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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009160

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009160

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009160
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13
Avocat requérantCALDERERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2020, et des mémoires, enregistrés le 14 octobre 2020 ainsi que les 15 janvier et 23 juin 2021, M. C F, représenté par Me Nicolas Calderero, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 12 février 2020 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré deux points du capital de son permis de conduire à la suite d'une infraction relevée le 27 février 2019 et a prononcé la perte de validité de ce permis ;

2°) d'annuler les décisions retirant des points à la suite des infractions commises le 28 juillet 2017, les 12 avril et septembre 2018 ainsi que les 19 mars et 8 avril 2019 ;

3°) d'annuler la décision du 12 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé la reconstitution partielle des points liés à l'accomplissement, les 13 et 14 mars 2020, du stage de sensibilisation à la sécurité routière, ainsi que la décision implicite par laquelle cette autorité a refusé de prendre en compte le stage qu'il a effectué les 9 et 10 novembre 2018 ;

4°) d'ordonner au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire doté d'un capital de points incluant au moins ceux qui n'ont pas été pris en compte à la suite de l'accomplissement de ces stages, dès la notification du jugement, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 700 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ses conclusions dirigées contre les différents retraits de points ne sont pas tardives dès lors que ces décisions ne lui ont pas été notifiées ;

- lors de la constatation des infractions mentionnées sur le relevé d'information intégral, il n'a pas reçu l'information préalable relative au retrait de points, en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- les différents retraits de points ne lui ont pas été notifiés de sorte qu'ils ne sont pas opposables et ne peuvent dès lors fonder une décision prononçant la perte de validité de son permis de conduire ;

- les articles L. 223-6 et R. 223-8 du code de la route ont été méconnues dès lors que les points dont il doit bénéficier à la suite de ces stages ne lui ont pas été attribués.

Par un mémoire, enregistré le 30 août 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. F.

Il soutient que :

- la requête est tardive dès lors que le pli recommandé contenant la décision 48 SI a été présenté à son domicile le 25 février 2020 et l'intéressé s'est abstenu de le réclamer, alors même qu'il a été informé par un avis de passage ;

- les conclusions dirigées contre un prétendu retrait de points lié à une infraction relevée le 8 avril 2019 sont sans objet dès lors qu'aucun retrait de points n'est intervenu à la suite de cette infraction ;

- le moyen mettant en cause l'absence de notification des différents retraits de points n'est pas opérant ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, le 8 novembre 2023, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement serait susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des retraits de points antérieurs à la décision 48 SI, consécutifs aux infractions commises le 28 juillet 2017, les 12 avril et septembre 2018 et le 19 mars 2019 au motif qu'elles sont privées d'objet.

Des observations en réponse à ce moyen relevé d'office ont été présentées pour M. F, par Me Calderero, le 10 novembre 2023.

Par un mémoire, enregistré le 10 novembre 2023, M. F, représenté par Me Calderero, conclut aux mêmes fins que précédemment.

Il reprend les mêmes moyens ainsi que le contenu des observations présentées en réponse au moyen relevé d'office.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- l'arrêté ministériel du 7 février 2007, pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. G a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 novembre 2023 à partir de 10h00.

Considérant ce qui suit

1. Le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de deux points du capital dont était affecté le permis de conduire de M. C F à la suite d'une infraction commise le 27 février 2019 et prononcé la perte de validité de ce permis. Le relevé d'information intégral relatif à ce même permis, produit par le requérant, fait également de divers retraits de points qui ont concouru à constater que le solde de son capital était nul et, par suite, au prononcé de sa perte de validité. M. F ayant, par ailleurs, les 13 et 14 mars 2020, accompli un stage de sensibilisation à la sécurité routière, il a demandé au préfet de la Sarthe de lui attribuer les points liés à la réalisation de ce stage, ce qui lui a été refusé par une décision du 12 octobre 2020. M. F demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du retrait de deux points à la suite d'une infraction commise le 27 février et de la décision prononçant la perte de validité du permis de conduire :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification () de la décision attaquée. ". Selon l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. En premier lieu, le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. F comporte une mention concernant un accusé de réception n° 2C 1552 3963 824 relatif à un pli contenant une "lettre 48 SI" formalisant les décisions par lesquelles les derniers points du capital d'un permis de conduire sont retirés et la perte de validité de ce permis est prononcé. Le ministre de l'intérieur a également produit la photocopie du verso de l'enveloppe revêtu de l'avis de réception d'un pli recommandé envoyé à M. F par le Bureau national des droits à conduire au sein de la délégation à la sécurité routière rattachée au ministère de l'intérieur. Ce pli a été expédié à l'adresse suivante : 4 Place du Père B A 94110 Arcueil. Il porte précisément le n° 2C 155 239 6382 4. Il comporte dans l'encadré portant la mention "Présenté / Avisé le", la date du 25 février 2020, laquelle est reportée sur le relevé d'information intégral.

