mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010033 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 octobre 2020 et 12 juillet 2022, M. B A et Mme E C, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme totale de 10 562,78 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité du refus opposé implicitement à la demande de visa de Mme D C par l'autorité consulaire française à Khartoum (Soudan) le 19 décembre 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à Me Pollono au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- l'administration a commis des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat, dans la mesure où le refus de délivrance de visa de long séjour au titre de la réunification familiale qui a été opposé à Mme D C, suspendu par une ordonnance du juge des référés du 12 février 2018, était illégal ;
- le refus de visa litigieux leur a causé des préjudices matériels à hauteur de 562,78 euros dès lors que M. A a dû engager des frais pour adresser des mandats à son épouse restée au Soudan, qu'il a fait un voyage en Egypte afin de pouvoir la rejoindre et qu'il a dû engager des frais de correspondance ;
- le refus de visa litigieux leur a causé un préjudice moral qu'ils évaluent à 5 000 euros chacun à raison de leur séparation du 19 décembre 2016 au 1er mars 2018, alors que Mme D C était enceinte.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision de délivrance du visa par le ministre ne peut être assimilée à la reconnaissance d'une illégalité fautive, susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat ;
- la responsabilité de l'Etat ne peut, en tout état de cause, être engagée qu'à compter de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 12 juillet 2017 dès lors que celle-ci se substitue à la décision consulaire ;
- la réalité des préjudices matériels invoqués n'est pas établie ;
- le préjudice moral est insuffisamment caractérisé dès lors qu'il n'est pas démontré que le refus de visa ait eu un impact significatif pour les requérants.
Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martel,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, épouse de M. A, ressortissant soudanais qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 mars 2015, a sollicité, le 19 octobre 2016, un visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié auprès des autorités consulaires françaises à Khartoum (Soudan). Cette autorité a rejeté sa demande par une décision du 20 avril 2017. Les requérants ont saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le 12 mai 2017, laquelle a gardé le silence sur ce recours, qui a fait l'objet d'un rejet implicite le 12 juillet 2017. Par une ordonnance du 12 février 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a suspendu les effets de cette décision implicite et enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de l'intéressée dans un délai de 15 jours à compter de la notification de cette ordonnance. Le 1er mars 2018, le ministre de l'intérieur a délivré le visa sollicité. M. A et Mme D C demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser une somme globale de 10 562,78 euros en réparation des préjudices matériel et moral qu'ils soutiennent avoir subis du fait du refus illégal de l'Etat de délivrer le visa sollicité.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Pour refuser de délivrer un visa de long séjour à Mme D C, l'administration s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'identité et les liens familiaux entre la demandeuse de visa et le bénéficiaire du statut de réfugié ne sont pas établis. Toutefois, a été produit un certificat de mariage OFPRA délivré le 30 juin 2016 ainsi que le passeport de Mme D C. En l'absence de mise en œuvre de la procédure d'inscription de faux, le certificat de mariage OFPRA établit l'identité de la demanderesse et le lien matrimonial avec le réunifiant. Se bornant à faire valoir qu'aucune illégalité fautive ne peut être invoquée compte tenu de l'absence d'autorité de chose jugée de l'ordonnance précitée ayant suspendu l'exécution de la décision de refus en date du 12 juillet 2017 et du fait que la délivrance à l'intéressée, le 1er mars 2018, du visa sollicité ne vaut pas reconnaissance de l'illégalité de cette décision, le ministre de l'intérieur n'apporte aucun élément permettant de contester utilement les liens familiaux mentionnés ci-dessus. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le refus de visa de long séjour est entaché d'erreur d'appréciation. Cette illégalité est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne la période de responsabilité :
3. La responsabilité de l'Etat à l'égard des requérants court à compter de la date à laquelle le refus de visa a été opposé à Mme D C, ce refus de visa ayant fait obstacle à l'entrée en France de celle-ci, soit à compter du 19 décembre 2016, date à laquelle une décision implicite de rejet est intervenue sur la demande de visa, et jusqu'au 1er mars 2018, date de délivrance du visa sollicité.
En ce qui concerne les préjudices et la réparation :
4. Il résulte de l'instruction que, durant la période de responsabilité précisée au point précédent, M. A a effectué un transfert de fonds en Egypte au profit d'un tiers de confiance, ayant occasionné des frais à hauteur de 15 euros. Cet argent était destiné à Mme D C qui avait alors des problèmes de santé et résidait alors au Soudan. Les requérants justifient du lien de causalité direct entre le refus de visa opposée à Mme D C et les frais ainsi exposés. Il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en allouant aux requérants la somme de 15 euros à ce titre.
5. M. A justifie en outre de frais de billets d'avion pour se rendre au Caire en Egypte entre le 11 mai et le 11 juillet 2017 afin d'y retrouver son épouse. Si, ainsi que cela ressort des attestations produites au dossier, il a par la suite retardé son retour en France, cela ne remet pas en cause la réalité de ce voyage et les frais y afférents correspondant au coût des billets d'avion pour un montant de 424,43 euros et au coût du visa à hauteur de 38 euros. En revanche, les tickets de bus produits, dont les dates ne correspondent pas à celles du voyage de M. A ne peuvent être pris en compte. Il sera ainsi fait une exacte appréciation du préjudice lié au coût du voyage en Egypte afin de permettre aux époux de se retrouver en allouant aux requérants la somme de 462,43 euros.
6. Il résulte de l'instruction que durant la période de responsabilité, M. A a adressé sept lettres recommandées avec accusé de réception à raison du refus de visa. Il est ainsi justifié de courriers adressés en recommandé notamment à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Le coût de cette correspondance s'élève à une somme totale de 39,20 euros qu'il convient d'allouer aux requérants en réparation de ce préjudice.
7. L'illégalité de la décision de refus de visa a eu pour effet de prolonger pendant une période d'un an et deux mois la séparation du couple. Eu égard à cette durée de séparation, et alors que Mme D C était enceinte sur la fin de cette période, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subis par M. A et par Mme D C, en fixant à 1 200 euros la somme destinée à le réparer, soit 2 400 euros au total.
8. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser aux requérant une indemnité totale de 2 916,63 euros en réparation des conséquences dommageables de la faute précitée.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
9. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal à compter du 19 juin 2020, date de réception de leur demande préalable par l'administration. La capitalisation des intérêts, demandée par la présente requête, enregistrée le 8 octobre 2020, sera accordée à compter du 19 juin 2021, date à laquelle, pour la première fois, les intérêts étaient dus pour une année entière, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige
10. Mme D C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce titre à Me Pollono de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A et Mme Mme D C la somme globale de 2 916,63 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 19 juin 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Me Pollono, avocate de Mme D C, la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme E C, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
Mme Martel, première conseillère,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
La rapporteure,
C. MARTEL
Le président,
C. CANTIELa greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026