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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008790

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008790

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008790
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13
Avocat requérantCALDERERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2020, et un mémoire, enregistré le 2 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Nicolas Calderero, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré quatre points du capital de son permis de conduire à la suite d'une infraction relevée le 26 avril 2018 et prononcé la perte de validité de ce permis, ainsi que l'ensemble des retraits de points ressortant du relevé d'information intégral de sa situation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire dès la notification du jugement, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours est recevable dès lors que le courrier référencé "48 SI" ne lui est jamais parvenu dès lors que le service centralisé dans le régiment auquel il est affecté a dû égarer l'avis de mise en instance de ce courrier, que son adresse personnelle se situe à Changé et ne correspond pas à son adresse militaire, et qu'il n'est pas dans l'obligation de signaler son changement d'adresse ;

- il est impossible pour lui d'avoir commis l'infraction du 26 avril 2018 puisqu'il était engagé au Mali dans l'opération Barkhane ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route s'agissant des infractions des 15 août, 20 novembre et 2 décembre 2009, du 18 mai 2012, du 24 mai 2015, du 30 septembre 2016, des 2 septembre, 5 octobre, 22 octobre et 1er décembre 2017, des 29 janvier, 2 mars, 26 avril et 16 novembre 2018 et du 28 janvier 2019 ;

- ces retraits de points ne lui ont pas été notifiés de sorte qu'ils ne sont pas opposables et ne peuvent fonder une décision prononçant la perte de validité d'un permis de conduire.

Par un mémoire, enregistré le 29 septembre 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal :

1°) de prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des retraits de points consécutifs à des infractions relevées les 15 août, 20 novembre et 2 décembre 2009, le 18 mai 2012, le 16 novembre 2018 et le 28 janvier 2019 ;

2°) de rejeter les autres conclusions présentées par M. A.

Il soutient que :

- les infractions relevées les 16 novembre 2018 et 28 janvier 2019 n'ont donné lieu à aucun retrait de points ;

- du fait de la reconstitution totale des points affectés au permis de conduire du requérant le 18 mai 2015, les retraits de points consécutifs aux infractions des 15 août, 20 novembre et 2 décembre 2009 et du 18 mai 2012 sont devenus sans effet ;

- les points retirés consécutivement aux infractions des 9 et 12 août 2015, du 9 décembre 2016 et du 2 février 2017 ont été restitués de sorte que la contestation de ces retraits de points est devenue sans objet ;

- le surplus des conclusions de la requête est irrecevable dès lors qu'elles sont tardives, les décisions attaquées lui ayant été notifiées le 19 décembre 2018 à l'adresse où il a fait immatriculer son véhicule, laquelle peut être professionnelle ;

- à titre subsidiaire, le moyen tiré de l'absence d'opposabilité des retraits de points est inopérant et les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 novembre 2023 à partir de 10h00.

Considérant ce qui suit :

1. Le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de quatre points du capital dont était affecté le permis de conduire de M. B A à la suite d'une infraction commise le 26 avril 2018 et prononcé la perte de validité de ce permis. Le relevé d'information intégral, issu du système national des permis de conduire, au sein duquel est procédé à l'enregistrement notamment de toutes décisions relatives aux points de ce capital, relatif au permis de conduire de M. A, fait également état de divers retraits de points antérieurs. M. A demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

I. Sur les conclusions tendant à l'annulation de décisions retirant un ou plusieurs points à la suite d'infractions relevées les 15 août, 20 novembre et 2 décembre 2009, le 18 mai 2012, les 9 et 12 août 2015, le 9 décembre 2016, le 2 février 2017, le 16 novembre 2018 et le 28 janvier 2019 :

2. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation de M. A que, postérieurement aux retraits de points auxquels il a été procédé à la suite d'infractions relevées les 15 août, 20 novembre et 2 décembre 2009 ainsi que le 18 mai 2012, le permis de conduire de l'intéressé a été de nouveau affecté, le 18 mai 2015, en application des dispositions combinées des deux premiers alinéas de l'article L. 223-6 du code de la route, du nombre maximal de points dont peut être doté son capital. Cette reconstitution totale du capital de points du permis de conduire de M. A étant intervenue antérieurement à l'enregistrement de sa requête, les conclusions tendant à l'annulation de ces retraits de point sont privées d'objet.

3. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation de M. A que le point retiré à la suite de chacune des infractions relevées les 9 et 12 août 2015, le 9 décembre 2016 et le 2 février 2017 a été restitué, en application des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route, respectivement, le 28 avril 2016, le 3 août 2016, le 12 octobre 2017 et le 13 décembre 2017, soit antérieurement au 2 septembre 2020, date de l'enregistrement de la requête de M. A. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de ces retraits de point sont privées d'objet.

4. Si les différents relevés d'information intégral produits par les parties portent la mention d'infractions relevées à l'encontre de M. A les 16 novembre 2018 et 28 janvier 2019, aucune de leurs mentions ne met en évidence qu'un retrait d'un ou plusieurs points serait intervenu à la suite de la commission de chacune de ces infractions. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de retraits de points qui seraient consécutifs à ces infractions sont dirigées contre des décisions qui n'ont pas existé.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de décisions retirant un ou plusieurs points à la suite d'infractions relevées les 15 août, 20 novembre et 2 décembre 2009, le 18 mai 2012, les 9 et 12 août 2015, le 9 décembre 2016, le 2 février 2017, le 16 novembre 2018 et le 28 janvier 2019 ne sont pas recevables. Elles ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

II. Sur les autres conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée () ".

A. En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutif aux infractions relevées le 24 mai 2015, le 30 septembre 2016, les 2 septembre, 5 octobre, 22 octobre et 1er décembre 2017, le 29 janvier 2018 et le 2 mars 2018 :

7. La délivrance, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction réprimée selon la procédure de l'amende forfaitaire et ayant donné lieu à un retrait de points, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité d'un tel retrait. Cette information doit porter sur le fait que le paiement de l'amende forfaitaire ou, à défaut, l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée établit la réalité de l'infraction, dont la qualification doit être précisée, et entraîne un retrait de points, ainsi que sur l'existence du traitement automatisé de points et la possibilité d'exercer un droit d'accès.

a. S'agissant des conclusions relatives au retrait de trois points consécutif à l'infraction du 2 mars 2018 :

8. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que l'infraction du 2 mars 2018 a été relevée au moyen d'un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code, issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ainsi qu'une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu cet avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'autorité administrative doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de conduire de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende forfaitaire, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction relevée le 2 mars 2018 par procès-verbal électronique a été payée. Dès lors, l'avis de contravention correspondant à cette infraction doit être considéré comme ayant été régulièrement notifié à M. A. Ce dernier ne le produit pas. Par suite, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve de la délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement au prononcé du retrait de points procédant de cette même infraction.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré trois points du capital de son permis de conduire à la suite de l'infraction relevée le 2 mars 2018.

b. S'agissant des conclusions relatives aux autres retraits de points :

11. Chacune des infractions relevées les 24 mai 2015, 30 septembre 2016, 2 septembre 2017, 5 octobre 2017, 22 octobre 2017, 1er décembre 2017 et 29 janvier 2018 a donné lieu à l'émission d'un avis d'amende forfaitaire majorée, tenant lieu de titre exécutoire, prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale. Le formulaire d'avis utilisé revêt les mentions portant à la connaissance de son destinataire l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Cependant, dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait de lui-même payé les amendes correspondantes, le ministre de l'intérieur doit apporter la preuve, par tous moyens, que l'intéressé a, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction ayant conduit au retrait de points correspondant, reçu l'avis correspondant à cette amende.

12. Pour l'infraction relevée le 24 mai 2015, le ministre de l'intérieur ne produit aucune pièce en lien avec la notification régulière, à M. A, de l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant. En conséquence, il ne justifie pas de la délivrance à ce dernier de l'information préalable à l'établissement de la réalité de cette infraction au sens de l'article L. 223-1 du code de la route.

