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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009395

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009395

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009395
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAVOCATS CONSEILS REUNIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 septembre 2020 et 1er août 2021, M. A B et Mme C D épouse B, représentés par Me Buffet, demandent au tribunal :

1°) de condamner solidairement la commune de Loire-Authion et la société Travaux Publics des Pays de la Loire (TPPL) à leur verser la somme de 15 577,61 euros en réparation du préjudice résultant des dommages causés à leur habitation lors de l'exécution des travaux de réfection de la route départementale n° 952, majorée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter de la date d'enregistrement de la requête ;

2°) de condamner solidairement la commune de Loire-Authion et la société TPPL à leur verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les travaux de réfection de la route départementale n° 952 bordant leur habitation, réalisés par la société TPPL, sous la maîtrise d'ouvrage de la commune de Loire-Authion, entre les mois de septembre 2015 et novembre 2015, ont causé la chute de joints et l'apparition et l'aggravation de fissures sur plusieurs murs intérieurs et extérieurs de leur habitation ;

- il ont subi en leur qualité de tiers un préjudice anormal et spécial du fait de ces travaux, de nature à engager la responsabilité sans faute de la commune de Loire-Authion et de la société TPPL solidairement ;

- les désordres dont ils font état ne préexistaient pas aux travaux de 2015 et n'ont pas été causés par des opérations antérieures à ceux-ci ;

- ils ont subi en raison de ces dommages un préjudice matériel et financier d'un montant de 15 577,61 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2020, la société TPPL, représentée par Me Guignard, conclut :

1°) au rejet des conclusions présentées par M. et Mme B à son encontre ;

2°) à la condamnation de la commune de Loire-Authion à la garantir de toute condamnation pouvant être prononcée à son encontre ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme B ou, subsidiairement, de la commune de Loire-Authion, les entiers dépens et une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le lien de causalité entre les désordres allégués et les travaux n'est pas établi ;

- les conclusions à fin d'appel en garantie formulées par la commune de Loire-Authion sont irrecevables dès lors que les travaux ont été réceptionnés sans réserve ;

- la commune de Loire-Authion doit la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre dès lors que les travaux ont été réceptionnés sans réserve.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2021, la commune de Loire Authion, représentée par Me Brossard, conclut :

1°) à titre principal, au rejet des conclusions présentées par M. et Mme B ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société TPPL à la garantir de toute condamnation pouvant être prononcée à son encontre ;

3°) à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B ou, subsidiairement, de la société TPPL, une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- sa responsabilité ne peut être engagée dès lors que M. et Mme B ne démontrent pas l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre les travaux publics et le dommage dont ils se plaignent ;

- la société TPPL doit la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre dès lors qu'il résultait des pièces du marché qu'elle devait prendre des mesures pour préserver l'immeuble des requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond, premier conseiller

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Cavalier, substituant Me Buffet, avocat de M. et Mme B,

- les observations de Me Papin, substituant Me Guignard, avocat de la société TPPL,

- les observations de Me Carré, substituant Me Brossard, avocat de la commune de Loire-Authion.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B sont propriétaires d'un immeuble inscrit au titre des monuments historiques situé au 86 de la levée Jeanne de Laval à Saint-Mathurin-sur-Loire, commune déléguée de la commune nouvelle de Loire-Authion. La commune de Loire-Authion a engagé, le 3 septembre 2015, des travaux de réaménagement de la route départementale traversant la commune, bordant leur habitation, dont elle a confié le lot " terrassement voirie assainissement signalisation " à la société TPPL. Les travaux se sont achevés le 12 novembre 2015. A l'issue de ces travaux, M. et Mme B déclarent avoir constaté le décollement de joints et l'apparition de fissures sur les murs et plafonds de leur habitation, qu'ils estiment liés aux vibrations résultant de l'utilisation des engins de chantier pour le réaménagement de la voirie. Ils ont signalé ces désordres à la commune de Loire-Authion par plusieurs courriers en 2015 et 2016, restés sans réponse. Par des courriers du 6 juillet 2020, les requérants ont mis en demeure la commune de Loire-Authion et la société TPPL de leur verser la somme de 15 577,61 euros en réparation de leur préjudice, somme correspondant au devis de reprise des dommages affectant leur habitation établi par un entrepreneur en juin 2020. Cette demande a été rejetée par une décision implicite du 6 septembre 2020. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal de condamner solidairement la commune de Loire-Authion et la société TPPL à leur verser la somme de 15 577,61 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Les riverains des voies publiques ont la qualité de tiers par rapport aux travaux publics d'aménagement ou de réfection de ces voies. Si elles subissent un dommage à cette occasion, les victimes peuvent en demander réparation, même en l'absence de faute, aussi bien au maître de l'ouvrage, au maître de l'ouvrage délégué, à l'entrepreneur qu'au maître d'œuvre. La mise en jeu de la responsabilité sans faute d'une collectivité publique pour dommages de travaux publics à l'égard d'un justiciable qui est tiers par rapport à un ouvrage public ou à une opération de travaux publics est subordonnée à la démonstration par cet administré de l'existence d'un dommage grave et spécial directement en lien avec cet ouvrage ou cette opération. Ces tiers ne sont, toutefois, pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

