vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2007099 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | WALTER & GARANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 20 juillet 2020, 4 et 6 mai 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Clader représentée par Me Pereira Fialho, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016 à hauteur de 99 389 euros ainsi que des intérêts de retard correspondants ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;
- la valorisation retenue des parts de la SCI Les Ateliers du Marais correspond à celle fixée dans le cadre du plan du cession arrêté par le tribunal de commerce de Saint-Nazaire le 15 janvier 2014 afin de permettre sa reprise ; il y avait une logique économique à maintenir ses valorisations à défaut d'amélioration de sa situation ;
- pour la déterminer la valeur des titres de la SCI Les Ateliers du Marais, il convient de déduire une dette de 350 000 euros au passif social qui correspond à des travaux refacturés par son locataire ;
- il convient d'appliquer un abattement de 15 % pour occupation des locaux ;
- il convient d'appliquer un abattement supplémentaire de 15 % compte tenu de l'absence de liquidité des parties de la SCI Les Ateliers du Marais ;
- la fiscalité latente doit être déduite de la valeur de l'actif.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 novembre 2020 et 14 mars 2022, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par l'EURL Clader ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Penhoat,
- et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Clader, dirigée par M. A B, qui détenait 375 parts de la SCI des Marais en a acquis 802 parts supplémentaires en 2015 et 2016 au prix unitaire de 33,33 euros. A la suite de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la SCI des Marais au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, l'administration a remis en cause, par une proposition de rectification du 6 septembre 2017, le prix d'acquisition des parts de cette société par l'EURL Clader, tel que comptabilisé à l'actif de son bilan au titre des exercices 2015 et 2016, estimant que cette acquisition avait été réalisée à un prix volontairement minoré. Elle a, en conséquence, été assujettie à un complément d'impôt sur les sociétés au titre de cet exercice, assorti de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévu au a. de l'article 1729 du code général des impôts. Après avoir vainement présenté une réclamation, l'EURL Clader demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et intérêts de retard auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015 et 2016 à hauteur 99 389 euros.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rehaussements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
3. La proposition de rectification du 6 septembre 2017 adressée à l'EURL Clader mentionne l'impôt concerné, les exercices d'imposition, la base d'imposition retenue ainsi que le fondement légal de la rectification opérée et les motifs qui ont amené l'administration à considérer que la société avait procédé à une valorisation insuffisante, à l'actif de son bilan, des 802 parts de la SCI du Marais acquises en 2015 et 2016. Elle est ainsi suffisamment motivée au sens des dispositions précitées. Si l'EURL Clader fait valoir que l'administration ne rapporte pas la preuve d'une distribution occulte, cette critique a trait au bien-fondé de l'imposition en litige et est, en elle-même, sans incidence sur la motivation de la proposition de rectification.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
4. Aux termes du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés () ". Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III au même code : " Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. Cette valeur d'origine s'entend : () b. Pour les immobilisations acquises à titre gratuit, de la valeur vénale ; c. Pour les immobilisations apportées à l'entreprise par des tiers, de la valeur d'apport () ".
5. En premier lieu, la valeur vénale des parts de sociétés non cotées en bourse sur un marché réglementé doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession est intervenue. L'évaluation des titres d'une telle société doit être effectuée, par priorité, par référence au prix d'autres transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur les titres de la même société ou, à défaut, de sociétés similaires. En l'absence de telles transactions, elle peut légalement se fonder sur la combinaison de plusieurs méthodes alternatives.
6. Il ressort de la proposition de rectification adressée le 6 septembre 2017 à l'EURL Clader que la SCI Les Ateliers du Marais, société à prépondérance immobilière n'ayant pas opté pour l'impôt sur les sociétés, dont le capital social est composé de 1 500 parts, est propriétaire d'un immeuble à usage de bureaux et d'atelier loué par la SAS Ateliers du Marais SN dont l'activité est la fabrication de meubles de bureaux et de magasins comprenant au rez de chaussée 250 m² de bureaux et un atelier de 2 500 m², au 1er étage 150 m² de bureaux et 130 m² de locaux sociaux et édifié sur un terrain de 9 600 m² situé sur la commune Saint-Nazaire. Les sociétés ETS Maleville et ED2L, dirigées par M. A B, et M. C ont, le 28 mars 2014, acquis respectivement 600, 300 et 100 parts sociales de la SCI Les Ateliers du Marais pour le prix de 33,33 euros l'unité, dans le cadre du plan de cession de cette société arrêté par le tribunal de commerce de Saint-Nazaire le 15 janvier 2014. L'EURL Clader a acquis, le 5 mai 2015, 300 parts de la SCI Les Ateliers du Marais auprès de la SARL EDL2, le 4 septembre 2016 600 parts supplémentaires auprès de la SAS ETS Maleville et le 28 septembre 2016 100 parts supplémentaires auprès de M. C, toutes au prix unitaire de 33,33 euros. M. A B était, lors des cessions réalisées en 2015 et 2016, gérant des sociétés Clader et ED2L et président de la société ETS Maleville. M. C était quant à lui salarié de la société Ateliers du Marais SN.
