mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010411 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13 |
| Avocat requérant | L'HELIAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Eric L'Hélias, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 18 février 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé l'échange de son permis de conduire guinéen contre un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de procéder à cet échange, à défaut, de réexaminer sa demande au regard des règles de droit en vigueur à la date de celle-ci ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 2 700 euros en réparation des préjudices subis, liés à l'impossibilité de conduire à l'obligation de passer en France les épreuves permettant d'obtenir de nouveau le permis de conduire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'Etat a commis une faute en ne traitant pas sa demande d'échange de permis de conduire avant le 9 avril 2019 ;
- il est fondé à être indemnisé du préjudice résultant de la nécessité dans laquelle il se trouve de devoir repasser son permis de conduire et de financer le coût de préparation et de présentation aux épreuves correspondantes ; ce préjudice doit être évalué à 1 200 euros ;
- il est fondé à être indemnisé des troubles dans les conditions d'existence qu'il subit du fait de l'impossibilité de conduire pour effectuer les trajets afin de se rendre sur son lieu du travail et pour ses déplacements familiaux.
Par un mémoire, enregistré le 10 mai 2021, le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.
Il soutient que :
- le refus d'échange n'est pas entaché d'illégalité ;
- l'Etat n'a pas commis de faute ;
- la réalité et le montant de chacun des préjudices invoqués ne sont pas établis.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée par une décision du 7 juin 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 février 2024 à partir de 10h45.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est un ressortissant guinéen qui est né en 1993. Il séjourne en France sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée à la suite de l'obtention du bénéfice de la protection subsidiaire. Il a, le 14 janvier 2019, sollicité l'échange du permis de conduire qui lui a été délivré par les autorités guinéennes contre un permis de conduire français. Le préfet de la Loire-Atlantique a expressément statué sur cette demande pour la rejeter par une décision du 18 février 2020. M. A a, par courrier du 16 juin 2020, formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision et réclamé à l'Etat le versement d'une indemnité destinée à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis au regard du sens et du motif de cette même décision. Une décision implicite de rejet de ce recours et de cette demande est intervenue. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions implicites de rejet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former, à l'encontre d'une décision administrative, un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de n'exercer un recours contentieux que lorsque ce recours gracieux a été rejeté. L'exercice d'un tel recours n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre ce rejet, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. En conséquence, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 18 février 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange ainsi que de la décision implicite de rejet du recours par lequel il a invité l'autorité préfectorale a reconsidéré sa position.
3. Le rejet de la demande d'échange du permis de conduire présentée par M. A est fondé sur le motif tiré de l'absence d'accord de réciprocité relatif à l'échange des permis de conduire conclu entre la France et la Guinée.
4. L'article R. 222-3 du code de la route dispose que : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France (). Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté () ". Cet arrêté, interministériel, a été pris le 12 janvier 2012. Selon le I de son article 5 : " Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : A. - Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat () ".
5. Dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté disposait que : " Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire () possédant un titre () comportant la mention "réfugié" ". Le III de cet article 11 prévoyait que les dispositions de son I s'appliquent également aux " étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire ". Cependant, ces dispositions ont été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012. Cet arrêté du 9 avril 2019 a été publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019. Il est entré en vigueur le lendemain de cette publication.
6. Sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi des décisions de l'autorité préfectorale en matière d'échange de permis de conduire. Ainsi, lorsqu'une telle autorité statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire à compter de l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable, aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris lorsqu'elle examine demandes déposées avant le 19 avril 2019.
7. M. A ne développe aucun moyen mettant en cause la légalité de la décision du 18 février 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange au motif qu'il n'existait aucun accord de réciprocité entre la France et la Guinée en matière d'échange de permis de conduire. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de cette décision et du rejet implicite de son recours gracieux formé contre cette même décision doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. M. A sollicite l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire adressée, préalablement à la saisine du tribunal, au préfet de la Loire-Atlantique. Cependant, cette décision, en l'absence de laquelle ses conclusions indemnitaires auraient été irrecevables, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de ses conclusions. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le tribunal à se prononcer sur les droits du requérant à percevoir la somme globale réclamée, M. A doit être regardé comme demandant exclusivement à la condamnation de l'Etat à lui verser cette somme.
9. Le requérant soutient que sa demande d'échange de permis ayant été déposée antérieurement à l'entrée en vigueur des dispositions de l'arrêté du 9 avril 2019 ayant modifié l'arrêté du 12 janvier 2012, la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée en raison du retard dans le traitement de cette demande, qu'il considère comme étant à l'origine de la possibilité de lui opposer le motif de l'absence d'accord de réciprocité.
10. Il résulte de l'instruction que M. A n'a présenté sa demande d'échange de permis de conduire que le 14 janvier 2019, soit un peu plus de trois mois avant l'entrée en vigueur de l'abrogation, par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012, des dispositions précitées de l'article 11 de cet arrêté prévoyant l'inopposabilité de la condition tenant à l'existence d'un accord de réciprocité à l'étranger bénéficiaire de la protection subsidiaire qui sollicite l'échange de son permis de conduire. Dans ces conditions, et alors d'ailleurs que des données jointes à la requête démontrent que la durée moyenne de l'instruction d'une demande d'échange est d'environ trois mois lorsque le permis de conduire concerné a été délivré par des autorités d'un Etat ne relevant pas de "l'Espace Schengen", M. A n'est pas fondé à considérer que le temps d'instruction de sa demande d'échange a été anormalement long et, par suite, à rechercher la responsabilité de l'Etat.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser l'indemnité qu'il réclame.
12. Les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'indemnisation étant rejetées, il y a lieu, par voie de conséquence, et en tout état de cause, de rejeter également celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées par M. B A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Eric L'Hélias.
Une copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024
Le magistrat désigné,
D. CLa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026