vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2007698 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | AVOCONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 août 2020, 15 mars 2021 et 24 novembre 2023, la SARL Steg, représentée par Me Granger, demande au tribunal :
1°) de constater un déficit complémentaire de 106 960 euros au titre de l'exercices clos en 2013 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est viciée à défaut pour le service de justifier avoir recherché des cessions dans le cadre de procédures collectives dès l'établissement de la proposition de rectification ; elle entend se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-CF-IOR-10-40 ;
- les termes de comparaison retenus par l'administration pour évaluer la valeur vénale des locaux professionnels et de la maison d'habitation ne sont pas pertinents ; l'administration ne justifie pas avoir recherché de cessions dans le cadre de procédures collectives et n'a pas retenu de cessions intervenues entre deux personnes morales ; les nouvelles évaluations ne s'appuient plus que sur un seul bien ; le classement du terrain en zone agricole engendre des contraintes importantes limitant la valorisation des biens ; ;
- elle n'a pas commis d'acte anormal de gestion dès lors que la cession en cause, réalisée sur la base d'une évaluation notariale et validée par le jugement du tribunal de commerce, a été réalisée dans son intérêt en vue de la poursuite de son activité.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 décembre 2020, le 21 février 2023 et le 1er décembre 2023, le directeur de la direction spécialisée du contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Steg ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Penhoat,
- les conclusions de M. Huin, rapporteur public,
- et les observations de Me Ragot substituant Me Granger, représentant la SARL Steg.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Steg, dont l'associé principal et le gérant est M. A, qui exerce une activité de terrassement, d'électricité et gaz, a fait l'objet d'une procédure de redressement judiciaire dont l'ouverture a été prononcée le 13 janvier 2010 puis d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 à l'issue de laquelle le service vérificateur a considéré notamment qu'elle avait commis un acte anormal de gestion en vendant le 16 décembre 2013 à un prix minoré une maison d'habitation et des locaux professionnels à Concourson-sur-Layon (Maine-et-Loire) aux sociétés civiles immobilières (SCI) du Bonheur et des Affaires constituées en janvier 2013 et détenues alors à 99 % par M. C D. Le 28 avril 2014, l'intégralité des parts sociales des SCI du Bonheur et des Affaires a par ailleurs été cédée à M. A pour le prix de 1 euro symbolique. Par une proposition de rectification du 13 décembre 2016, le service a informé la SARL Steg de la remise en cause de la valeur de cession des biens situés à Concourson-sur-Layon, réévaluée par l'administration à 343 596 euros pour la maison d'habitation et 290 160 euros pour les locaux professionnels. A la suite des observations et recours précontentieux exercés par la SARL Steg, la valeur de la maison d'habitation a finalement été fixée à 164 000 euros et celle des locaux professionnels à 102 960 euros. Les redressements en matière d'impôt sur les sociétés en résultant ont modifié les résultats fiscaux initialement déclarés par la société Steg en 2013 et 2014 en les portant à 117 263 euros en 2013 et en les ramenant à 219 878 euros en 2014. Par la présente requête, la SARL Steg demande au tribunal de constater un déficit complémentaire de 106 960 euros au titre de l'exercices clos en 2013.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, il ressort de la proposition de rectification du 13 décembre 2016 que, pour déterminer la valeur vénale de l'ensemble immobilier détenu par la SARL Steg au jour de la cession, le vérificateur s'est référé à des transactions récentes portant sur des biens comparables sur le secteur considéré en l'absence de cession équivalente. La proposition de rectification est donc sur ce point suffisamment motivée et a d'ailleurs permis à la SARL Steg de présenter d'utiles observations sur l'évaluation retenue par le service, ce qu'elle a d'ailleurs fait. Contrairement à ce que soutient la société requérante, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à l'administration dans la proposition de rectification de justifier de l'impossibilité de se référer à des termes de comparaison similaires tenant à l'existence d'une procédure collective affectant le vendeur. Il suit de là que le moyen susanalysé doit être écarté.
