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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011169

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011169

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011169
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAVOCONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Granger, demande au tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2009 à 2015, à titre subsidiaire, l'exclusion de certaines sommes des bases imposables des suppléments d'impôt sur les revenus et de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2009 au 30 septembre 2016 ;

2°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le montant issu de la reconstitution du chiffre d'affaires de son activité d'achat-revente de véhicules est manifestement excessif ; le taux de marge retenu est excessif et les sommes encaissées sur ses comptes bancaires y ont seulement transité et ont été reversées à un tiers ;

- les encaissements effectués sur les comptes bancaires de sa mère doivent être exclus des bases imposables à l'impôt sur le revenu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le litige est dépourvu d'objet en tant qu'il porte sur les droits et pénalités dégrevés ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoist,

- et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a fait l'objet d'une procédure judiciaire pour exécution d'un travail dissimulé portant sur l'exercice d'une activité commerciale de négoce d'automobiles d'occasion des années 2009 à 2015. Les officiers de police judiciaire de la gendarmerie nationale ayant communiqué à l'administration fiscale des procès-verbaux de renseignements judiciaires établis les 6 septembre 2016 et 5 janviers 2017, le service a engagé une vérification de comptabilité de cette activité qui a porté sur la période du 1er janvier 2009 au 30 septembre 2016, relative aux bénéfices industriels et commerciaux et à la taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification du 10 avril 2017, l'administration fiscale a évalué d'office le montant des bénéfices industriels et commerciaux tirés par M. B de cette activité au titre des années 2009 à 2015 et les cotisations de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période contrôlée. M. B demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2009 à 2015, à titre subsidiaire, l'exclusion de certaines sommes des bases imposables des rappels d'impôt sur les revenus et de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2009 au 30 septembre 2016.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 30 mars 2021, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a fait droit aux conclusions subsidiaires présentées par le requérant et a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de M. B aux titres des années 2009, 2011 et 2012, à hauteur respectivement de 168 euros, 610 euros et 270 euros en droits, et de 189 euros, 629 euros et 265 euros en pénalités. Par une décision du même jour, le service a prononcé le dégrèvement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la période du 1er janvier 2009 au 30 septembre 2016 à hauteur de 821 euros en droits et 860 euros en pénalités. Les conclusions de la requête relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin de réduction des impositions litigieuses :

3. D'une part, aux termes de l'article 53 A du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 302 septies A bis, les contribuables, autres que ceux soumis au régime défini à l'article 50-0, sont tenus de souscrire chaque année, dans les conditions et délais prévus aux articles 172 et 175, une déclaration permettant de déterminer et de contrôler le résultat imposable de l'année ou de l'exercice précédent. / () ". L'article 50-0 du même code prévoit, dans sa version alors applicable : " 1. Sont soumises au régime défini au présent article pour l'imposition de leurs bénéfices les entreprises dont le chiffre d'affaires hors taxes, ajusté s'il y a lieu au prorata du temps d'exploitation au cours de l'année de référence, n'excède pas, l'année civile précédente ou la pénultième année : / () 2. Sont exclus de ce régime : / () i) Les contribuables qui exercent une activité occulte au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales. / () ".

4. D'autre part, l'article L. 169 du livre des procédures fiscales indique dans sa version alors applicable : " () L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. / () ". L'article L. 73 du même livre dispose : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; / () ". L'article L. 66 du même livre prévoit : " Sont taxés d'office : / () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevable des taxes ; / () ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". L'article R. 193-1 du même livre dispose : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".

6. Il résulte de ces dispositions que le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération de l'évaluation administrative peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de son bénéfice en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie et qu'elle doit faire connaître au contribuable, en vue de démontrer que cette méthode aboutit à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode utilisée par l'administration.

7. Il résulte de l'instruction que M. B a exercé une activité d'achat revente de véhicules automobiles légers sans se faire connaître d'un centre de formalité des entreprises ni déposer de déclaration de bénéfices commerciaux et de chiffre d'affaires dans le délai légal. En conséquence, M. B a été placé en situation de taxation d'office et d'évaluation d'office de ses bénéfices industriels et commerciaux et de la taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions de l'article L. 68 et L. 73 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition en matière d'impôt sur le revenu et de taxe sur la valeur ajoutée lui incombe en application des dispositions de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales.

8. En l'absence de tout document comptable sur la période vérifiée, de justificatifs d'achat et de vente des véhicules d'occasion et de pièces détachées comme de frais généraux, et sur la base des éléments recueillis en application de la procédure du droit de communication entre les officiers et agents de police judiciaire et l'administration fiscale prévue à l'article L. 135 du livre des procédures fiscales, le vérificateur a procédé à une reconstitution des bénéfices commerciaux de 2009 à 2015 en évaluant les chiffres d'affaires et les dépenses. Il en a déduit des rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée pour la période courant du 1er janvier 2009 au 30 septembre 2016.

