mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010051 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 octobre 2020 et le 29 novembre 2021, M. F H et Mme D E, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 21 549, 96 euros en réparation de leurs préjudices matériels et moraux, consécutifs à la faute commise par l'Etat en refusant de délivrer à Mme E et leur enfant I H des visas de long séjour au titre de la réunification familiale, somme assortie des intérêts au taux légal à compter de leur réclamation préalable et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision des autorités consulaires françaises de refus de délivrance de visas de long séjour à Mme G et leur enfant J, intervenue le 22 juin 2017, et la décision du 25 octobre 2017 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont illégales donc fautives comme en a jugé ce tribunal par un jugement du 16 octobre 2018 ;
- le délai dans lequel est intervenue la délivrance des visas est constitutif d'une autre faute, compte tenu de ce qu'il s'agissant d'une demande présentée au titre de la réunification familiale d'un réfugié ;
- ces fautes ont entraîné des frais de transferts de fonds à hauteur de 213 euros, des frais de transport comprenant des frais de chancellerie à hauteur de 2894,16 euros, un défaut de versement des prestations sociales à hauteur de 527,80 euros s'agissant des allocations familiales et de 1115 s'agissant de l'allocation de rentrée scolaire, et ont été la cause d'un préjudice moral estimé à la somme de 200 euros par mois et par personne intéressée soit un total de 16 800 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir l'absence de faute et que les préjudices allégués ne présentent pas un caractère réel, direct et certain.
Par une décision du 27 avril 2021, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. F H a été rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 septembre 2016, Mme E et le jeune I H, ressortissants centrafricains, ont sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Hong-Kong la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale afin de rejoindre en France M. H, respectivement époux et père des intéressés et réfugié centrafricain. Cette demande a été rejetée par une décision du 22 juin 2017. Le 25 octobre 2017, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision. Par un jugement n°1806100 du 16 octobre 2018, ce tribunal a annulé la décision de la commission de recours et a enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités, lesquels ont été délivrés le 18 février 2019. Le 19 juin 2020, M. H et Mme E ont sollicité l'indemnisation des préjudices consécutifs selon eux à l'illégalité du refus de visas qui avait ainsi été opposé à Mme E et à l'enfant du couple. Cette demande a fait l'objet d'un refus implicite. Par la présente requête, M. H et Mme E demandent la condamnation de l'Etat à leur verser une somme globale et en principal de 21 549, 96 euros en réparation des préjudices matériels et moraux qu'ils soutiennent avoir subis du fait du refus illégal de l'Etat de délivrer les visas sollicités.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute de l'Etat :
2. Ce tribunal a, par un jugement, définitif, du 16 octobre 2018, annulé la décision de refus de visa d'établissement en France opposée par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France à Mme E et à Bradley Asael Aurélien C Kouhoul, motif pris de ce que les liens familiaux entre le réfugié et les demandeurs ainsi que l'identité de Mme E étaient établis et de ce que la commission de recours ne se serait pas fondée sur le seul motif tiré des déclarations contradictoires de M. C pour rejeter les demandes de visas. Dès lors, les requérants sont fondés à prétendre que l'illégalité de cette décision de refus constitue une faute de nature à leur ouvrir droit à réparation par l'Etat.
En ce qui concerne la période de responsabilité :
3. La responsabilité de l'Etat à l'égard des requérants court à compter de la date à laquelle le refus de visas a été opposé à Mme E et à Bradley Asael Aurélien C Kouhoul, ce refus de visas ayant fait obstacle à l'entrée en France de ceux-ci, soit à compter de l'intervention de la décision implicite de rejet des autorités consulaires françaises à Hong-Kong, en date du 22 juin 2017, et jusqu'au 19 février 2019, date à laquelle des visas ont effectivement été délivrés aux intéressés.
En ce qui concerne les préjudices :
4. Il résulte de l'instruction que durant la période de responsabilité précisée au point précédent, M. H a effectué au profit de Mme E des transferts de fonds ayant occasionné des frais à hauteur de 110 euros. Il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en allouant aux requérants la somme de 110 euros à ce titre.
5. L'absence de versement à M. H de prestations sociales telles que des allocations familiales ou l'allocation de rentrée scolaire, est sans lien direct avec les fautes commises par l'administration, ces aides ayant pour objet de compenser partiellement les dépenses engagées pour l'entretien et l'éducation des enfants présents sur le territoire national, compte tenu du niveau et du coût de la vie en France.
6. Il résulte de l'instruction que durant la période de responsabilité précisée au point précédent, M. H s'est rendu à trois reprises à Hong-Kong, ces trajets ayant occasionné des frais de transport, dont les frais de changement de réservation doivent être exclus, et des frais de chancellerie, dont l'acquittement est justifié pour seulement deux voyages, pour un montant total de 2 668,16 euros. Il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en allouant aux requérants la somme de 2 668,16 euros.
7. L'illégalité de la décision de refus de visa a eu pour effet de prolonger pendant une période de vingt mois la séparation de la famille. Eu égard à cette durée et à la circonstance que le second enfant du couple est né durant cette période de séparation, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence des intéressés en allouant à ce titre la somme globale de 2 000 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser aux requérants la somme de 4 778,16 euros, en réparation de leur préjudice, cette somme portant intérêts à compter du 19 juin 2020, date de réception de la demande d'indemnisation par l'administration, la capitalisation de ces intérêts, demandée dans la requête du 8 octobre 2020, prend effet à compter du 19 juin 2021, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement aux requérants de la somme globale de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. H et Mme E une somme de 4 778,16 euros, assortie des intérêts à compter du 19 juin 2020 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 19 juin 2021.
Article 2 : L'Etat versera à M. H et Mme E la somme globale de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F H et Mme D E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
La rapporteure,
C. B
Le président,
A. A DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026