3. En second lieu, la SARL Steg ne saurait se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-CF-IOR-10-40 dès lors que, relative à la procédure d'imposition, elle n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
Sur l'acte anormal de gestion :
4. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.
5. S'agissant de la cession d'un élément d'actif immobilisé, lorsque l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, soutient que la cession a été réalisée à un prix significativement inférieur à la valeur vénale qu'elle a retenue et que le contribuable n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette évaluation, elle doit être regardée comme apportant la preuve du caractère anormal de l'acte de cession si le contribuable ne justifie pas que l'appauvrissement qui en est résulté a été décidé dans l'intérêt de l'entreprise, soit que celle-ci se soit trouvée dans la nécessité de procéder à la cession à un tel prix, soit qu'elle en ait tiré une contrepartie.
En ce qui concerne la valeur vénale des biens immobiliers :
6. Par acte du 18 janvier 2006, la SARL Steg a acquis pour un montant de 106 000 euros un ensemble immobilier professionnel au lieu-dit Les Poidemonts à Concourson-sur-Layon comprenant trois bâtiments couverts en fibro-ciment, un bureau, des installations sanitaires pour une surface pondérée de 1 100 m². Des travaux d'agrandissement ont été réalisés en 2008 et 2009 et inscrits en comptabilité pour un montant de 110 928 euros. Le 3 décembre 2007, une maison d'habitation a été acquise par la SARL Steg à proximité de ses locaux professionnels pour y loger M. A, son gérant. En 2013, une piscine a été construite sur le terrain et des travaux d'agrandissement ont porté la surface de cette maison de 94 m² à 209 m². Suite à des difficultés financières, le tribunal de commerce d'Angers a ouvert à l'encontre de la société Steg une procédure de redressement judiciaire le 13 janvier 2010 et un plan de continuation par apurement du passif sur 9 ans a été adopté par le tribunal de commerce d'Angers le 6 juillet 2011. Ce plan a conduit à renégocier la dette de 545 700,43 euros détenue par la Caisse d'épargne à hauteur de 250 000 euros financée par la vente de l'immeuble à hauteur de 160 000 euros et le solde par un remboursement sur 9 ans, l'évaluation du local professionnel et de la maison d'habitation ayant été déterminée sur la base d'une évaluation d'un notaire réalisée le 5 février 2010. Le local professionnel et la maison d'habitation ont fait l'objet d'une cession le 16 décembre 2013 aux SCI du Bonheur et des Affaires constituées le 24 janvier 2013 notamment par M. D, relation d'affaires de M. A, pour des montants respectivement de 70 000 euros et 90 000 euros. Le 28 avril 2014, les parts des SCI du Bonheur et des Affaires ont été cédés au prix de 1 euro à M. A et son épouse.
7. Pour retenir que la cession, par la SARL Steg aux SCI du Bonheur et des Affaires, avait été effectuée pour un prix notablement inférieur à la valeur vénale des biens cédés, le service, comme l'exposent les termes de la proposition de rectification qu'il a adressée le 13 décembre 2016, a cherché à déterminer cette valeur vénale. Pour ce faire, le vérificateur a estimé qu'en l'absence de cession équivalente, il y avait lieu d'effectuer une évaluation de l'ensemble immobilier cédé en procédant par comparaison avec des transactions récentes portant, d'une part, sur trois locaux industriels et, d'autre part, sur 4 maisons d'habitation comparables. Il en a déduit un prix moyen au m² et a valorisé les locaux professionnels et la maison d'habitation à hauteur respectivement de 290 260 euros et de 343 596 euros. A l'issue de la discussion précontentieuse, l'administration n'a finalement retenu qu'un seul terme de comparaison pour chacun des locaux et réévalué la valeur des locaux professionnels à hauteur de 102 960 euros et celle de la maison d'habitation à 234 289 euros après avoir appliqué pour cette dernière un abattement de 10 % pour tenir compte de l'éventualité d'une future servitude et de la vétusté de certains bâtiments ainsi qu'un abattement de 20 % pour les travaux de désamiantage. Au final, au regard de la dernière évaluation faite par l'administration fiscale, les biens situés à Concourson-sur-Layon auraient été cédés par la SARL Steg aux SCI du Bonheur et des Affaires à des montants inférieurs de 45 % et 32 % à leur valeur vénale.