3. En l'espèce, les requérants, riverains de la voie publique où ont eu lieu les travaux, soutiennent que les travaux de réfection de la chaussée ont entraîné la chute de nombreux joints en plâtre des plafonds et le décollement de plusieurs joints à double-vitrage. Les vibrations provoquées par les engins de chantier, notamment en raison de l'utilisation d'une pelle hydraulique, auraient également engendré l'apparition de multiples fissures sur les tuffeaux entourant l'extrémité des poutres centrales du logis et sur une pile du mur de l'escalier extérieur en façade Est, alors que l'architecte des Bâtiments de France avait préconisé de ne pas utiliser d'engins de ce type au droit de l'immeuble en raison de la vulnérabilité de celui-ci.

4. Toutefois, il résulte de l'instruction que les constats d'huissier effectués avant le début des travaux le 8 septembre 2015 et après le démarrage du chantier le 29 septembre 2015 ne mentionnent pas les désordres allégués par les intéressés et que les photographies annexées à ces constats ne permettent ni d'établir la matérialité de ces désordres ni le lien de causalité avec les travaux en question. En outre, l'expertise effectuée par l'assureur des requérants en 2018 conclut, tout en reconnaissant que la concomitance des désordres avec les travaux effectués par l'entreprise TPPL permet de considérer comme très vraisemblable que les vibrations provoquées par les engins de chantier soient la cause de ces désordres, à " la difficulté de démontrer sans équivoque le lien de causalité entre les travaux de 2015 et les dommages aujourd'hui constatés ". Par ailleurs, le devis établi en 2020 inclut des réparations dans des parties du logement pour lesquelles aucun désordre n'était mentionné par les requérants. Dès lors, il ne peut être tenu pour établi que les préjudices dont M. et Mme B demandent réparation trouveraient leur cause dans les travaux publics réalisés en 2015 par la société TPPL.

5. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la condamnation solidaire de la commune de Loire-Authion et de la société Travaux Publics des Pays de la Loire (TPPL) à leur verser la somme de de 15 577,61 euros en réparation de leurs préjudices.

Sur les appels en garantie

6. La commune de Loire-Authion ne faisant l'objet d'aucune condamnation, son appel à être garantie par la société TPPL est sans objet.

7. Le présent jugement ne prononçant aucune condamnation à l'encontre de la société TPPL, les conclusions en garantie dirigées par cette dernière à l'encontre de la commune de Loire-Authion sont sans objet et, par suite, ne sauraient être accueillies

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la commune de Loire-Authion et de la société TPPL, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, les sommes que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants le versement des sommes demandées par la commune de Loire-Authion et la société TPPL à ce titre.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M et Mme B est rejetée

Article 2 : Les conclusions de la commune de Loire-Authion et de la société Travaux Publics des Pays de la Loire aux fins d'appel en garantie sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Loire-Authion et la société Travaux Publics des Pays de la Loire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B, à la commune de Loire-Authion et à la société des Travaux Publics des Pays de la Loire.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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