jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2006965 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat : Mme CARO - R. 222-13 |
| Avocat requérant | SERARL SIRET & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et des mémoires enregistrés respectivement les 20 juillet 2020, 22 juillet 2020, 25 juillet 2022, 9 février 2023 et 5 avril 2023, M. A C, représenté par Me Siret, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision 48 SI du 13 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire par perte totale des points ainsi que les décisions individuelles de retraits de points consécutives aux infractions commises les 16 janvier 2017, 9 mai 2017, 22 mai 2017, 29 mai 2017, 7 juillet 2017, 17 novembre 2017, 24 avril 2018, 2 août 2018, 26 octobre 2018, 10 mai 2019, 25 juin 2019, 27 juin 2019 et 30 août 2019, qu'elle récapitule ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 12 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable à défaut pour l'administration d'établir la date de notification de la décision attaquée ; en tout état de cause, son recours a bien été exercé dans les deux mois suivant la fin de l'état d'urgence sanitaire ;
- il n'a jamais reçue la lettre 48 SI qui lui aurait été envoyée le 20 mars 2020 ;
- la décision 48SI lui est inopposable dès lors que sa notification est irrégulière ; elle méconnaît les dispositions de l'arrêté du 7 février 2007 ; la preuve de la distribution doit notamment comporter les nom et prénom du destinataire ou mandataire et sa signature, ce qui n'est pas établi par la pièce du dossier ; elle ne comporte pas l'attestation sur l'honneur de l'employé de la poste ;
- il n'est pas justifié de la délivrance, préalablement à chacun des retraits de points litigieux, des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- pendant les six mois de l'annulation du permis, il n'a pu exercer son métier de chauffeur, lequel lui procurait un revenu mensuel de 1 700 euros, ce qui a aggravé ses difficultés financières. Par conséquent, il sollicite l'octroi d'une indemnité mensuelle de 2 000 euros, soit la somme totale de 12 000 euros au titre de l'indemnisation du préjudice subi, du fait de l'illégalité des décisions litigieuses.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par le courrier du 3 avril 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par M. C, en l'absence de justification d'une réclamation préalable indemnitaire de nature à lier le contentieux et de décision administrative préalable avant que le juge ne statue.
M. C, représenté par Me Siret, a produit un mémoire en réponse à ce moyen soulevé d'office, enregistré le 5 avril 2023. Il demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler les décisions attaquées et d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- l'ordonnance n° 2007017 du 20 août 2020 du juge des référés du Tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
-le code de justice administrative.
Par une ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée au 10 février 2023.
Le président du tribunal a désigné Mme Caro, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Siret, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de plusieurs infractions au code de la route, entraînant retraits de points de son permis de conduire, M. C a fait l'objet d'une décision référencée " 48 SI ", du 20 mars 2020, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. C demande au Tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retraits de points intervenues à la suite de diverses infractions constatées entre le 16 janvier 2017 et le 30 août 2019 récapitulées dans la décision " 48 SI ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'inopposabilité de la décision 48SI, liée à sa notification irrégulière :
2. Il résulte des mentions figurant au relevé d'information intégral du requérant, daté du 7 avril 2021, extrait du système national des permis de conduire, qui est produit en défense, que l'intéressé s'est vu notifier, par pli référencé n° 2C 1552 609 463, la décision 48SI attaquée, à l'adresse qu'il a mentionnée à l'autorité administrative chargée de la gestion du permis de conduire, soit le 2 rue du Roitelet, le Poiré sur vie (85 170). La copie de l'avis de passage postal, également produit en défense, mentionne la date de distribution, soit le 3 avril 2020, et comporte la mention " covid 19 ". Le ministre de l'intérieur fait valoir que cette attestation est conforme aux dispositions de l'arrêté du 15 avril 2020 ayant modifié, eu égard au contexte de crise sanitaire, le 15 avril 2020, l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux. Si le requérant soutient que ces dispositions, qui n'étaient pas encore entrées en vigueur à la date du 3 avril 2020, n'étaient pas applicables et que par ailleurs, la preuve de la distribution ne comporte pas les nom, prénom, signature du destinataire ou mandataire ni l'attestation sur l'honneur de l'employé de la Poste, l'absence de notification de la décision 48SI, ou l'irrégularité de celle-ci, à la supposer avérer, empêche uniquement le délai de recours contentieux de courir à son encontre, mais est sans incidence sur sa légalité. Le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré d'un défaut d'information préalable aux retraits de points :
3. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaitre la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en constater la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.
4. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. En outre, avant même que ces mentions aient été rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettaient le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il serait procédé au retrait de points et portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
5. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C que les infractions des 16 janvier 2017, 9 mai 2017, 22 mai 2017, 29 mai 2017, 7 juillet 2017, 17 novembre 2017, 24 avril 2018, 2 août 2018, 26 octobre 2018, 12 mars 2019, 10 mai 2019, 25 juin 2019, 27 juin 2019, 3 juillet 2019 et 30 août 2019 ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au CNT-CSA (centre national de traitement du contrôle sanction automatisé) et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur, produit les attestations de paiement établies par la trésorerie qui atteste que l'intéressé a payé les amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions commises les 16 janvier 2017, 9 mai 2017, 22 mai 2017, 29 mai 2017, 7 juillet 2017, 17 novembre 2017, 24 avril 2018, 2 août 2018, 26 octobre 2018, 12 mars 2019, 10 mai 2019, 25 juin 2019, 30 août 2019, 3 juillet 2019 et 27 juin 2019. Si M. C soutient que ces paiements résulteraient de recouvrements forcés, il ne le justifie que pour les infractions commises les 26 octobre 2018, 12 mars 2019, 25 juin 2019, 27 juin 2019 et 3 juillet 2019 par la production d'avis de saisie administrative à tiers détenteur. Or, ces infractions, correspondant toutes à un excès de vitesse inférieur à 20 km/h, ont été précédées de 14 infractions de même nature commises entre le 16 janvier 2017 et le 2 août 2018, de sorte que le ministre est fondé à soutenir que M. C a, de fait, bénéficié à l'occasion de l'ensemble des infractions précédentes de l'ensemble des informations légalement exigées. Dès lors, le moyen doit être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises et par voie de conséquence, l'annulation de la décision 48SI.
Sur les conclusions à fin indemnitaires :
7. En l'absence d'irrégularité fautive, de telles conclusions aux fins de condamnation de l'Etat, qui au demeurant sont irrecevables en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, en l'absence de justification d'une réclamation préalable indemnitaire de nature à lier le contentieux, doivent être rejetées pour n'être pas fondées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La magistrate désignée,
N. B
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026