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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2013137

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2013137

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2013137
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSARL ANTIGONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 décembre 2020 et le 27 avril 2022, M. A B, représenté par Me Lefevre, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier Georges Daumézon (Bouguenais) à lui verser, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, la somme de 106 280 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait, d'une part, de l'illégalité de la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans qui lui a été infligée le 23 juillet 2019 par le directeur de cet établissement, et d'autre part, de l'information erronée qui lui a été délivrée et selon laquelle il pourrait prétendre au versement de l'aide de retour à l'emploi, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 14 octobre 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Georges Daumézon la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier doit être engagée compte tenu de l'illégalité entachant la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 23 juillet 2019 :

. la matérialité des faits sur lesquels cette sanction est fondée n'est pas établie ;

. ladite sanction est disproportionnée eu égard à la gravité des faits reprochés ;

. la sanction du blâme lui avait déjà été infligée pour les mêmes faits le 30 janvier 2019 ;

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier doit être engagée compte tenu de l'information erronée qui lui a été délivrée par cet établissement, lui laissant croire qu'il serait éligible à l'allocation de retour à l'emploi ; s'il avait su qu'il ne percevrait pas cette allocation, il aurait contesté la sanction qui lui a été infligée ;

- le lien de causalité entre les fautes commises et les préjudices subis est établi ;

- ces préjudices doivent être indemnisés à hauteur d'une somme totale de 106 280 euros composée comme suit :

. 48 000 euros au titre de son préjudice de perte de gains professionnels au cours de la période d'exclusion temporaire de fonctions ;

. 5 280 euros au titre de son préjudice de perte de droits à la retraite ;

. 48 000 euros au titre de son préjudice lié à l'information erronée qui lui a été délivrée concernant l'éligibilité à l'allocation de retour à l'emploi ; 5 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mai 2021 et 30 juin 2023, le centre hospitalier Georges Daumézon, représenté par Me Bernot, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête de M. B ;

2°) de mettre à la charge du requérant la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité : d'une part, la sanction infligée à l'intéressé n'est entachée d'aucune illégalité ; d'autre part, l'établissement n'a pas intentionnellement délivré une information erronée à l'intéressé concernant son droit d'allocation de retour à l'emploi ; l'attestation fournie par l'établissement, qui mentionnait explicitement la sanction disciplinaire infligée afin que Pôle emploi se prononce en toute connaissance de cause, ne saurait valoir reconnaissance d'un droit que seul Pôle emploi était habilité à examiner ; l'intéressé a bénéficié de l'allocation de retour à l'emploi sur la seule décision de Pôle emploi ;

- en tout état de cause, le requérant n'établit ni la réalité des préjudices invoqués, ni le lien de causalité entre ces préjudices et les fautes alléguées.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique,

- et les observations de Me Diversay, substituant Me Lefevre, représentant M. B, et celles de Me Desgrée, substituant Me Bernot, représentant le centre hospitalier Georges Daumézon.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né en 1964, recruté au centre hospitalier Georges Daumézon (Bouguenais) le 7 février 1991, titularisé depuis le 1er septembre 1992, au grade d'ouvrier professionnel spécialisé au service des cuisines, puis de maître ouvrier à compter du 1er octobre 2003, d'agent de maîtrise à compter du 1er mai 2010 et enfin de technicien hospitalier à compter du 1er janvier 2015, exerçant à la date des faits et depuis le 1er octobre 2017 en qualité de responsable des cuisines au centre hospitalier Georges Daumézon, s'est vu infliger, par une décision du 23 juillet 2019 du directeur de cet établissement, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans. M. B a adressé, par courrier du 12 octobre 2020 parvenu le 14 octobre suivant auprès de l'administration, une demande préalable indemnitaire au centre hospitalier Georges Daumézon, qui a implicitement refusé de faire droit à ses prétentions le 12 décembre 2020. M. B demande au tribunal la condamnation de cet établissement à lui verser la somme totale de 106 280 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait, d'une part, de l'illégalité de la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans qui lui a été infligée le 23 juillet 2019 par le directeur de cet établissement, et d'autre part, de l'information erronée qui lui a été délivrée et selon laquelle il pourrait prétendre au versement de l'aide de retour à l'emploi.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité et de donner lieu à indemnisation, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain et que soit établi un lien de causalité entre ce dernier et ladite faute.

