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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011015

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011015

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011015
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFORCINAL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2011015 le 2 novembre 2020 et le 31 mars 2022, Mme D C et M. A B, représentés par Me Forcinal, demandent au tribunal :

1°) de condamner la société Eiffage Rail Express à leur verser la somme de 165 000 euros en réparation du préjudice lié à la perte de valeur vénale de leur bien, la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice lié aux troubles dans leurs conditions d'existence, et la somme de 28 308 euros en réparation du préjudice lié à la perte de rentabilité de leur activité de gîte rural, résultant de la création et du fonctionnement de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne Pays-de-la-Loire, ainsi la somme de 2 787,40 au titre des frais d'expertise qu'ils ont diligentés à leur initiative, assorties des intérêts à compter du 11 juin 2020, et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la société Eiffage Rail Express une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la création et l'exploitation de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire ont été la cause d'une perte de valeur de leur propriété, de troubles dans leurs conditions d'existence et d'une perte de rentabilité de leur gîte rural, dont ils sont fondés à être indemnisés.

Par des mémoires, enregistrés le 16 juillet 2021 et le 6 juin 2023, la société Eiffage Rail Express, représentée par Me Di Francesco, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au prononcé avant dire droit d'une mesure d'expertise, et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2105069 le 5 mai 2021 et le 29 mars 2022, Mme D C et M. A B, représentés par Me Forcinal, demandent au tribunal :

1°) de condamner solidairement SNCF Réseau et la société Eiffage Rail Express à leur verser la somme de 165 000 euros en réparation du préjudice lié à la perte de valeur vénale de leur bien, la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice lié aux troubles dans leurs conditions d'existence, et la somme de 28 308 euros en réparation du préjudice lié à la perte de rentabilité de leur activité de gîte rural, résultant de la création et du fonctionnement de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne Pays-de-la-Loire, ainsi la somme de 2 787,40 au titre des frais d'expertise qu'ils ont diligentés à leur initiative, assorties des intérêts à compter du 11 juin 2020, et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge solidairement de la société Eiffage Rail Express et de SNCF Réseau une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la création et l'exploitation de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire ont été la cause d'une perte de valeur de leur propriété, de troubles dans leurs conditions d'existence et d'une perte de rentabilité de leur gîte rural, dont ils sont fondés à être indemnisés.

Par des mémoires, enregistrés le 27 décembre 2021 et le 10 juillet 2023, SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérant à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 6 février 2024, a été présenté par SNCF Réseau.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'ordonnance n° 2004-559 du 17 juin 2004 ;

- le décret n° 2011-917 du 1er août 2011 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Forcinal, avocat des requérants,

- les observations de Me Nézondet, avocat de la société Eiffage Rail Express.

- les observations de Me Monfront, avocat de SNCF Réseau.

Considérant ce qui suit :

1.Mme C est propriétaire depuis 1995 d'une propriété située au 9 du lieudit " Les Grands Haies " à Degré. Mme C et M. B y ont leur domicile et y exploitent un gîte rural situé sur cette propriété. Estimant subir des préjudices du fait de l'implantation et de la mise en exploitation de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays-de-Loire située à environ 150 mètres de leur propriété, Mme C et M. B demandent au tribunal la condamnation solidaire de la société Eiffage Rail Express et de la société SNCF Réseau à leur verser la somme de 165 000 euros en réparation du préjudice lié à la perte de valeur vénale de leur bien, la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice lié aux troubles dans leurs conditions d'existence, et la somme de 28 308 euros en réparation du préjudice lié à la perte de rentabilité de leur activité de gîte rural. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2011015 et 2105069 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

Sur la détermination de la personne publique responsable :

2.Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 17 juin 2004 sur les contrats de partenariat, applicable au litige : " I. - Le contrat de partenariat est un contrat administratif par lequel l'Etat ou un établissement public de l'Etat confie à un tiers, pour une période déterminée en fonction de la durée d'amortissement des investissements ou des modalités de financement retenues, une mission globale ayant pour objet la construction ou la transformation, l'entretien, la maintenance, l'exploitation ou la gestion d'ouvrages, d'équipements ou de biens immatériels nécessaires au service public, ainsi que tout ou partie de leur financement à l'exception de toute participation au capital. / Il peut également avoir pour objet tout ou partie de la conception de ces ouvrages, équipements ou biens immatériels ainsi que des prestations de services concourant à l'exercice, par la personne publique, de la mission de service public dont elle est chargée. / II. - Le cocontractant de la personne publique assure la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser. Après décision de l'Etat, il peut être chargé d'acquérir les biens nécessaires à la réalisation de l'opération, y compris, le cas échéant, par voie d'expropriation. () La rémunération du cocontractant fait l'objet d'un paiement par la personne publique pendant toute la durée du contrat. Elle est liée à des objectifs de performance assignés au cocontractant. () ". Aux termes de l'article 11 de cette ordonnance : " Un contrat de partenariat comporte nécessairement des clauses relatives : / a) A sa durée ; / b) Aux conditions dans lesquelles est établi le partage des risques entre la personne publique et son cocontractant ; / c) Aux objectifs de performance assignés au cocontractant, () / d) A la rémunération du cocontractant, () ".

