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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008320

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008320

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008320
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSPE GAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 août 2020, le 10 février 2021 et le 31 août 2023, M. A B, représenté par Me Juguet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Meigné-le-Vicomte à lui verser la somme de 82 075,41 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les dommages dont il a été victime résultant de la pollution du forage de son exploitation procède du mauvais entretien et de vices de conception d'ouvrages publics de recueil des eaux de ruissellement et des eaux pluviales ;

- les préjudices dont il est fondé à être indemnisé s'élèvent à la somme de 82 075,41 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 novembre 2020 et le 18 janvier 2021, la commune de Meigné-le-Vicomte, représentée par Me Boizard, conclut à titre principal au rejet de la requête, et à titre subsidiaire, à être garantie de l'ensemble des condamnations pouvant être prononcées à son encontre par la SARL du Baugeois, et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa responsabilité ne saurait être engagée ;

- le lien de causalité entre l'état de l'entretien des ouvrages publics et les désordres subis par le requérant n'est pas établi ;

- elle est fondée à être appelée en garantie par la société ayant réalisé les travaux publics en cause.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas,

- et les conclusions de M. Marowski, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est exploitant agricole au lieudit " Le Plessis Bonjour " à Meigné-le-Vicomte (Maine-et-Loire). Pour les besoins en eau de son exploitation, il a réalisé un forage, à proximité immédiate duquel se situe un étang, recueillant notamment les eaux de ruissellement des parcelles situées en amont. Entre novembre 2011 et janvier 2013, la commune de Meigné-le-Vicomte a fait réaliser par la SARL du Baugeois des travaux consistant dans le busage d'un fossé communal situé en amont de l'étang, dans le contournement de cet étang par le sud, sur une longueur de 180 mètres et, enfin, dans la pose d'un avaloir en aval. En raison de fortes pluies, l'engorgement de ce fossé a conduit à une montée des eaux de ruissellement et de l'étang, qui ont débordé au-dessus de la margelle du forage de M. B, entraînant sa pollution. M. B demande au tribunal de condamner la commune de Meigné-le-Vicomte à lui verser une indemnité de 82 075,41 euros en réparation de ses préjudices.

Sur l'exception de prescription quadriennale :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites au profit () des communes () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Selon l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance : / Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; / Toute émission de moyen de règlement, même si ce règlement ne couvre qu'une partie de la créance ou si le créancier n'a pas été exactement désigné. / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".

3. Il résulte de l'instruction que M. B a assigné le 3 mars 2016 devant le tribunal de grande instance la commune afin que soit ordonnée une mesure d'expertise judiciaire. Cette requête, relative au fait générateur des créances dont se prévaut le requérant, a interrompu la prescription quadriennale. Par une ordonnance du 4 septembre 2018, le juge de la mise en état du tribunal de grande instance de Saumur a soulevé son incompétence matérielle. Ainsi, la créance dont se prévaut M. B n'était pas prescrite à la date de réception de la demande préalable du 20 avril 2020.

Sur la responsabilité de la commune de Meigné-le-Vicomte :

4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

5. M. B doit être regardé comme un tiers à l'égard du dispositif communal de recueil des eaux de ruissellement et des eaux pluviales, situé en amont de l'étang dont il est propriétaire, et assurant le contournement de celui-ci. Par suite, il lui appartient de rapporter la preuve du lien de causalité entre ces ouvrages publics et les préjudices qu'ils a subis.

6. La commune de Meigné-le-Vicomte a réalisé en novembre 2011 des travaux de busage du fossé communal situé en amont de l'étang dont est propriétaire M. B, ainsi que de contournement de cet étang, sur une longueur d'environ 180 mètres, les eaux de ruissellement et les eaux pluviales étant rejetées au travers d'un avaloir situé à l'extrémité sud est de cette pièce d'eau. Il résulte de l'instruction que, lors des fortes pluies de l'hiver 2012-2013, qui ne présentaient toutefois pas un caractère exceptionnel, le dimensionnement du busage du fossé communal, qui a conduit à une concentration des eaux pluviales et de ruissellement à proximité immédiate de l'étang, ainsi que l'obstruction de l'avaloir, dépourvu de grille et qui a d'ailleurs été changé ultérieurement au cours de l'année 2016, à proximité du puits de forage, ont été la cause de l'élévation du niveau des eaux de ruissellement et des eaux de l'étang à un niveau tel que celles-ci se sont accidentellement déversées dans le forage situé à proximité. Ce déversement a causé l'arrêt des pompes hors d'usage, notamment par le dépôt d'alluvions, et la contamination des eaux de ce forage. Le lien de causalité entre les ouvrages publics en cause et les dysfonctionnements du forage en cause, est ainsi établi.

