mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2012723 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SAS HUGLO LEPAGE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 décembre 2020, le 22 septembre 2022 et le 15 juin 2023, Mme A C et M. B C, représentés par Me Lepage, demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement l'Etat, la société Eiffage Rail Express et SNCF Réseau à leur verser la somme de 108 247,90 euros en réparation du préjudice lié à la perte de valeur vénale de leur bien, et la somme de 136 495,80 euros en réparation du préjudice lié aux troubles dans leurs conditions d'existence, ainsi que la somme de 48 000 euros en réparation du préjudice de perte d'exploitation de leur gîte, résultant de la création et du fonctionnement de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays de la Loire, assorties des intérêts et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge solidairement de l'Etat, de la société Eiffage Rail Express et de SNCF Réseau une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que la création et l'exploitation de la ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire ont été la cause d'une perte de valeur de sa propriété et de troubles dans leurs conditions d'existence dont ils sont fondés à être indemnisés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, la ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 20 juillet 2021 et le 9 mai 2023, la société Eiffage Rail Express, représentée par Me Di Francesco, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 19 octobre 2021 et le 6 juillet 2023, SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Un mémoire, enregistré le 7 février 2024, a été présenté par SNCF Réseau.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2004-559 du 17 juin 2004 ;
- le décret n° 2011-917 du 1er août 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Guillaumot, substituant Me Lepage, avocat du requérant,
- les observations de Me Di Francesco, avocat de la société Eiffage Rail Express,
- les observations de Me Baud, substituant Me Nahmias, avocat de SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C sont propriétaires depuis 1982 d'une maison d'habitation et de dépendances au lieu-dit La Bertellière, à Souligné-Flacé (Sarthe). Estimant subir des préjudices du fait de l'implantation et de la mise en exploitation de la ligne à grande vitesse (LGV) Bretagne-Pays de la Loire située à environ 225 mètres de leur propriété, M. et Mme C demandent au tribunal la condamnation solidaire de l'Etat, de la société Eiffage Rail Express et de la société SNCF Réseau à leur verser la somme de 108 247,90 euros en réparation du préjudice lié à la perte de valeur vénale de leur bien, la somme de 136 495,80 euros en réparation du préjudice lié aux troubles dans leurs conditions de jouissance, ainsi que la somme de 48 000 euros en réparation du préjudice de perte d'exploitation de leur activité de location de gîte.
Sur la détermination de la personne publique responsable :
2.Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 17 juin 2004 sur les contrats de partenariat, applicable au litige : " I. - Le contrat de partenariat est un contrat administratif par lequel l'Etat ou un établissement public de l'Etat confie à un tiers, pour une période déterminée en fonction de la durée d'amortissement des investissements ou des modalités de financement retenues, une mission globale ayant pour objet la construction ou la transformation, l'entretien, la maintenance, l'exploitation ou la gestion d'ouvrages, d'équipements ou de biens immatériels nécessaires au service public, ainsi que tout ou partie de leur financement à l'exception de toute participation au capital. / Il peut également avoir pour objet tout ou partie de la conception de ces ouvrages, équipements ou biens immatériels ainsi que des prestations de services concourant à l'exercice, par la personne publique, de la mission de service public dont elle est chargée. / II. - Le cocontractant de la personne publique assure la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser. Après décision de l'Etat, il peut être chargé d'acquérir les biens nécessaires à la réalisation de l'opération, y compris, le cas échéant, par voie d'expropriation. () La rémunération du cocontractant fait l'objet d'un paiement par la personne publique pendant toute la durée du contrat. Elle est liée à des objectifs de performance assignés au cocontractant. () ". Aux termes de l'article 11 de cette ordonnance : " Un contrat de partenariat comporte nécessairement des clauses relatives : / a) A sa durée ; / b) Aux conditions dans lesquelles est établi le partage des risques entre la personne publique et son cocontractant ; / c) Aux objectifs de performance assignés au cocontractant, () / d) A la rémunération du cocontractant, () ".
3.Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'un contrat de partenariat conclu sur le fondement des dispositions de l'ordonnance du 17 juin 2004, d'une part, a pour effet de confier la maîtrise d'ouvrage des travaux à réaliser au titulaire de ce contrat, d'autre part, détermine le partage des risques liés à cette opération entre ce titulaire et la personne publique.
