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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2007436

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2007436

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2007436
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantORATIO ANGERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 juillet 2020, 11 décembre 2020 et 13 novembre 2023, la société d'actions simplifiée (SAS) Opti Finance, représentée par Me de Marne, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés qui a été mise à sa charge au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 à hauteur de 105 333 euros et des intérêts de retard correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification du 28 février 2018 est insuffisamment motivée et méconnaît le principe du contradictoire ;

- l'abandon de créance consentie à sa filiale remplit les conditions du 13 de l'article 39 du code général des impôts.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 novembre 2020, 17 octobre 2023 et 23 novembre 2023, le directeur de la direction spécialisée du contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SAS Opti Finance ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoist,

- les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Opti Finance exerce une activité de conseil en gestion de patrimoine. A la suite d'un examen contradictoire de comptabilité portant sur l'exercice courant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016, une proposition de rectification du 28 février 2018 lui a été adressée. Par un courrier du 24 avril 2018, la SAS Opti Finance a présenté des observations. A la suite d'un recours hiérarchique organisé le 11 juillet suivant, la SAS Opti Finance a été informée, par une décision du 5 octobre 2018, du maintien du rehaussement. Par un avis du 26 septembre 2019, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a émis un avis favorable au maintien de la rectification proposée. Par un avis de mise en recouvrement du 15 novembre 2019, la somme de 109 786 euros a été mise à la charge de la SAS Opti Finances. Par une réclamation du 23 décembre 2019, elle a sollicité le dégrèvement partiel du rappel d'impôt sur les sociétés relatif à l'abandon de créance consenti au profit de sa filiale Sarthe Objectif 24 ainsi que des pénalités correspondantes. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet du 12 juin 2020. Par la présente requête, la SAS Opti Finance demande la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés qui a été mise à sa charge au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 à hauteur de 105 333 euros et des intérêts de retard correspondants.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rehaussements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler de façon utile ses observations.

3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 28 février 2018 mentionne les impôts concernés, les années d'imposition, le montant des rectifications opérées et leur fondement juridique ainsi que les motifs de fait pour lesquels le service a estimé que l'abandon de créance consenti par la SAS Opti Finance au profit de sa filiale Sarthe Objectif 24 ne pouvait être déduit de son bénéfice net. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

4. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. () " Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () / 13. Sont exclues des charges déductibles pour l'établissement de l'impôt les aides de toute nature consenties à une autre entreprise, à l'exception des aides à caractère commercial. () ".

5. Il résulte de l'instruction que la société Opti Finance a consenti, par convention du 30 décembre 2016, un abandon de créance au profit de sa filiale, la société Sarthe Objectif 24, laquelle était elle-même venue au soutien d'une société cocontractante afin de s'assurer de la participation de leur écurie à la course des " 24h du Mans " qui s'est tenue au cours du mois de juin 2016. Pour estimer que cette aide n'était pas déductible du bénéfice imposable de la société Opti Finance, l'administration fiscale s'est fondée, d'une part, sur l'absence de relations commerciales entre la société mère, spécialisée dans la gestion de patrimoine, et sa filiale, dont l'objet principal est l'organisation d'offres de partenariat, de sponsoring ou opérations commerciales, d'autre part, sur la circonstance qu'il n'est pas établi que la disparition de la filiale aurait eu une incidence importante sur l'activité commerciale propre de la société mère, et enfin sur la très faible capitalisation de la filiale, laquelle induit des besoins récurrents de trésorerie comblés par la société mère. Si la société Opti Finance se prévaut de la conclusion d'un contrat de sponsoring avec sa filiale, signé le 31 mars 2016, lequel prévoyait notamment la visibilité de son nom sur la voiture participant à la course, et de ce que l'évènement lui permettait de rencontrer des prospects, ces éléments sont insuffisants pour établir l'existence de relations commerciales autres que ponctuelles entre les deux entreprises. Par ailleurs, si la société fournit un tableau récapitulatif des investissements de sa clientèle au cours de l'année 2016, elle n'établit ni qu'ils seraient une conséquence d'une relation commerciale entretenue avec la société Sarthe Objectif 24, ni qu'ils seraient en lien avec l'évènement sportif ayant, selon elle, motivé l'abandon de créance, ni enfin que ses perspectives de développement étaient sérieuses à la date à laquelle cet abandon de créance a été consenti. Par suite, et alors que la société requérante ne conteste pas les besoins récurrents de trésorerie de sa filiale qu'elle est amenée à combler, il n'est pas établi que l'abandon de créance réalisé en fin d'exercice comptable revêtait un caractère commercial prépondérant.

6. Il résulte de ce qui précède que la société Opti Finance n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés mise à sa charge au titre de l'exercice clos en 2016 et qu'il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Opti Finance est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Opti Finance et au directeur de la direction spécialisée du contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

L-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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