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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012627

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012627

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012627
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 décembre 2020 et le 5 mai 2021, Mme B C épouse A, représentée par Me Conte, demande au tribunal :

1°) de condamner le pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe à lui verser, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi, la somme de 1 902,46 euros ;

2°) de mettre à la charge du pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa requête est recevable : le caractère définitif du titre exécutoire portant sur une somme de 1902,46 euros est sans incidence sur la recevabilité de sa requête dès lors que ses conclusions indemnitaires n'ont pas la même portée qu'un recours en annulation contre ledit titre exécutoire ; en effet, sa requête vise à engager la responsabilité du pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe en raison de la négligence fautive commise par celui-ci dans la gestion et le suivi de son dossier administratif ;

- le pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe a commis une négligence fautive en lui versant de manière erronée des primes et indemnités indues, et ce de manière prolongée, de janvier 2018 à février 2020, jusqu'à l'en avertir par un courrier du 28 février 2020 parallèlement au titre exécutoire émis à son encontre en date du 18 février 2020 ; cette carence fautive est constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- elle a subi, en lien avec cette faute, des troubles dans ses conditions d'existence, qui devront être indemnisés à hauteur de 1902,46 euros ; outre le sentiment d'avoir eu sa confiance envers sa hiérarchie trahie, elle a subi d'importants désagréments, notamment en étant contrainte d'effectuer des démarches chronophages auprès de sa banque, de son organisme de crédit ainsi que des services fiscaux afin que soient modifiés les éléments relatifs à sa rémunération ; elle a été en arrêt de travail durant une semaine à partir du 28 janvier 2020 en raison de son état anxieux généré par les fautes commises par son employeur ; elle a ainsi été absente la dernière semaine de son stage au service cardiologie du pôle santé sud (72) qui devait s'achever le 31 janvier 2020, hypothéquant ses chances de réussite pour sa formation ; les revenus de son foyer fiscal s'élèvent à la somme de 3 804,57 euros par mois, et ses charges à la somme de 597,63 euros par mois, outre ses frais de déplacement et de repas ; par ailleurs, elle s'était engagée à prendre en charge les frais de traiteur et de location d'une salle pour le mariage de sa fille, à hauteur d'un montant total de 10 142,25 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2021, le pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe, représenté par Me Deniau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable : la requérante n'est pas recevable à solliciter l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité d'une décision dont l'objet est purement pécuniaire et qui est devenue définitive ; or en l'espèce, la requérante demande la réparation des troubles dans ses conditions d'existence en raison des retenues opérées sur ses traitements en exécution d'un titre exécutoire du 18 février 2020 devenu définitif, et dont l'objet est purement pécuniaire ; la somme de 1902,46 euros demandée est strictement identique à celle réclamée par ledit titre exécutoire ;

- à titre subsidiaire, la requête est infondée :

- il n'a commis aucune faute qui pourrait donner droit à indemnisation à la requérante ; la somme réclamée à cette dernière par le titre exécutoire du 18 février 2020 correspondait à un trop-perçu dû à une simple erreur informatique ; le pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe a rectifié la situation dès qu'il a eu connaissance de cette erreur et n'a ainsi commis aucune négligence ou carence fautive ; par ailleurs, alors qu'il aurait pu être réclamé à la requérante le trop-perçu portant sur la période de février à décembre 2018, le titre exécutoire du 18 février 2020 se limite à la période de janvier 2019 à février 2020 ;

° dans l'hypothèse où le tribunal retiendrait l'existence d'une faute, il conviendrait d'exonérer, au moins partiellement, le pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe de sa responsabilité, compte tenu du comportement de la requérante qui ne pouvait ignorer sa situation administrative et a ainsi contribué à la survenance de son dommage ;

° le préjudice de troubles dans les conditions d'existence invoqué par la requérante n'est pas établi, et il n'existe en tout état de cause aucun lien de causalité entre ces troubles allégués et la faute reprochée au pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2007-11888 du 3 août 2007 ;

