vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2012700 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat : Mme MILIN - R.222-13 |
| Avocat requérant | BOULAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 et 10 décembre 2020 et un mémoire récapitulatif enregistré le 14 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Boulais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du président du conseil départemental de la Sarthe du 9 octobre 2020 rejetant son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre les décisions de la mutualité sociale agricole (MSA) des 6 août 2020 et 12 août 2020 fixant le montant de revenu de solidarité active (RSA) " socle " et de prime d'activité pour la période de novembre 2019 à avril 2020 et de fixer ses droits au RSA socle et à la prime d'activité en prenant en compte un revenu nul pour la période de novembre 2019 à janvier 2020 et de 165,10 euros pour la période de février à avril 2020 ;
2°) à titre subsidiaire, de conclure au non-lieu à statuer sur la requête ;
3°) de mettre à la charge du département de la Sarthe le versement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où son recours administratif préalable n'a pas été soumis pour avis à la commission de recours amiable conformément à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, alors que cette consultation constitue une garantie ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle applique rétroactivement un abattement de 71% et constitue ainsi un retrait illégal de la décision de lui appliquer un abattement de 87 % ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la détermination des revenus de novembre 2019 à janvier 2020 et de février 2020 à avril 2020, dès lors que les sommes de 2 200 euros et de 1 100 euros prises en compte au titre de ses " autres ressources " n'ont pas à l'être ;
- si la décision de la MSA du 2 mai 2022 devait être regardée comme un retrait de la décision attaquée du conseil départemental, il n'y a alors plus lieu de statuer sur la requête.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2022, le département de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la MSA Mayenne-Orne-Sarthe.
Le 31 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et les conclusions à fin d'injonction de la requête, dès lors qu'il a été procédé à la régularisation de la situation de Mme B en cours d'instance.
Le 31 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre une décision relative au droit à la prime d'activité dès lors que la décision du 9 octobre 2020 du président du conseil départemental de la Sarthe n'est pas relative au droit à la prime d'activité de Mme B et que celle-ci n'a pas formé le recours administratif préalable obligatoire prévu, pour toute décision relative à la prime d'activité, par l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Milin, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B était bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) depuis le mois de novembre 2011 et relevait, en qualité d'auto-entrepreneur, de la caisse d'allocations familiales (CAF). A la suite de son changement de statut d'auto-entrepreneur vers celui d'exploitante agricole, signalé le 26 décembre 2019, la CAF a transféré son dossier à la caisse de mutualité sociale agricole (MSA) Mayenne-Orne-Sarthe. Par un courrier du 20 janvier 2020, la CAF a informé Mme B de ce changement de prestataire et lui a notifié un indu de RSA d'un montant de 2 104,62 euros sur la période du 1er septembre 2019 au 31 décembre 2019. Le 9 avril 2020, Mme B a effectué une demande complémentaire de RSA pour les non-salariés. Par un courrier du 13 août 2020 adressé notamment au président du conseil départemental, Mme B a contesté qu'un taux d'abattement de 71%, et non de 87%, soit appliqué sur ses revenus et a fait état de ce que des sommes retenues au titre de ses " autres revenus " correspondaient au remboursement de frais notariés, à la vente de biens mobiliers et à un prêt familial. Par une décision du 9 octobre 2020, le président du conseil départemental a décidé d'appliquer un taux d'abattement de 87% sur les revenus de l'année 2020 mais de maintenir un taux de 71% sur les revenus de l'année 2019. Il a également confirmé la prise en compte au titre des ressources de Mme B les sommes versées sur son compte bancaire, de 2 200 euros de novembre 2019 à janvier 2020 et de 1 100 euros de février 2020 à avril 2020. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle ne revient pas sur le taux d'abattement appliqué à ses revenus de l'année 2019 et en tant qu'elle procède à la détermination de ses " autres revenus ".
Sur le non-lieu à statuer partiel :
2. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 2 mai 2022, la MSA Mayenne-Orne-Sarthe a informé Mme B qu'à la suite de l'enregistrement de la présente requête, elle avait régularisé la situation de l'intéressée après prise en compte de " nouveaux éléments transmis par le conseil départemental ", en lui versant une somme de 1 474,57 euros au titre du revenu de solidarité active pour la période allant du mois de septembre 2019 au mois d'avril 2020. Il résulte en outre du mémoire en défense du département de la Sarthe que cette régularisation résulte de l'application à la situation de Mme B, pour la période en litige, d'un taux d'abattement de 87% et non 71% sur les revenus de l'intéressée. Par suite, il n'y a pas plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête demandant l'annulation de la décision implicite du président du conseil départemental prise sur le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme B en tant que cette décision confirme que l'indu en litige se fonde sur l'application d'un taux d'abattement de 71% sur les revenus de cette dernière.
