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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010267

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010267

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010267
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2020, M. C A, représenté par Me Olivier Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré un point, six points et trois points du capital de son permis de conduire à la suite d'infractions relevées respectivement les 14 septembre 2016, 3 janvier 2017 et 8 avril 2019 ;

2°) d'annuler les décisions du 21 août 2020 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré trois points de ce capital à la suite d'une infraction relevée le 25 août 2019 et a prononcé la perte de validité de ce permis de conduire ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui restituer ce même permis, reconstitué des points illégalement retirés, dans un délai de huit jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les retraits de points sont entachés d'illégalité dès lors qu'ils n'ont pas été précédés de la délivrance de l'information requise par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- l'illégalité de ces retraits de points, qu'il est recevable à invoquer dès lors que ces décisions ne lui ont pas été notifiées, prive de base légale la décision prononçant la perte de validité de son permis de conduire.

Par un mémoire, enregistré le 21 janvier 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs à l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le décret n° 2023-1150 du 6 décembre 2023 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 janvier 2024 à partir de 10h45.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 21 août 2020, le ministre de l'intérieur a retiré trois points du capital du permis de conduire de M. C A à la suite d'une infraction relevée le 25 août 2019. Par une décision du même jour, formalisée par le même acte, le ministre de l'intérieur, après avoir rappelé que trois retraits, le premier d'un point, le deuxième de six points et le dernier de trois points, étaient précédemment intervenus à la suite d'infractions relevées respectivement le 14 septembre 2016, le 3 janvier 2017 et le 8 avril 2019, a constaté que le permis de conduire de M. A ne disposait plus d'aucun point, et par suite, a prononcé sa perte de validité. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des retraits de points :

2. M. A soutient que l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée au titre de chacune des infractions relevées les 14 septembre 2016, 3 janvier 2017, 8 avril et 25 août 2019. La procédure de l'amende forfaitaire a été mise en œuvre pour chacune de ces infractions.

3. La délivrance, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité d'un retrait de points. Lorsque la procédure d'amende forfaitaire est mise en œuvre, l'information doit porter sur le fait que le paiement de l'amende ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée établit la réalité de l'infraction, dont la qualification doit être précisée, et entraîne un retrait de points correspondant, ainsi que sur l'existence du traitement automatisé de points et la possibilité d'exercer un droit d'accès.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation du retrait d'un point à la suite de l'infraction relevée le 14 septembre 2016 :

4. L'infraction du 14 septembre 2016 a été relevée au moyen d'un radar automatique mais la réalité de cette infraction au sens de l'article L. 223-1 du code de la route a été établie, non par le paiement de l'amende forfaitaire, mais par l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait de lui-même payé l'amende correspondante, le ministre de l'intérieur doit apporter la preuve, par tous moyens, que l'intéressé a, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction ayant conduit au retrait de point correspondant, reçu l'avis relatif à cette amende. Or, le ministre de l'intérieur n'apporte aucune pièce de nature à démontrer que cet avis aurait été adressé à M. A, lequel est, par suite, fondé à soutenir qu'il n'a pas reçu l'information dont le contenu est rappelé au point 3, ce qui l'a privé d'une garantie.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait d'un point à la suite de l'infraction relevée le 14 septembre 2016.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation des retraits de six points et deux fois trois points à la suite d'infractions relevées respectivement les 3 janvier 2017, 8 avril 2019 et 25 août 2019 :

6. Le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". Les infractions des 3 janvier 2017, 8 avril et 25 août 2019 ont été relevées au moyen d'un tel appareil.

7. En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du code de procédure pénale, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". Selon les dispositions du II de l'article A. 37-27-2 du même code, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne un retrait de points et comporte l'ensemble des éléments d'information mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

8. En premier lieu, lorsqu'une infraction entraînant un retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions citées ci-dessus, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée établit que ces informations lui ont été délivrées.

9. M. A a, lors de l'établissement du procès-verbal relatif à l'infraction relevée le 8 avril 2019, refusé d'apposer sa signature sur la page écran mentionnée au paragraphe précédent. Au surplus, il ressort de l'examen de la copie de ce procès-verbal produit en défense que l'ensemble des informations requises y figurent. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur apporte la preuve, s'agissant de cette infraction, de la délivrance, à l'intéressé, de l'information prévue aux articles L. 223 3 et R. 223-3 du code de la route.

