jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2007330 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOIZARD - GUILLOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 juillet 2020, le 18 avril 2023 et le 30 mai 2023, M. G B, représenté par Me Guillou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier universitaire d'Angers et le centre hospitalier Sarthe et Loir à lui verser la somme totale de 1 969 597,53 euros (2729,55 + 1395,74 + 1749,47 + 87677,40 + 61650 + 8419,38 + 1 436 563,30 + 3750 + 19162,69 + 60000 + 9000 + 191250 + 48750 + 18750 + 3750 + 15000) au titre de la perte de chance à soixante-quinze pour cent d'éviter les préjudices qu'il a subis, dont ils sont responsables respectivement à hauteur de 50 pour cent et 25 pour cent, somme de laquelle devra être déduite celle de 50 000 euros déjà versée à titre de provision par l'assureur du centre hospitalier universitaire d'Angers ;
2°) à titre subsidiaire, si aucune faute imputable auxdits établissements hospitaliers ne devait être retenue, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales au paiement du même montant ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers et du centre hospitalier Sarthe et Loir la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers et celle du centre hospitalier Sarthe et Loir doivent être engagées pour faute, les deux établissements ayant adopté une attitude non conforme dans la prise en charge médicale de M. B durant l'été 2016, lui ayant fait perdre soixante-quinze pour cent de chance d'éviter le risque de devenir tétraplégique ; d'une part, le centre hospitalier universitaire d'Angers a commis une faute en refusant de prendre en charge M. B durant l'été 2016 alors que le scanner réalisé montrait une compression médullaire importante, laquelle impliquait une prise en charge immédiate dans un service de neurochirurgie, et cette faute a fait perdre à l'intéressé une chance de 50 pour cent d'éviter le risque de devenir tétraplégique ; d'autre part, le centre hospitalier Sarthe et Loir a commis une faute en laissant M. B rentrer à son domicile durant l'été 2016 alors que le scanner réalisé montrait une compression médullaire importante, laquelle impliquait une prise en charge immédiate dans un service de neurochirurgie, et cette faute a fait perdre à l'intéressé une chance de 25 pour cent d'éviter le risque de devenir tétraplégique ;
- le lien de causalité entre ces fautes et les préjudices qu'il a subis est établi ;
- à défaut de condamnation du centre hospitalier universitaire d'Angers et du centre hospitalier Sarthe et Loir, l'ONIAM devra être condamné à indemniser ses préjudices ;
- il y a lieu d'indemniser ses préjudices comme suit, après application du taux de perte de chance à hauteur de soixante-quinze pour cent :
* 2 729,55 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;
* 1 395,74 euros au titre des frais divers ;
* 1 749,47 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;
* 87 677,40 euros au titre des dépenses de santé futures ;
* 61 650 euros au titre des frais de logement adapté, laquelle somme devra être indexée sur l'indice INSEE du coût de la construction, à la date du jugement à intervenir ;
* 8 419,38 euros au titre des frais de véhicule adapté, laquelle somme devra être indexée sur l'indice INSEE relatif à l'offre intérieure des produits industriels - véhicules automobiles, à la date du jugement à intervenir ;
* 1 436 563,30 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;
* 3 750 euros au titre de l'incidence professionnelle ;
* 19 162,69 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 60 000 euros au titre des souffrances endurées ;
* 9 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* 48 750 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
* 191 250 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 18 750 euros au titre du préjudice sexuel ;
* 3 750 euros au titre du préjudice d'établissement ;
* 15 000 euros au titre du préjudice permanent exceptionnel.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 septembre 2020 et le 4 avril 2023, l'Office national des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Ravaut :
1°) à titre principal, demande au tribunal de constater que les conditions d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies et, en conséquence, de prononcer sa mise hors de cause et de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier universitaire d'Angers et du centre hospitalier Sarthe et Loir la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, s'en remet à l'appréciation du tribunal s'agissant de la demande de contre-expertise sollicitée subsidiairement par le centre hospitalier universitaire d'Angers et le centre hospitalier Sarthe et Loir.
Il soutient qu'il devra être mis hors de cause dès lors :
- qu'aucune demande n'est dirigée contre lui ;
- et qu'en tout état de cause, les conditions pour une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies, compte tenu de ce que :
* d'une part, les fautes commises par les deux établissements hospitaliers, qui sont parfaitement établies et sont antérieures à la survenance de l'aléa thérapeutique lors de la biopsie réalisée le 13 août 2016, sont exclusives d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale ;
* d'autre part, le dommage subi par M. B n'est pas anormal au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci : la biopsie réalisée le 13 août 2016 n'a pas entraîné de conséquences notablement plus graves que celles auxquelles l'intéressé était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement, à savoir la tétraplégie ; en outre, dans les conditions où cette biopsie a été réalisée (sur une moelle épinière particulièrement fragilisée par une compression depuis trois semaines), la survenance d'une tétraplégie ne présentait pas une probabilité faible, cette probabilité était au contraire très importante, le risque pour M. B de devenir tétraplégique, même s'il avait fait l'objet d'une prise en charge médicale conforme immédiate, ayant été évalué par l'expert à 25 pour cent.
Par des mémoires enregistrés les 4 octobre 2021, 28 février 2023, 19 avril 2023 et 20 juillet 2023, le centre hospitalier Sarthe et Loir, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de M. G B et les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une contre-expertise contradictoire confiée à un expert neurochirurgien ;
3°) à titre infiniment subsidiaire :
° de fixer à soixante-quinze pour cent le taux de perte de chance pour M. G B d'éviter la tétraplégie en l'absence de faute, et de limiter à 25 pour cent la part de responsabilité imputable à la faute éventuellement retenue du centre hospitalier Sarthe et Loir ;
° d'indemniser les préjudices de M. G B à hauteur de 289,21 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels, de 20 371,50 euros au titre de l'assistance à tierce personne, de 1 828,12 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 4 414,88 euros au titre des souffrances endurées, de 1 875 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 29 259 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 4 414,88 euros au titre du préjudice esthétique permanent, de 937,50 euros au titre du préjudice sexuel, et d'écarter l'ensemble des autres préjudices invoqués par l'intéressé ;
° de ramener à de plus justes proportions les demandes présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme au titre de ses débours et de son indemnité forfaitaire de gestion, respectivement à hauteur de 57 679,24 euros et de 217,87 euros ;
° de ramener à de plus justes proportions les demandes présentées par M. G B et par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) en tout état de cause :
° de rejeter comme étant irrecevables les demandes présentées par Mme E B, M. F B, M. D B et Mme C B ;
° de rejeter la demande présentée par l'ONIAM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal :
° il n'existe pas de lien de causalité direct et certain entre le retard de diagnostic et la décompensation médullaire subie par M. G B, dès lors qu'il n'est pas établi que l'évolution clinique de ce dernier aurait été différente s'il avait bénéficié d'une prise en charge plus précoce, son examen neurologique ayant été strictement identique lors des consultations des 15 juillet, 2 et 5 août 2016 et lors de son hospitalisation du 8 au 13 août 2016 ; un neurochirurgien expert près la cour d'appel de Lyon indique que l'aggravation neurologique aboutissant à la tétraplégie peut être liée à des évènements peropératoires tels que des difficultés techniques chirurgicales ou anesthésiques rencontrées le 13 août 2016, et que dans la mesure où l'abcès épidural était déjà visible sur le scanner réalisé le 2 août 2016, cette aggravation aurait pu survenir même en cas de biopsie plus précoce et donc même en cas de prise en charge chirurgicale plus en amont ;
° aucune faute n'a été commise par le centre hospitalier Sarthe et Loir :
* s'agissant du 15 juillet 2016 : il n'était pas fautif de laisser le patient rentrer à son domicile dès lors que, contrairement à ce que soutient l'expert, les radiographies réalisées ne permettaient pas à un médecin urgentiste, non spécialiste, de retenir le diagnostic d'atteinte vertébrale, deux neurochirurgiens ayant en effet relevé qu'il était difficile voire impossible d'établir un diagnostic de spondylodiscite sur la base de ces seules images ;