4. D'une part, si aucun principe général, ni aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer sa nouvelle adresse à l'administration en cas de changement d'adresse, la notification d'une décision relative au permis de conduire doit être regardée comme régulière lorsqu'elle est faite à une adresse correspondant effectivement à une résidence de l'intéressé. M. F allègue que le logement situé 4 Place du Père B A à Arcueil n'est plus sa résidence en faisant état d'un déménagement au lieu-dit Ponthouin à Mézières-sur-Ponthouin, commune située dans la Sarthe. Cependant, à l'appui de son allégation relative au fait qu'il a quitté définitivement le logement situé 4 Place du Père B A à Arcueil, il se borne à produire le feuillet d'un état de lieux de sortie d'un logement situé à cette adresse et réalisé le 29 mai 2019, soit antérieurement à la date de présentation du pli évoquée au point 3. Ce feuillet d'état des lieux de sortie porte seulement la mention "Madame, Monsieur F" dans la rubrique "nom du locataire" et comporte la signature, en qualité de locataire, de Mme D E. Le logement en cause, qui est la propriété de "Marie Pierre F" est situé au sein d'un immeuble collectif, dans le bâtiment PL, au niveau de l'escalier 04 et avec un n° de porte L 169. En l'absence de tout autre document permettant de d'assurer que les références de localisation du logement occupé par M. C F 4 Place du Père B A à Arcueil correspondent bien à celles indiquées sur le feuillet de l'état des lieux de sortie produit, la production de ce seul document ne permet pas d'établir que cette adresse ne correspond pas à celle d'une résidence effective du requérant à la date à laquelle le pli recommandé y a été expédié.

5. D'autre part, l'arrêté ministériel du 7 février 2007, qui a été pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques, fixe les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux. Aux termes du premier alinéa de l'article 5 de cet arrêté : " En cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, un avis du prestataire informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré. ". Selon l'article 7 du même arrêté : " A la demande de l'expéditeur, (), le prestataire peut établir un avis de réception attestant de la distribution de l'envoi. Cet avis est retourné à l'expéditeur et comporte les informations suivantes : () - la date de présentation si l'envoi a fait l'objet d'une mise en instance ; - la date de distribution ; - le numéro d'identification de l'envoi () ".

6. Il incombe à l'autorité administrative, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté du recours introduit devant un tribunal, d'établir que l'intéressé a reçu notification de la décision qu'il conteste. En cas de retour à cette autorité, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant cette décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte, soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que l'employé des services postaux a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant la destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale évoquée au point 5, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière, le pli recommandé retourné à l'autorité administrative auquel est rattaché un volet "avis de réception" sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

7. L'avis de réception du pli recommandé contenant la "lettre 48 SI" formalisant les décisions par lesquelles les derniers points du capital du permis de conduire de M. F ont été retirés et la perte de validité de ce permis est prononcée comporte une date de présentation de ce pli au 25 février 2020. Ce même avis de réception est revêtu de deux autocollants portant respectivement la mention "Avisé Arcueil" et la mention "Pli avisé et non réclamé" à côté de laquelle une croix a été cochée. Ces mentions sont ainsi claires, précises et concordantes quant à l'existence d'une notification de la "lettre 48 SI" régulièrement intervenue le 25 février 2020.