- le décret n° 2008-824 du 21 août 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, recrutée en 1995 en qualité d'agent titulaire au sein du centre hospitalier de Bonnétable (Sarthe) devenu le pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe (PHGNS) le 1er janvier 2020, était aide-soignante depuis l'année 2000 avant d'être admise à suivre des études promotionnelles pour l'accès au diplôme d'infirmier pour la période du 5 février 2018 au 29 janvier 2021. Le 28 janvier 2020, le service rémunération du PHGNS a contacté par téléphone Mme C épouse A afin de l'informer que l'inscription informatique de sa position d'activité en études promotionnelles en février 2018 n'avait pas impacté à tort les éléments constitutifs de sa rémunération, qu'elle a ainsi perçu depuis cette date, de manière indue, la nouvelle bonification indiciaire, la prime de sujétion aide-soignante, la prime forfaitaire aide-soignante et l'indemnité de chaussures, que ces éléments ne lui seraient plus versés à compter de janvier 2020 et qu'un titre exécutoire serait émis à son égard concernant les sommes perçues à tort au cours de l'année 2019. Le PHGNS a ensuite émis à son égard le 18 février 2020 un titre exécutoire d'un montant de 1 902,46 euros pour obtenir répétition par Mme C épouse A des indemnités et primes qui lui avaient été ainsi versées à tort pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2019. Par une demande indemnitaire préalable en date du 30 juin 2020, reçue le 11 août 2020, l'intéressée a sollicité auprès du PHGNS la réparation du préjudice des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle estime avoir subis du fait de la négligence fautive commise par ce dernier en lui versant de manière erronée des primes et indemnités indues, et ce de manière prolongée, de janvier 2018 à février 2020, laquelle demande a été implicitement rejetée. Par sa requête, Mme C épouse A demande au tribunal de condamner le PHGNS à lui verser, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi, la somme de 1 902,46 euros.

Sur la responsabilité pour faute du PGHNS :

2. Il résulte de l'instruction et est constant qu'entre février 2018 et janvier 2020, le centre hospitalier local de Bonnétable aux droits desquels est venu le PGHNS, a versé à tort à Mme C épouse A, la nouvelle bonification indiciaire, la prime de sujétion aide-soignante, la prime forfaitaire aide-soignante et l'indemnité de chaussures. Cette erreur fautive de liquidation est de nature à engager la responsabilité PGHNS.

Sur les troubles dans les conditions d'existence :

3. Mme C épouse A soutient avoir subi, du fait de cette carence fautive, des troubles dans ses conditions d'existence. Elle précise qu'outre une perte de confiance envers sa hiérarchie, elle a été contrainte d'effectuer des démarches chronophages auprès de sa banque, de son organisme de crédit ainsi que des services fiscaux afin que soient modifiés les éléments relatifs à sa rémunération, que les revenus de son foyer fiscal ne lui permettaient pas de faire face sereinement au remboursement de son trop-perçu, et qu'elle a été placée en arrêt maladie durant une semaine en raison de son état anxieux, à partir du 28 janvier 2020, date à laquelle elle a été contactée par téléphone au sujet de ce trop-perçu, et a ainsi été absente la dernière semaine de son stage en service de cardiologie ce qui a nui à ses chances de réussir sa formation.

4. Toutefois, compte tenu de la nature de la carence imputable au PGHNS en l'espèce, de la circonstance que par le titre exécutoire du 18 février 2020, celui-ci n'a procédé à la répétition de l'indu qu'à compter du mois de janvier 2019, alors que sa créance au titre des versements indus de février 2018 à décembre 2018 n'était pas prescrite à la date dudit titre, et de ce que les éléments produits par Mme C épouse A ne sont pas de nature à établir les difficultés financières alléguées, le préjudice invoqué par cette dernière relatif aux troubles dans les conditions d'existence ne peut être regardé comme établi.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions indemnitaires présentées par Mme C épouse A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du PHGNS, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C épouse A au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière la somme demandée par le PHGNS au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au pôle hospitalier et gérontologique Nord-Sarthe.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYER

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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