vendredi 8 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2100856 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BARDOUL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 janvier 2021 et le 2 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Bardoul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Nantes à lui verser la somme de 421 275 euros, majorée des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts à compter de la réclamation indemnitaire préalable du 23 septembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute du centre hospitalier de Nantes est engagée du fait des préjudices causés par sa maladie professionnelle ;
- le centre hospitalier de Nantes a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en lui faisant exercer des fonctions de brancardier en sus de ses fonctions d'aide-soignante ;
- elle a subi un préjudice financier lié à la perte de sa rémunération en raison de sa mise à la retraite d'office, qu'elle évalue à 275 275 euros ;
- elle a subi un déficit fonctionnel permanent qu'elle évalue à 60 000 euros ;
- elle a enduré des souffrances physiques qu'elle évalue à 20 000 euros ;
- elle a subi un préjudice esthétique qu'elle évalue à 8 000 euros ;
- elle a subi un préjudice d'agrément qu'elle évalue à 8 000 euros ;
- elle a subi un préjudice matériel du fait de la nécessité de recourir à l'assistance d'une tierce personne, qu'elle évalue à 50 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 décembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Nantes représenté par Me Lesné conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à charge de Mme A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, à titre subsidiaire, à ce que soit ordonnée une expertise.
Il soutient que :
- la créance de Mme A est prescrite ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 juillet 2023.
Des mémoires présentés pour Mme A ont été enregistrés les 4 août et 23 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 modifiée ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,
- les conclusions de Mme Heng, rapporteure publique,
- et les observations de Me Geffroy, substituant Me Bardoul, représentant Mme A.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A, a été enregistrée le 2 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, aide-soignante titulaire au sein du centre hospitalier universitaire de Nantes, a déclaré le 10 octobre 2007 une maladie professionnelle reconnue imputable au service par une décision du 22 octobre 2009. La date de consolidation de cette maladie a d'abord été fixée au 6 novembre 2009, puis au 30 avril 2015. Mme A a adressé à son employeur, le 23 septembre 2020, une demande préalable d'indemnisation des différents préjudices qu'elle estimait avoir subis du fait de cette maladie, qui a été implicitement rejetée. Par sa requête, elle demande au tribunal de condamner le CHU de Nantes à lui verser la somme de 421 275 euros au titre des préjudices subis du fait de sa maladie professionnelle.
Sur l'exception de prescription quadriennale :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi susvisée du 31 décembre 1968 modifiée : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence ou au paiement de la créance alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; () ".
3. En vertu de ces dispositions, le point de départ du délai de prescription d'une créance relative à un dommage corporel est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées. Il en est ainsi pour tous les postes de préjudice, aussi bien temporaires que permanents.
4. Le fait générateur de la créance dont se prévaut Mme A est constitué par la maladie professionnelle dont elle souffre et qui a été reconnue imputable au service par une décision du 22 octobre 2009. Il est constant que la date de consolidation de son état de santé a été fixée en dernier lieu au 30 avril 2015. En application du principe rappelé au point 3, le cours de la prescription a ainsi débuté le 1er janvier 2016. Toutefois, Mme A a été admise à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité imputable au service par une décision du directeur du CHU de Nantes du 20 mai 2019, sur la base de l'avis favorable émis par la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) le 17 mai 2019, qui précise que la pension de retraite sera assortie d'une rente d'invalidité au taux de 12 %, sans majoration pour tierce personne. L'attribution de cette rente a une incidence sur la nature des préjudices dont l'agente peut demander l'indemnisation à la personne publique responsable de la maladie dont elle a été victime. Par suite, l'avis de la CNRACL du 17 mai 2019 et la décision du directeur du CHU de Nantes du 20 mai 2019 ont constitué, au sens de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, des communications écrites d'une administration intéressée, ayant trait au montant de la créance, de nature à interrompre le délai de prescription quadriennale. Ainsi, le nouveau délai de quatre ans, qui a recommencé à courir le 1er janvier 2020, n'était pas venu à expiration lorsque Mme A a adressé au CHU de Nantes, le 23 septembre 2020, une réclamation préalable tendant à l'indemnisation des préjudices causés par sa maladie professionnelle. Par suite, l'exception de prescription opposée en défense doit être écartée.