* s'agissant du 2 août 2016 : le centre hospitalier Sarthe et Loir a parfaitement suivi les recommandations du centre hospitalier universitaire d'Angers, seul centre neurochirurgical du département, qui ne voulait pas que le patient lui soit transféré et qui a préconisé une " A sans urgence ", en programmant cette A le 5 août 2016 dans son service d'imagerie en l'absence de place disponible en imagerie de ville avant le mois de septembre 2016 ; le centre hospitalier universitaire d'Angers ne peut sérieusement soutenir, pour la première fois dans le cadre de cette procédure, qu'il est très probable que son interne en neurochirurgie ait préconisé une " A en urgence " et qu'il y ait eu mauvaise compréhension de cet avis, dès lors que cela n'est étayé par aucun élément et que la mention " A sans urgence " inscrite dans le dossier médical du patient n'a pas été remise en cause au cours de l'expertise où était représenté le centre hospitalier universitaire d'Angers ; en tout état de cause, la réalisation en urgence d'une A n'aurait rien changé à l'analyse du centre hospitalier universitaire d'Angers puisque lorsque les images de A réalisée le 5 août 2016 lui ont été transmises, il a préconisé un retour à domicile et une prise en charge en rhumatologie ; le médecin urgentiste du centre hospitalier Sarthe et Loir n'avait le 2 août 2016, en l'absence de signe neurologique, aucun argument pour aller à l'encontre de l'avis qui lui avait été donné par un spécialiste en neurochirurgie, lequel était le seul à pouvoir apprécier l'urgence ou non de la réalisation d'une A ;
* s'agissant du 5 août 2016 : le centre hospitalier Sarthe et Loir a immédiatement transféré les images de A au service de neurologie du centre hospitalier universitaire d'Angers, lequel a refusé le transfert du patient en considérant qu'il n'était pas éligible à une prise en charge chirurgicale et qu'une prise en charge rhumatologique, sans urgence était nécessaire ; le centre hospitalier Sarthe et Loir a ainsi parfaitement suivi les recommandations du centre hospitalier universitaire d'Angers en organisant la prise en charge du patient en rhumatologie et, en l'absence d'urgence, en le laissant rentrer à son domicile ; au demeurant, la prise en charge du patient au centre hospitalier universitaire d'Angers à partir du 8 août 2016 n'ayant permis une biopsie que le 13 août suivant, aucun retard ne saurait être imputé au centre hospitalier Sarthe et Loir ;
- à titre subsidiaire : une contre-expertise, confiée à un expert en neurochirurgie, doit être ordonnée, dès lors, d'une part, que les conclusions de l'expertise et le partage de responsabilité retenu par l'expert sont critiquables, et d'autre part, que l'examen du patient n'ayant pu être réalisé contradictoirement, l'expert, pour évaluer les préjudices de ce dernier, s'est appuyé sur un examen pratiqué par un médecin missionné par l'épouse et l'avocat du requérant, lequel médecin n'a pas évalué les préjudices mais uniquement conclu à " un tableau de paraplégie de type C7 " ; l'expert n'a pas distingué les séquelles retenues de celles normalement attendues dans les suites de lésions cervicales avec compression médullaire ;
- à titre infiniment subsidiaire :
° si le tribunal devait imputer une faute au centre hospitalier Sarthe et Loir, la part de responsabilité ne saurait excéder le taux de 25 pour cent retenu par l'expert, dès lors que contrairement à ce que soutient le centre hospitalier universitaire d'Angers, la part de responsabilité de ce dernier est majeure en l'espèce, comme l'a rappelé l'expert ;
° s'agissant des préjudices invoqués par le requérant :
* les dépenses de santé actuelles ne sont pas justifiées ; l'attestation de novembre 2020 sur les prix pratiqués au 1er mars 2020 ne permet pas de justifier les sommes demandées au titre de la période du 4 juillet 2018 au 20 septembre 2018, ni de connaître les éventuelles aides perçues au titre de l'hébergement sur cette période ; par ailleurs, l'expert n'a pas retenu ce poste de préjudice ;
* les frais divers ne sont pas justifiés ; d'une part les honoraires du médecin spécialisé en appréciation du dommage corporel à hauteur de 1 091 euros doivent rester à la charge du requérant dès lors qu'il a fait intervenir ce médecin unilatéralement et sans contradictoire, qu'il n'est pas justifié de l'impossibilité rencontrée par le patient pour se déplacer auprès de l'expert, et que la facture produite concerne une expertise réalisée le 22 mai 2019 auprès d'un patient ayant une autre identité ; d'autre part, il n'est pas justifié du lien de causalité entre les préjudices subis et l'achat d'une tablette tactile dont l'expert n'a d'ailleurs pas retenu la nécessité ;
* les pertes de gains professionnels actuels : après déduction de la période d'arrêt de travail dont le requérant aurait nécessairement bénéficié même en cas de prise en charge conforme compte tenu de la pathologie présentée, elles pourront être évaluées, sur la période du 20 octobre 2016 au 30 juin 2017, à hauteur de 1 545,18 euros ; compte tenu du taux de perte de chance et du taux de responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 289,72 euros ;
* les dépenses de santé futures ne sont pas justifiées ; d'une part, le requérant n'a produit aucun élément permettant de démontrer la réalité des frais d'achat et de renouvellement de matériels divers et de soins de rééducation et d'entretien, pour lesquels il demande la somme de 15 000 euros ; d'autre part, s'agissant de la somme de 101 903,20 euros qu'il demande au titre des frais d'hébergement en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), les documents qu'il produit ne permettent pas de justifier des sommes effectivement réglées à ce titre à compter du 21 septembre 2018, ni d'établir l'absence de perception de toute aide financière ; le requérant ne peut sérieusement soutenir qu'il est contraint de rester hébergé en EHPAD dans l'attente d'une indemnisation permettant de réaliser des travaux d'aménagement de son domicile, alors qu'une provision de 50 000 euros lui a déjà été versée par le centre hospitalier universitaire d'Angers ;
* les frais de logement adapté ne sont pas justifiés ; il n'est pas établi qu'un projet de retour à domicile du requérant, qui jusqu'à présent est hospitalisé en EHPAD, serait envisagé ; par ailleurs, la notice estimative provisionnelle produite, émanant d'un architecte, concerne le projet de construction d'une unité médicalisée comprenant chambre et salle de bains, or cet aménagement n'a pas été retenu par l'expert ;
* les frais de véhicule adapté ne sont pas justifiés ; le document produit n'est qu'un devis ; par ailleurs, il n'est pas justifié que le véhicule actuel du requérant ne permet pas de le déplacer ;
* l'assistance par tierce personne n'est pas justifiée ; le requérant étant actuellement hébergé dans un EPHAD, l'assistance par tierce personne est assurée par le personnel de cet établissement ; en revanche, il convient d'indemniser l'assistance d'une personne de compagnie, à hauteur de deux heures par jour, et au taux horaire de 10 euros, soit un total, compte tenu de l'âge du requérant et du taux de capitalisation 2020, de 108 648 euros ; compte tenu du taux de perte de chance et du taux de responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 20 371,50 euros ;
* l'incidence professionnelle n'est pas justifiée ; le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité du projet de création d'auto-entreprise allégué, projet dont il est possible de douter compte tenu de son âge et ce qu'il est à la retraite depuis le 1er juillet 2017 ;
* le déficit fonctionnel temporaire pourra être évalué à hauteur de 9 087 euros, dès lors qu'il convient de retenir un taux journalier à hauteur de 13 euros ; compte tenu du taux de perte de chance et du taux de responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 1 828,12 euros ;
* les souffrances endurées pourront être évaluées à hauteur de 23 546 euros ; compte tenu du taux de perte de chance et du taux de responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 4 414,88 euros ;
* le préjudice esthétique temporaire pourra être évalué à hauteur de 10 000 euros ; compte tenu du taux de perte de chance et du taux de responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 1 875 euros ;
* le déficit fonctionnel permanent pourra être évalué à hauteur de 156 048 euros ; compte tenu du taux de perte de chance et du taux de responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 29 259 euros ;
* le préjudice esthétique permanent pourra être évalué à hauteur de 23 546 euros ; compte tenu du taux de perte de chance et du taux de responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 4 414,88 euros ;
* le préjudice sexuel pourra être évalué à hauteur de 5 000 euros ; compte tenu du taux de perte de chance et du taux de responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 937,50 euros ;
* le préjudice d'établissement n'est pas justifié ; il n'a été retenu ni par l'expert ni par la CCI ;
* le préjudice permanent exceptionnel n'est pas justifié ; les éléments dont se prévaut le requérant au soutien de ce chef de préjudice sont déjà indemnisés au titre du déficit fonctionnel permanent ;
° s'agissant des conclusions présentées par les consorts B : elles ne pourront qu'être rejetées pour irrecevabilité, dès lors que les intéressés, intervenants à l'instance, n'ont pas présenté de demande indemnitaire préalable ; en tout état de cause, leurs demandes sont disproportionnées et injustifiées, et ni l'expert ni la CCI n'ont retenu un quelconque préjudice de victimes indirectes ;
° s'agissant des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme : si la responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir devait être engagée, compte tenu du taux de perte de chance et du taux de responsabilité du centre hospitalier Sarthe et Loir qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable auprès de la caisse de la seule somme de 57 679,24 euros au titre de ses débours, et de 217,87 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Par des mémoires en défense et pièces complémentaires, enregistrés les 16 février 2023, 7 mars 2023, 21 avril 2023, 22 juin 2023, 24 mai 2024 et 3 juin 2024, le centre hospitalier universitaire d'Angers, représenté par Me Meunier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de M. G B, les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et celles présentées par Mme E B, M. F B, M. D B et Mme C B ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une contre-expertise contradictoire confiée à un expert neurochirurgien ;
3°) à titre infiniment subsidiaire :
° de fixer à soixante-quinze pour cent le taux de perte de chance pour M. G B d'éviter la tétraplégie en l'absence de faute, et de limiter à 25 pour cent la part de responsabilité imputable à la faute du centre hospitalier universitaire d'Angers ;