10. En deuxième lieu, les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code, issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une informations suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ainsi qu'une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, a nécessairement reçu cet avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'autorité administrative doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de conduire de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende forfaitaire, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

11. Il résulte également de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention.

12. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire de M. A que l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction relevée le 3 janvier 2017 à son encontre a été payée. Dès lors, l'avis de contravention correspondant à cette infraction doit être considéré comme lui ayant été régulièrement notifié. Le requérant ne produit pas l'avis qu'il a nécessairement reçu. Par suite, le ministre de l'intérieur apporte la preuve de la délivrance, s'agissant de l'infraction relevée le 3 janvier 2017, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

13. En dernier lieu, le procès-verbal relatif à l'infraction du 25 août 2019 ne comporte, ni la signature de M. A, ni la mention faisant état d'un refus de signer. En conséquence, la preuve de la délivrance de l'information requise ne peut être regardée comme apportée par la seule production de ce procès-verbal. La réalité de cette infraction au sens de l'article L. 223-1 du code de la route a été établie, non par le paiement de l'amende forfaitaire, mais par l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait de lui-même payé l'amende correspondante, le ministre de l'intérieur doit apporter la preuve, par tous moyens, que l'intéressé a, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction ayant conduit au retrait de point correspondant, reçu l'avis relatif à cette amende. Contrairement à ce que soutient le ministre de l'intérieur, la mention imprimée figurant sur le document correspondant à la pièce jointe n° 4 du mémoire en défense évoquant un envoi le 4 septembre 2019, à M. A, d'un avis de contravention "Conducteur" du 3 septembre 2019 qui n'aurait pas été retourné à l'expéditeur n'est, en elle-même, pas suffisante pour considérer que l'intéressé aurait, à la suite de l'infraction relevée le 25 août 2019, effectivement reçu les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

14. Il appartient au juge de rechercher si, compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment, le cas échéant, de l'information dont l'intéressé a bénéficié à l'occasion d'autres infractions, l'absence de délivrance de l'information requise à la suite du relevé d'une infraction ayant donné lieu à un retrait de points a eu pour effet de priver l'intéressé de la garantie instituée par la loi.

15. L'infraction du 25 août 2019 relevée à l'encontre de M. A consiste en l'usage d'un téléphone tenu en main par le conducteur d'un véhicule en circulation. Le 8 avril 2019, soit moins de cinq mois auparavant, une infraction de même nature a été relevée à l'encontre de M. A. Comme cela a été indiqué ci-dessus, l'intéressé a, préalablement au retrait de points afférent à cette infraction, été informé de la qualification de l'infraction constatée, de ce qu'elle était susceptible de donner lieu à un retrait de points et de l'existence d'un traitement automatisé de ces points auquel le conducteur peut exercer son droit d'accès. Ce procès-verbal indiquait également que l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée permet d'établir la réalité d'une telle infraction au sens de l'article L. 223-1 du code de la route. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait, à la suite de l'infraction du 25 août 2019, reçu la moindre information relative au relevé de cette infraction. Dans ces conditions, la seule délivrance de l'information requise consécutivement à l'infraction du 8 avril 2019 ne permet pas de considérer qu'il n'a pas été privé de la garantie instituée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au cours de la procédure ayant conduit au prononcé du retrait de trois points à la suite de l'infraction du 25 août 2019.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions procédant aux retraits d'un total de neuf points à la suite des infractions relevées les 3 janvier 2017 et 8 avril 2019 doivent être rejetées et qu'il y a lieu, en revanche, d'annuler la décision retirant trois points consécutivement à l'infraction relevées le 25 août 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 août 2020 prononçant la perte de validité du permis de conduire :

17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 16 que le nombre de points illégalement retirés du capital du permis de conduire de M. A est égal à quatre et que le nombre de points légalement retirés de ce capital est égal à neuf. Dès lors que ce nombre de points n'atteint pas douze, le solde de points affecté à ce même capital n'est pas nul. Par voie de conséquence, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 21 août 2020 constatant la perte de validité de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction () prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant d'un délai d'exécution ".

19. Le rétablissement de points illégalement retirés ne peut avoir pour effet de doter le capital d'un permis de conduire d'un nombre de points excédant le nombre maximal dont il peut être affecté. Or, le présent jugement annule les décisions procédant aux retraits d'un total de quatre points du capital du permis de conduire de M. A mais rejette les conclusions dirigées contre les retraits d'un total de neuf points. En conséquence, l'exécution du présent jugement implique seulement de reconstituer le capital du permis de conduire du requérant à hauteur de trois des quatre points illégalement retirés. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la restitution à M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, d'un permis de conduire doté d'un capital de trois points, sous réserve que l'intéressé n'ait pas commis de nouvelles infractions ayant donné lieu à retrait de points.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, bien qu'il soit la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. A d'une somme au titre des frais susceptibles d'être remboursés sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du ministre de l'intérieur retirant un total de quatre points du capital du permis de conduire de M. A consécutivement aux infractions relevées les 14 septembre 2016 et 25 août 2019 ainsi que la décision du 21 août 2020 prononçant la perte de validité de ce permis de conduire sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire restituer à M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, un permis de conduire doté d'un capital de trois points, sous réserve que l'intéressé n'ait pas commis de nouvelles infractions ayant donné lieu à retrait de points.

Article 3 : L'ensemble des autres conclusions présentées par M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Laval en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.

Le magistrat désigné,

D. B

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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