vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2012620 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DE BAYNAST |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 décembre 2020 et le 11 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me de Baynast, demande au tribunal :
1°) de condamner l'EHPAD au Fil des Maines à lui verser la somme de 117 394,68 euros en raison du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision la radiant des cadres à compter du 1er janvier 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'EHPAD au Fil des Maines la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les jugements d'annulation des 27 avril 2016 et 13 mars 2019 ayant annulé pour un motif de fond les décisions de licenciement et de radiation des cadres dont elle a fait l'objet, elle est fondée à solliciter l'indemnisation du préjudice qu'elle a subi ;
- les décisions illégales de licenciement et de radiation lui ont causé un préjudice financier du fait de sa non-titularisation, préjudice dont elle est fondée à demander réparation à hauteur de la rémunération qu'elle aurait dû percevoir du 1er janvier 2014 au 1er juillet 2020 ;
- sa demande n'est pas prescrite.
Par des mémoires en défense enregistrés le 5 décembre 2022 et le 12 septembre 2023, L'EHPAD au Fil des Maines, représenté par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la demande indemnitaire de Mme A est prescrite au regard des règles de la prescription quadriennale ;
- le licenciement de Mme A était justifié au fond et cette dernière ne peut ainsi prétendre à aucune indemnisation ;
- l'indemnisation de Mme A ne peut être fondée que sur la perte de chance d'être titularisée et ne pourrait être fixée de façon forfaitaire que pour un montant nettement inférieur à la somme de 6 000 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Paquelet-Duverger, rapporteure,
- les conclusions de Mme Heng, rapporteure publique,
- les observations de Me Lenfant, substituant Me de Baynast, représentant Mme A,
- et les observations de Me Tertrais, représentant L'EHPAD au Fil des Maines.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée à compter du 1er janvier 2012, en qualité d'agent des services hospitaliers qualifié stagiaire au sein de l'EHPAD Au Fil des Maines. Après deux prolongations de son stage de six mois, le directeur de la maison de retraite a, par une décision du 16 décembre 2013, mis fin à ce stage et l'a licenciée à compter du 1er janvier 2014. Mme A a alors exercé un recours en annulation contre cette décision. Par un jugement n°1402723 du 27 avril 2016, le tribunal a annulé la décision du 16 décembre 2013. Par une décision du 2 juin 2016, le directeur de l'EHPAD a de nouveau prononcé la radiation des cadres de Mme A, à compter du 1er janvier 2014. Madame A a exercé un nouveau recours en annulation et par un jugement n° 1610048 du 13 mars 2019, le tribunal a annulé la décision du 2 juin 2016. Le 3 août 2020, Mme A a formulé auprès de son ancien employeur une demande indemnitaire correspondant au montant des rémunérations qu'elle aurait dû percevoir depuis le 1er janvier 2014 si elle n'avait pas été radiée des cadres, soit la somme de 117 394, 68 euros. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'EHPAD Au Fil des Maines à lui verser la somme de 117 394, 68 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité du licenciement dont elle a fait l'objet.
Sur l'exception de prescription quadriennale :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi susvisée du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances publiques : " Sont prescrites au profit de l'Etat, des départements et des communes sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par / () ; / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ;() /Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. "
3. Par le jugement rendu le 27 avril 2016, devenu définitif, le tribunal a annulé la décision du 16 décembre 2013 au motif que le directeur de la maison de retraite avait méconnu l'étendue de sa compétence en s'estimant lié par l'avis de la commission administrative paritaire défavorable à la titularisation de Mme A. Par le jugement en date du 13 mars 2019, devenu définitif, le tribunal a jugé que la décision de licenciement du 2 juin 2016, fondée sur l'insuffisance professionnelle de Mme A, était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Ainsi, le préjudice financier allégué par la requérante constitue la conséquence directe du vice entachant la décision du 2 juin 2016, annulée par le jugement du 13 mars 2019. La prescription de la créance dont se prévaut la requérante, née de la décision administrative du 2 juin 2016, a été interrompue par la saisine du tribunal le 30 novembre 2016. Elle a recommencé à courir à compter du 1er janvier 2020 pour être acquise le 31 décembre 2023. Il suit de là qu'à la date du 11 août 2020, à laquelle l'EHPAD au Fil des Maines a reçu la réclamation indemnitaire préalable de Mme A, et à celle du 8 décembre 2020, à laquelle a été enregistrée la présente requête, la créance indemnitaire de Mme A n'était pas prescrite. Par suite, l'exception de prescription quadriennale opposée par l'EHPAD au Fil des Maines ne peut être accueillie.
