mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2007997 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 août 2020 et le 11 juin 2021, M. C D M et Mme H E, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 48 989, 68 euros en réparation de leurs préjudices matériels et moraux, consécutifs à la faute commise par l'Etat en refusant de délivrer à Mme E, et à leurs enfants, A D G, J D B, L D F et K D I, des visas de long séjour au titre de la réunification familiale, somme assortie des intérêts au taux légal à compter de leur réclamation préalable et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision des autorités consulaires françaises de refus de délivrance de visas de long séjour, intervenues le 1er juin 2017 à l'issue d'un délai anormalement long d'examen de leurs demandes déposées le 7 juillet 2016, et la décision du 6 octobre 2017 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont illégales, comme l'a jugé le tribunal administratif de Nantes par un jugement du 15 novembre 2018, et, par suite, de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le délai dans lequel est intervenue la délivrance des visas est constitutif d'une autre faute, compte tenu de ce qu'il s'agit d'une demande présentée au titre de la réunification familiale d'un réfugié ;
- ces fautes ont entraîné des frais de transferts de fonds à hauteur de 168, 10 euros, ainsi qu'un défaut de versement de prestations sociales à hauteur de 18 821, 58 euros s'agissant des allocations familiales, et ont été la cause d'un préjudice moral estimé à la somme totale de 30 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir l'absence de faute et que les préjudices allégués ne présentent pas un caractère réel, direct et certain.
Par une décision du 7 mai 2021, M. D M a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 juillet 2016, Mme H E, et ses enfants A D G, J D B, L D F et K D I ont sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Kinshasa la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale afin de rejoindre en France M. D M, respectivement époux et père des intéressés, et réfugié de nationalité congolaise. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions consulaires du 1er juin 2017. Le 6 octobre 2017, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions. Par un jugement du 15 novembre 2018, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision de la commission de recours et a enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités, lesquels ont été délivrés le 27 décembre 2018. Par une demande réceptionnée le 15 février 2020, M. D M et Mme E ont sollicité l'indemnisation des préjudices consécutifs selon eux à l'illégalité de ces décisions de refus de visa. Cette demande a fait l'objet d'un refus implicite. Les requérants demandent la condamnation de l'Etat à leur verser une somme globale en principal de 48 989,68 euros en réparation des préjudices matériels et moraux qu'ils soutiennent avoir subis du fait du refus illégal de l'Etat de délivrer les visas sollicités.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute de l'Etat :
2. Ce tribunal a, par un jugement, définitif, du 15 novembre 2018, annulé la décision de rejet opposée par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France opposées à Mme E, et aux enfants A D G, J D B, L D F et K D I au motif que les liens familiaux entre le réfugié et les demandeurs de visa étaient établis. Dès lors, les requérants sont fondés à prétendre que l'illégalité dont sont entachées ces décisions de refus de visas constitue une faute de nature à leur ouvrir droit à réparation par l'Etat.
En ce qui concerne la période de responsabilité :
3. La responsabilité de l'Etat à l'égard des requérants court à compter de la date à laquelle des refus illégaux de visa doivent être regardés comme ayant été implicitement opposés aux intéressés, soit à compter du 7 novembre 2016, et jusqu'à la date de délivrance de ces visas, soit jusqu'au 27 décembre 2018.
En ce qui concerne les préjudices :
4. Il résulte de l'instruction que durant la période de responsabilité précisée au point précédent, M. D M a effectué au profit de Mme E des transferts de fonds ayant occasionné des frais à hauteur de 168, 10 euros, dont les requérants sont fondés à être indemnisés.
5. En revanche, l'absence de versement aux requérants de prestations sociales telles que des allocations familiales est sans lien direct avec les fautes commises par l'administration, ces aides ayant pour objet de compenser partiellement les dépenses engagées pour l'entretien et l'éducation des enfants présents sur le territoire national, compte tenu du niveau et du coût de la vie en France.
6. L'illégalité de la décision de refus de visa a eu pour effet de prolonger pendant une période de deux ans et cinq mois la séparation des membres de la famille. Eu égard à cette durée, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence des intéressés en allouant à ce titre la somme globale de 5 000 euros.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser aux requérants la somme de 5 168,10 euros, en réparation de leurs préjudices, cette somme portant intérêts à compter du 15 février 2020, date de réception de la demande d'indemnisation par l'administration. La capitalisation de ces intérêts, demandée par la requête du 11 août 2020, prend effet à compter du 15 février 2021, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière, et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les frais liés au litige :
8. M. D M ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Pollono, avocate du requérant, renonce à la part contributive de l'Etat dans le cadre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. D M et à Mme E une somme de 5 168,10 euros, assortie des intérêts à compter du 15 février 2020. Les intérêts échus le 15 février 2021 seront capitalisés à cette date puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Me Pollono une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pollono renonce à la part contributive de l'Etat dans le cadre de l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D M et Mme H E, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pollono.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.
La rapporteure,
S. THOMAS
Le président,
A. DURUP DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
N°2007997
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026