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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2007136

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2007136

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2007136
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEFEUVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2020, M. C, représenté par Me Lefeuvre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu qui ont été mises à sa charge au titre des années 2014 et 2015 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le service a porté atteinte aux droits de la défense en exerçant son droit de communication auprès d'organismes bancaires avant le terme du délai de soixante jours qui lui avait été indiqué pour remettre ses relevés bancaires ;

- c'est à tort que l'administration lui a demandé des justifications et des éclaircissements au titre de l'année 2015 sur le fondement de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales dès lors que les crédits inscrits à ses comptes bancaires étaient inférieurs au double des revenus déclarés ;

- en application du principe d'égalité des armes, il sollicite la production des pièces fondant les rehaussements dont l'administration n'aurait pas fait part au cours de la procédure et qui établiraient qu'il a encaissé des chèques émis par les sociétés Villy Protection et Security Groupe pour le compte d'un ami ;

- s'agissant des revenus d'origine indéterminée, il a fait état au cours du contrôle que ses frais de déplacements étaient remboursés par son employeur et qu'il a encaissé les chèques émis par les sociétés Villy Protection et Security Groupe pour le compte d'un ami à qui il a restitué les fonds ;

- c'est à tort que le service a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, dès lors qu'il a démontré avoir encaissé les chèques émis par les sociétés Villy Protection et Security Groupe pour le compte d'un ami à qui il a restitué les fonds, qu'il était de bonne foi et qu'il n'avait jamais fait l'objet de rappels d'impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2020, le directeur de la direction spécialisée du contrôle fiscal Centre-Ouest conclut rejet du surplus de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Penhoat,

- et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

1. A l'issue d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, l'administration a assujetti M. A à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 et 2015, à raison de crédits injustifiés sur ses comptes bancaires personnels, selon la procédure de taxation d'office prévue par les dispositions des articles L. 16 et L. 69 du livre des procédures fiscales. Sa réclamation contentieuse ayant été rejetée, il demande au tribunal d'en prononcer la décharge.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu () Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. () Elle est également prorogée des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de les produire dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration () ".

3. Contrairement à ce que soutient le requérant, les dispositions précitées de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales ne font pas obstacle à ce que l'administration, après avoir demandé au contribuable de lui communiquer ses relevés de compte, exerce, avant même l'expiration du délai de soixante jours imparti au contribuable, son droit de communication auprès des organismes bancaires pour obtenir ces mêmes documents.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements. () / Elle peut également lui demander des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés, notamment lorsque le total des montants crédités sur ses relevés de compte représente au moins le double de ses revenus déclarés ou excède ces derniers d'au moins 150 000 euros. () ". Aux termes de l'article L. 69 du même livre : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ".

5. D'une part, la différence constatée entre les sommes portées au crédit des comptes bancaires ouverts au nom du contribuable et les revenus bruts par lui déclarés, dont l'importance doit justifier la mise en œuvre de la procédure de demande de justifications, s'entend de celle que l'administration constate avant tout examen critique préalable à cette mise en œuvre des crédits qu'elle a recensés, quelles que soient les premières justifications que le contribuable a pu spontanément apporter postérieurement à l'engagement de la vérification, et qui peuvent être de nature à réduire le montant des crédits sur lesquels il sera effectivement interrogé.

6. D'autre part, une somme inscrite au crédit d'un compte bancaire ou d'un compte courant d'un contribuable en exécution d'un virement opéré depuis un autre compte bancaire ou compte courant retenu par l'administration pour sa comparaison ne peut constituer un indice de revenu dissimulé. Par suite, si l'administration n'est pas tenue de procéder à un examen critique préalable des crédits figurant sur les comptes bancaires ou les comptes courants d'un contribuable, ni, quand elle l'a fait, de se référer, comme terme de comparaison, aux seuls crédits dont l'origine n'est pas justifiée après le premier examen, elle doit neutraliser, afin de déterminer le montant total des crédits à prendre en compte pour procéder à cette comparaison, les virements de compte à compte de l'intéressé. En revanche, s'agissant des remises de chèques, l'administration n'est pas tenue de les extourner des crédits pris en compte, alors même que certaines remises de chèques correspondraient à des versements de compte à compte, dès lors qu'une telle exclusion nécessiterait une analyse critique des relevés bancaires.

7. Il résulte de l'instruction que le total des crédits portés sur les comptes bancaires de M. A au titre de l'année 2015, abstraction faite des virements de compte à compte, s'élevait à la somme de 69 750 euros alors que le montant de ses revenus déclarés au titre de la même année s'élevait à 24 506 euros. Pour déterminer le premier terme de comparaison, l'administration s'est référée aux sommes inscrites au crédit des comptes bancaires du requérant qui s'élèvent à 81 734 euros, après déduction d'un montant de 11 984 euros correspondant à des virements de compte à compte intégrant ceux dont la déduction est réclamée par le requérant. En ce qui concerne le deuxième terme de comparaison, l'administration ne pouvait se fonder que sur le montant des revenus bruts déclarées par M. A. Il s'ensuit que la différence constatée, avant même tout examen critique préalable entre les sommes portées au crédit des comptes bancaires de M. A et qui représente plus du double des revenus déclarés par l'intéressé en 2015, justifie la mise en œuvre de la procédure de demande de justifications en application des dispositions précitées de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen tiré de ce que le service aurait méconnu les dispositions de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales pour établir l'imposition de M. A au titre de l'année 2015 doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration détenait des informations ou documents fondant les rehaussements dont elle n'aurait pas fait part au cours de la procédure et dont le requérant sollicite la communication en invoquant le respect du principe d'égalité des armes.

Sur le bien-fondé des impositions :

9. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

10. Il résulte de l'instruction que l'administration a eu recours à la procédure de taxation d'office de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales pour réintégrer les revenus d'origine indéterminée dans les revenus imposables de M. A. Par suite, le requérant supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions supplémentaires mises à sa charge à raison de ces rectifications, en application des dispositions de l'article L. 193 précitées.

11. Si pour contester les impositions mise à sa charge M. A soutient qu'il aurait encaissé des chèques émis par les sociétés Villy Protection et Sécurité Groupe pour le compte d'un ami pour un montant de 62 171 euros en 2014 et 18 914 euros en 2015 et qu'il lui aurait restitué les sommes en question, il ne produit cependant aucune pièce au soutien de ses affirmations. Le requérant n'établit pas davantage que les sommes versées sur ses comptes bancaires correspondraient pour partie au remboursement de frais professionnels par son employeur. Dans ces conditions, M. A ne rapporte pas la preuve à sa charge que les sommes litigieuses ont été imposées à tort comme revenus d'origine indéterminée.

Sur les pénalités :

12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; (). ".

13. Pour justifier l'application de la majoration pour manquement délibéré, l'administration fait état de l'importance au regard des revenus déclarés des sommes ayant fait l'objet d'une taxation au titre des revenus d'origine indéterminée, de l'absence de justification sérieuse de l'origine des sommes taxées et du caractère répété des infractions sur les deux années en litige. Par suite, elle justifie le caractère délibéré de l'insuffisance de déclaration et donc l'application de la majoration pour manquement délibéré.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au directeur de la direction spécialisée du contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

M. Penhoat, premier conseiller,

Mme Frelaut, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le rapporteur,

A. PENHOATLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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