° d'indemniser les préjudices de M. G B à hauteur de 2 437,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 5 886,70 euros au titre des souffrances endurées, de 2 250 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 39 012 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 5 886,70 euros au titre du préjudice esthétique permanent, de 1 250 euros au titre du préjudice sexuel, et d'écarter l'ensemble des autres préjudices invoqués par l'intéressé ;
° de rejeter les demandes présentées par Mme E B, M. F B, M. D B et Mme C B ;
° de rejeter les demandes non justifiées présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et en tout état de cause toute demande de capitalisation ;
° de ramener à de plus justes proportions les demandes présentées par M. G B et par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
° de rejeter la demande présentée par l'ONIAM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal : il n'existe pas de lien de causalité direct et certain entre le retard de diagnostic et la décompensation médullaire subie par M. G B, dès lors qu'il n'est pas établi que l'évolution clinique de ce dernier aurait été différente s'il avait bénéficié d'une prise en charge plus précoce, son examen neurologique ayant été strictement identique lors des consultations des 15 juillet, 2 et 5 août 2016 et lors de son hospitalisation du 8 au 13 août 2016 ;
- à titre subsidiaire : une contre-expertise, confiée à un expert en neurochirurgie, doit être ordonnée, dès lors, d'une part, que les conclusions de l'expertise et le partage de responsabilité retenu par l'expert sont critiquables, et d'autre part, que l'examen du patient n'ayant pu être réalisé contradictoirement, l'expert, pour évaluer les préjudices de ce dernier, s'est appuyé sur un examen pratiqué par un médecin missionné par l'épouse et l'avocat du requérant, lequel médecin n'a pas évalué les préjudices mais uniquement conclu à " un tableau de paraplégie de type C7 " ;
- à titre infiniment subsidiaire :
° la part de responsabilité imputable à la faute du centre hospitalier universitaire d'Angers doit être limitée à 25 pour cent, dès lors que cet établissement n'est responsable que d'un retard de prise en charge de neuf jours (du 5 au 13 août 2016) et que le centre hospitalier Sarthe et Loir est, quant à lui, responsable d'un retard de prise en charge du patient de vingt-et-un jours (du 15 juillet au 5 août 2016), ce qui implique que la part de responsabilité de ce dernier soit fixée à 50 pour cent ; en effet, le 15 juillet 2016, le diagnostic des anomalies de la radio cervicale réalisée au centre hospitalier Sarthe et Loir, qui ne nécessitait pas l'avis d'un neurochirurgien, aurait dû conduire les praticiens de cet établissement à faire réaliser un scanner le même jour ; le 2 août 2016, après analyse des imageries du scanner réalisé à cette date au centre hospitalier Sarthe et Loir, cet établissement mentionne que l'interne du centre hospitalier universitaire d'Angers a indiqué qu'il convenait de réaliser une " A sans urgence " ; or, pour les équipes du service de neurologie du centre hospitalier universitaire d'Angers, cela est impossible, il est au contraire " très probable " que cet interne ait dit " A en urgence puis rappel " et éventuellement transfert au centre hospitalier universitaire d'Angers ; une erreur d'interprétation par les praticiens du centre hospitalier Sarthe et Loir, ou de transcription dans le dossier médical du patient, ne peut être exclue ; en tout état de cause, face à une compression médullaire d'origine indéterminée, une A aurait dû être effectuée le plus vite possible et le patient transféré dans un service de neurochirurgie, et il revenait au centre hospitalier Sarthe et Loir de faire réaliser cet A au sein de son établissement au lieu de faire sortir son patient ; le 5 août 2016, alors que la réalisation de A fixée à cette date mettait en évidence une spondylodiscite C4/C5 avec une compression médullaire, le centre hospitalier Sarthe et Loir faisait de nouveau sortir son patient ;
° s'agissant des préjudices invoqués par le requérant :
* les dépenses de santé actuelles ne sont pas justifiées ; l'attestation de novembre 2020 sur les prix pratiqués au 1er mars 2020 ne permet pas de justifier les sommes demandées au titre de la période du 4 juillet 2018 au 20 septembre 2018, ni de connaître les éventuelles aides perçues au titre de l'hébergement sur cette période ;
* les frais divers ne sont pas justifiés ; d'une part les honoraires du médecin spécialisé en appréciation du dommage corporel à hauteur de 1 091 euros doivent rester à la charge du requérant dès lors qu'il a fait intervenir ce médecin unilatéralement et sans contradictoire, et qu'il n'est pas justifié d'une éventuelle prise en charge de cette somme par une assurance du patient ; d'autre part, il n'est pas justifié du lien de causalité entre les préjudices subis et l'achat d'une tablette tactile dont l'expert n'a d'ailleurs pas retenu la nécessité, outre que la facture produite est au nom du fils du patient ;
* les pertes de gains professionnels actuels ne sont pas justifiées ; il ressort des avis d'imposition sur les revenus de 2013 à 2015 du requérant une forte fluctuation de ses revenus avec une forte baisse l'année ayant précédé les faits, et l'intéressé ne donne pas de précisions sur les raisons d'une telle fluctuation et baisse ;
* les dépenses de santé futures ne sont pas justifiées ; d'une part, le requérant n'a produit aucun élément permettant de démontrer la réalité des frais d'achat et de renouvellement de matériels divers et de soins de rééducation et d'entretien, pour lesquels il demande la somme de 15 000 euros ; d'autre part, s'agissant de la somme de 101 903,20 euros qu'il demande au titre des frais d'hébergement en EHPAD, les documents qu'il produit ne permettent pas de justifier des sommes effectivement réglées à ce titre à compter du 21 septembre 2018, ni d'établir l'absence de perception de toute aide financière ;
* les frais de logement adapté ne sont pas justifiés ; il n'est pas établi qu'un projet de retour à domicile du requérant qui jusqu'à présent est hospitalisé en EHPAD serait envisagé ; le document produit ne permet au demeurant pas de vérifier la justification des coûts allégués globalement par poste et sans détail ;
* les frais de véhicule adapté ne sont pas justifiés ; le document produit n'est qu'un devis ; par ailleurs, il n'est pas justifié que le véhicule Peugeot 308 que le requérant possédait avant les faits ne pourrait être aménagé en transport des personnes de mobilité réduite ;
* l'assistance par tierce personne n'est pas justifiée ; le requérant étant actuellement hébergé dans un EHPAD, l'assistance par tierce personne est assurée par le personnel de cet établissement ;
* l'incidence professionnelle n'est pas justifiée ; le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité du projet de création d'auto-entreprise allégué, projet dont il est possible de douter compte tenu de son âge et de son état de santé au moment des faits ;
* le déficit fonctionnel temporaire pourra être évalué à hauteur de 9 750 euros, dès lors qu'il convient de retenir un taux journalier à hauteur de 13 euros ; compte tenu du taux de responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 2 437,50 euros ;
* les souffrances endurées pourront être évaluées à hauteur de 23 546 euros ; compte tenu du taux de responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 5 886,70 euros ;
* le préjudice esthétique temporaire pourra être évalué à hauteur de 9 000 euros ; compte tenu du taux de responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 2 250 euros ;
* le déficit fonctionnel permanent pourra être évalué à hauteur de 156 048 euros ; compte tenu du taux de responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 39 012 euros ;
* le préjudice esthétique permanent pourra être évalué à hauteur de 23 546 euros ; compte tenu du taux de responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 5 886,70 euros ;
* le préjudice sexuel pourra être évalué à hauteur de 5 000 euros ; compte tenu du taux de responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers qui doit être fixé à 25 pour cent, il sera redevable de la somme de 1 250 euros ;
* le préjudice d'établissement n'est pas justifié ; il n'a été retenu ni par l'expert ni par la CCI ;
* le préjudice permanent exceptionnel n'est pas justifié ; les éléments dont se prévaut le requérant au soutien de ce chef de préjudice sont déjà indemnisés au titre du déficit fonctionnel permanent ;
° s'agissant des conclusions présentées par Mme E B, M. F B, M.D B et Mme C B : elles ne pourront qu'être rejetées pour irrecevabilité, dès lors que les intéressés, intervenants à l'instance, n'ont pas présenté de demande indemnitaire préalable ;
° s'agissant des conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme : si la responsabilité du centre hospitalier universitaire d'Angers devait être engagée, les frais sollicités par la caisse devront être revus à la baisse dès lors qu'ils ne sont que partiellement justifiés ; la notification définitive des débours du 15 mai 2024 n'étant assortie d'aucune nouvelle attestation, il est impossible de procéder à une quelconque vérification.
Par des mémoires et pièces complémentaires, enregistrés les 18 mars 2021, 18 avril 2023, 17 mai 2024 et 31 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, représentée par Me Simon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier universitaire d'Angers et le centre hospitalier Sarthe et Loir à lui verser la somme de 295 497,32 euros représentant le montant des prestations servies à M. G B au titre de l'assurance maladie, à hauteur du taux de soixante-quinze pour cent de perte de chance, somme qui devra être assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 mars 2021 et de leur capitalisation ;
2°) de condamner solidairement le centre hospitalier universitaire d'Angers et le centre hospitalier Sarthe et Loir à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier universitaire d'Angers et du centre hospitalier Sarthe et Loir la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de les condamner solidairement aux entiers dépens.
