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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011756

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011756

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011756
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident 12 : Mme GOURMELON - R. 222-13
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2020, M. B C, représenté par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte signifiée le 6 novembre 2020 par la caisse d'allocations familiales de la Sarthe pour le paiement d'une somme de 5 101,89 euros pour le remboursement d'un indu de 2 721,84 euros de prime d'activité au titre de la période du 1er août 2016 au 30 avril 2018 et d'un indu de 2 667 euros d'allocation de logement sociale, et de le décharger du paiement de la somme demandée ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Sarthe le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que, s'il a vécu avec Mme A à compter du 1er août 2016, le couple s'est séparé de juillet 2017 à février 2018 ; il a vécu seul pendant cette période dans un appartement au Mans.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2022, la caisse d'allocations familiales de Sarthe conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par courrier du 10 décembre 2020, M. C a été informé, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le tribunal administratif n'est pas compétent pour la partie du litige relative à l'allocation de logement sociale qui relève du contentieux général de la sécurité sociale (juge judiciaire).

Les observations de M. C en réponse à ce courrier ont été communiquées à la caisse d'allocations familiales concomitamment à la requête.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions sur cette affaire, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C bénéficie, depuis le mois de février 2016, de la prime d'activité. Il a sollicité, le 6 septembre 2016, le bénéfice d'une aide au logement pour un logement situé 4 avenue Bollée au Mans, qu'il déclarait occuper depuis le 1er juillet 2016, en déclarant qu'il était séparé de sa conjointe Mme A depuis le 1er août 2016. Il a été admis au bénéfice de l'allocation de logement sociale à compter du 1er août 2016. M. C a, le 20 juillet 2017, formulé une nouvelle demande d'aide au logement pour son nouveau logement situé 46 rue du Port au Mans, qu'il déclarait occuper depuis le 17 juillet 2017, avant de solliciter une aide pour le logement situé 4 avenue Bollée au Mans, qu'il a déclaré occuper de nouveau depuis le 1er janvier 2018. Par une décision du 10 juillet 2018, la caisse d'allocations familiales de la Sarthe a notifié à M. C un indu d'allocation de logement sociale et de prime d'activité d'un montant de 5 388,84 euros pour la période du 1er août 2016 au 30 avril 2018. Une mise en demeure lui a été adressée le 27 septembre 2019. Enfin, le 27 octobre 2020, la caisse d'allocations familiales de la Sarthe a émis, à l'encontre de M. C, une contrainte en vue du recouvrement de l'indu d'allocation de logement sociale et de prime d'activité, qui a été signifiée à l'intéressé par voie d'huissier le 6 novembre 2020. Par la présente requête, M. C forme opposition à la contrainte du 27 septembre 2020.

En ce qui concerne l'opposition à la contrainte émise en vue du paiement de l'indu d'allocation de logement sociale :

2. En vertu de l'ordonnance du 17 juillet 2019 relative à la partie législative du libre VIII du code de la construction et de l'habitation, les dispositions, figurant auparavant dans le code de la sécurité sociale, relatives aux allocations de logement, qui comprennent l'allocation de logement sociale et l'allocation de logement familiale et qui sont au nombre des aides personnelles au logement, ont été intégrées au code de la construction et de l'habitation. Cette même ordonnance a inséré dans le code de la construction et de l'habitation un article L. 825-1 aux termes duquel : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale qui attribuent au tribunal de grande instance désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire la compétence pour connaître des contestations relatives aux pénalités prononcées en cas de fraude, les recours dirigés contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 [c'est-à-dire les organismes chargés de gérer les prestations familiales] sont portés devant la juridiction administrative ". Elle a également inséré dans ce code un article L. 825-2 qui instaure un recours administratif préalable obligatoire en cas de contestation des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs et un article L. 825-3 qui confie au directeur de l'organisme payeur le soin de statuer sur " 1°) les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ou des primes de déménagement ; / 2°) les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ".

