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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011160

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011160

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011160
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP PIWNICA & MOLINIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 novembre 2020 et le 15 juillet 2021, M. A C et Mme B C, représentés par la SCP Piwnica et Molinié, demandent au tribunal :

1°) de leur accorder la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, de la contribution exceptionnelle sur les hauts-revenus au titre de l'année 2017 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les travaux réalisés au sein de leur immeuble situé au 32, place du général Saint Pol à Nogent le Rotrou (Eure-et-Loir) n'ont entraîné aucune augmentation de surface habitable et que l'immeuble était affecté à l'habitation antérieurement ; par suite, ils correspondent à des travaux d'amélioration dont le montant est déductible des revenus fonciers en application de l'article 31 du code général des impôts ;

- ils entendent, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, se prévaloir de l'instruction publiée au BOI-RFPI-BASE 20 30 10 n° 90 du 3 février 2014.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2021, le directeur de la direction du contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par le directeur de la direction du contrôle fiscal Centre-Ouest a été enregistré le 20 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Frelaut,

- et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C sont propriétaires d'un immeuble sis 32, place du général Saint Pol à Nogent le Rotrou (Eure-et-Loir). A la suite d'un contrôle sur pièces de leurs déclarations d'impôt sur le revenu souscrites au titre des années 2016 et 2017, l'administration a remis en cause le caractère déductible d'une partie des dépenses correspondant à des travaux réalisés sur cet immeuble et a, en conséquence, mis à leur charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de la contribution exceptionnelle sur les hauts-revenus au titre des mêmes années, à hauteur en droits de 21 971 euros en 2016 et de 54 9981 euros en 2017. M. et Mme C demandent au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à leur charge au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités dont ces droits ont été assortis.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. Aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété. ". Aux termes de l'article 31 de ce code, dans sa version en vigueur : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / () / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement, ainsi que des dépenses au titre desquelles le propriétaire bénéficie du crédit d'impôt sur le revenu prévu à l'article 200 quater ou de celui prévu à l'article 200 quater A ;() ". Au sens de ces dispositions, doivent être regardés comme des travaux de reconstruction ceux qui comportent la création de nouveaux locaux d'habitation ou qui ont pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre, ainsi que les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à des travaux de reconstruction, et, comme des travaux d'agrandissement, ceux qui ont pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable des locaux existants. Des travaux d'aménagement interne, quelle que soit leur importance, ne peuvent être regardés comme des travaux de reconstruction que s'ils affectent le gros œuvre ou s'il en résulte une augmentation de volume ou de la surface habitable.

3. Il résulte de l'instruction que les travaux effectués en 2016 et 2017 par M. et Mme C au sein de l'immeuble situé 32, place du général Saint Pol à Nogent le Rotrou ont porté sur l'ensemble de cet immeuble, composé de 5 niveaux : un sous-sol, le rez-de-chaussée, les premier, deuxième et troisième étages. Ces travaux consistaient en la dépose des cloisons existantes et la pose de nouvelles, la modification du plancher des combles, le changement de l'intégralité des huisseries extérieures, le ravalement des façades de l'immeuble, la pose de nouvelles huisseries intérieures, l'installation de sanitaires, la pose de deux fenêtres de toit dans les anciennes combles, la reprise sur le toit des fermes, le changement de l'intégralité des installations d'électricité, de plomberie et d'évacuation des eaux ainsi que la pose d'une VMC et l'isolation thermique de l'immeuble. Pour remettre en cause la déduction des charges en litige, l'administration a relevé que si l'affectation du rez-de-chaussée et du deuxième étage n'a pas été modifiée par les travaux, les locaux des premier et troisième étages n'étaient pas originellement destinés à l'habitation et que les travaux ont ainsi eu pour effet de porter la surface habitable de l'immeuble de 117 à 213 mètres carrés, de sorte que l'intégralité des charges en résultant ne pouvait être déduite pour la détermination des revenus nets fonciers des requérants au titre des années 2016 et 2017. Elle a, de ce fait, appliqué un coefficient de 0,55 aux dépenses déductibles déclarées par M. et Mme C, admettant par ailleurs, selon les propres allégations des requérants, que les travaux réalisés en façade, réfection et changement d'huisseries étaient dissociables et constituaient des dépenses d'amélioration, ainsi que les travaux réalisés au sein du deuxième étage.