Elle soutient que le tribunal devra reconnaître la responsabilité pour faute du centre hospitalier universitaire d'Angers et du centre hospitalier Sarthe et Loir, au titre d'une perte de chance pour le requérant d'éviter de devenir tétraplégique, et condamner solidairement ces établissements à lui verser notamment 75% de sa créance correspondant aux prestations servies à M. G B au titre de l'assurance maladie, créance arrêtée, d'une part, à hauteur de 257 030,84 euros au titre des frais hospitaliers, des indemnités journalières et des soins post-consolidation au 14 mai 2024, et d'autre part, à hauteur de 38 466,48 euros au titre des dépenses de santé futures, cette dernière somme pouvant subsidiairement lui être versée au fur et à mesure de leur engagement sous forme d'arrérages annuels.
Par une intervention, enregistrée le 30 mai 2023, l'épouse de M. B, Mme E B, leurs enfants, M. F B et M. D B, et leur petite-fille, Mme C B, demandent que le tribunal condamne le centre hospitalier universitaire d'Angers et le centre hospitalier Sarthe et Loir, et subsidiairement l'ONIAM, à leur verser, au titre de leurs préjudices propres, la somme totale de 105 000 euros (50 000 euros pour Mme E B, 25 000 euros chacun pour M. F B et M. D B, et 5 000 euros pour Mme C B).
Ils soutiennent qu'ils ont subis, par ricochet, un préjudice lié à l'état de santé de M. G B, respectivement leur époux, père et grand-père.
Par un courrier du 28 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de l'intervention de Mme E B, M. F B, M. D B, et Mme C B, en ce que cette intervention ne tendrait pas aux mêmes fins que les conclusions présentées par le requérant, et présenterait des questions différentes de celles soumises au juge par les parties.
Par un nouveau mémoire, enregistré le 4 juin 2024, Mme E B, M. F B, M. D B, et Mme C B, déclarent se désister de l'instance.
Par une ordonnance du 4 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juin 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code monétaire et financier ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif à l'indemnité forfaitaire de gestion ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guillou, représentant M. B, de Me Renauld, substituant Me Meunier et représentant le centre hospitalier universitaire d'Angers, et de Me Taverne, représentant le centre hospitalier Sarthe et Loir.
Considérant ce qui suit :
1. M. G B, né en juin 1951, artisan, a vu apparaître à partir du mois de juillet 2016 des douleurs cervicales associées à des efforts physiques effectués avec les membres supérieurs, pour lesquelles il a consulté son médecin traitant qui lui a prescrit divers traitements, notamment antalgiques, anti-inflammatoires non stéroïdiens, ostéopathie et mésothérapie, en vain. Compte tenu de la persistance de ses douleurs, M. B a consulté aux urgences du centre hospitalier (CH) Sarthe et Loir (Sarthe) le 15 juillet 2016, où des radiographies du rachis cervical ont été pratiquées et interprétées comme compatibles avec un torticolis, ainsi qu'une arthrose assez marquée au niveau des vertèbres C5-C6. M. B sortait le même jour avec une prescription d'antalgiques et de séances de kinésithérapie à visée antalgique pour torticolis, et avec un arrêt de travail de huit jours. Le 2 août 2016 à 10 heures 41, M. B consultait aux urgences du CH Sarthe et Loir, adressé par son médecin traitant, du fait de ses douleurs persistantes. A l'examen clinique étaient notées l'absence de déficit moteur mais l'existence d'une contracture para cervicale. Un scanner cervical demandé à 11 heures 38 et pratiqué à 13 heures 19, montrait une lésion disco vertébrale C4-C5 avec une collection épidurale comprimant et refoulant la moelle épinière. Il résulte du dossier médical de M. B que le 2 août 2016 à 15 heures 03, le médecin urgentiste du CH Sarthe et Loir contactait par téléphone le service de neurochirurgie du centre hospitalier universitaire (CHU) d'Angers (Maine-et-Loire), centre de référence départemental pour cette discipline, lequel demandait alors la réalisation d'un bilan biologique et l'envoi des images des radiographies du rachis cervical. Après consultation de ces éléments, le service de neurochirurgie du CHU d'Angers préconisait la réalisation d'une " A sans urgence ". Compte tenu de l'absence de disponibilité en médecine de ville dans le secteur géographique du domicile du patient pour réaliser cette A avant le mois de septembre 2016, le CH Sarthe et Loir la programmait dans son propre service d'imagerie le 5 août 2016. M. B sortait le 2 août 2016 à 17 heures 12. Le 5 août 2016, A pratiquée au CH Sarthe et Loir montrait un hypersignal des vertèbres C4-C5 et un abcès épidural refoulant et comprimant la moelle. Les images étaient transmises aux neurochirurgiens du CHU d'Angers, lesquels retenaient un diagnostic de spondylodiscite avec indication à une prise en charge rhumatologique et non pas neurochirurgicale, et préconisaient de voir avec les rhumatologues pour une éventuelle antibiothérapie. Le médecin senior du CH Sarthe et Loir décidait alors de ne pas prescrire d'antibiothérapie, mais de prescrire une consultation en rhumatologie en médecine de ville, et M. B sortait à 19 heures 19. Le 8 août 2016, M. B se plaignant toujours de cervicalgies importantes, il était hospitalisé au sein du service de rhumatologie du CHU d'Angers pour suspicion de spondylodiscite cervicale infectieuse, sans déficit moteur, ni syndrome pyramidal, ni troubles vésico-sphinctériens. Les rhumatologues du CHU d'Angers envisageaient la possibilité d'une ponction-biopsie disco-vertébrale sous contrôle scanner. Dans cette optique, ils contactaient des radiologues interventionnels du centre hospitalier régional universitaire de Tours et du CHU d'Angers, en vain dès lors que les premiers n'avaient pas de disponibilités et que les seconds ne pratiquaient pas ces biopsies radioguidées. Ils contactaient alors des radiologues interventionnels du CHU de Nantes, lesquels répondaient le 12 août 2016 qu'ils refusaient de réaliser une ponction-biopsie sous contrôle radiologique au motif qu'une telle biopsie vertébrale comportait trop de risques notamment de tétraplégie ou tétraparésie. Les rhumatologues du CHU d'Angers recontactaient alors les neurochirurgiens d'Angers et, après relecture de A et avis du senior de neurochirurgie, une biopsie chirurgicale de l'étage C4-C5 était programmée pour le lendemain, le 13 août 2016. Le 13 août 2016, M. B était ainsi opéré en neurochirurgie au CHU d'Angers. Dans les suites immédiates de l'opération, il était constaté un déficit sensitivomoteur C4 complet sans trouble respiratoire. Une A était pratiquée et mettait en évidence une collection en regard du corps de C4 et C5 refoulant largement la moelle épinière en arrière. Il était alors décidé de réaliser une décompression cervicale par voie antérieure des étages C4-C5. M. B était alors réopéré le jour même, l'intervention consistant en une discectomie de C3-C4 et C5-C6, et une corporectomie C4C5. Une épidurite était alors constatée, laquelle adhérait en différents endroits à la dure mère. La moelle était ensuite décomprimée, un greffon était mis en place en lieu et place de la corporectomie, avec une plaque d'arthrodèse, et une antibiothérapie probabiliste était débutée. Les prélèvements réalisés mettaient en évidence la présence d'un streptocoque. Le 14 septembre 2016, un relais de l'antibiothérapie per os était réalisé, jusqu'au 1er octobre 2016. Le 8 septembre 2016 M. B était transféré du service de réanimation vers le service de neurochirurgie du CHU d'Angers, puis il était transféré le 14 septembre 2016 au centre de rééducation de l'Arche (Sarthe) avec une tétraparésie, où il restait jusqu'au 4 juillet 2018 avec un état neurologique stable sans évolution sur le plan moteur et sensitif, avant d'être pris en charge à partir de cette date au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de la Flèche (Sarthe) où il réside encore actuellement.
2. La commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) des Pays de la Loire, saisie le 19 juillet 2018 par le patient et notamment éclairée par le rapport remis le 10 juillet 2019 par l'expert neurochirurgien qu'elle avait désigné, a estimé, dans un avis du 9 octobre 2019, que les soins délivrés à M. B par le CH Sarthe et Loir et le CHU d'Angers n'avaient pas été conformes aux règles de l'art, que les fautes commises dans ces établissements avaient entraîné une perte de chance de soixante-quinze pour cent pour le patient d'éviter le dommage, que cette perte de chance était imputable pour un tiers au CH Sarthe et Loir et pour deux tiers au CHU d'Angers, et a en conséquence invité les assureurs de ces deux établissements à indemniser les préjudices de M. B dans les proportions respectives de vingt-cinq pour cent et cinquante pour cent. Par courrier en date du 20 février 2020, l'assureur du CH Sarthe et Loir a informé M. B de son refus de suivre cet avis et de lui adresser une offre d'indemnisation. Par courriel du 16 juin 2020 l'assureur du CHU d'Angers a accepté de verser à ce dernier une provision à hauteur de 50 000 euros.
