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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008442

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008442

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008442
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantROSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2020, Mme A B, représentée par Me Rossi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la pension d'invalidité qui lui a été versée en 2018 par la caisse des retraites des personnels de l'Opéra national de Paris pour un montant total de 55 609 euros est éligible à une exonération d'impôt sur le revenu tant en application du 8° de l'article 81 du code général des impôts qu'en application de la doctrine administrative publiée au Bulletin officiel des finances publiques sous la référence BOI-RSA-PENS-20-20-20 ;

- les prestations qui lui ont été versées en 2018 par l'organisme Audiens Santé-Prévoyance pour un montant total de 131 860 euros sont éligibles à une exonération d'impôt sur le revenu tant en application du 8° de l'article 81 du code général des impôts qu'en application de la doctrine administrative publiée au Bulletin officiel des finances publiques sous les références BOI-RSA-PENS-10-10-20 §40, BOI-RSA-CHAMP-20-30-20 §220 à 240 et BOI-RSA-PENS-10-40, 2 mai 2014, §40, ainsi que de la Rép. Marleix : AN 6-3- 1995 n° 20076, la Rép. Julia : JOAN 10 août 1998, p. 4431, n° 16005 et la Rép. Caillaud : JOAN 2 juin 2003.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2020, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

-les conclusions, en tant qu'elles demandent la décharge de la somme de 55 609 euros sont irrecevables dès lors que la requérante n'a pas sollicité la décharge de cette somme à l'occasion de sa réclamation ;

-les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où il serait fait droit à la requête de Mme B, elle sollicite le bénéfice de la compensation prévue aux articles L. 203 et L. 205 du livre des procédures fiscales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 68-382 du 5 avril 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoist ;

- les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B exerçait la profession d'artiste de chœurs à l'Opéra national de Paris. Suite à un accident de travail survenu en 2010, la Cour nationale de l'incapacité et de la tarification de l'assurance des accidents du travail a jugé, par un arrêt du 15 mai 2018, que son état de santé ouvrait droit à la pension de retraite par anticipation visée à l'article 20 du décret n° 68-382 du 5 avril 1968. Au cours de l'année 2018, Mme B a reçu deux sommes d'argent. La première somme d'argent a été versée par la Caisse de retraites des personnels de l'Opéra national de Paris pour un montant de 55 609 euros, au titre d'une régularisation du paiement de sa pension pour la période du 1er mai 2013 au 31 décembre 2018. La seconde somme d'argent a été versée par l'organisme Audiens Santé-Prévoyance pour un montant de 131 860 euros au titre d'une régularisation liée à son invalidité pour la même période. Mme B a déclaré ces deux sommes au titre des revenus de l'année 2018 dans la catégorie pensions, retraites et rentes. Par une réclamation du 9 janvier 2020, elle a demandé à l'administration fiscale, d'une part, de bénéficier, pour la somme de 131 860 euros, de l'exonération prévue au 8° de l'article 81 du code général des impôts et, d'autre part, l'application du système du quotient prévu aux articles 163-0 A et suivants du même code. A la suite du rejet de sa réclamation Mme B demande au tribunal, par la présente requête, de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ".

3. Il résulte de l'instruction que l'imposition au titre des revenus de l'année 2018 a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par Mme B. Par suite, en application des dispositions précitées, elle ne peut obtenir la décharge de cette imposition qu'en apportant la preuve de l'exagération des bases d'imposition retenues par l'administration.

Sur la somme de 55 609 euros :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