3.Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'un contrat de partenariat conclu sur le fondement des dispositions de l'ordonnance du 17 juin 2004, d'une part, a pour effet de confier la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser au titulaire de ce contrat, d'autre part, détermine le partage des risques liés à cette opération entre ce titulaire et la personne publique.

4.D'une part, par un contrat de partenariat approuvé par décret du 1er août 2011, l'établissement public industriel et commercial Réseau ferré de France, aux droits duquel est venue la société SNCF Réseau, et conclu pour une durée de 25 ans, a confié à la société Eiffage Rail Express la conception, la construction, le fonctionnement, l'entretien, la maintenance, le renouvellement et le financement de la ligne ferroviaire à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire entre Connerré et Cesson-Sévigné et des raccordements au réseau existant, ainsi que cela est précisé à l'article 2.1 du contrat. L'article 5.1 de ce contrat, qui porte sur le champ des obligations contractuelles générales de la société Eiffage Rail Express au titre de la réalisation de la ligne ferroviaire, prévoit qu'" en qualité de maître d'ouvrage de la Ligne, le titulaire réalise l'ensemble des opérations nécessaires à la réalisation de la Ligne, et notamment les acquisitions foncières, les études de conception et l'exécution des travaux dans les conditions prévues au Contrat et dans le respect de la réglementation et des Règles de l'art ".

5.D'autre part, ce contrat de partenariat, conclu en avril 2011, prévoit en son article 36 relatif aux responsabilités que " le titulaire [la société Eiffage Rail Express] est responsable des dommages causés aux tiers, ainsi que des frais et indemnités qui en résultent, survenus à l'occasion de l'exécution, par le titulaire ou sous sa responsabilité, des obligations mises à sa charge au titre du contrat, à l'exclusion des dommages liés aux activités de gestion du trafic et des circulations imputables à RFF [Réseau Ferré de France]. () / () / Le titulaire supporte seul les conséquences pécuniaires de ces dommages. Il ne peut exercer d'action contre RFF à raison de ces dommages et garantit RFF contre toute action ou réclamation des tiers et toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encore pour de tels dommages ou préjudices ".

6.Les requérants sollicitent l'indemnisation de la perte de valeur vénale de leur propriété et la réparation de troubles dans leurs conditions d'existence, ainsi que les pertes commerciales affectant leur activité de gîte rural, à raison tant de la présence de la LGV Bretagne-Pays de la Loire située à proximité immédiate de leur propriété que de son fonctionnement, du fait notamment des nuisances sonores liées au passage des trains. Un tel dommage causé à un tiers, qui revêt un caractère permanent dès lors qu'il est inhérent à l'existence et au fonctionnement mêmes de l'ouvrage public, est survenu dans le cadre de l'exécution par la société Eiffage Rail Express de la mission globale qui lui a été confiée par l'article 2.1 du contrat de partenariat, et donc à l'occasion de " l'exécution des obligations mises à sa charge au titre du contrat ". Il ne saurait s'analyser en un dommage lié " aux activités de gestion du trafic et des circulations ". Dès lors, en application des stipulations de l'article 36.1 du contrat de partenariat la responsabilité des préjudices invoqués par les requérants du fait de la présence et du fonctionnement de l'ouvrage public que constitue la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut être recherchée qu'auprès de la société Eiffage Rail Express sans que cette société puisse utilement invoquer la circonstance que le tracé de la ligne a été décidé avant la signature du contrat et lui a été imposé. Par suite les requérants sont fondés à rechercher la responsabilité de la société Eiffage Rail Express au titre des dommages permanents inhérents à la présence et au fonctionnement de l'ouvrage public.

Sur les dommages dont les requérants demandent réparation :

En ce qui concerne la perte de valeur de la propriété de Mme C :

7. Le préjudice résultant de la perte de valeur vénale du bien appartenant à la requérante à raison de l'existence et du fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut faire l'objet d'une indemnisation par le maître de l'ouvrage au titre de la responsabilité sans faute que si, excédant les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics, il revêt un caractère grave et spécial.

