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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008261

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008261

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008261
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : M. ECHASSERIAU - R.222-13
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 août 2020, M. B A, représenté par Me Conté demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 février 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Sarthe a décidé de réduire le montant de son allocation de revenu de solidarité active de 80% au titre du mois de février 2020, ensemble la décision du 15 juin 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours contre la décision du 5 février 2020 ;

2°) d'enjoindre au département de la Sarthe de lui verser la somme de 394,05 euros retenue sur son allocation de revenu de solidarité active du mois de février 2020 ;

3°) de mettre à la charge du département de la Sarthe le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur des actes attaqués n'est pas établie ;

- la décision du 5 février 2020 est entachée d'erreur de fait en ce qu'il a communiqué tous les éléments demandés par les services du conseil départemental ;

- la décision du 5 février 2020 est entachée d'erreur de droit en ce que aucune disposition légale ou réglementaire n'impose de communiquer des relevés bancaires sur lesquels doivent apparaître d'autres données que celles correspondant aux ressources du requérant et notamment pas celles relatives à ses dépenses.

Par un mémoire enregistré le 27 juin 2022, le département de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Une décision du 13 avril 2021 du bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a, sur sa proposition, dispensé la rapporteure publique de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 21 janvier 2020, le président du conseil départemental de la Sarthe a informé M. A qu'il était susceptible de prendre à son encontre une sanction de réduction du montant de son allocation de revenu de solidarité active pendant une durée de deux mois en raison de la non communication de ses relevés de compte bancaire. Par un courrier du 5 février 2020 le président du conseil départemental de la Sarthe a sanctionné M. A d'une réduction du montant de son allocation de revenu de solidarité active de 80% pour une durée de deux mois. Par une décision du 15 juin 2020, le conseil départemental de la Sarthe a maintenu sa décision du 5 février 2020 en réponse au recours préalable obligatoire déposé le 8 juin 2020 par le requérant mais a toutefois limité la sanction de réduction au mois de février 2020 et l'a informé du rétablissement de l'intégralité de son allocation à partir du mois de mars 2020 en raison de la situation sanitaire. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions et de lui rétablir l'intégralité de son allocation de revenu de solidarité active au titre du mois de février 2020.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que les décisions explicites ou implicites prises à la suite d'un tel recours se substituent nécessairement aux décisions initiales, et sont seules susceptibles d'être déférées au juge. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du 5 février 2020 doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du 15 juin 2020 rejetant le recours préalable obligatoire formé le 8 juin 2020 par M. A en ce qu'il tend à contester le bien-fondé de la sanction de réduction de l'allocation de revenu de solidarité active litigieuse. En conséquence, les moyens soulevés par le requérant à l'encontre de la décision du 5 février 2020 sont inopérants et doivent par suite être écartés.

3. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. C, signataire de la décision du 15 juin 2020 a reçu délégation de signature du président du conseil départemental de la Sarthe, par arrêté du 28 juin 2017 pour signer l'ensemble des actes relevant de la compétence du service emploi insertion en général, en cas d'absence ou d'empêchement du chef de service, dont il n'est pas établi qu'il n'était pas absent ou empêché à la date de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-52 du même code : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code. La juridiction compétente () est la juridiction administrative. () ". Aux termes de l'article R. 262-83 de ce code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ainsi que les membres du foyer sont tenus de produire, à la demande de l'organisme chargé du service de la prestation et au moins une fois par an, toute pièce justificative nécessaire au contrôle des conditions d'ouverture de droit, en particulier au contrôle des ressources, notamment les bulletins de salaire. En cas de non-présentation des pièces demandées, il est fait application des dispositions de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale. / Les organismes peuvent se dispenser de la demande mentionnée au premier alinéa lorsqu'ils sont en mesure d'effectuer des contrôles par d'autres moyens mis à leur disposition et en particulier lorsqu'ils peuvent obtenir auprès des personnes morales compétentes les informations en cause par transmission électronique de données. " Enfin, aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " () Le montant de la pénalité est fixé en fonction de la gravité des faits, dans la limite de deux fois le plafond mensuel de la sécurité sociale. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation notamment ses activités et l'ensemble des ressources dont il dispose. L'organisme chargé du service de la prestation qui constate son empêchement à procéder aux contrôles prévus par le chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, peut suspendre le versement du revenu de solidarité active en vertu du 4° de l'article L. 262-37 du même code, en mettant en œuvre la procédure prévue par cet article, ou en vertu de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale. Si l'autorité administrative est, en outre, en mesure d'établir que le bénéficiaire ne peut prétendre au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active ou qu'il n'est pas possible, faute de connaître le montant exact des ressources des personnes composant le foyer, de déterminer s'il pouvait ou non bénéficier de l'allocation pour la période en cause, elle est en droit de mettre fin à cette prestation.

6. Il résulte de l'instruction que le conseil départemental de la Sarthe a adressé un courrier, daté du 28 octobre 2019, à M. A en sa qualité de bénéficiaire du RSA pour lui demander de retourner une série de documents destinés à la vérification et à l'actualisation de sa situation, notamment la copie intégrale des relevés bancaires de l'ensemble de ses comptes et livrets d'épargne du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2019. Le 21 janvier 2020, le président du conseil départemental a informé M. A qu'il n'avait reçu qu'une partie des éléments demandés et qu'il mettait en œuvre la procédure de suspension de l'article L.262-37 du code l'action sociale et des familles. Si M. A a communiqué ses relevés bancaires concernant la période demandée, il résulte de l'instruction que les copies adressées masquaient systématiquement toutes les opérations du compte de l'intéressé en dehors du versement du RSA et de sa mutuelle. Si M. A soutient qu'il a matériellement respecté la demande du service de contrôle mais qu'aucun texte ne permet au service d'exiger un relevé complet dès lors que les dépenses qu'il réalise ne sont d'aucune utilité pour vérifier l'intégralité de ses ressources mais constituent en revanche une atteinte à sa vie privée, il résulte des documents produits qu'au-delà des recettes, M. A a systématiquement occulté le montant du solde créditeur de son compte ne respectant pas ainsi ses obligations déclaratives fixées par les dispositions ci-dessus rappelées et empêchant les services du département de la Sarthe d'effectuer les contrôles autorisés par la loi. Ainsi, en infligeant, par sa décision du 15 juin 2020, une sanction de réduction de 80% de l'allocation de revenu de solidarité active au titre du mois de février 2020, le président du conseil départemental de la Sarthe n'a commis ni erreur de fait ni erreur de droit.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 juin 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Sarthe a pris à l'encontre de M. A une sanction de réduction de 80% de l'allocation de revenu de solidarité active au titre du mois de février 2020 doivent être rejetées. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au département de la Sarthe et à Me Conté.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

B. D

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, la greffière,

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