3. Par la présente requête, enregistrée le 23 juillet 2020, M. G B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, de condamner le CHU d'Angers et le CH Sarthe et Loir à lui verser la somme totale de 1 969 597,53 euros au titre de la perte de chance à soixante-quinze pour cent d'éviter les préjudices qu'il a subis, dont ils sont responsables respectivement à hauteur de soixante-quinze pour cent et vingt-cinq pour cent, somme de laquelle devra être déduite celle de 50 000 euros déjà versée à titre de provision par l'assureur du centre hospitalier universitaire d'Angers, et à titre subsidiaire, si aucune faute imputable auxdits établissements hospitaliers ne devait être retenue, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) au paiement du même montant.
4. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme demande quant à elle au tribunal de condamner solidairement le CHU d'Angers et le CH Sarthe et Loir au remboursement de ses débours.
Sur l'intervention de Mme E B, M. F B, M. D B, et Mme C B :
5. Par le mémoire du 4 juin 2024 visé ci-dessus, Mme E B, M. F B, M. D B, et Mme C B ont déclaré se désister de leur intervention. Ce désistement d'instance étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur l'engagement de la solidarité nationale :
6. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 pour cent, est déterminé par ledit décret. ".
7. Il résulte du rapport d'expertise que la biopsie chirurgicale de l'étage C4-C5 pratiquée le 13 août 2016 sur M. B au CHU d'Angers a entraîné la tétraplégie de ce dernier par décompensation de la compression médullaire dont il était atteint. Cet accident médical, directement imputable à un acte de diagnostic, n'a toutefois pas eu pour le patient de conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, dès lors qu'il résulte de l'instruction et notamment des conclusions d'expertise qu'en l'absence de réalisation de cet acte chirurgical le risque pour M. B de devenir tétraplégique à cette date était très important compte tenu de la fragilisation de sa moelle épinière depuis plusieurs semaines en raison d'une compression médullaire prise en charge avec retard.
8. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale prévues par le II de l'article L. 1142-1 ne sont pas réunies.
Sur l'engagement de la responsabilité des établissements hospitaliers :
9. Aux termes du I de l'article L.1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute (). ".
10. M. B soutient que la responsabilité du CHU d'Angers et du CH Sarthe et Loir peut être engagée sur le fondement de la faute dès lors que ces deux établissements ont commis des manquements dans sa prise en charge médicale durant l'été 2016, manquements qui conjointement lui ont fait perdre une chance à hauteur de 75 % d'éviter la tétraplégie, perte de chance imputable pour les deux tiers au CHU d'Angers et pour un tiers au CH Sarthe et Loir. Il soutient, d'une part, que le CHU d'Angers a commis une faute en refusant de le prendre en charge alors que le scanner du rachis cervical dont il avait bénéficié au CH Sarthe et Loir montrait une compression médullaire importante, laquelle impliquait une prise en charge immédiate dans un service de neurochirurgie, et d'autre part, que le CH Sarthe et Loir a commis une faute en le laissant rentrer à son domicile en présence des mêmes circonstances.
11. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le 15 juillet 2016, les images de radiographies cervicales réalisées au sein du CH Sarthe et Loir révélaient l'existence d'une atteinte pédiculaire, laquelle aurait dû orienter les praticiens de cet établissement vers une lésion vertébrale et donc vers la réalisation en urgence d'un scanner du rachis cervical de M. B. Si le CH Sarthe et Loir conteste la véracité de la mention du rapport d'expertise faisant état de ce que " toutes les parties présentes à l'expertise visionnent avec l'expert ces radios et sont d'accord avec cette interprétation ", et se prévaut de l'avis sur pièces émis le 17 novembre 2019 par un médecin neurochirurgien exprès près la cour d'appel de Lyon, lequel conclut qu'il était " difficile voire impossible d'établir un diagnostic de spondylodiscite sur la base de ces seules images " de radiographies réalisées le 15 juillet 2016, il n'est toutefois pas reproché aux praticiens du CH Sarthe et Loir de ne pas avoir établi à cette date un tel diagnostic, mais seulement de ne pas avoir été en mesure de détecter l'existence d'une atteinte pédiculaire orientant vers une lésion vertébrale, qui devait être confirmée ou infirmée par la réalisation en urgence d'un scanner. Par suite, il résulte de l'instruction que le CH Sarthe et Loir a commis un manquement dans la prise en charge médicale de M. B le 15 juillet 2016, en laissant ce dernier rentrer à son domicile au lieu de faire réaliser un scanner cervical en urgence, lequel manquement engage la responsabilité de cet établissement pour faute.
12. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que lorsque M. B a consulté de nouveau aux urgences du CH Sarthe et Loir le 2 août 2016, les praticiens de cet établissement ont adopté un comportement conforme en pratiquant un scanner cervical, puis, après que ce scanner a révélé une lésion disco-vertébrale C4-C5 avec une collection épidurale comprimant et refoulant la moelle épinière, en demandant un avis neurochirurgical au CHU d'Angers, centre de référence départemental pour cette discipline. Il résulte également de l'instruction que les neurochirurgiens du CHU d'Angers, après avoir pu consulter les images de ce scanner, ont préconisé la réalisation d'une " A sans urgence ". En effet, si cet établissement conteste la véracité de la mention en ce sens inscrite sur le dossier médical de M. B, et soutient qu'il est " très probable " que son interne ait au contraire demandé une A " en urgence ", il n'apporte toutefois aucun élément au soutien de cette contestation, laquelle n'a au demeurant pas été formulée au stade des opérations d'expertise où le CHU d'Angers était pourtant représenté. Il résulte de l'instruction que, le 2 août 2016, en s'abstenant de prendre en charge M. B au sein de son service de neurochirurgie, ou à tout le moins de préconiser la réalisation d'une A en urgence, alors que le scanner cervical du patient révélait une compression médullaire cervicale d'origine indéterminée, le service de neurochirurgie d'Angers a commis un manquement de nature à engager la responsabilité de cet établissement pour faute. Il ne résulte en revanche pas de l'instruction, contrairement à ce qu'a retenu l'expert, que la prise en charge médicale de M. B par le centre hospitalier Sarthe et Loir le 2 août 2016 ait été fautive, nonobstant la circonstance que le patient a regagné son domicile à l'issue de celle-ci, dès lors que les praticiens de cet établissement ont à juste titre sollicité l'avis spécialiste du service de neurochirurgie du CHU d'Angers puis suivi celui qui leur a été donné. Il résulte d'ailleurs de l'instruction qu'alors qu'une A sans urgence a alors été préconisée par le CHU d'Angers, les praticiens du CH Sarthe et Loir ont programmé la réalisation de celle-ci dès le 5 août 2016, soit trois jours plus tard, et ce après avoir constaté qu'il serait impossible pour M. B de faire réaliser cette imagerie en ville avant le mois de septembre 2016.
13. Il résulte en outre de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que de nouveau sollicité pour avis le 5 août 2016 par les praticiens du CH Sarthe et Loir après la réalisation de A montrant la compression médullaire, les neurochirurgiens du CHU d'Angers ont commis un nouveau manquement en indiquant une prise en charge rhumatologique sans urgence, et non pas neurochirurgicale, après avoir pourtant retenu un diagnostic de spondylodiscite. Il ne résulte en revanche pas de l'instruction, compte tenu des préconisations ainsi données par le service de neurochirurgie du CHU d'Angers, qui bien qu'étant erronées faisaient référence pour les praticiens du CH Sarthe et Loir, que la prise en charge médicale de M. B par le CH Sarthe et Loir le 5 août 2016 ait été fautive, nonobstant la circonstance que le patient a de nouveau regagné son domicile à l'issue de celle-ci.
14. Il résulte enfin de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la prise en charge de M. B par le CHU d'Angers à compter du 8 août 2016, en l'hospitalisant à tort en rhumatologie, a été fautive jusqu'au 13 août 2016, date à laquelle une biopsie chirurgicale de l'étage C4- C5 a été réalisée après une relecture de A par les neurochirurgiens et l'avis senior en ce sens.
15. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le retard de prise en charge chirurgicale de la compression médullaire dont était atteint M. B, alors que l'écoulement du temps a joué un rôle déterminant sur la fragilisation de la moelle épinière de l'intéressé et donc sur la survenue le 13 août 2016 de la décompensation de la compression médullaire, est successivement imputable, d'une part, au CH Sarthe et Loir entre le 15 juillet 2016 et le 2 août 2016, soit durant dix-neuf jours et, d'autre part, au CHU d'Angers entre le 2 août 2016 et le 13 août 2016, soit durant douze jours. Dans ces conditions, et compte tenu en outre de la nature des fautes respectives commises par ces deux établissements, il sera fait une juste appréciation de la part de responsabilité incombant à chacun d'entre eux en l'évaluant à hauteur de cinquante pour cent de la fraction du dommage pouvant être imputé aux centres hospitaliers telle que déterminée ci-dessous.
Sur le lien de causalité et la perte de chance :
16. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis les chances de l'intéressé d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette faute et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
17. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les fautes retenues à l'encontre du CH Sarthe et Loir et du CHU d'Angers, qui se sont traduites par un retard de prise en charge chirurgicale de la compression médullaire dont souffrait M. B, sont à l'origine d'une fragilisation de sa moelle épinière, la rendant particulièrement vulnérable à toute intervention, telle que celle dont a bénéficié M. B le 13 août 2016 et au cours de laquelle est survenue la décompensation médullaire subie par ce dernier.
18. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents, ainsi que du rapport d'expertise, qu'il y a lieu de fixer à soixante-quinze pour cent le taux de la perte de chance de M. B d'éviter de devenir tétraplégique, sans qu'il soit besoin d'ordonner une contre-expertise, de mettre à la charge du CH Sarthe et Loir et du CHU d'Angers la réparation de cette seule fraction des préjudices subis par l'intéressé et des dépenses exposées par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme pour le compte du patient et imputables à la prise en charge fautive.
Sur l'absence de nécessité d'ordonner une contre-expertise :
19. Aux termes de l'article L. 1142-8 du code de la santé publique, relatif aux commissions régionales de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux prévues à l'article L. 1142-5 du même code : " Lorsque les dommages subis présentent le caractère de gravité prévu au II de l'article L. 1142-1, la commission émet un avis sur les circonstances, les causes, la nature et l'étendue des dommages, ainsi que sur le régime d'indemnisation applicable. / L'avis de la commission régionale est émis dans un délai de six mois à compter de sa saisine. Il est transmis à la personne qui l'a saisie, à toutes les personnes intéressées par le litige et à l'office institué à l'article L. 1142-22. / Cet avis ne peut être contesté qu'à l'occasion de l'action en indemnisation introduite devant la juridiction compétente par la victime, ou des actions subrogatoires prévues aux articles L. 1142-14, L. 1142-15 et L. 1142-17 () ". Aux termes de l'article L. 1142-9 du même code : " Avant d'émettre l'avis prévu à l'article L. 1142-8, la commission régionale diligente une expertise dans les conditions prévues à l'article L. 1142-12. () / Le rapport d'expertise est joint à l'avis transmis dans les conditions prévues à l'article L. 1142-8 ". Et aux termes de l'article L. 1142-12 du même code, qui fixe les conditions de désignation des experts et les conditions d'exercice de leur mission, " le collège d'experts ou l'expert s'assure du caractère contradictoire des opérations d'expertise, qui se déroulent en présence des parties ou celles-ci dûment appelées " et que " ces dernières peuvent se faire assister d'une ou des personnes de leur choix ".
20. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.
21. Si le CHU d'Angers et le CH Sarthe et Loir sollicitent une contre-expertise au motif notamment que l'examen médical du patient n'a pu être réalisé contradictoirement, d'une part, les constats de pur fait opérés au cours de cet examen, qui a été réalisé par un médecin légiste ayant également la qualité d'expert, se sont limités à décrire l'état de santé de M. B et l'ampleur de son handicap, outre qu'ils ont pu être débattus contradictoirement au cours de la réunion d'expertise qui s'est tenue en présence des représentants des deux établissements hospitaliers ainsi qu'au cours de la présente instance, ne sont pas contestés par les parties ou sont corroborés par d'autres éléments du dossier. Par ailleurs, si le CH Sarthe et Loir fait état de ce qu'il n'a pas eu communication des pièces transmises à l'expert par le CHU d'Angers en amont de cette réunion d'expertise, il ne fait toutefois état d'aucun élément précis dont il aurait eu connaissance tardivement ni en quoi il aurait été de ce fait privé de la possibilité d'en discuter utilement au cours de cette réunion. Enfin, il ressort du rapport d'expertise que les éléments retenus par l'expert afin de retenir l'existence de fautes commises par les établissements et déterminer un partage de responsabilité entre eux ont pu être discuté par l'ensemble des parties présentes lors de la réunion d'expertise ainsi qu'au cours du débat contradictoire de la présente instance. Par suite, il n'y a pas lieu d'ordonner la contre-expertise sollicitée.
Sur l'indemnisation des préjudices de M. B et de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme :
22. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté, que la date de consolidation de l'état de santé de M. B peut être fixée au 20 septembre 2018.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :
S'agissant des frais divers :
23. M. B sollicite, au titre des frais divers, la prise en charge, d'une part, des honoraires du médecin légiste, expert, ayant pratiqué son examen médical le 22 mai 2019 en raison de son incapacité de se déplacer à Paris auprès de l'expert neurochirurgien désigné par la CCI, à hauteur de 1 091 euros, et d'autre part, de l'achat d'une tablette tactile qui lui est indispensable compte tenu de son état physique, à hauteur de 769,99 euros. Ces frais, qui sont justifiés nonobstant la circonstance que la facture de la tablette est émise au nom du fils du requérant, seront indemnisés, d'une part, concernant la tablette tactile, à la somme de 577,50 euros après application du taux de perte de chance retenu, et, d'autre part, concernant les honoraires d'expertise qui sont en lien direct avec les fautes commises et auxquels le pourcentage de perte de chance n'est donc pas susceptible de s'appliquer, à la somme de 1 091 euros.
S'agissant des frais liés au handicap :
24. M. B sollicite la prise en charge de ses frais d'hébergement au sein de l'EHPAD de La Flèche à compter du 4 juillet 2018, date de sa sortie du centre de rééducation de l'Arche, jusqu'à la date de consolidation de son état de santé. Le requérant produit notamment ses factures de juillet et d'août 2018, lesquels font état d'un montant total restant à sa charge de 3 423,18 euros. Ses frais liés au handicap doivent donc être évalués à la somme de 2 567,38 euros après application du taux de perte de chance retenu.
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
25. La CPAM du Puy-de-Dôme, en produisant des états de débours et attestations d'imputabilité, justifie de frais médicaux, pharmaceutiques, d'imagerie, d'appareillage et de transport exposés au profit de M. B du 8 août 2016 au 29 août 2018, pour un montant de 8 813,52 euros, et de frais d'hospitalisations exposés au profit de M. B du 14 septembre 2016 au 4 juillet 2018, pour un montant de 251 492,46 euros. L'ensemble de ces frais, soit un montant total de 260 305,98 euros, sont en lien avec les fautes commises par le CH Sarthe et Loir et le CHU d'Angers. Par suite il y a lieu de condamner ces deux établissements de santé à verser, à parts égales, à la CPAM du Puy-de-Dôme, au titre de ses débours liés aux dépenses de santé actuelles, la somme totale de 195 229,49 euros après application du taux de perte de chance retenu.
S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :
26. Le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et de recours subrogatoires d'organismes de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices patrimoniaux et personnels, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge du ou des auteurs du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.
27. D'une part, M. B sollicite l'indemnisation de sa perte de gains professionnels actuels entre le 20 octobre 2016, date à laquelle il aurait recommencé à travailler selon l'expert si sa compression médullaire avait été prise en charge dès le 15 juillet 2016, et le 20 septembre 2018, date de consolidation de son état de santé. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement des avis d'imposition de M. B au titre des revenus des années 2013 à 2015, qu'avant sa prise en charge par les deux établissements hospitaliers au cours de l'été 2016, le requérant, artisan, percevait des revenus à hauteur d'environ 800 euros par mois. Il résulte par ailleurs de l'instruction qu'il a perçu des indemnités journalières à hauteur de 567,56 euros par mois en 2016, et de 621,43 euros par mois en 2017, jusqu'à son départ à la retraite le 1er juillet 2017. Il s'ensuit que M. B a subi, entre le 20 octobre 2016 et le 20 septembre 2018, jour de la consolidation de son état de santé, un manque à gagner de 1 545,18 euros.
28. D'autre part, la CPAM du Puy-de-Dôme sollicite, quant à elle, sur le fondement de notifications de ses débours et d'attestations d'imputabilité, le remboursement des indemnités journalières versées entre le 19 octobre 2016 et le 30 juin 2017 pour un montant total de 5 188,35 euros. Il résulte cependant de ce qui a été dit précédemment qu'il peut être considéré que M. B aurait été en arrêt maladie jusqu'au 19 octobre 2016 inclus en raison de la prise en charge initiale de sa compression médullaire. La CPAM n'est, par conséquent, fondée à solliciter le remboursement des indemnités journalières qu'elle a versées qu'au titre de la période comprise entre le 20 octobre 2016 et le 30 juin 2017 pour un montant total de 5 168,08' euros.
29. Il résulte de ce qui précède que le montant total du poste de préjudice s'élève à 6 713,26 euros, la somme maximale des pertes pouvant être mise à la charge des établissements hospitaliers, compte tenu du taux de perte de chance retenu, s'élevant quant à elle à 5 034,95 euros.
30. Il s'ensuit qu'au titre des pertes de gains professionnels actuels, le CH Sarthe et Loir et le CHU d'Angers devront verser, à parts égales, la somme totale de 1 545,18 euros à M. B, ce dernier bénéficiant d'un droit de préférence sur la CPAM du Puy-de-Dôme, à laquelle le solde de 3 489,77 euros sera versé, à parts égales, par les établissements de santé.
31. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander, au titre de l'indemnisation de ses préjudices patrimoniaux temporaires, après application du taux de perte de chance retenu, la somme totale de 5 781,06' euros. Il en résulte également que le CH Sarthe et Loir et le CHU d'Angers doivent être condamnés à verser, à parts égales, à la CPAM du Puy-de-Dôme, après application du taux de perte de chance retenu, la somme totale de 198 719,26 euros en remboursement des débours qu'elle a exposés au titre des dépenses de santé actuelles et des prestations compensant les pertes de gains professionnels actuels de M. B.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
32. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté, qu'en lien direct avec les fautes retenues, M. B a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de cinquante pour cent, du 8 août 2016 au 20 août 2016 soit pendant douze jours, puis d'un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de soixante-quinze pour cent, du 21 août 2016 au 20 octobre 2016, soit pendant soixante jours, et, enfin, d'un déficit fonctionnel temporaire total, du 21 octobre 2016 au 20 septembre 2018, date de consolidation de son état de santé, soit pendant 699 jours. Il s'en suit qu'il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de M. B strictement en lien avec les fautes retenues, en le fixant à la somme de 8 437,50 euros après application du taux de perte de chance.
S'agissant des souffrances endurées :
33. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté, que les souffrances, physiques et psychologiques endurées par M. B, peuvent être évaluées à 6 sur une échelle de 0 à 7 en lien exclusif avec les fautes retenues. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ces souffrances en fixant leur évaluation à la somme de 22 500 euros après application du taux de perte de chance retenu.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
34. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté, que M. B a subi un préjudice esthétique temporaire lié à sa tétraplégie, pouvant être évalué à 6 sur une échelle de 0 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant son évaluation à la somme de 9 000 euros après application du taux de perte de chance retenu.
35. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander, au titre de l'indemnisation de ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires, après application du taux de perte de chance retenu, la somme totale de 39 937,50 euros.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
S'agissant de l'incidence professionnelle :
36. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que bien qu'étant âgé de 65 ans lorsqu'il a été atteint de tétraplégie, et que son projet de création d'auto entreprise allégué n'est pas étayé, M. B a subi un préjudice d'incidence professionnelle dès lors que sa tétraplégie a engendré pour lui, d'une part, la nécessité d'abandonner son activité professionnelle antérieure et, d'autre part, l'impossibilité d'exercer toute activité professionnelle future. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant son évaluation à la somme de 1 125 euros après application du taux de perte de chance retenu.
S'agissant des frais de logement adapté :
37. Outre les dépenses d'aménagement du logement rendues nécessaires par le handicap de la victime, d'autres dépenses nées d'une décision d'achat ou de construction d'un logement sont, dès lors qu'une telle décision est imposée par ce handicap et dans la mesure où ces dépenses visent à répondre à ses besoins, susceptibles d'être regardées comme étant en lien direct avec le fait générateur de l'indemnisation et comme devant, par suite, faire l'objet d'une indemnisation.
38. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expert que l'état physique de M. B nécessite que son logement soit adapté à son handicap. La seule circonstance que M. B réside actuellement dans un EHPAD, laquelle s'explique comme il le précise d'ailleurs par le fait qu'il ne dispose pas en l'état des ressources financières nécessaires à la concrétisation d'un projet de retourner à son domicile, n'implique pas d'ignorer ce besoin de logement adapté, reconnu notamment par l'expert. Le requérant produit un devis établi par un architecte en date du 12 mai 2017, relatif à un projet de construction d'une unité médicalisée annexée à son habitation actuelle, comprenant une chambre et une salle de bain, pour lesquels les frais de travaux et les honoraires de maîtrise d'œuvre étaient estimés à cette date à 82 200 euros. Il sera fait une juste évaluation de ce préjudice en la fixant, compte tenu d'une augmentation de trente-et-un pour cent du coût de construction entre 2017 et 2024, à la somme de 80 000 euros après application du taux de perte de chance retenu.
S'agissant des frais de véhicule adapté :
39. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expert que l'état physique de M. B nécessite que ses proches disposent d'un véhicule permettant d'accueillir son fauteuil roulant électrique, afin de pouvoir procéder à son transfert. Le requérant produit un devis établi par un concessionnaire en janvier 2021, relatif à un projet de transformation de véhicule afin de s'adapter au handicap de M. B, pour un montant estimé à cette date à 11 225,84 euros. Il sera fait une juste évaluation de ce préjudice en la fixant, compte tenu d'une augmentation de dix-sept pour cent de l'offre intérieure des produits industriels et véhicules automobiles entre 2021 et 2024, à la somme de 10 000 euros après application du taux de perte de chance retenu.
S'agissant des frais liés au handicap postérieurs à la consolidation et assistance par tierce personne permanente :
Quant aux arrérages échus :
40. M. B sollicite la prise en charge de ses frais d'hébergement au sein de l'EHPAD de La Flèche à compter du 20 septembre 2018, date de consolidation de son état de santé, et jusqu'à la date du présent jugement. Pour en justifier, il produit notamment une attestation de l'EHPAD en date du 16 novembre 2020 faisant état de ce qu'il réside effectivement dans cet établissement depuis le 4 juillet 2018 et que sa facture mensuelle s'élève à une somme de 1 819,70 euros, après déduction de l'allocation personnalisée d'autonomie, ainsi que ses relevés de compte bancaire des mois de février, mars et avril 2023 lesquels font apparaître un prélèvement mensuel correspondant à ces frais d'hébergement. Il sera ainsi fait une juste évaluation des arrérages échus de ses frais liés au handicap postérieurs à la consolidation et jusqu'à la date du présent jugement, en la fixant à la somme de 94 815 euros après application du taux de perte de chance retenu.
Quant aux arrérages à échoir :
41. Si le juge n'est pas en mesure de déterminer lorsqu'il se prononce si la victime sera placée dans une institution spécialisée ou si elle sera hébergée au domicile familial, il lui appartient d'accorder une rente trimestrielle couvrant les frais de son maintien au domicile familial, en précisant le mode de calcul de cette rente, dont le montant doit dépendre du temps passé au domicile familial au cours du trimestre
42. Il résulte de l'instruction que le retour au domicile familial de M. B, actuellement hébergé en EHPAD, s'il n'est pas exclu, ne peut cependant être considéré comme certain, tant dans son principe que dans la date de sa réalisation, au regard notamment des délais inhérents à la concrétisation des travaux d'adaptation de ce domicile à son handicap. Compte tenu de cette incertitude, et en application du principe susmentionné, il y a lieu de lui allouer une rente trimestrielle couvrant les frais d'assistance à tierce personne que nécessiterait sa résidence au domicile familial, à partir de la date de son retour
43. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté, que M. B a constamment besoin d'une tierce personne pour l'assister dans les actes de la vie quotidienne, à raison de sept heures actives et dix-sept heures passives par jour, sept jours sur sept. Il en résulte en outre, et n'est pas davantage contesté, qu'il souffre, depuis la consolidation de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent de quatre-vingt-cinq pour cent. Il s'ensuit que l'état de santé du requérant nécessite l'assistance d'une tierce personne non qualifiée à hauteur de sept heures actives et dix-sept heures passives par jour, dont il bénéficie jusqu'à ce jour dans le cadre de sa résidence en EHPAD, et dont il doit pouvoir bénéficier à compter du présent jugement dans le cadre d'un retour à domicile. Ainsi, s'agissant des seuls arrérages à échoir, il sera fait une juste évaluation de ce préjudice, à compter de la date du présent jugement et à titre viager, en la fixant à une somme trimestrielle de 45 585,18 euros après application du taux de perte de chance retenu.
44. Le CH Sarthe et Loir et le CHUA doivent donc être condamnés, à parts égales, à verser à M. B, à titre viager, les frais d'hébergement en EHPAD exposés par celui-ci à compter de la date du présent jugement, à échéance trimestrielle, sur présentation des justificatifs afférents et à hauteur du taux de perte de chance retenu, puis le cas échéant, à partir du retour au domicile de l'intéressé, une rente trimestrielle d'un montant de 45 585,18 euros, sous déduction des éventuelles prestations versées au titre de la compensation du handicap dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et de ces prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne à échoir, laquelle rente sera versée à terme échu et revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
S'agissant des dépenses de santé postérieures à la consolidation :
Quant aux arrérages échus :
45. M. B sollicite la prise en charge de dépenses futures de soins, d'achat de matériels et de leur renouvellement, dont il évalue la somme restant à sa charge à hauteur de 15 000 euros. Toutefois, ce chef de préjudice allégué, qui n'est étayé par aucun élément et est contesté par le CHU d'Angers et le CH Sarthe et Loire, apparaît, en l'état de l'instruction, incertain. Il appartiendra au requérant, s'il s'y croit fondé, de saisir les personnes publiques compétentes, et, le cas échéant, la juridiction compétente, pour faire valoir d'éventuelles prétentions à ce titre, si de tels frais demeuraient pour l'avenir à sa charge.
46. La CPAM du Puy-de-Dôme, en produisant des états de débours et attestations d'imputabilité, justifie de frais hospitaliers et médicaux divers exposés au profit de M. B du 11 octobre 2018 au 12 octobre 2020, pour un montant de 4 211,52 euros. L'ensemble de ces frais sont en lien avec les fautes commises par le CH Sarthe et Loir et le CHU d'Angers. Par suite il y a lieu de condamner ces deux établissements de santé à verser, à parts égales, à la CPAM du Puy-de-Dôme, au titre de ses débours liés aux arrérages échus de dépenses de santé postérieures à la consolidation, la somme totale de 3 158,64 euros après application du taux de perte de chance retenu.