7. Il résulte de l'instruction que le busage du fossé communal à un diamètre de 400 mm en amont de l'étang et la pose d'un avaloir dépourvu de grille n'ont pas entièrement rempli les fonctions auxquelles ces ouvrages étaient destinés. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que le dévidoir reliant l'étang au réseau public de collecte des eaux de ruissellement et des eaux pluviales, dévidoir qui est la seule propriété du requérant, aurait été modifié sous maitrise d'ouvrage publique.

8. Il résulte également de l'instruction que, quand bien même une attestation de conformité du forage en cause ayant fait l'objet d'une déclaration au titre de la police de l'eau a été délivrée par l'administration en 2016, le déversement de l'eau de l'étang dans le forage a été aggravé par la conception du forage, dont le tuyau de trop plein était directement relié à l'étang sans dispositif de clapet. Il résulte enfin de l'instruction que la dégradation de la qualité des eaux du forage procède également de la contamination des eaux de l'étang par les effluents d'élevage stockés dans la fumière à proximité de celui-ci. Quand bien même l'eau de l'étang n'était destinée qu'à l'irrigation des cultures de l'exploitation, ces éléments constituent une imprudence de la victime, qui est de nature à exonérer la commune d'un tiers de la responsabilité qu'elle encourt à l'égard de M. B.

Sur les préjudices :

9. Il résulte de l'instruction que l'inondation du forage en cause a été la cause de dommages matériels, consistant dans l'inspection par caméra du forage, le nettoyage de la pompe de surface, la sortie de la pompe immergée, le remplacement de la pompe et le nettoyage du forage, évalués au montant total de 10 330,88 euros. En revanche, alors que les effets sur l'élevage de la contamination des eaux du forage, utilisée pour l'abreuvement des bêtes comme pour le nettoyage du matériel de traite, ont été amplifiés par la conception du circuit d'eau dans l'exploitation, sans lien avec les ouvrages publics en cause, il ne résulte pas de l'instruction que la perte de production de lait et le remplacement de vaches seraient en lien direct et certain avec l'inondation du forage du fait des ouvrages publics en cause. De plus, si M. B fait état des frais de réalisation d'un nouveau forage en 2019, il n'est pas établi que le forage inondé en 2012 et 2013 serait définitivement inutilisable. Si M. B fait état de travaux de raccordement et d'électricité, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que ces travaux seraient en lien direct et certain avec l'élévation du niveau de l'eau de l'étang.

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la commune de Meigné-le-Vicomte doit être condamnée à verser à M. B la somme totale de 6 887,25 euros, compte tenu du partage de responsabilité retenu. Il y a lieu d'assortir cette somme des intérêts au taux légal, à compter, comme le demande le requérant, de l'enregistrement de la requête.

Sur l'appel en garantie de la commune de Meigné-le-Vicomte :

11. La fin des rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et l'entrepreneur, consécutive à la réception sans réserve d'un marché de travaux publics, fait obstacle à ce que, sauf clause contractuelle contraire, l'entrepreneur soit ultérieurement appelé en garantie par le maître d'ouvrage pour des dommages dont un tiers demande réparation à ce dernier, alors même que ces dommages n'étaient ni apparents ni connus à la date de la réception. Il n'en irait autrement que dans le cas où la réception n'aurait été acquise à l'entrepreneur qu'à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives de sa part. Par suite, la réception sans réserve du marché de travaux publics fait obstacle à ce que la commune de Meigné-le-Vicomte, qui ne se prévaut d'aucune manœuvre frauduleuse ou dolosive, appelle en garantie, sur le seul fondement de sa responsabilité contractuelle la société du Beaugeois, qui a réalisé sous sa maîtrise d'ouvrage les travaux de busage du fossé communal et la pose de l'avaloir en cause.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Meigné-le-Vicomte le versement de la somme de 1 500 euros au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par la commune à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Meigné-le-Vicomte est condamnée à verser à M. B la somme de 6 887, 25 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 19 août 2020.

Article 2 : La commune de Meigné-le-Vicomte versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Meigné-le-Vicomte au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Meigné-le-Vicomte et à la SARL du Baugeois.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au préfet de Maine-et-Loire

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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