7. Il résulte de l'instruction que, pour déterminer la valeur vénale des titres de la SCI Les Ateliers du Marais, le vérificateur, d'une part, a calculé la valeur dite mathématique de ces titres, en recherchant notamment la valeur de l'immeuble détenu par la SCI Les Ateliers du Marais par comparaison avec des opérations récentes portant sur des fonds de commerce similaires et, d'autre part, a déterminé la valeur de productivité de ces titres, résultant du rapport entre le bénéfice moyen pondéré durant les trois exercices clos en 2013, 2014 et 2015 et un taux de capitalisation de 5 % calculé à partir de paramètres liés à l'émission des emprunts d'Etat à long terme déflaté du taux d'érosion monétaire et majoré d'une prime de risque, conformément au guide de l'évaluation des entreprises. Le vérificateur a ensuite retenu la moyenne de ces deux résultats selon une formule faisant intervenir deux fois la valeur mathématique pour une fois la valeur de productivité ainsi que le pourcentage de titres détenus. La valeur vénale unitaire des titres de la SCI Les Ateliers du Marais a ainsi été fixée à 603 euros pour 2015 et 676 euros pour 2016. L'administration a toutefois retenu au titre de la valeur mathématique, en cours d'instance, pour tenir compte des observations du contribuable qui a notamment produit un rapport d'expertise du cabinet Roux en février 2015, la valeur vénale de l'immeuble détenu par la SCI Les ateliers du Marais telle qu'elle a été fixée par ce rapport à hauteur de 995 000 euros et a également appliqué une décote de 10 % pour non liquidité des parts sociales de cette SCI. Après application de la moyenne énoncée ci-dessus, l'administration a estimé à 386 euros la valeur unitaire d'un titre de la SCI Les Ateliers du Marais à la date de leur cession en 2015 et à 499 euros en 2016 ce que conteste la société requérante qui critique la méthode utilisée et demande également la prise en compte d'une dette envers son locataire ainsi que différents abattements et décotes.
8. A ce titre, l'EURL Clader ne peut se borner pour contester la méthode de valorisation retenue par le service se référer à la valeur des titres retenue par le tribunal de commerce le 15 janvier 2014 dans le cadre du plan de cession de la société Les Ateliers du Marais alors que l'appréciation de la valeur des parts de la SCI doit se rapprocher de celle qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession est intervenue soit en l'espèce en mai 2015 et septembre 2016. Si la société requérante fait valoir que la situation de la SCI Les Ateliers du Marais ne s'était pas améliorée, elle ne l'établit pas par les pièces versées au dossier.
9. La société requérante revendique la prise en compte de travaux refacturés à la SCI Ateliers du Marais par son locataire à hauteur de 350 000 euros. Toutefois, alors même que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a dans son avis du 4 avril 2019 pris en compte ces travaux, elle n'établit pas l'existence d'une dette certaine dans son principe et son montant par la production d'un courrier sans date certaine adressé à la SCI Atelier du Marais alors que le service fait valoir que le rapport du cabinet d'expertise Roux n'en a pas fait état. Les deux factures produites des 1er et 31 janvier 2016 ainsi qu'un avenant au bail conclu le 2 janvier 2016 ne l'établissent pas davantage en l'absence de précisions sur les travaux effectués et alors que le service fait valoir sans être contesté que l'engagement de refacturer les travaux figure toujours à l'actif de la société locataire au moins jusqu'au 31 décembre 2018.
10. Par ailleurs, si la société requérante sollicite une décote pour occupation des locaux fixée à 15%, elle n'en justifie pas notamment au regard de la nature des occupants ou de la durée du bail.
11. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la décote de 10 % appliquée par le vérificateur serait insuffisante pour tenir compte à la fois de l'absence de liquidité des parts de la SCI et de la contrainte liée à la nécessité d'obtenir le consentement de tous les associés pour la cession de parts alors qu'il résulte de l'instruction que la pondération retenue par l'administration entre la valeur mathématique et la valeur de productivité des titres de la SCI Les Ateliers du Marais, qui a consisté à privilégier leur valeur patrimoniale, permet également de prendre en compte le caractère minoritaire de la participation cédée à la société requérante.
12. Enfin, si la société requérante fait valoir que la valeur des actifs immobiliers de la société Les Ateliers du Marais doit être réduite d'une décote correspondant à la fiscalité latente, elle n'en justifie pas davantage.
13. Il résulte de ce qui précède que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve d'un écart significatif entre le prix de vente des parts sociales de la SCI Les Ateliers du Marais et leur valeur vénale.
14. En second lieu, il résulte de l'instruction que M. A B était, lors des cessions réalisées en 2015 et 2016, gérant des sociétés Clader et ED2L et président de la société ETS Maleville, cette dernière étant indirectement détenue par la holding Clader. Par ailleurs, M. C a acquis au même titre que les sociétés ETS Maleville et ED2L 100 parts sociales de la SCI Les Ateliers du Marais dans le cadre du plan de cession de cette société arrêté par le Tribunal de commerce de Saint-Nazaire le 15 janvier 2014 puis les a revendues au même prix à la société requérante. Eu égard à la communauté d'intérêts unissant le dirigeant de la société requérante et les vendeurs détaillée notamment au point 6 du jugement, l'administration rapporte la preuve d'une libéralité consentie au bénéfice de l'EURL Clader par les cédants des parts de la SCI Les Ateliers du Marais.
Sur les intérêts de retard :
15. La contestation des intérêts de retard doit être rejetée par voie de conséquence du rejet des conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mis à la charge de l'EURL Clader laquelle ne soulève à cet égard aucun moyen propre.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par l'EURL Clader doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par l'EURL Clader au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Clader est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Clader et au directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Penhoat, premier conseiller,
Mme Frelaut, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le rapporteur,
A. PENHOATLa présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026