En ce qui concerne la légalité de la sanction disciplinaire du 23 juillet 2019 :

3. M. B soutient tout d'abord que la responsabilité du centre hospitalier Georges Daumézon doit être engagée du fait de l'illégalité entachant la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans qui lui a été infligée le 23 juillet 2019 par le directeur de cet établissement.

4. Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions indemnitaires fondées sur l'illégalité fautive alléguée d'une sanction disciplinaire infligée à un agent public, et de griefs formulés en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à cet agent sont établis, s'ils constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. M. B s'est vu infliger, le 23 juillet 2019, une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans fondée sur le manquement par l'intéressé à ses obligations professionnelles, compte tenu notamment de propos déplacés, de comportements inadaptés et dégradants à l'égards de collaborateurs ayant eu un impact sur la santé des professionnels, de ce que l'intéressé a persisté à nier les faits qui lui sont reprochés, qu'il ne s'est nullement remis en cause et qu'au regard de ses fonctions, cette attitude a préjudicié au bon fonctionnement de l'équipe de restauration et à la qualité des prestations servies.

6. Alors que M. B, chef du service des cuisines du centre hospitalier Georges Daumézon, avait fait l'objet le 30 janvier 2019 d'un blâme en raison de ses comportements inadaptés dans sa manière de gérer ses agents, notamment par des paroles blessantes ou dévalorisantes envers certaines agentes, il résulte de l'instruction qu'une agente qui avait été placée en congé de maladie en raison de son comportement antérieurement sanctionné et qui avait repris le travail le 4 mars 2019 après une réunion organisée le même jour par sa hiérarchie en présence de M. B afin que cette reprise se fasse dans de bonnes conditions, s'est plainte d'une aggravation du comportement adopté par l'intéressé à son égard. Elle déclarait alors que depuis son retour, M. B lui portait un regard haineux, qu'il avait fixé ses jours de congés annuels, notamment estivaux, sans concertation, lui interdisait désormais d'entrer dans son bureau en son absence pour récupérer les papiers concernant son poste comme le faisaient tous les autres agents, lui avait imposé de travailler à la préparation des plats froids alors qu'elle s'occupait jusque-là de la préparation des plats chauds, ce qu'elle affectionnait, qu'il ouvrait brusquement la porte de la pièce dans laquelle elle travaille entre vingt et trente fois par jour afin de contrôler ses actes puis refermait brusquement la porte sans lui adresser la parole, et avait interdit à l'équipe de prendre un temps de pause en commun en s'asseyant le matin et de boire à cette occasion du jus d'orange alors qu'elle était la seule à en boire. L'adjointe de M. B, reçue en entretien par sa hiérarchie le 28 mars 2019, a notamment confirmé cette aggravation liée à l'incapacité de son responsable d'accepter d'avoir été sanctionné à cause des faits dénoncés par cette agente, l'acharnement exercé par M. B à l'encontre de cette agente à qui il n'adressait même plus la parole, et fait part de menaces dont elle faisait désormais elle-même l'objet de la part de l'intéressé, et de ce qu'il ne lui était plus possible de fermer les yeux sur le comportement de ce dernier, faits qu'elle a confirmés dans un rapport du 4 avril 2019. Après avoir été convoqué le 8 avril 2019 à un entretien préalable à une sanction disciplinaire, M. B a fait l'objet d'une mesure conservatoire de suspension de l'exercice de ses fonctions à compter du même jour. Une nouvelle enquête administrative a été diligentée au sein du service des cuisines entre le 8 et le 17 avril 2019, laquelle a mis en évidence un climat particulièrement délétère dans ce service, lequel avait empiré depuis le 4 mars 2019 postérieurement à la première sanction prononcée à l'égard du requérant. La majorité des agents entendus dénonçaient notamment des propos et comportements inadaptés, particulièrement dénigrants, de M. B à l'égard de certains des agents du service, qui pour l'une d'entre elle, n'avait pas osé dénoncer M. B avant que sa collègue ne le fasse par peur de représailles de la part de l'intéressé, l'interdiction pour l'agente ayant repris le travail le 4 mars 2019 d'entrer dans le bureau de son responsable ou encore l'instauration par celui-ci de nouvelles modalités de temps de pause le matin en interdisant notamment une prise de pause en commun. Enfin, lors du conseil de discipline qui s'est réuni avant le prononcé de la sanction disciplinaire litigieuse, M. B a reconnu avoir prononcé certains des propos reprochés, tout en soutenant qu'ils ne l'avaient pas été dans une intention de nuire.