Sur l'irrecevabilité des conclusions de la requête relatives à une décision relative au droit à la prime d'activité :
3. D'une part, la décision du 9 octobre 2020 du président du conseil départemental de la Sarthe n'est pas relative au droit à la prime d'activité de Mme B. D'autre part, celle-ci n'a pas formé le recours administratif préalable obligatoire prévu, pour toute décision relative à la prime d'activité, par l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale. Il s'ensuit que les conclusions de la requête qui tendent à l'annulation d'une décision relative au droit à la prime d'activité et à la fixation des droits de Mme B au titre de cette prestation sont irrecevables.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
4. L'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142- 1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Il appartient au juge, pour apprécier le bien-fondé du moyen dont il est saisi, de s'assurer, le cas échéant d'office, du caractère obligatoire de la consultation de la commission de recours amiable de la MSA dans l'hypothèse en litige, en vertu de clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et cet organisme. En revanche, le caractère contradictoire de la procédure fait en principe obstacle à ce que le juge se fonde sur cette convention sans qu'elle ait été préalablement communiquée aux parties dès lors que celle-ci n'a pas fait l'objet d'une publicité suffisante.
5. Il ne ressort pas de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département de la Sarthe et la MSA le 5 juillet 2019, versée à l'instance par le département, que la réclamation de Mme B dirigée contre les modalités de calcul de ses droits au revenu de solidarité active devait être soumise pour avis à la commission de recours amiable de la MSA. Le moyen tiré du vice de procédure est inopérant et doit par conséquent être écarté.
6. Compte tenu de ce qui a été dit au point 2, le moyen tiré de l'erreur de droit est inopérant et doit être écarté.
7. Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". L'article R. 262-37 dispose en outre que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Enfin, l'article R. 262-14 de ce même code prévoit que : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer ".
8. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige se fonde sur la prise en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active pour la période concernée de trois sommes d'un montant total de 2 100 euros versées sur le compte bancaire de Mme B, qui ont été considérées comme des ressources au sens et pour l'application de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles. Contrairement à ce que soutient la requérante, il résulte de l'instruction que ces sommes ne correspondent pas à un virement de compte à compte, ni à un remboursement de frais de notaire, ni à des avoirs ou indemnités versés par son assureur mais seulement à deux versements en espèces de 900 et 1 000 euros que la requérante présente comme un prêt familial et à une remise de chèque de 100 euros que Mme B indique être le fruit d'une vente sur un site de petites annonces en ligne.
9. S'agissant des versements en espèces de 900 et 1 000 euros, si la requérante soutient que ceux-ci correspondent à un prêt d'un montant total de 3 000 euros consenti par sa mère sous forme d'espèces déposées sur son compte bancaire au gré de la réception de factures à acquitter, la reconnaissance de dette versée à l'instance est insuffisante pour établir la réalité de ce prêt, notamment en l'absence de tout document émanant de sa créancière alléguée. Si la requérante soutient, de manière allusive, que les versements en cause devraient en tout état de cause être regardés comme une libéralité exclue du calcul de ses ressources, cette exclusion ne revêt que le caractère d'une possibilité pour le président du conseil départemental, au vu de la situation exceptionnelle de l'allocataire au regard de son insertion sociale et professionnelle, la requérante n'établissant ni même n'alléguant sérieusement l'existence d'une telle situation. S'agissant de la remise d'un chèque de 100 euros, correspondant au produit d'une vente d'après la requérante, celle-ci, qui se borne à s'en remettre à l'appréciation du tribunal sur ce point dans son mémoire récapitulatif, n'établit pas l'existence de cette transaction. Par ailleurs, et en tout état de cause, des ressources issues de la vente d'un bien mobilier ne sont pas exclues de l'obligation de déclaration, sur le fondement de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles. Par conséquent, c'est à bon droit que le président du conseil départemental a pris en compte les sommes mentionnées au point précédent au titre des ressources de Mme B servant à calculer son droit au RSA. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 9 que le surplus des conclusions à fin d'annulation de la décision du président du conseil départemental de la Sarthe doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de la requête.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 9 octobre 2020 du président du conseil départemental de la Sarthe et à la fixation du droit au revenu de solidarité active de Mme B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au département de la Sarthe et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Copie en sera adressée à la caisse de mutualité sociale agricole Mayenne-Orne-Sarthe.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.
La magistrate désignée,
C. MILIN
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026