13. Pour chacune les autres infractions, le ministre de l'intérieur produit la copie de l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant ainsi que la photocopie de l'enveloppe contenant cet avis, revêtue de l'accusé de réception portant la mention "pli avisé et non réclamé". Cependant, alors que la recevabilité d'une réclamation susceptible d'avoir pour effet d'annuler le titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée et, par suite, de faire obstacle à l'établissement de la réalité de l'infraction au sens de l'article L. 223-1 du code de la route, est enfermée dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, aucun des accusés de réception produits ne mentionne la date de présentation du pli et aucun autre élément ne permet de déterminer une telle date. Dès lors, le ministre de l'intérieur ne peut être regardé comme justifiant à l'égard de M. A de la délivrance de l'information préalable à l'établissement de la réalité de chacune de ces infractions au sens de l'article L. 223-1 du code de la route.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré un total de sept points du capital de son permis de conduire à la suite des infractions relevées le 24 mai 2015, le 30 septembre 2016, les 2 septembre, 5 octobre, 22 octobre et 1er décembre 2017 et le 29 janvier 2018.

III. Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions retirant quatre points consécutivement à l'infraction relevée le 26 avril 2018 prononçant la perte de validité du permis de conduire :

A. En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

15. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification () de la décision attaquée ".

16. Il incombe à l'autorité administrative, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de conclusions présentées devant un tribunal tendant à l'annulation d'une décision, d'établir que l'intéressé a reçu notification de cette décision.

17. La seule pièce produite en défense qui serait susceptible d'établir la date à laquelle le pli recommandé contenant le courrier formalisant les décisions retirant quatre points du capital du permis de conduire de M. A consécutivement à l'infraction relevée le 26 avril 2018 et prononçant la perte de validité de ce permis a été régulièrement présenté à M. A est la photocopie de l'accusé de réception correspondant à la pièce jointe n° 2 du mémoire en défense. Ce pli a été présenté au lieu de résidence professionnelle de M. A, à laquelle pouvait lui être notifiée les décisions en litige dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'il ne s'agissait plus du siège de son affectation professionnelle pour l'exercice de son activité de militaire. Cependant, la photocopie produite n'est pas lisible et ne permet dès lors pas de vérifier que la date de cette présentation serait antérieure de plus de deux mois à celle de l'enregistrement de la requête. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions tendant à l'annulation des décisions en cause doit être écartée.

B. Au fond :

a. En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le retrait de quatre points consécutif à l'infraction relevée le 26 avril 2018 :

18. En premier lieu, il appartient au juge administratif, lorsqu'il apprécie la légalité d'un retrait de points, de vérifier si la réalité d'une infraction entraînant un tel retrait est établie dans les conditions fixées par l'article L. 223-1 du code de la route. En revanche, il ne lui appartient pas de vérifier si la personne ayant fait l'objet de ce retrait de points était bien le conducteur du véhicule au moment où cette infraction a été commise.

19. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre.

20. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, utilement faire valoir devant le juge administratif que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre exécutoire. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment nommé "bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

21. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire de M. A que l'infraction commise le 26 avril 2018 a donné lieu, le 7 août 2018, à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Si le requérant produit un courrier daté du 28 août 2020 devant être adressé à l'officier du ministère public formalisant une réclamation, il ne produit aucune pièce de nature à établir que celle-ci aurait été effectivement envoyée à cette autorité de sorte qu'il n'est pas justifié de l'existence d'une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre exécutoire. Dès lors que M. A n'a pas obtenu l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée dont la seule émission a permis d'établir la réalité de l'infraction relevée le 26 avril 2018, la circonstance, qu'il fait valoir, tenant à son engagement au Mali à la date de l'infraction dans le cadre du déploiement de l'opération dite "Barkhane" ne peut être utilement invoquée. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas l'auteur de l'infraction relevée le 26 avril 2018 doit être écarté.