Sur la faute de l'EHPAD au Fil des Maines et le lien de causalité :
4. L'illégalité d'une décision administrative constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, pour autant qu'il en soit résulté pour celui qui demande réparation un préjudice direct et certain. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'un vice de forme, de procédure ou d'incompétence, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente, dans le respect des règles de forme et de procédure requises. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait pu être prise dans le respect de ces règles par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe des vices qui entachaient la décision administrative illégale.
5. L'illégalité des décisions des 16 décembre 2013 et 26 juin 2016 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'EHPAD au Fil des Maines. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 3, le préjudice financier dont se prévaut la requérante constitue la conséquence directe du vice entachant la seule décision du 2 juin 2016, annulée par le jugement du 13 mars 2019 au motif que cette décision, fondée sur l'insuffisance professionnelle de Mme A, était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce jugement étant étant devenu définitif, l'établissement ne peut, comme il le fait, invoquer l'insuffisance professionnelle de Mme A pour fonder son refus d'indemniser l'intéressée du préjudice financier résultant de l'illégalité de la décision la radiant des cadres.
6. Si l'EHPAD au Fil des Maines semble invoquer la faute de la victime en relevant que la requérante n'a pas sollicité sa réintégration, il était, du fait de l'annulation par le tribunal de la décision mettant fin au stage de l'intéressée et la radiant des cadres, tenu de la réintégrer. L'établissement fait encore valoir que le refus de Mme A d'accepter le contrat à durée déterminée qui lui a été proposé le 16 décembre 2013 a contribué à sa perte de revenus du fait de son éviction à la fin de son stage. Cependant, il apparait, à la lecture du courrier du 27 février 2014 adressé par l'EHPAD au Fil des Maines à Mme A, que la proposition de contrat à durée déterminée était motivée par l'impossibilité de prolonger de plus d'une année son stage et pour lui permettre de continuer à progresser dans sa fonction d'agent des services hospitaliers. Cette proposition si elle avait été acceptée, aurait abouti à contourner les dispositions de l'article 11 du décret du 3 août 2007 portant statut particulier du corps des aides-soignants et des agents des services hospitaliers qualifiés de la fonction publique hospitalière applicable à la date des faits et depuis abrogé, limitant à une année renouvelable la durée du stage. Au demeurant, ce contrat de travail, limité à six mois, était un emploi précaire et à temps partiel, entrainant de ce fait une perte de rémunération pour Mme A. Par suite, le refus de Mme A d'accepter un tel contrat à l'issue de ses deux années de stage ne peut lui être reproché et ne saurait constituer une cause exonératoire de la responsabilité de l'EHPAD au Fil des Maines.
Sur le préjudice financier
7. En vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour l'évaluation du montant de l'indemnité due, doit être prise en compte la perte des rémunérations ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il y a lieu de déduire, le cas échéant, le montant des rémunérations nettes et des allocations pour perte d'emploi qu'il a perçues au cours de la période d'éviction.
8. Compte-tenu de ce qui a été dit aux points précédents, la requérante a droit à une indemnité correspondant aux rémunérations qu'elle aurait dû percevoir entre la date de son licenciement, qui a pris effet le 1er janvier 2014, et le mois de juin 2020, dernier mois travaillé avant son départ à la retraite, si elle n'avait pas été radiée, après déduction des revenus de remplacement dont elle a pu bénéficier au cours de cette période. Si la requérante retient comme base de calcul le salaire net de 1505.06 euros, perçu au mois de décembre 2013, il convient de retirer du montant de ce salaire celui de la bonification indiciaire, élément de rémunération attaché à l'exercice de l'emploi, ainsi que l'indemnité pour travaux dangereux, l'indemnité pour le travail le dimanche et les jours fériés, et l'indemnité de chaussure et vêtement, destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions. Il en résulte que le salaire mensuel net à prendre en compte pour le calcul de l'indemnisation de Mme A est de 1293,11 euros. Il convient de déduire de l'indemnité allouée les sommes correspondant aux revenus que Mme A a pu percevoir durant la période de responsabilité et figurant sur les avis d'imposition que la requérante a produit et portant sur les revenus des années 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 et 2019, ainsi que les sommes mentionnées sur les bulletins de salaire des mois de janvier à juin 2020, soit la somme totale de 93 772, 98 euros. Dans ces conditions, compte tenu des éléments versés au dossier, il sera fait une juste appréciation du préjudice de Mme A tenant à la perte de ses revenus professionnels en le fixant à la somme de 7 000 euros.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EHPAD au Fil des Maines une somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a, en revanche, pas lieu de faire droit à la demande présentée par l'EHPAD au Fil des Maines au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : L'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Au Fil des Maines est condamné à verser à Mme A la somme de 7 000 euros.
Article 2 : L'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Au Fil des Maines versera à Mme A une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Au Fil des Maines.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Paquelet-Duverger, première conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
S. PAQUELET-DUVERGERLa présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026