8. En soutenant que cette méthode d'évaluation ne prend pas en compte des biens similaires sans toutefois contester leur absence dans le secteur litigieux, la société requérante ne remet pas en cause la pertinence de la méthode par voie de comparaison appliquée par l'administration. Il ne peut être reproché au service d'avoir à l'issue de la procédure précontentieuse retiré plusieurs termes de comparaison jugés inadaptés et d'avoir fondé son évaluation sur deux termes de comparaison affichant le prix au m² le moins élevé. Si la société requérante soutient que les termes de comparaison finalement retenus ne mentionnent pas si les cessions concernaient des personnes physiques ou des personnes morales, de telles mentions sont sans incidence sur la pertinence du terme de comparaison retenu. La société requérante fait également valoir qu'ils ne constituent pas, au regard de leur emplacement géographique, de leurs caractéristiques et de leur utilisation, des termes de comparaison valables. Toutefois, alors qu'ils ont été reconnus pertinents par la commission de conciliation composée d'experts immobiliers, l'administration a, en appliquant un abattement de 30 %, pris en compte les contraintes spécifiques des biens en litige détaillées au point précédent. Il ne résulte pas de l'instruction ni que l'abattement de 30 % était insuffisant ni que le classement du terrain en zone agricole ainsi que la procédure de redressement judiciaire dont faisait l'objet la société requérante impliquaient de procéder à des abattements complémentaires. La seule évaluation notariale réalisée à la demande du tribunal de commerce le 5 février 2010, au demeurant avant l'agrandissement de la maison d'habitation et peu détaillée, ne permet pas de remettre en cause la pertinence de l'évaluation retenue par le service.
9. Dans ces conditions, l'administration établit que la SARL Steg a consenti aux SCI du Bonheur et des Affaires un prix de vente significativement inférieur à la valeur vénale des biens immobiliers en cause.
En ce qui concerne l'intérêt de l'entreprise :
10. Pour justifier que l'appauvrissement qui résulte du prix anormal de la cession a été décidé dans son intérêt, la SARL Steg fait valoir que la cession en cause, validée par le jugement du tribunal de commerce du 6 juillet 2011, a été réalisée en vue de la poursuite de son activité alors qu'elle était dans l'incapacité de faire face à son passif exigible. Toutefois, alors que le plan d'apurement du passif a été validé en juillet 2011, la société requérante, qui n'était au demeurant tenue que par un prix minimum de 160 000 euros, n'a procédé à la cession des biens qu'en décembre 2013 et ne conteste pas l'affirmation du service selon laquelle elle a vendu l'ensemble immobilier à des sociétés détenues par une relation d'affaires de son gérant sans avoir recherché d'autres acquéreurs.
11. Dans ces conditions, la SARL Steg ne justifie pas que l'appauvrissement qui est résulté de la cession en cause a été décidé dans son intérêt, en établissant qu'elle se soit trouvée dans la nécessité de procéder à la cession au prix stipulé ou qu'elle en ait tiré une contrepartie. Par suite, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve du caractère anormal de l'acte de cession.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL Steg doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SARL Steg la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Steg est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Steg et au directeur de la direction spécialisée du contrôle fiscal Centre-Ouest.
Délibéré après l'audience du 19 avril 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Penhoat, premier conseiller,
Mme Frelaut, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
Le rapporteur,
A. PENHOATLa présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
C. MICHAULT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026