7. En premier lieu, si M. B soutient que la matérialité des faits qui lui ont été reprochés et qui ont fondé la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 23 juillet 2019 ne sont pas établis, il résulte toutefois de l'instruction et notamment de l'ensemble des éléments circonstanciés, concordants et réitérés rappelés ci-dessus, nonobstant les déclarations isolées d'une agente du service qui atteste ne pas avoir constaté d'attitude harcelante de la part de M. B tout en précisant cependant qu'il " manque d'humilité et ne sait pas parler aux agents de l'équipe ", et celles d'un autre agent du service qui atteste ne pas avoir constaté d'attitude déplacée de la part de M. B, que l'intéressé a adopté un comportement inadapté, agressif et répété à l'encontre de plusieurs agentes de son service, comportement qu'il a continué d'adopter et ce de manière exacerbée malgré le prononcé le 30 janvier 2019 d'une première sanction disciplinaire infligée en raison du même comportement au cours de l'année 2018, ainsi qu'une réunion organisée par sa hiérarchie le 4 mars 2019 visant précisément à s'assurer de la sérénité de son service après la reprise du travail le même jour de la principale agente victime de son comportement. Dès lors, le comportement de M. B à l'égard de ses collègues doit être tenu pour établi et il constitue un manquement disciplinaire de nature à justifier le prononcé d'une sanction. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la matérialité des faits sur lesquels la sanction disciplinaire litigieuse est fondée n'est pas établie.

8. D'autre part, si M. B soutient que la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans qui lui a été infligée présente un caractère disproportionné dès lors que les faits en cause n'avaient initialement justifié que le prononcé d'un blâme, et que le conseil de discipline n'avait préconisé qu'une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans assortie d'un sursis partiel à hauteur d'un an, les propos tenus par l'intéressé à l'encontre de certaines de ses agentes, et comportements adoptés à leur encontre, qui ont précisément empiré après le prononcé d'un blâme, étaient particulièrement dénigrants, agressifs, et de nature à entraîner, comme cela a d'ailleurs été le cas au moins pour l'une d'entre elles, un important impact psychologique sur celles-ci. Ces faits constituent un manquement caractérisé aux obligations professionnelles de M. B, tenant notamment à son obligation d'exercer ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité, et compte tenu de sa qualité de chef de service. Par suite, le directeur de l'établissement n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant ladite sanction à l'encontre de M. B.

9. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6 du jugement, postérieurement au retour de congé de maladie de l'agente affectée par son comportement en 2018, M. B a de nouveau adopté, à partir du mois de mars 2019, un comportement inadapté, ne permettant pas un retour serein de l'agente dans ses fonctions. Ces faits sont distincts des faits déjà sanctionnés par l'infliction d'un blâme en janvier 2019. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir qu'il aurait été sanctionné à deux reprises pour les mêmes faits.

10. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité fautive de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 23 juillet 2019.

En ce qui concerne la faute liée à une information erronée relative à l'allocation de retour à l'emploi :

11. M. B soutient également que la responsabilité pour faute du centre hospitalier doit être engagée compte tenu de l'information erronée qui lui a été délivrée par cet établissement, lui laissant croire qu'il serait éligible à l'allocation de retour à l'emploi, et que s'il avait été informé du fait qu'il n'allait pas percevoir cette allocation, il aurait contesté la sanction qui lui a été infligée.

12. Toutefois, il se borne à se prévaloir d'une attestation employeur destinée à l'agence Pôle emploi, en date du 30 juillet 2019, laquelle mentionnait l'ensemble des informations nécessaires à l'examen de la situation des droits de l'intéressé, notamment la mention de l'existence d'une suspension temporaire des fonctions, alors que seule l'agence Pôle emploi est habilitée à se prononcer comme elle l'a fait sur l'éligibilité de M. B à percevoir ou non l'allocation de retour à l'emploi. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que l'employeur de M. B lui aurait indiquée, par écrit ou par oral, que sa situation ouvrait droit au bénéfice de cette allocation. Dans ces conditions, à supposer même que l'émission de cette attestation employeur puisse être regardée comme constituant un comportement fautif, l'intéressé n'est, en tout état de cause, pas fondé à demander l'indemnisation des préjudices qu'il invoque, lesquels résultent de la seule absence de perception de l'allocation de retour à l'emploi décidée par l'agence Pôle emploi et non d'une éventuelle mauvaise information.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence, et en tout état de cause, que ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

14. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Georges Daumézon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B le versement de la somme demandée par le centre hospitalier Georges Daumézon.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Georges Daumézon sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier Georges Daumézon.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYER

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Le greffier,

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