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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009872

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009872

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009872
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13
Avocat requérantCALDERERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Nicolas Calderero, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré deux points du capital de son permis de conduire à la suite d'une infraction relevée le 29 août 2019 et prononcé la perte de validité de ce permis ;

2°) d'annuler l'ensemble des autres retraits de points apparaissant sur le relevé d'information intégral de sa situation ;

3°) d'annuler la décision du 7 août 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de prendre en compte les points consécutifs à l'accomplissement d'un stage de récupération les 11 et 12 juin 2020 ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés et ceux découlant de l'accomplissement de ce stage et de lui rendre son permis, dès la notification du jugement, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours est recevable dès lors qu'il n'a jamais été destinataire des retraits de points et de la décision prononçant la perte de validité de son permis, celle-ci lui ayant été adressée à son ancienne adresse ; il n'était pas tenu de signaler sa nouvelle adresse ; l'accusé de réception n'a jamais été signé, il porte la mention "covid 19" ;

- les retraits de points en litige, en particulier ceux procédant des infractions relevées les 7 juin et 9 novembre 2018 ainsi que le 29 août 2019, sont entachés d'illégalité dès lors qu'ils n'ont pas été précédés de la délivrance de l'information requise par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- les différents retraits de points rappelés dans le courrier référencé "48 SI" ne lui ont pas été notifiés préalablement à l'édiction de cette décision de sorte qu'ils ne sont pas opposables et ne peuvent dès lors être pris en compte pour prononcer la perte de validité de son permis de conduire ;

- la décision prise par le préfet de la Sarthe, fondée sur l'opposabilité de la décision prononçant la perte de validité de son permis, est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a pas reçu cette décision ; elle méconnait l'article L. 223-6 du code de la route dès lors que l'accomplissement de son stage de sensibilisation à la sécurité routière aurait dû être pris en compte.

Par un mémoire, enregistré le 22 octobre 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions dirigées contre le dernier retrait de points et la décision prononçant la perte de validité sont irrecevables dès lors qu'elles sont tardives, ces décisions ayant été notifiées à M. B le 1er avril 2020 à une adresse qui doit être regardée comme la sienne puisque, s'il prétend qu'elle est celle de son ancienne compagne avec laquelle il ne réside plus, il a déclaré cette adresse dans le cadre du stage qu'il a effectué les 11 et 12 juin 2020 ;

- à titre subsidiaire, le moyen soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant la perte de validité du permis de conduire, tiré du défaut d'opposabilité des retraits de points antérieurs n'est pas opérant et les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, le 8 novembre 2023, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement serait susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des retraits de points antérieurs à la décision 48 SI au motif qu'elles sont privées d'objet.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Des observations en réponse à ce moyen relevé d'office ont été présentées pour M. B, par Me Calderero, le 14 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 novembre 2023 à partir de 10h00.

Considérant ce qui suit

1. Le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de deux points du capital dont était affecté le permis de conduire de M. A B à la suite d'une infraction commise le 29 août 2019 et prononcé la perte de validité de ce permis. Le relevé d'information intégral relatif à ce même permis produit par le requérant fait également état de divers retraits de points qui ont concouru à constater que le solde de son capital était nul et, par suite, au prononcé de la perte de validité de ce permis. M. B ayant, par ailleurs, les 11 et 12 juin 2020, accompli un stage de sensibilisation à la sécurité routière, il a demandé au préfet de la Sarthe de lui attribuer les points liés à la réalisation de ce stage, ce qui lui a été refusé par une décision du 7 août 2020. M. B demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du retrait de deux points à la suite d'une infraction commise le 29 août 2019 et de la décision prononçant la perte de validité du permis de conduire :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification () de la décision attaquée. ". Selon l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. En premier lieu, le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B comporte une mention concernant un accusé de réception n° 2C 1552 6533 819 relatif à un pli contenant une "lettre 48 SI" formalisant les décisions par lesquelles les derniers points du capital d'un permis de conduire sont retirés et la perte de validité de ce permis est prononcé. Le ministre de l'intérieur produit la photocopie de l'avis de réception d'un pli recommandé envoyé à M. B par le Bureau national des droits à conduire au sein de la délégation à la sécurité routière rattachée au ministère de l'intérieur. Ce pli recommandé porte précisément le n° 2C 155 265 3381 9. Il a été envoyé à l'adresse suivante : "5 rue Henri Bergson, 72000 Le Mans". Il comporte dans l'encadré relatif à la signature de l'accusé de réception la mention "Covid 19" et dans l'encadré correspondant à la date de distribution du pli, celle du 1er avril 2020.

4. D'une part, l'intéressé soutient que l'adresse à laquelle le pli a été envoyé est son ancienne adresse, qu'il a déménagé au 23 avenue Georges Durand 72100 Le Mans, et qu'il n'était pas tenu de signaler ce changement d'adresse à l'administration.