9. Pour reconstituer les recettes provenant de l'activité de M. B, l'administration fiscale s'est fondée sur les procès-verbaux dressés dans le cadre de la procédure judiciaire et des relevés bancaires des comptes du requérant et de sa mère, obtenus après exercice du droit de communication auprès des organismes bancaires. Ainsi, l'enquête judiciaire faisait état de vingt-quatre ventes de véhicules pour un montant de 92 150 euros entre 2009 et 2012, retrouvés sur les comptes bancaires de M. B. Ces ventes ont été ventilées par année civile et l'examen des comptes bancaires a permis d'identifier l'existence d'autres crédits bancaires relatifs à des cessions de véhicules et à des ventes de pièces détachées sur la même période jusqu'à l'année 2016. En ce qui concerne particulièrement l'année 2015, aucune cession de véhicule n'a été retrouvée sur les comptes bancaires alors que l'administration fiscale a identifié des paiements au profit de la préfecture pour l'obtention de certificats d'immatriculation d'automobiles. Pour établir les recettes de revente de véhicules de cette année, le vérificateur a établi le rapport entre le total des ventes réalisées au cours des années 2010 à 2016, à l'exclusion de l'année 2015, et le total des paiements pour l'obtention des certificats d'immatriculation d'automobiles en préfecture au cours des mêmes années, et a ensuite, appliqué le ratio ainsi obtenu aux dépenses de cartes grises de l'année 2015 afin d'obtenir le chiffre d'affaires de ventes d'automobiles de cette même année.

10. Pour évaluer les coûts d'achat des véhicules revendus, et le taux de marge généré par les cessions, le vérificateur s'est fondé, d'une part, sur les documents transmis par l'autorité judiciaire mentionnant pour certains véhicules à la fois le prix de vente et le prix d'achat afin de reconstituer la marge réelle relative à ces opérations sur la période concernée par l'enquête. D'autre part, s'agissant des ventes de véhicules pour lesquelles le prix d'achat n'est pas connu, le vérificateur s'est appuyé sur les informations contenues dans l'enquête de gendarmerie, selon lesquelles, notamment, M. B a vendu vingt-et-un véhicules pour un montant total de 81 750 euros dont quatre n'avait pas fait l'objet d'une modification de leur compteur kilométrique et a déterminé, à partir d'un panel de six transactions, le coefficient d'achat-revente établi à 2,13 qu'il a appliqué à ces ventes.

11. Enfin, pour évaluer les charges de l'activité, le vérificateur a retenu un montant forfaitaire de 450 euros par véhicule vendu incluant le contrôle technique, les frais de remise en état et les frais de certificat d'immatriculation appliqué au nombre de véhicules revendus, à l'exception de l'année 2014 pour laquelle une somme supérieure a pu être retrouvée à partir des débits bancaires.

12. En premier lieu, M. B conteste la reconstitution de recettes à partir des encaissements et soutient qu'il n'a pas disposé des sommes créditées sur ses comptes bancaires dès lors qu'il n'était qu'un intermédiaire dans l'activité d'achat revente et reversait à un tiers les produits des ventes. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du jugement correctionnel du tribunal correctionnel d'Angers en date du 4 juillet 2019, que si M. B " convertissait systématiquement le produit des ventes, faites par lui ou par les tiers à qui il servait de prête nom, en numéraire ", l'activité de négoce automobile constituait sa " principale source de revenus " et transitait par son compte bancaire, ainsi qu'il en résulte des relevés produits par le défendeur. Si M. B produit l'attestation d'un ressortissant russe résidant à l'étranger, dont il n'est fait nulle mention dans le jugement correctionnel cité précédemment, selon laquelle les véhicules acquis et revendus sur la période de 2010 à 2015 l'ont été à son propre profit et non celui de M. B, et si ce dernier soutient qu'il convertissait systématiquement le montant des ventes en numéraire, ces circonstances sont insuffisantes pour établir l'existence d'une activité d'encaissements de sommes pour le compte de tiers. Par suite c'est à bon droit que le vérificateur a retenu les encaissements sur les comptes bancaires du requérant comme des recettes de vente de véhicules.

13. En second lieu, si M. B fait valoir que le taux moyen de marge retenu par le vérificateur sur la vente de certains véhicules n'est pas représentatif dès lors que, pour le déterminer, il s'est appuyé uniquement sur la marge réelle relative à la vente de véhicules dont le compteur kilométrique était modifié, en l'appliquant à l'ensemble des cessions de véhicules, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale s'est fondée sur les seuls éléments en sa possession figurant dans les procès-verbaux de gendarmerie, lesquels reflètent les conditions d'exploitation de l'activité exercée par le requérant. Si ce dernier entend soutenir qu'il était nécessaire, pour les cessions de véhicules n'ayant pas fait l'objet d'une modification à la baisse du compteur kilométrique, de reconstituer cette marge par référence aux usages de la profession, il n'apporte aucun élément permettant d'établir, ainsi qu'il lui incombe, les prix d'achat et de vente réels de ces véhicules.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de son activité d'achat-revente retenue par l'administration fiscale pour calculer son imposition des revenus au titre des années 2009 à 2015 et de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2009 au 30 septembre 2016 serait radicalement viciée dans son principe, excessivement sommaire ou même seulement erronée. Dès lors, M. B ne peut être regardé comme apportant la preuve qui lui incombe de l'exagération des impositions mises à sa charge.

15. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. B doit être rejeté.

Sur les frais du litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B à concurrence des sommes de 1 048 euros en droits et 1 083 euros en pénalités relatives à l'impôt sur le revenu au titre des années 2009 à 2015 et des sommes de 821 euros en droits et 860 euros en pénalités relatives à la taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2009 au 30 septembre 2016.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur par intérim de la direction régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Specht-Chazottes, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La rapporteure,

L-L. BENOISTLa présidente,

F. SPECHT-CHAZOTTES

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N° 2022169

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