4. En premier lieu, lorsqu'un immeuble est, par sa conception, son aménagement et ses équipements, destiné originellement à l'habitation, son occupation temporaire pour un autre usage n'est pas de nature à elle seule à lui ôter cette destination, en l'absence de travaux modifiant sa conception, son aménagement ou ses équipements. Lorsque son occupation pour un autre usage que l'habitation a pris fin, il doit, en pareil cas, être regardé comme affecté de nouveau à usage d'habitation. Les travaux d'amélioration alors réalisés en vue de sa location à usage d'habitation ne contribuent pas, par suite, à la création de nouveaux locaux d'habitation. Leur montant est donc déductible des revenus fonciers, dans les conditions prévues au paragraphe b) du 1° de l'article 31 du code général des impôts.

5. Les requérants font valoir que si la surface du premier étage et des combles n'était pas habitée avant les travaux, ces locaux étaient néanmoins déjà destinés à l'habitation et que la surface habitable n'a donc pas été modifiée. Concernant d'abord le premier étage de l'immeuble, ils produisent à l'appui de leurs allégations, un acte de vente daté de l'année 1919, décrivant les lieux comme " une maison () comprenant () au premier étage palier, chambre à feu éclairée sur la rue, chambre froide éclairée aussi sur la rue, cuisine à côté, cabinet noir, chambre à feu éclairée sur la cour, deux autres petites chambres éclairées sur la cour () grenier au-dessus ouvrant sur jardin ", un acte de vente de 1933, mentionnant au premier étage l'existence d'une cuisine, d'une salle à manger, de deux chambres et de trois cabinets de toilette, ainsi que l'acte par lequel ils ont acquis l'immeuble, le 30 janvier 1980, qui le décrit comme " une maison d'habitation ". Ils produisent également un devis et une facture de plomberie concernant un appartement au premier étage, daté de 1996. Toutefois, ni ces éléments, ni l'attestation de l'architecte ayant réalisé ces travaux, aux termes peu circonstanciés, ne suffisent à établir la nature exacte des travaux ainsi réalisés au sein de cet étage, dont M. et Mme C ne justifient pas par ailleurs. Concernant ensuite le troisième étage de l'immeuble, il ne résulte pas de l'instruction, contrairement à ce que soutiennent les requérants, que cet étage, désigné comme " grenier " dans les trois actes de vente précités, présentait, avant les travaux effectués par les contribuables, un caractère habitable. En outre, les requérants ne produisent pas non plus de document permettant d'établir avec précision la nature des travaux effectués à cet étage, alors qu'il résulte de l'instruction qu'ils ont mentionné, dans leur déclaration de permis de construire, la création de deux fenêtres de toit au 3ème, " afin d'éclairer la pièce à vivre du logement situé sous les combles ". Dans ces circonstances, M. et Mme C n'établissent pas, ainsi qu'ils leur incombent, que les travaux qu'ils ont ainsi effectués étaient constitutifs de travaux d'entretien et d'amélioration des locaux existants, et non de travaux de reconstruction et d'agrandissement au sens des dispositions précitées de l'article 31 du code général des impôts.

6. En deuxième lieu, la circonstance, invoquée par M. et Mme C, qu'ils n'étaient pas propriétaires de l'immeuble en 1971, année au cours de laquelle le formulaire H2 sur lequel s'est fondé l'administration fiscale a été rempli par les anciens propriétaires des locaux, ne permet pas de remettre utilement en cause les éléments portés sur ce formulaire, indiquant que la surface des locaux affectée exclusivement à l'habitation était alors de 117 mètres carrés. Dès lors qu'il est constant que la surface habitable totale de l'immeuble a été portée à 213 mètres carrés après les travaux effectués par les requérants, ces travaux, qui ont ainsi entraîné une augmentation de la surface habitable de près de 100 mètres carrés, doivent être regardés comme des travaux d'agrandissement au sens des dispositions de l'article 31 du code général des impôts citées au point 2, non déductibles du revenu foncier.

7. En dernier lieu, M. et Mme C ne sont pas fondés à se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe 90 de la doctrine BOI-RFPI-BASE 20-30-10 du 3 février 2014, qui ne comporte pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle appliquée ci-dessus.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge des impositions litigieuses.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance le versement de la somme que demandent les requérants au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B C et au directeur de la direction du contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

L. FRELAUT

La présidente,

M-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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