vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2011174 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ARTU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 novembre 2020, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) La Haute Chaîne, représentée par Me Artu, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er septembre 2014 au 31 octobre 2016, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos de 2014 à 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification du 22 mars 2017 est insuffisamment motivée ;
- la circonstance selon laquelle certaines factures sont établies à un autre nom que le sien ne fait pas obstacle à la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ou de certaines charges au titre de l'impôt sur les sociétés ;
- le solde créditeur du compte courant d'associé correspond à des apports de ce dernier pour répondre aux besoins de trésorerie de l'EURL La Haute Chaîne et au paiement de charges sociales professionnelles ; cette somme ne peut donc être considérée comme constituant un revenu distribué au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ;
- en rectifiant le montant du compte courant d'associé et en imposant son associé unique dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de distributions, l'administration fiscale le soumet à une double imposition.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2021, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par l'EURL La Haute Chaîne ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Benoist,
- les conclusions de M. Huin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL La Haute Chaîne, dont l'associé unique est M. A et qui est soumise à l'impôt sur les sociétés, exerce l'activité de fourniture de logements meublés et de repas dans les locaux d'un ancien hôtel. Elle a notamment pour client et fournisseur l'EURL A, dont l'associé unique est également M. A. L'EURL La Haute Chaîne a fait l'objet d'une procédure de vérification qui s'est déroulée du 16 décembre 2016 au 15 mars 2017, en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés pour la période du 1er septembre 2013 au 31 août 2016 et jusqu'au 31 octobre 2016 pour la taxe sur la valeur ajoutée. L'administration a, suite à l'envoi d'une proposition de rectification du 22 mars 2017, mis à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos de 2014 à 2016, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de septembre 2013 à octobre 2016, assortis d'intérêts de retard et pénalités. Ses réclamations préalables ayant fait l'objet d'une décision d'acceptation partielle le 31 août 2020, l'EURL La Haute Chaîne demande, par sa requête, la décharge en droits et pénalités pour le surplus, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er septembre 2014 au 31 octobre 2016, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos de 2014 à 2016.
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 22 mars 2017 énonce les motifs et les montants des rehaussements, ainsi que les années d'imposition concernées et les textes sur lesquels sont fondés ces rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée. En ce qui concerne particulièrement les taux appliqués pour les calculs des montants de taxe sur la valeur ajoutée collectée, la vérificatrice a dressé un tableau intitulé " n° 1 " dans lequel elle a comparé les montants déclarés sur les imprimés CA3 et les montants théoriquement à déclarer, puis elle a recensé dans un tableau " n° 2 ", les montants déclarés sur les imprimés CA3 selon le type d'opérations, et enfin elle a déterminé par prorata, dans un tableau intitulé " n° 3 ", les taux applicables aux opérations non déclarées. Par suite, il résulte de l'instruction que l'EURL La Haute Chaîne était en mesure de contester la méthode utilisée par la vérificatrice et que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification doit être écarté.
4. En second lieu, contrairement à ce que l'EURL La Haute Chaîne soutient, il ne résulte pas de l'instruction que les motifs fondant la proposition de rectification du 22 mars 2017 sont différents de ceux contenus dans la réponse à ses réclamations préalables en ce qui concerne les erreurs de facturation. En tout état de cause, aucune disposition législative ne fait obstacle à une évolution des motifs. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
5. En premier lieu, aux termes du II de l'article 271 du code général des impôts dans sa version alors en vigueur : " 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / b) Celle qui est perçue à l'importation ; () / 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession soit desdites factures, soit de la déclaration d'importation sur laquelle ils sont désignés comme destinataires réels. ". En application des dispositions précitées du code général des impôts, la taxe déductible est celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 du même code.
6. La mention du nom complet et de l'adresse du client assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée sur la facture établie par le fournisseur ou le prestataire permet de présumer que les biens ou les services lui ont été livrés ou rendus et de vérifier qu'ils l'ont été pour les besoins de ses opérations taxées. Si l'absence de mention de ces informations ou leur caractère erroné sur la facture qui est remise à l'assujetti peut ne pas faire obstacle à la déductibilité de la taxe de celle à laquelle il est soumis en raison de ses propres affaires, c'est dans le cas seulement où il apporte la preuve, par tout moyen, du règlement effectif par lui-même de cette facture pour les besoins de ses propres opérations imposables.
7. L'EURL La Haute Chaîne a procédé à la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à onze factures émises du 1er octobre 2013 au 4 mars 2016 par divers fournisseurs pour un montant de 2 362 euros. L'administration a remis en cause le caractère déductible de ces dépenses qui, selon elle, ne sont pas établies à son nom et étaient engagées dans un intérêt autre que celui de l'entreprise.
8. En se bornant à soutenir que les factures comportent des erreurs matérielles, alors qu'il résulte de l'instruction que les factures ont été éditées notamment au nom de son associé unique M. A ou de l'EURL A, dont il est également associé unique et laquelle est également l'un de ses clients et fournisseurs, l'EURL La Haute Chaîne n'apporte pas la preuve qu'elle a effectivement réglé ces factures pour les besoins de ses propres opérations imposables. Par suite, ce moyen ne peut qu'être rejeté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " I. Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés d'après les règles fixées par les articles 34 à 45 () ". L'article 38 du même code prévoit : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. / () ". Enfin l'article 39 du même code dispose : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () / ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 8 et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les charges en litige, portées sur des factures éditées à un autre nom que celui de l'EURL La Haute Chaîne, ont été engagées dans son intérêt et acquittées par elle, l'administration pouvait, en application des dispositions de l'article 39 du code général des impôts, remettre en cause leur déduction du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés.
11. En troisième lieu, les fondements légaux et les motifs des impositions mises à la charge de M. A, associé unique de l'EURL La Haute Chaîne, et sa conjointe en application du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts sont sans incidence sur le bien-fondé des cotisations d'impôt sur les sociétés et de droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de l'EURL A, qui sont seuls en litige dans la présente instance.
12. En quatrième lieu, si l'EURL La Haute Chaîne soutient qu'en rectifiant le montant du compte courant d'associé et en imposant son associé unique dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de distributions, l'administration fiscale procède à une double imposition, ce moyen ne peut qu'être écarté, les impositions en litige étant distinctes de celles réclamées à M. A.
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par l'EURL La Haute Chaîne au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL La Haute Chaîne est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL La Haute Chaîne et au directeur régional des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Benoist, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
L-L. BENOISTLa présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026