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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2100955

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2100955

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2100955
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : Mme BAUFUME - R. 222-13
Avocat requérantVEAUVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire respectivement enregistrés le 26 janvier 2021 et le 16 septembre 2023, Mme B C, représentée par Me Veauvy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2020 de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique en tant qu'elle lui demande le remboursement d'une somme de 4 425 euros correspondant à un trop-perçu d'allocation personnalisée au logement au titre de la période comprise du mois de janvier 2017 au mois de novembre 2017 inclus, ensemble la décision implicite du 23 novembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique a rejeté son recours administratif ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 18 novembre 2020 ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique de lui rembourser la somme de 4 425 euros indûment versée au titre de l'indu notifié par décision susmentionnée du 4 août 2020 ;

4°) de mettre à la charge du conseil départemental de Loire-Atlantique le versement d'une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 4 août 2020 est insuffisamment motivée ;

- les faits sur lesquelles se fondent la décision du 4 août 2020 et la décision de rejet de son recours administratif sont inexacts ; elle a bien été séparée de son époux au cours de la période comprise entre les mois d'octobre 2016 et d'octobre 2019 ; elle a déposé une requête en divorce le 26 juillet 2016, son conjoint a quitté le domicile familial en octobre 2016 et a été domicilié au centre communal d'action sociale (CCAS) de Rezé à compter de cette date ; il a cependant demandé à recevoir à nouveau son courrier à son propre domicile afin de pouvoir bénéficier de l'aide de son fils, qui comprend et parle la langue française ; elle a assigné son conjoint en divorce avant de décider de renoncer à cette procédure en raison des perturbations que cela entraînait pour ses enfants ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur dans la qualification juridique des faits sur lesquels elles se fondent ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elles prennent en compte les ressources de son conjoint, duquel elle était séparée de fait ; la fraude ne peut être retenue dès lors qu'elle a toujours été de bonne foi s'agissant de cette séparation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'indu réclamé est fondé sur le fait que Mme C n'était en réalité pas séparée de son conjoint et que les ressources de ce dernier ont dès lors été prises en considération pour calculer les droits de la requérante au titre de l'aide personnalisée au logement, l'indu réclamé aux termes de la décision du 4 août 2020 correspondant à des sommes versées à tort à Mme C au cours de la période comprise du mois de janvier 2017 au mois de novembre 2017.

Les parties ont été informées, par courrier du 8 septembre 2023, qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions à fin d'annulation formulées par Mme C s'agissant des indus de prestations familiales (allocation de soutien familial et allocation de rentrée scolaire) et d'allocations familiales.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Baufumé, première conseillère, en application de l'article R. 222 - 13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a, sur sa proposition, dispensé la rapporteure publique de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C s'est vu notifier, le 25 novembre 2019, un indu en suspicion de fraude portant notamment sur un trop-perçu de 8 482,21 euros au titre de l'allocation personnalisée au logement (APL) pour la période comprise du mois de décembre 2017 au mois de novembre 2019, au motif tiré de ce que l'intéressée ne s'était jamais réellement séparée de son mari et que les ressources de ce dernier devaient, par conséquent, être prises en compte dans le calcul des droits de Mme C. Par décision du 4 août 2020, la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Loire-Atlantique a levé la prescription biennale et notifié à cette dernière un indu complémentaire portant notamment sur un trop perçu de 4 425 euros au titre de l'allocation personnalisée au logement (APL) pour la période comprise du mois de janvier 2017 au mois de novembre 2017 inclus. Par courrier du 23 septembre 2020 adressé à la CAF de la Loire-Atlantique Mme C a formé un recours à l'encontre de cette décision du 4 août 2020. Devant le silence gardé par l'administration, une décision implicite de rejet de ce recours est née le 23 novembre 2020. Par ailleurs, par décision du 18 novembre 2020, la CAF de la Loire-Atlantique a informé la requérante de ce qu'elle ne pouvait revenir sur la fraude établie à son encontre. Par la présente requête, et dans ses dernières écritures, Mme C demande l'annulation de la décision du 4 août 2020 en tant qu'elle lui réclame un indu d'allocation personnalisée au logement (APL), ensemble celle de la décision implicite du 23 novembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique a rejeté son recours contre cette décision du 4 août 2020 et, enfin, à titre subsidiaire, celle de la décision du 18 novembre 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 825-1 du même code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée ".