8. En second lieu, les décisions référencées "48 SI" constatant la perte de validité du permis de conduire pour solde de points nul, dont l'autorité administrative n'est pas en mesure d'éditer des copies, doivent être regardées, sauf preuve contraire apportée par leur destinataire, comme conformes au modèle qui sert de base à leur édition automatisée par l'Imprimerie nationale, lequel comporte la mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, et en l'absence de preuve contraire apportée par le requérant, la décision attaquée doit être regardée comme comportant cette mention.

9. Il suit de là que le délai de recours contentieux de deux mois a commencé à courir le 26 février 2020, et qu'aucun événement de nature à proroger ce délai n'est intervenu. Dès lors, ce délai était expiré à la date d'enregistrement de la requête de M. F, soit le 14 septembre 2020. En conséquence, les conclusions de cette requête tendant à l'annulation des décisions du 12 février 2020 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré deux points du capital de son permis de construire à la suite d'une infraction relevée le 27 février 2019 et a prononcé la perte de validité de ce permis sont tardives. Elles sont, par suite, irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des autres retraits de points :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les retraits de points consécutifs à des infractions commises le 28 juillet 2017, les 12 avril et 12 septembre 2018 et le 19 mars 2019 :

10. Des conclusions tendant à l'annulation d'une décision du ministre de l'intérieur portant retrait de points d'un permis de conduire sont dépourvues d'objet si la décision par laquelle ce ministre a prononcé la perte de validité de ce permis pour solde de points nul est devenue définitive.

11. La décision prononçant la perte de validité du permis de conduire de M. F est, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, devenue définitive antérieurement à la date à laquelle il a saisi le tribunal administratif. Dès lors, les conclusions de sa requête tendant à l'annulation des retraits de points prononcés avant cette décision, consécutivement aux infractions commises le 28 juillet 2017, les 12 avril et 12 septembre 2018 et le 19 mars 2019 étaient, dès leur introduction, dépourvues d'objet et, par suite irrecevables. Elles doivent dès lors être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre un retrait de points consécutif à une infraction commise le 8 avril 2019 :

12. La recevabilité de conclusions tendant à l'annulation d'une décision administrative est subordonnée notamment à la preuve de l'existence de cette décision.

13. Si les différents relevés d'information intégral produits par les parties portent la mention d'une infraction relevée le 8 avril 2019 à l'encontre de M. F, aucune de leurs mentions ne met en évidence qu'un retrait d'un ou plusieurs points serait intervenu à la suite de la commission de cette infraction. Par suite, les conclusions dirigées contre un prétendu retrait de points intervenu à la suite de cette infraction ne sont pas recevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 20 octobre 2020 prise par le préfet de la Sarthe :

14. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route : " Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an. () ". En vertu du II et du III de l'article R 223-8 du même code, l'attestation délivrée à l'issue du stage de sensibilisation à la sécurité routière donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire et la reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage.

15. Il résulte de ces dispositions qu'un conducteur est autorisé à se prévaloir du droit à la récupération de points à la suite de l'accomplissement du stage de sensibilisation à la sécurité routière lorsque, à la date à laquelle cette reconstitution prend effet, soit le lendemain de la dernière journée de stage, aucune décision prononçant la perte de validité de son permis de conduire n'a été portée à sa connaissance par l'autorité administrative.

16. La décision prononçant la perte de validité du permis de conduire de M. F doit être regardée, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, comme ayant été portée à sa connaissance le 25 février 2020. Son stage de sensibilisation à la sécurité routière a été accompli les 13 et 14 mars 2020. Dans ces conditions, doit être écarté le moyen tiré de ce que la décision prise le 12 octobre 2020 par le préfet de la Sarthe, qui est fondée sur le motif tiré de la notification, antérieurement au lendemain de la dernière journée de stage, de la décision prononçant la perte de validité de son permis de conduire, méconnaitrait les dispositions du code de la route évoquées au point 14.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Sarthe du 12 octobre 2020 doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

18. L'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par M. F devant être rejetées, il n'est fondé à demander qu'il soit enjoint à l'autorité administrative compétente de lui restituer son permis de conduire doté d'un nombre de points correspondant à ceux qui auraient été illégalement retirés et à ceux liés à l'accomplissement de stages de sensibilisation.

19. M. F étant la partie perdante dans la présente instance, sa demande tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être également rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. F sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

D. G

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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