4. Aux termes de l'article 79 du code général des impôts : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. () ". Aux termes de l'article 81 du même code : " Sont affranchis de l'impôt : / () 8° Les indemnités temporaires, à hauteur de 50 % de leur montant, ainsi que les prestations et rentes viagères, servies aux victimes d'accidents du travail ou à leurs ayants droit ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 20 du décret du 5 avril 1968 : " Ont droit à pension à jouissance immédiate les assurés qui, par suite d'accidents, d'infirmités ou de maladies, sont reconnus hors d'état de continuer l'exercice de leurs fonctions par le conseil d'administration de la caisse de retraites après avis d'un comité médical composé de deux praticiens de médecine générale et, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, d'un médecin spécialiste de l'affection dont l'assuré est atteint. Ces médecins sont choisis par le conseil d'administration sur proposition conjointe du directeur de la caisse de retraites et du directeur de l'Opéra. " Enfin, aux termes de l'article 14 du même décret : " I.-La durée des services et des bonifications prévus aux articles 6,11,12,13 et 13 bis et admissibles en liquidation s'exprime en trimestres. Dans le décompte final des trimestres liquidables, la fraction de trimestre égale ou supérieure à quarante-cinq jours est comptée pour un trimestre. La fraction de trimestre inférieure à quarante-cinq jours est négligée. / Sous réserve des dispositions du V du présent article, le nombre de trimestres nécessaire pour obtenir le pourcentage maximum de la pension est fixé à cent soixante-douze. / Le pourcentage maximum de la pension est fixé à 75 %. () "

5. Mme B soutient que la somme de 55 609 euros qui lui a été versée en 2018 par la Caisse de retraites de l'Opéra national de Paris au titre de la période du 1er mai 2013 au 31 décembre 2018 est éligible au bénéfice de l'exonération d'impôt sur le revenu prévue au 8° de l'article 81 du code général des impôts dès lors qu'elle perçoit cette pension suite à un accident du travail. Toutefois, cet avantage est régi par des dispositions réglementaires relatives au calcul de la pension de retraite payée par la Caisse de retraites de l'Opéra national de Paris. Son montant est fonction, non d'un taux variable d'incapacité, mais d'un nombre d'annuités. Par suite, la somme perçue par Mme B est servie par une caisse de retraite et, à ce titre, est légalement imposable en application de l'article 79 du code général des impôts et n'entre pas dans le champ de l'exonération prévue au 8° de l'article 81 du même code.

En ce qui concerne l'application de la doctrine administrative :

6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () ".

7. Mme B ne saurait utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de l'interprétation de la loi fiscale donnée au paragraphe 10 du BOI-RSA-PENS-20-20-20 dans la mesure où les cotisations en litige ne procèdent pas d'un rehaussement mais d'une imposition primitive.

Sur la somme de 131 860 euros :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

8. Mme B soutient que la somme de 131 860 euros qui lui a été versée en 2018 par l'organisme Audiens Santé-Prévoyance au titre de la période du 1er mai 2013 au 31 décembre 2018 est éligible au bénéfice de l'exonération d'impôt sur le revenu prévue au 8° de l'article 81 du code général des impôts dès lors qu'elle perçoit cette pension suite à un accident du travail. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'exonère d'impôt sur le revenu les rentes d'invalidité versées par des organismes de prévoyance, qui ont le caractère de revenus de remplacement imposables en application des dispositions de l'article 79 du code général des impôts. Si le 8° de l'article 81 du code général des impôts dispose que sont affranchis de l'impôt " les prestations et rentes viagères, servies aux victimes d'accidents du travail ou à leurs ayants droit ", ces dispositions concernent les sommes versées en vue de la couverture des conséquences dommageables d'un accident du travail ou d'un accident de service, d'une maladie professionnelle ou d'une maladie contractée en service, et qui sont allouées en vertu d'obligations résultant de la loi ou de dispositions réglementaires prises pour l'application de la loi. Par suite, c'est par une exacte application de l'article 79 du code général des impôts que l'administration a soumis cette somme à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2018.

En ce qui concerne l'application de la doctrine administrative :

9. Mme B ne saurait utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ni de l'interprétation de la loi fiscale donnée au paragraphe 40 du BOI-RSA-PENS-10-10-20, aux paragraphes 2020 à 240 du BOI-RSA-CHAMP-20-30-20, au paragraphe 40 du BOI-RSA-PENS-10-40, publiés au bulletin officiel des finances publiques, ni de la Rép. Marleix : AN 6-3- 1995 n° 20076, la " Rép. Caillaud : JOAN 2 juin 2003, p. 4266, n° 2830 ", la " Rép. Julia : JOAN 10 août 1998, p. 4431, n° 16005 ", dans la mesure où les cotisations en litige ne procèdent pas d'un rehaussement mais d'une imposition primitive.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La rapporteure,

L.-L. BENOIST

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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