8. Il résulte de l'instruction que la propriété de la requérante est constituée de plusieurs corps d'habitation dont un logis du XVIIème siècle, d'une surface habitable de 190 m2 classés en zone Ah du plan local d'urbanisme. La ligne à grande vitesse se situe en contrebas, sur une zone de déblais à 150 mètres environ au nord au droit de l'habitation qui en est protégée par un merlon ainsi que par une vaste zone boisée. Il ressort de l'étude acoustique diligentée par le maître d'ouvrage que la projection acoustique est de 51,7 dB. Il résulte également de l'instruction, notamment de l'estimation fournie par SNCF Réseau que la valeur des pics de bruit (LAmax) est estimée autour de 70 dB(A). Il ressort d'études acoustiques diligentées en 2018 et 2019 à l'initiative des requérants, concordantes entre elles, que la propriété est exposée à de fortes émergences sonores, notamment particulièrement fortes en basses fréquences de jour comme de nuit lors des passages répétés des trains, le trafic allant de 58 passages à 86 passages de trains journaliers. En revanche, la ligne n'est pas visible depuis la propriété compte tenu de la végétation environnante. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la proximité de la ligne à grande vitesse a entraîné une dégradation de l'environnement auparavant particulièrement préservé et paisible de cette propriété, et par suite une diminution de la valeur vénale de celle-ci, dont il sera fait une juste appréciation, compte tenu de ses caractéristiques permettant l'estimation de sa valeur, de la configuration des lieux et de l'estimation des nuisances subies par les occupants, en l'évaluant au tiers de la valeur vénale de la propriété estimée au vu des pièces du dossier, soit à la somme de 80 000 euros, à verser à Mme C.

En ce qui concerne le préjudice de jouissance :

9. Les requérants font état de nuisances sonores représentant une gêne anormale notamment pour le repos, résultant tant du niveau de bruit subi que des pics de bruit générés de façon répétée par le passage des trains et qu'une chambre au sud est rendue inutilisable en raison de ces nuisances. La circonstance que les seuils prévus par l'arrêté du 8 novembre 1999 relatif au bruit des infrastructures ferroviaires ne sont pas méconnus ne suffit pas à exclure l'existence d'un préjudice grave et spécial liés à des nuisances sonores susceptibles d'engager la responsabilité, même sans faute, de la société Eiffage Rail Express. En outre, alors que les seuils fixés par cet arrêté rendent compte du niveau moyen d'énergie acoustique reçu par le tympan sur une durée déterminée, il y a lieu de prendre également en compte, pour l'appréciation d'un tel préjudice, l'importance des émergences sonores, générées par le passage des trains, en prenant en compte le niveau sonore des pics de bruit (LAmax) comme leur répétition. La société Eiffage Rail Express se borne à faire valoir que les mesures acoustiques sont conformes à l'arrêté du 8 novembre 1999 et que les articles du code de la santé publique relatifs aux émergences sonores ne sont pas applicables. Toutefois, cette circonstance ne saurait l'exonérer de sa responsabilité sans faute, en cas de préjudice grave et spécial.

10. En ce qui concerne le niveau de la pression sonore, il ne résulte pas de l'instruction que les nuisances sonores excéderaient effectivement les seuils fixés par l'arrêté du 8 novembre 1999 de jour et de nuit et la réglementation applicable aux infrastructures ferroviaires n'est pas méconnue. En ce qui concerne les émergences sonores, il résulte de l'instruction que les requérants sont exposés lors des passages répétés des trains à des niveaux d'émergence sonore en basses fréquences, qui bien qu'atténués à l'intérieur du bâti, restent particulièrement graves, dont, en l'espèce, le niveau excède la gêne que peuvent normalement être appelés à subir, dans l'intérêt général, les riverains d'un tel ouvrage. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des troubles de jouissance que causent aux requérants la ligne à grande vitesse en les évaluant à 25 000 euros.

En ce qui concerne la perte d'activité commerciale du gîte rural :

11.Il résulte de l'instruction que la diminution significative de l'activité des requérants de location de leur gîte rural de 2017 à 2019 par rapport au chiffre d'affaires réalisé en 2015 et 2016, le chiffre d'affaires tiré de cette activité ayant baissé en 2019 de 66 % par rapport à l'année 2016, est directement liée au fonctionnement de la ligne à grande vitesse située à environ 150 mètres en raison d'un refus des touristes d'être exposés aux nuisances sonores qui en résultent. Dans ces conditions, les intéressés doivent être regardés comme établissant le caractère anormal et spécial du préjudice financier dont ils demandent réparation. Ils sont par suite fondés à demander la condamnation de la société Eiffage Rail Express à les indemniser de ce préjudice.