4.D'une part, par un contrat de partenariat approuvé par décret du 1er août 2011, l'établissement public industriel et commercial Réseau ferré de France, aux droits duquel est venue la société SNCF Réseau, et conclu pour une durée de 25 ans, a confié à la société Eiffage Rail Express la conception, la construction, le fonctionnement, l'entretien, la maintenance, le renouvellement et le financement de la ligne ferroviaire à grande vitesse Bretagne-Pays de la Loire entre Connerré et Cesson-Sévigné et des raccordements au réseau existant, ainsi que cela est précisé à l'article 2.1 du contrat. L'article 5.1 de ce contrat, qui porte sur le champ des obligations contractuelles générales de la société Eiffage Rail Express au titre de la réalisation de la ligne ferroviaire, prévoit qu'" en qualité de maître d'ouvrage de la Ligne, le titulaire réalise l'ensemble des opérations nécessaires à la réalisation de la Ligne, et notamment les acquisitions foncières, les études de conception et l'exécution des travaux dans les conditions prévues au Contrat et dans le respect de la réglementation et des Règles de l'art ".
5.D'autre part, ce contrat de partenariat, conclu en avril 2011, prévoit en son article 36 relatif aux responsabilités que " le titulaire [la société Eiffage Rail Express] est responsable des dommages causés aux tiers, ainsi que des frais et indemnités qui en résultent, survenus à l'occasion de l'exécution, par le titulaire ou sous sa responsabilité, des obligations mises à sa charge au titre du contrat, à l'exclusion des dommages liés aux activités de gestion du trafic et des circulations imputables à RFF [Réseau Ferré de France]. () / () / Le titulaire supporte seul les conséquences pécuniaires de ces dommages. Il ne peut exercer d'action contre RFF à raison de ces dommages et garantit RFF contre toute action ou réclamation des tiers et toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encore pour de tels dommages ou préjudices ".
6.Les requérants sollicitent l'indemnisation de la perte de valeur vénale de leur propriété et la réparation de troubles dans leurs conditions d'existence, à raison tant de la présence de la LGV Bretagne-Pays de la Loire située à proximité immédiate de leur propriété que de son fonctionnement, du fait notamment des nuisances sonores liées au passage des trains. Un tel dommage causé à un tiers, qui revêt un caractère permanent dès lors qu'il est inhérent à l'existence et au fonctionnement mêmes de l'ouvrage public, est survenu dans le cadre de l'exécution par la société Eiffage Rail Express de la mission globale qui lui a été confiée par l'article 2.1 du contrat de partenariat, et donc à l'occasion de " l'exécution des obligations mises à sa charge au titre du contrat ". Il ne saurait s'analyser en un dommage lié " aux activités de gestion du trafic et des circulations ". Dès lors, en application des stipulations de l'article 36.1 du contrat de partenariat la responsabilité des préjudices invoqués par le requérant du fait de la présence et du fonctionnement de l'ouvrage public que constitue la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut être recherchée qu'auprès de la société Eiffage Rail Express sans que cette société puisse utilement invoquer la circonstance que le tracé de la ligne a été décidé avant la signature du contrat et lui a été imposé. Par suite les requérants sont fondés à rechercher la responsabilité de la société Eiffage Rail Express au titre des dommages permanents inhérents à la présence et au fonctionnement de l'ouvrage public.
Sur les dommages dont les requérants demandent réparation :
En ce qui concerne la perte de valeur de la propriété des requérants :
7. Le préjudice résultant de la perte de valeur vénale du bien appartenant aux requérants à raison de l'existence et du fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire ne peut faire l'objet d'une indemnisation par le maître de l'ouvrage au titre de la responsabilité sans faute que si, excédant les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics, il revêt un caractère grave et spécial.