3. Par ailleurs, en vertu du II de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019, et par dérogation aux dispositions du I, qui prévoient une entrée en vigueur au 1er septembre 2019 des dispositions de la partie législative du livre VIII du code de la construction et de l'habitation sous réserve de certaines exceptions : " Entrent en vigueur le 1er janvier 2020 : / 1° Les dispositions du chapitre V du titre II du livre VIII du code de la construction et de l'habitation, annexées à la présente ordonnance ; ces dispositions s'appliquent aux décisions des organismes payeurs mentionnées au 1° de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation annexé à la présente ordonnance, prises à partir du 1er janvier 2020, ainsi qu'aux décisions prises, à partir de cette même date, par le directeur de l'organisme payeur sur les demandes de remise de dettes mentionnées au 2° de ce même article. Les décisions prises avant le 1er janvier 2020 en matière d'allocation de logement demeurent soumises aux dispositions applicables en matière de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole prévues aux articles L. 142-1 et suivants du code de la sécurité sociale. () ". De même, en vertu de l'article 34 du décret 24 juillet 2019 relatif à la partie réglementaire du livre VIII du code de la construction et de l'habitation, entrent en vigueur au 1er janvier 2020 les dispositions des articles R. 825-1 à R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation qui fixent les modalités d'application des articles L. 825-2 et L. 825-3 cités au point précédent.

4. La contrainte attaquée du 27 octobre 2020 a été émise pour le recouvrement d'un indu d'allocation de logement sociale pour la période du 1er août 2016 au 30 avril 2018, qui a été notifié le 10 juillet 2018. Cette contrainte, qui procède ainsi d'une décision intervenue avant le 1er janvier 2020 demeure donc soumise aux dispositions applicables en matière de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole prévues aux articles L. 142-1 et suivants du code de la sécurité sociale. Par suite le recours présenté par M. C, en tant qu'il concerne la contrainte émise à son encontre pour le remboursement d'un indu d'allocation de logement sociale, continue de relever de la compétence du juge judiciaire. Il y a, dès lors, lieu de rejeter ce recours comme porté devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Il y a par ailleurs lieu de transmettre le dossier de la requête, en tant qu'elle concerne l'opposition à la contrainte émise par la caisse d'allocations familiales de la Sarthe pour le recouvrement de l'indu de logement sociale, au tribunal judiciaire du Mans, territorialement compétent pour en connaître en raison du domicile de M. C

En ce qui concerne l'opposition à la contrainte émise en vue du paiement de l'indu de prime d'activité :

5. Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Selon l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L.842-3 est composé : 1° du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () ".

6. Il résulte de l'instruction que l'indu de prime d'activité trouve son origine dans la fausse déclaration effectuée par M. C, qui a d'abord déclaré être séparé de sa conjointe Mme D A depuis le 1er août 2016, alors que le couple n'a jamais cessé d'être locataire d'un logement situé 4 avenue Bollée au Mans, et a confirmé à plusieurs reprises dans ses échanges avec la caisse d'allocations familiales sa situation de personne isolée, avant de reconnaître une séparation pendant seulement quatre mois d'août à décembre 2017. Le requérant a reconnu, dans le cadre du contrôle diligenté par la caisse d'allocations familiales, avoir procédé à une fausse déclaration en qualité de personne isolée afin de percevoir des aides que le couple n'aurait pu percevoir en raison des revenus de sa conjointe. S'il produit des pièces dont il ressort qu'il a loué, du 1er août 2017 au 3 février 2018, un autre appartement avenue du Port, il ne peut être tenu pour établi qu'il a effectivement occupé ces locaux, pour lesquels il ne justifie d'aucun abonnement d'électricité ou de gaz, et alors que le bail pour le logement situé avenue Bollée était établi à leurs deux noms. Dans ces conditions, et alors même que M. C n'établit pas avoir formé un recours pour en contester le bien-fondé, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la contrainte formée le 27 octobre 2020 en vue de récupérer l'indu de prime d'activité qui lui a été notifié.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. C relatives à la contrainte émise pour le remboursement d'un indu d'allocation de logement sociale sont transmises au tribunal judiciaire du Mans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au tribunal judiciaire du Mans et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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