouvernement d'abandonner le projet et la date de résiliation du marché, le 26 juin 2019, peut paraître excessif. Néanmoins la requérante ne justifie pas de l'existence d'un préjudice propre à cette période.
En ce qui concerne la demande tendant à la mise en jeu de la responsabilité sans faute de l'État :
22. Si la société Pigeon TP Loire Anjou invoque la responsabilité de l'État sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques, la requérante étant liée à l'État par un contrat, elle ne peut exercer à son encontre en raison des préjudices dont elle demande réparation, d'autre action que celle procédant de ce contrat.
23. Il résulte de tout ce qui précède que la société Pigeon TP Loire Anjou a droit, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, au versement de la somme complémentaire de
39 000 euros.
Sur les intérêts :
24. La société Pigeon TP Loire Anjou a droit aux intérêts au taux contractuel non contesté de 7 % à compter du 27 novembre 2019, date de réception du mémoire en réclamation, sur la somme de 39 000 euros.
25. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée dans la requête enregistrée le 26 juin 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du
27 novembre 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Pigeon TP Loire Anjou, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'Etat demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Pigeon TP Loire Anjou et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 39 000 (trente-neuf mille) euros à la société Pigeon TP Loire Anjou. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du
27 novembre 2019. Les intérêts échus à compter du 27 novembre 2020 puis à chaque échéance ultérieure à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à la société Pigeon TP Loire Anjou une somme de
1 500 (mille-cinq-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Pigeon TP Loire Anjou et au préfet de préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Simon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.
Le rapporteur,
E. A
La présidente,
C. LOIRAT La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière, 2006257
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026