8. Il résulte de l'instruction que la propriété du requérant est une maison d'habitation d'architecture traditionnelle de 235 m2, classée en zone A du plan local d'urbanisme. La ligne à grande vitesse se situe en déblais à 225 mètres environ au sud au droit de l'habitation, Il ne ressort pas de l'instruction, notamment des documents produits par la société Eiffage Rail Express, que la propriété serait protégée du bruit résultant du fonctionnement de la ligne par un dispositif de protection acoustique, un mur absorbant étant situé plus à l'ouest. Il ressort de l'étude acoustique diligentée par le maître d'ouvrage que la projection acoustique est de 52,4 dB sans protection acoustique. Il résulte également de l'instruction que la valeur des pics de bruit (LAmax) est estimée entre 70 et 75 db(A), la propriété des requérants étant, au vu de la cartographie établie par le conseil général de l'environnement et du développement durable, qui prend en compte la configuration des lieux, plus proche de la ligne d'isophone de 70 db(A) que de celle de 75 dB(A). Si les requérants se prévalent d'un relevé acoustique réalisé par le CEREMA le 9 novembre 2017 à 176 m au sud de leur propriété, ce relevé n'est probant qu'en ce qui concerne la fréquence du passage des trains, et non en ce qui concerne la valeur des pics de bruit qui a été mesuré à 62 mètres de la ligne. Il en ressort qu'a été mesuré un trafic de 81 trains en journée et 5 trains la nuit. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la gêne visuelle du fait de la voie, qui est en déblais dans cette zone, serait particulièrement significative. En outre, il ne résulte pas non plus de l'instruction que les dégâts extérieurs constatés par les requérants, tenant à l'assèchement de la mare et du puits, et au déracinement d'arbres procéderaient de façon directe et certaine de la construction et de la mise en service de la ligne à grande vitesse. Par ailleurs, l'attestation immobilière réalisée à l'initiative des requérants ne justifie ni n'objective les coefficients dont elle fait usage dans " l'évaluation de la valeur vénale par comparaison comparée ". Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la proximité de la ligne à grande vitesse a entraîné une dégradation de l'environnement rural de cette propriété, et par suite une diminution de la valeur vénale de celle-ci, dont il sera fait une équitable appréciation, compte tenu de ses caractéristiques permettant l'estimation de sa valeur, de la configuration des lieux, notamment de la proximité d'ouvrages de franchissement de la ligne, et de l'estimation des nuisances subies par les occupants, en l'évaluant à la somme de 70 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice de jouissance :
9. Les requérants font état de nuisances sonores représentant une gêne anormale notamment pour le repos, résultant tant du niveau de bruit subi que des pics de bruit générés de façon répétée par le passage des trains et que toutes les chambres sont rendues inconfortables et une chambre inutilisable en raison de ces nuisances sonores. La circonstance que les seuils prévus par l'arrêté du 8 novembre 1999 relatif au bruit des infrastructures ferroviaires ne sont pas méconnus ne suffit pas à exclure l'existence d'un préjudice grave et spécial liés à des nuisances sonores susceptibles d'engager la responsabilité, même sans faute, de la société Eiffage Rail Express. En outre, alors que les seuils fixés par cet arrêté rendent compte du niveau moyen d'énergie acoustique reçu par le tympan sur une durée déterminée, il n'y a pas lieu d'exclure la prise en compte, pour l'appréciation d'un tel préjudice, qui doit être globale, de l'importance des émergences sonores générées par le passage des trains, tenant à la fois au niveau maximal des pics de bruit (LAmax) et à leur répétition.
10. En ce qui concerne le niveau de la pression sonore, il ne résulte pas de l'instruction que les nuisances sonores excéderaient effectivement les seuils fixés par l'arrêté du 8 novembre 1999 de jour et de nuit. Toutefois, cette circonstance ne suffit pas à écarter le caractère grave des préjudices susceptibles d'engager la responsabilité sans faute de la société Eiffage Rail Express. En revanche, en ce qui concerne les émergences sonores, il résulte de l'instruction, notamment par comparaison avec des relevés acoustiques réalisés à proximité immédiate de son habitation, que le requérant est exposé à l'extérieur comme à l'intérieur à une pression sonore élevée ainsi qu'à des niveaux d'émergence sonore particulièrement significatifs, aggravés par la configuration de la ligne. La société Eiffage Rail Express se borne à faire valoir que les mesures acoustiques sont conformes à l'arrêté du 8 novembre 1999 et que les articles du code de la santé publique relatifs aux émergences sonores ne sont pas applicables aux infrastructures ferroviaires. Toutefois, cette circonstance ne saurait l'exonérer de sa responsabilité sans faute, en cas de préjudice grave et spécial et elle ne conteste pas sérieusement la gravité des nuisances sonores subies par les requérants, dont le niveau excède la gêne que peuvent normalement être appelés à subir, dans l'intérêt général, les riverains d'un tel ouvrage. En revanche, si les requérants font état de la dégradation de l'état de santé de Mme C depuis la mise en service de la ligne à grande vitesse, en raison de la diminution de leur activité de loueur de gîte, le seul certificat d'un médecin généraliste du 9 mars 2020 ne suffit pas à l'établir. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des troubles de jouissance que cause aux requérants la ligne à grande vitesse en les évaluant à 18 000 euros.