22. En second lieu, pour contester la légalité du retrait de points consécutif à cette infraction, M. A soutient que l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée. La procédure de l'amende forfaitaire a également été mise en œuvre pour la répression de cette infraction.

23. L'infraction relevée le 26 avril 2018 a donné lieu à l'émission d'un avis d'amende forfaitaire majorée, tenant lieu de titre exécutoire, prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, mais il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait de lui-même payé cette amende. Comme cela a été rappelé au point 11, l'absence de preuve d'un tel paiement oblige le ministre de l'intérieur à apporter la preuve, par tous moyens, que M. A a, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction en cause, reçu l'avis correspondant à cette amende.

24. Le ministre de l'intérieur produit la copie de l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction relevée le 26 avril 2018 ainsi que la photocopie de l'enveloppe contenant cet avis, revêtue de l'accusé de réception portant la mention "pli avisé et non réclamé". Cependant, cet accusé de réception ne mentionne pas de date de présentation du pli et aucun autre élément ne permet de déterminer une telle date. Aussi, pour le même motif que celui énoncé au point 13, le ministre de l'intérieur ne peut être regardé comme justifiant à l'égard de M. A de la délivrance de l'information préalable à l'établissement de la réalité de cette infraction au sens de l'article L. 223-1 du code de la route.

25. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré quatre points du capital de son permis de conduire à la suite de l'infraction relevée le 26 avril 2018.

b. En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision prononçant la perte de validité du permis de conduire :

26. Dans l'hypothèse où le juge est conduit à constater que des points ont été illégalement retirés au conducteur, il lui appartient de soustraire du total des points retirés à ce dernier, qui peut être supérieur à douze, ceux qui l'ont été illégalement. S'il apparaît alors que le capital de douze points dont l'intéressé disposait initialement n'est pas totalement épuisé, la décision par laquelle le ministre a déclaré la perte de validité du permis est privée de base légale.

27. Sur un total de quatorze points retirés, onze l'ont été illégalement et trois l'ont été légalement. Le capital de douze points dont M. A disposait initialement n'est dès lors pas totalement épuisé. En conséquence, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé la perte de validité de son permis de conduire est privée de base légale.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé la perte de validité de son permis de conduire.

IV. Sur les conclusions à fin d'injonction :

29. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction () prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant d'un délai d'exécution ".

30. Le capital du permis de conduire de M. A a été légalement réduit de trois points et ne saurait disposer d'un nombre de points supérieur à douze. En conséquence, l'annulation des décisions retirant un total de onze points de ce capital implique la restitution, non pas de l'ensemble de ces points, mais de seulement neuf points, sous réserve que la réalité de nouvelles infractions au sens de l'article L. 223-1 du code de la route donnant lieu à des retraits de points n'aient pas été commises entre la date de la décision prononçant la perte de validité du permis de conduire de M. A et celle du présent jugement. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution et de rendre à l'intéressé son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

V. Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

31. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, bien qu'il soit la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. A d'une somme au titre des frais susceptibles d'être remboursés sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du ministre de l'intérieur retirant un total de onze points du capital du permis de conduire de M. A consécutivement aux infractions relevées le 24 mai 2015, le 30 septembre 2016, les 2 septembre, 5 octobre, 22 octobre 2017 et 1er décembre 2017, ainsi que les 29 janvier et 26 avril 2018 sont annulées.

Article 2 : La décision du ministre de l'intérieur prononçant la perte de validité du permis de conduire de M. A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de rétablir neuf points au capital du permis de conduire de M. A, sous réserve que la réalité de nouvelles infractions au sens de l'article L. 223-1 du code de la route donnant lieu à retraits de points n'aient pas été commises entre la date de la décision annulée par l'article 2 du présent jugement et celle de ce jugement et, le cas échéant, de lui restituer ce permis de conduire.

Article 4 : L'ensemble des autres conclusions présentées par M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire du Mans en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

D. C

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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