5. Si aucun principe général, ni aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer sa nouvelle adresse à l'autorité administrative en cas de changement d'adresse, la notification d'une décision relative au permis de conduire doit être regardée comme régulière lorsqu'elle est effectuée à une adresse correspondant effectivement à une résidence de l'intéressé. Or, le bien immobilier situé au 23 avenue Georges Durand sur le territoire de la commune du Mans correspond au siège de la société dont M. B est le gérant et si l'intéressé a conclu, le 4 juillet 2019, un contrat de location d'un appartement situé au 1er étage de l'immeuble situé à cette adresse, aux fins d'habitation principale, ainsi qu'une facture d'eau du 13 août 2019, afférente à ce même immeuble, révélant l'existence de consommations d'eau, l'intéressé a indiqué, à l'occasion de l'accomplissement de son stage de sensibilisation à la sécurité routière les 11 et 12 juin 2020, soit postérieurement à la date de distribution du pli recommandé évoqué au point 3, un lieu de résidence fixé au 5 rue Henri Bergson sur le territoire de la commune du Mans, qu'il se borne à présenter comme étant celui de son ancienne compagne. Il ne ressort pas de l'examen de l'attestation de suivi de stage que la mention "ancienne adresse" apparaissant de manière manuscrite à côté de l'inscription informatique de cette adresse aurait été portée par l'organisme au moment où il a délivré cette attestation. Dans ces conditions, l'adresse à laquelle a été envoyé ce pli recommandé doit être regardée comme correspondant à un lieu de résidence effective de M. B.

6. D'autre part, l'intéressé soutient que la seule mention "Covid 19" apparaissant dans l'encadré relatif à la signature de l'accusé de réception ne permet pas d'établir qu'il aurait signé ce document et, par suite, que ce pli lui aurait été effectivement remis. Cependant, la date de distribution du pli est comprise dans la période d'état d'urgence sanitaire déclaré pour une durée de deux mois sur l'ensemble du territoire national par l'article 4 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 et, afin de ralentir la propagation du virus, les mesures dites "barrières", incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, définies au niveau national, devaient, en vertu de l'article 2 du décret n° 2020-293 du 23 mars 2020, être observées en tout lieu et en toute circonstance. Ainsi, la mention "Covid 19" en cause ne fait que traduire, lors de la venue d'un préposé du service postal au domicile d'une personne à qui un pli recommandé devait être remis, la mise en œuvre de ces mesures. A supposer même que la personne s'étant vue remettre le pli ou l'ayant récupéré ne fût pas M. B, l'intéressé ne démontre pas qu'elle n'aurait pas eu qualité pour l'appréhender.

7. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 6, la notification du courrier formalisant les décisions retirant les derniers points du capital du permis de conduire du requérant et prononçant la perte de validité de ce permis doit être regardée comme étant régulièrement intervenue le 1er avril 2020, date apparaissant sur le pli en cause comme étant celle de sa distribution.

8. En second lieu, les courriers référencés "48 SI" formalisant le retrait des derniers points du capital d'un permis de conduire et prononçant sa perte de validité, dont l'autorité administrative n'est pas en mesure d'éditer des copies, doivent être regardés, sauf preuve contraire apportée par leur destinataire, comme conformes au modèle servant de base à leur édition automatisée par l'Imprimerie nationale. Ce modèle, comme le montre d'ailleurs celui produit en défense, comporte la mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, et en l'absence de preuve contraire apportée par M. B, le courrier de notification des décisions attaquées doit être regardé comme comportant cette mention.

9. Il résulte ainsi de l'instruction que le délai de recours contentieux de deux mois a commencé à courir contre les décisions formalisées par le courrier "48 SI" reçu par M. B le 2 avril 2020 et qu'il était expiré au 5 octobre 2020, date à laquelle l'intéressé en a demandé l'annulation. En conséquence, les conclusions tendant à cette annulation sont tardives et, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des autres retraits de points :

10. Des conclusions tendant à l'annulation d'une décision du ministre de l'intérieur portant retrait de points d'un permis de conduire sont dépourvues d'objet si la décision par laquelle ce ministre a prononcé la perte de validité de ce permis pour solde de points nul est devenue définitive.

11. La décision prononçant la perte de validité du permis de conduire de M. B est, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, devenue définitive antérieurement à la date à laquelle il a saisi le tribunal administratif. Dès lors, les conclusions de cette requête tendant à l'annulation des retraits de points prononcés avant cette décision étaient, dès leur introduction, dépourvues d'objet et, par suite irrecevables. Ces conclusions doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 7 août 2020 prise par le préfet de la Sarthe :

12. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route : " Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an. () ". En vertu du II et du III de l'article R 223-8 du même code, l'attestation délivrée à l'issue du stage de sensibilisation à la sécurité routière donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire et la reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage.

13. Il résulte de ces dispositions qu'un conducteur est autorisé à se prévaloir du droit à la récupération de points à la suite de l'accomplissement du stage de sensibilisation à la sécurité routière lorsque, à la date à laquelle cette reconstitution prend effet, soit le lendemain de la dernière journée de stage, aucune décision prononçant la perte de validité de son permis de conduire n'a été portée à sa connaissance par l'autorité administrative.

14. La décision constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B a, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, été portée à la connaissance de l'intéressé le 1er avril 2020. Dès lors que son stage de sensibilisation à la sécurité routière a été accompli les 11 et 12 juin 2023, le moyen tiré de ce que la décision qui aurait été prise le 7 août 2020 par le préfet de la Sarthe et qui serait fondée sur le motif tiré de la notification, antérieurement au lendemain de la dernière journée de stage, de la décision prononçant la perte de validité de son permis de conduire, méconnaitrait les dispositions du code de la route, évoquées au point 12, doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Sarthe du 7 août 2020 doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les autres conclusions présentées par M. B :

16. L'ensemble des conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B devant être rejetées, ses conclusions à fin d'injonction doivent l'être également. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, sa demande tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être également rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

D. D

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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