En ce qui concerne le préjudice économique de perte d'activité de gîte rural :
11. D'une part, il résulte de l'instruction que la diminution qui présente en l'espèce un caractère de particulière gravité, de l'activité des requérants de location de leur gîte rural par rapport au chiffre d'affaires réalisé avant la mise en service de la ligne à grande vitesse, est directement liée au fonctionnement de la ligne à grande vitesse située à proximité, en raison des nuisances sonores qui en résultent. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, il ne résulte pas de l'instruction que cette baisse d'activité sur la période 2017 à 2019 pourrait procéder d'autres circonstances que la présence et le fonctionnement de cette ligne à grande vitesse. En revanche, au vu des justificatifs produits par les requérants qui, en dépit d'une mesure d'instruction, n'ont pas produit de document probant postérieur à 2019, et compte tenu de la crise sanitaire affectant ce secteur d'activité, il ne résulte pas de l'instruction que l'activité de gîte rural aurait pu faire l'objet de périodes de locations supplémentaires postérieurement à cette année. Ainsi, le préjudice tenant à une perte commerciale liée à l'activité de gîte rural résultant directement et uniquement du fonctionnement de la ligne à grande vitesse en cause ne présente un caractère réel et certain que sur les années 2018 et 2019.
12.D'autre part, la baisse du chiffre d'affaires tiré de cette activité pour l'ensemble de l'année 2017, au regard de celui qui a été réalisé en 2016, ne présente pas un caractère de gravité telle qu'elle ouvrirait droit à indemnisation sur le fondement de la responsabilité sans faute du maître d'ouvrage. En revanche, le chiffre d'affaires tiré de cette activité a baissé en 2018 et en 2019 respectivement de 53% et de 61 % par rapport à l'année 2016.
13. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que le caractère anormal et spécial du préjudice financier résultant d'une baisse de l'activité des requérants de location de gîte rural, résultant directement et uniquement de la mise en service de la ligne à grande vitesse, est établi pour les années 2018 et 2019. Ils sont par suite fondés à demander la condamnation de la société Eiffage Rail Express à les indemniser de ce préjudice.
14.Il y a lieu de prendre comme référence, pour l'estimation de ce préjudice, la moyenne des chiffres d'affaires sur les années 2001, date de début de cette activité, à 2017 incluse, moyenne par rapport à laquelle doit être estimé le manque à gagner subi par les requérants. Il y a lieu de déduire du montant de ce chiffre d'affaires moyen les chiffres d'affaires effectivement réalisés en 2018 et 2019 ainsi les charges que les requérants n'ont pas supportées du fait de l'absence de locataires, dont il sera fait une exacte appréciation à hauteur de 10%. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, il y a lieu d'évaluer le préjudice indemnisable des requérants, constitué d'un manque à gagner dans l'exploitation de cette activité de gîte rural, à la somme de 10 850 euros.
15. Il résulte de ce qui précède que les préjudices subis par les requérants, tenant à la perte de valeur vénale de leur propriété, aux troubles de jouissance et au préjudice économique inhérents à l'existence et au fonctionnement de la LGV Bretagne-Pays de la Loire, s'élèvent à la somme globale de 98 850 euros. Ces dommages, dont l'appréciation doit être globale, revêtent, compte tenu de la configuration des lieux, un caractère spécial, et dans les circonstances de l'espèce, présentent un caractère grave. Les requérants sont donc fondés à demander la condamnation de la société Eiffage Rail Express à leur verser la somme de 98 850 euros.
16.Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, d'une part, de condamner la société Eiffage Rail Express à verser aux requérants une somme de 98 850 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 15 septembre 2020, date de réception de la réclamation préalable des requérants par la société Eiffage Rail Express. La capitalisation de ces intérêts, demandée par la requête, prend effet à compter du 15 septembre 2021, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière, et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les frais liés au litige :
17.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne permettent pas d'en faire bénéficier la partie tenue aux dépens. Par suite, les conclusions présentées sur ce fondement par la société Eiffage Rail Express ne peuvent être accueillies. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de la société Eiffage Rail Express le versement d'une somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens et de rejeter les conclusions présentées par SNCF Réseau à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La société Eiffage Rail Express est condamnée à verser à M. et Mme C la somme de 98 850 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 15 septembre 2020. Les intérêts échus à la date du 15 septembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La société Eiffage Rail Express versera la somme de 1 500 euros à M. et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et Mme A C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à la société Eiffage Rail Express et à SNCF Réseau.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
S. THOMAS
Le président,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026