Quant aux arrérages à échoir :
47. La CPAM du Puy-de-Dôme demande au tribunal de condamner le CHU d'Angers et le CH Sarthe et Loir à lui verser, sous forme de capital, les frais d'achat et de renouvellement tous les cinq ans d'un fauteuil roulant électrique au profit de M. B, sur la base d'un montant annuel de 2 953,51 euros.
48. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que ces frais d'achat de fauteuil roulant s'élèvent à hauteur de 3 938,01 euros et doivent être renouvelés tous les cinq ans.
49. D'autre part, eu égard aux dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale qui limitent le recours subrogatoire des caisses de sécurité sociale à l'encontre du responsable d'un accident corporel aux préjudices qu'elles ont pris en charge, le remboursement des prestations qu'une caisse sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente et ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord. En l'espèce, dès lors que le CHU d'Angers s'oppose à une indemnisation de ce chef de préjudice sous forme de capital, le CH Sarthe et Loir et le CHU d'Angers doivent être condamnés, à parts égales, à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme, à titre viager sur présentation des justificatifs afférents et à hauteur du taux de perte de chance retenu, les frais d'achat de fauteuil roulant au profit de M. B à compter de la date du présent jugement et de son renouvellement tous les cinq ans.
50. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander, au titre de l'indemnisation de ses préjudices patrimoniaux permanents, après application du taux de perte de chance retenu, la somme totale de 185 940 euros, ainsi que les frais d'hébergement en EHPAD exposés par celui-ci à compter de la date du présent jugement, à échéance trimestrielle, sur présentation des justificatifs afférents et à hauteur du taux de perte de chance retenu, puis le cas échéant, à partir du retour au domicile de l'intéressé, une rente trimestrielle d'un montant de 45 585,18 euros, sous déduction des éventuelles prestations versées au titre de la compensation du handicap dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et de ces prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne à échoir, laquelle rente sera versée à terme échu et revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
51. Il en résulte également que le CH Sarthe et Loir et le CHU d'Angers doivent être condamnés à verser, à parts égales, à la CPAM du Puy-de-Dôme, en remboursement de ses préjudices patrimoniaux permanents, d'une part, la somme de 3 158,64 euros après application du taux de perte de chance retenu et, d'autre part, les frais d'achat de fauteuil roulant au profit de M. B à compter de la date du présent jugement et de son renouvellement tous les cinq ans, sur présentation des justificatifs afférents et à hauteur du taux de perte de chance retenu.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
52. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise susmentionné, et il n'est pas contesté, que M. B souffre de séquelles importantes liées aux fautes commises par le CH Sarthe et Loir et le CHU d'Angers qui se traduisent par un déficit fonctionnel permanent évalué à 85 %. M. B étant âgé de 67 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme totale de 135 000 euros après application du taux de perte de chance retenu.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
53. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté, que M. B subit un préjudice esthétique permanent lié à sa tétraplégie, pouvant être évalué à 6 sur une échelle de 0 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant son évaluation à la somme de 18 000 euros après application du taux de perte de chance retenu.
S'agissant du préjudice sexuel :
54. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté, que M. B subit un préjudice sexuel qualifié de complet. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant son évaluation à la somme de 7 500 euros après application du taux de perte de chance retenu.
S'agissant du préjudice d'établissement :
55. M. B, âgé de 67 ans à la date de la consolidation de son état de santé, père de deux enfants et grand-père d'une petite fille, ne saurait prétendre à une indemnisation au titre du préjudice d'établissement, en se prévalant de la circonstance que sa tétraplégie l'empêche d'exercer normalement son rôle de grand-père, dès lors que ce préjudice, qui n'a au demeurant pas été retenu par l'expert en l'espèce, consiste en la perte d'espoir et de chance de réaliser un projet de vie familiale en raison de la gravité d'un handicap, projet que M. B a déjà pu construire et que ce préjudice est inclus dans les troubles de toute nature déjà indemnisés dans le cadre de la réparation du déficit fonctionnel permanent.
S'agissant du préjudice permanent exceptionnel :
56. Si M. B fait état d'un préjudice permanent exceptionnel résultant de la circonstance que sa mobilité physique est de plus en plus réduite et de ce qu'il ressent une angoisse particulière quant à son avenir, ces éléments ne caractérisent pas des circonstances autres que celles résultant du fait dommageable, qui n'auraient pas été prises en compte à un autre titre, et notamment au titre du déficit fonctionnel permanent, circonstances seules susceptibles de caractériser un préjudice permanent exceptionnel. La demande d'indemnisation présentée à ce titre doit donc être rejetée.
57. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander, au titre de l'indemnisation de ses préjudices extrapatrimoniaux permanents, après application du taux de perte de chance retenu, la somme totale 160 500 euros.
58. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander, au titre de l'indemnisation de l'ensemble de ses préjudices, la condamnation du CH Sarthe et Loir et du CHU d'Angers, à parts égales, et après déduction s'agissant du CHU d'Angers de la provision de 50 000 euros déjà versée à l'intéressé, à lui verser, d'une part, les frais d'hébergement en EHPAD exposés par celui-ci à compter de la date du présent jugement, à échéance trimestrielle, sur présentation des justificatifs afférents et à hauteur du taux de perte de chance de soixante-quinze pour cent, puis le cas échéant, à partir du retour au domicile de l'intéressé, une rente trimestrielle d'un montant de 45 585,18 euros, sous déduction des éventuelles prestations versées au titre de la compensation du handicap dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et de ces prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne à échoir, laquelle rente sera versée à terme échu et revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale et, d'autre part, la somme totale de 392 158,56 euros.
59. Il en résulte également que la CPAM du Puy-de-Dôme est fondée à demander, au titre de l'indemnisation de l'ensemble de ses préjudices, la condamnation du CH Sarthe et Loir et du CHU d'Angers à lui verser d'une part, la somme totale de 201 877,90 euros et, d'autre part, les frais d'achat de fauteuil roulant au profit de M. B à compter de la date du présent jugement et de son renouvellement tous les cinq ans, sur présentation des justificatifs afférents et à hauteur du taux de perte de chance retenu.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
60. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé, et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros. Cette indemnité doit être mise à parts égales à la charge du centre hospitalier Sarthe et Loir et du CHU d'Angers.
Sur les intérêts et la capitalisation :
61. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
62. Il y a lieu, dès lors, de faire droit aux conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme tendant à ce que la somme de 201 877, 90 euros qui lui est allouée au point 59 du présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 18 mars 2021, date d'enregistrement de son premier mémoire au greffe du tribunal. La capitalisation des intérêts a été demandée aux termes de ce même mémoire. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 18 mars 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais de l'instance :
63. Dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge du CH Sarthe et Loir et du CHU d'Angers, à parts égales, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, une somme de 2 500 euros à verser à M. G B, une somme de 1 500 euros à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme et une somme de 1 500 euros à verser à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance de l'intervention de Mme E B, M. F B, M. D B, et Mme C B.
Article 2 : L'ONIAM est mis hors de cause.
Article 3 : Le centre hospitalier Sarthe et Loir et le centre hospitalier universitaire d'Angers sont condamnés, à parts égales, et après déduction s'agissant du centre hospitalier universitaire d'Angers de la provision de 50 000 euros déjà versée à l'intéressé, à verser à M. G B, d'une part, les frais d'hébergement en EHPAD exposés par celui-ci à compter de la date du présent jugement, à échéance trimestrielle, sur présentation des justificatifs afférents et à hauteur du taux de perte de chance de soixante-quinze pour cent, puis le cas échéant, à partir du retour au domicile de l'intéressé, une rente trimestrielle d'un montant de 45 585,18 euros, sous déduction des éventuelles prestations versées au titre de la compensation du handicap dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et de ces prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne à échoir, laquelle rente sera versée à terme échu et revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale et, d'autre part, la somme totale de 392 158,56 euros.
Article 4 : Le centre hospitalier Sarthe et Loir et le centre hospitalier universitaire d'Angers sont condamnés, à parts égales, à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, d'une part, les frais d'achat de fauteuil roulant au profit de M. B à compter de la date du présent jugement et de son renouvellement tous les cinq ans, sur présentation des justificatifs afférents et à hauteur du taux de perte de chance retenu et, d'autre part, la somme totale de 201 877,90 euros. Cette dernière somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 mars 2021, avec capitalisation pour la première fois le 18 mars 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 5 : Le centre hospitalier Sarthe et Loir et le centre hospitalier universitaire d'Angers sont condamnés, à parts égales, à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 6 : Le centre hospitalier Sarthe et Loir et le centre hospitalier universitaire d'Angers verseront, à parts égales, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 2 500 euros à M. G B, une somme de 1 500 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et une somme de 1 500 euros à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. G B, à Mme E B, à M. F B, à M. D B, au centre hospitalier universitaire d'Angers, au centre hospitalier Sarthe et Loir, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
R. HANNOYER
La présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026