Sur la responsabilité du CHU de Nantes :
5. Les dispositions instituant la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité ont pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces chefs de préjudices sont réparés forfaitairement dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du CHU de Nantes :
6. Il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir l'existence d'une faute et la réalité du préjudice subi. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.
7. Mme A fait valoir qu'entre 2004 et 2016, alors qu'elle occupait un poste d'auxiliaire de puériculture de nuit à la maternité, elle a dû effectuer des tâches de brancardage normalement dévolues aux brancardiers, et qui ne relèveraient pas des missions d'une aide-soignante. Toutefois, la requérante n'établit pas avoir dû effectuer de telles tâches de manière régulière. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que ce n'est qu'en novembre 2015 que des restrictions médicales concernant le port de charge et le brancardage ont été émises par le médecin du travail, qui a également indiqué qu'une reprise de service par l'agente sur un poste d'aide-soignante ou d'auxiliaire de puériculture à temps partiel thérapeutique, avec port de charge restreint était envisageable. Le centre hospitalier fait valoir à cet égard que depuis 2014, Mme A n'exerce plus de tâches de brancardage. Dans ces conditions, le CHU ne peut être regardé comme ayant commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 1 et 4, que Mme A, victime d'une maladie professionnelle dont l'imputabilité au service a été admise par le CHU de Nantes, par une décision du 22 octobre 2009, est fondée à rechercher la responsabilité sans faute du CHU pour l'indemnisation de ses préjudices extrapatrimoniaux et des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant du préjudice patrimonial tiré de la perte de revenus :
9. Si Mme A soutient avoir subi du fait de sa maladie professionnelle un préjudice patrimonial, la réalité d'un tel préjudice, autre que celui relatif à la perte de revenus et à l'incidence professionnelle déjà réparé par son employeur, ne résulte pas de l'instruction.
S'agissant du préjudice patrimonial tiré de l'assistance d'une tierce personne :
10. Si Mme A sollicite la somme 50 000 euros au titre des frais engagés pour le paiement d'une tierce personne afin de l'assister notamment pour le ménage et le jardinage à compter de 2017, il n'est, toutefois, pas justifié d'un lien de causalité direct et certain entre la maladie professionnelle de l'intéressée et la nécessité d'une telle assistance deux ans après la consolidation de cette maladie.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
11. Il résulte des rapports d'expertise des docteurs Marquestaux et Petit, non contestés par le CHU de Nantes, que Mme A présente un déficit fonctionnel permanent de 30 %. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 55 000 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
12. Il ne résulte pas de l'instruction que les souffrances endurées par Mme A résulteraient d'une autre pathologie sans lien avec la maladie professionnelle qu'elle a déclarée. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 7 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
13. Il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique de Mme A est constitué par une cicatrice lombaire à la suite d'une opération du dos. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 1 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
14. Si Mme A demande l'allocation d'une somme au titre du préjudice d'agrément, en faisant valoir qu'elle est désormais dans l'impossibilité de pratiquer l'équitation, elle ne produit aucun élément justifiant de la pratique régulière de ce loisir avant sa maladie. Par suite, ce poste de préjudice, au demeurant déjà indemnisé au titre du déficit fonctionnel permanent, doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée, que Mme A est fondée à demander la condamnation du CHU de Nantes à lui verser la somme de 63 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de sa maladie professionnelle.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
16. Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 63 000 euros à compter du 23 septembre 2020, date de sa demande préalable. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 22 janvier 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 23 septembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme que le CHU de Nantes réclame au titre des frais exposés par lui. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Nantes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHU de Nantes versera à Mme A une indemnité de 63 000 euros augmentée des intérêts au taux légal à compter du 23 septembre 2020. Les intérêts échus à la date du 23 septembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le CHU de Nantes versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Nantes.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Paquelet-Duverger première conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.
La rapporteure,
A. FESSARD
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026