12.Toutefois, l'activité de gîte rural en 2020 a également été affectée par la crise sanitaire, et alors qu'il est constant que le gîte a fait l'objet en 2021 de 18 semaines de location à des fins professionnelles, il ne résulte pas de l'instruction que ce gîte aurait pu faire l'objet de périodes de locations supplémentaires. Enfin, les requérants ne sont pas fondés à être indemnisés d'une perte d'activité postérieure à la date du présent jugement, qui ne présente qu'un caractère éventuel.

13.Ainsi, le préjudice tenant à une perte commerciale liée à l'activité de gîte rural résultant directement du fonctionnement de la ligne à grande vitesse en cause ne présente un caractère réel et certain que sur les années 2017 à 2019, 2022 et 2023 et du 1er janvier au 7 mai 2024. Il y a lieu de prendre comme référence, pour l'estimation de ce préjudice, la moyenne des chiffres d'affaires des années 2010 à 2016 en neutralisant les années 2013 et 2014 correspondant à la réalisation des travaux de la ligne, moyenne par rapport à laquelle doit être estimé le manque à gagner subi par les requérants. Il y a lieu de déduire du montant de ce chiffre d'affaires les charges d'eau et d'électricité que Mme C et M. B n'ont pas supportées du fait de l'absence de locataires, évaluées à 10 % de leur chiffre d'affaires, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que leur expert-comptable qualifie ces charges, non individualisées, de non significatives. Il ne résulte pas de l'instruction que les requérants auraient exposé d'autres charges. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, il y a lieu d'évaluer le préjudice indemnisable de Mme C et M. B, constitué d'un manque à gagner, à la somme de 13 500 euros.

En ce qui concerne les frais d'études :

14.Enfin, Mme C et M. B justifient avoir acquitté les frais de trois études acoustiques en 2018 et 2019, ainsi que d'une étude immobilière, utiles à l'établissement des préjudices dont ils sollicitent réparation ainsi qu'à l'accomplissement de démarches pré- contentieuses auprès de la société Eiffage Rail Express qui n'y a pas réservé une suite favorable. Ces frais, d'un montant de 2 010 euros, étant directement liés aux effets de la présence et du fonctionnement de la LGV sur leur propriété et leur activité de loueur de gîte rural et ne se confondant pas avec les frais de l'instance non compris dans les dépens, ils sont fondés à en demander le remboursement à la société Eiffage Rail Express.

15.Il résulte de ce qui précède que les préjudices subis par les requérants, inhérents à l'existence et au fonctionnement de la LGV Bretagne Pays de la Loire, s'élèvent à la somme de 80 000 euros et à la somme de 40 510 euros. Ces dommages, dont l'appréciation doit être globale, revêtent un caractère spécial et dans les circonstances de l'espèce, notamment en ce que les nuisances sonores subies sont sans commune mesure avec celles que pouvaient générer l'environnement calme avant la mise en fonctionnement de la ligne à grande vitesse, présentent un caractère grave. Les requérants sont donc fondés à demander la condamnation de la société Eiffage Rail Express à leur verser ces sommes.

16.Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la société Eiffage Rail Express à verser à Mme C une somme de 80 000 euros et à Mme C et M. B, une somme de 40 510 euros, en réparation des préjudices imputables à l'existence et au fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire. Ces sommes porteront intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2020, date de réception de la réclamation préalable du requérant par la société Eiffage Rail Express. La capitalisation de ces intérêts, demandée par la requête, prend effet à compter du 11 juin 2021, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière, et à chaque échéance annuelle ultérieure.

Sur les frais liés au litige :

17.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne permettent pas d'en faire bénéficier la partie tenue aux dépens. Par suite, les conclusions présentées sur ce fondement par la société Eiffage Rail Express ne peuvent être accueillies. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de la société Eiffage Rail Express le versement d'une somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens et de rejeter les conclusions présentées par SNCF Réseau à ce même titre.

DECIDE :

Article 1er : La société Eiffage Rail Express est condamnée à verser à Mme C la somme de 80 000 euros et à Mme C et M. B une somme de 40 510 euros. Ces sommes porteront intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 11 juin 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La société Eiffage Rail Express versera la somme de 1 500 euros à Mme C et M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, représentante unique des requérants, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à la société Eiffage Rail Express et à SNCF Réseau.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°s 2011015, 2105069

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