3. Il résulte de ces dispositions que le recours qu'elles organisent contre les décisions prises par les caisses d'allocations familiales en matière d'aide personnalisée au logement est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. Par suite, la décision par laquelle la directrice de la CAF statue, après avis de la commission de recours amiable, sur un tel recours se substitue à la décision initiale de la caisse et peut seule faire l'objet d'un recours contentieux. Il en résulte que la décision du 23 novembre 2020 de rejet du recours formé par Mme C par courrier en date du 23 septembre 2020 contre la décision du 4 août 2020 de la CAF de la Loire-Atlantique s'est substituée à cette dernière décision. Il s'en suit que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision implicite de rejet de son recours administratif.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 novembre 2020 en tant qu'elle porte sur un indu d'APL de 4 425 euros :

4. Aux termes de l'article L. 351-3 du code de la construction et de l'habitation, dont les dispositions sont aujourd'hui reprises à l'article L. 823-1 du même code : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2. Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer () ". Aux termes des articles R. 822-2 et R. 822-4 de ce code : " I. - Les ressources prises en considération pour le calcul de l'aide personnalisée sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de l'année civile précédant la période de paiement prévue par l'article R. 351-4 et qui y résident encore au moment de la demande ou au début de la période de paiement () ". Il résulte de ces dispositions que les ressources prises en considération pour le calcul de l'allocation d'aide personnalisée au logement sont celles qui sont perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. En cas de séparation de fait des époux, se manifestant par la cessation entre eux de toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective, seules les sommes que le conjoint verse au bénéficiaire ou, le cas échéant, les prestations en nature qu'il lui sert, au titre notamment de ses obligations alimentaires, peuvent être prises en compte dans le calcul des ressources de ce dernier, dans les conditions définies alors à l'article R. 351-5 du code de la construction et de l'habitation.

5. En l'espèce, il résulte des écritures en défense, et notamment du rapport d'enquête produit, que, pour rejeter le recours formé par Mme C contre la décision du 4 août 2020, la directrice de la CAF de la Loire-Atlantique s'est fondée sur le fait que l'intéressée et son époux avaient fraudé dès lors qu'ils n'étaient pas séparés et qu'ils avaient menti en faisant croire à une telle séparation. Toutefois, il est constant que Mme C a déposé une requête en divorce le 2 août 2016 et qu'une ordonnance de non conciliation a été prononcée le 21 mars 2017. Il n'est par ailleurs pas contesté que M. A a été domicilié au CCAS de Rezé à compter du mois d'octobre 2016 au moment de son départ du domicile familial. Il résulte par ailleurs des témoignages produits par la requérante, notamment de celui de l'orthophoniste ayant suivi le fils aîné du couple et de celui de la personne attestant avoir hébergé M. A du 10 décembre 2017 au 25 octobre 2019, et non sérieusement contestés par la CAF de la Loire-Atlantique, que Mme C et son mari se sont séparés à compter du mois d'octobre 2016 et n'ont repris leur vie commune qu'en 2019. Les circonstances, relevées par le rapport d'enquête de l'agent de contrôle de la CAF, et non contestées par la requérante, selon lesquelles M. A a communiqué l'adresse de la requérante à son agence bancaire le 17 janvier 2018 et à la caisse primaire d'assurance maladie le 5 novembre 2018, par ailleurs justifiées de manière circonstanciée par le fait que M. A ne parlait pas la langue française et avait besoin de l'aide de son fils aîné, ne sont pas de nature à établir le caractère fictif de la séparation de Mme C et de son mari. Dans ces conditions, la directrice de la CAF ne pouvait, sans entacher la décision attaquée d'erreur de droit, considérer que les intéressés n'étaient pas séparés et avaient sciemment menti sur leur situation afin de réclamer à la requérante l'indu d'APL versé entre le 1er janvier 2017 et le 30 novembre 2017.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 23 novembre 2020 doit être annulée en tant qu'elle porte sur un indu d'APL d'un montant de 4 425 euros pour la période comprise du 1er janvier 2017 au 30 novembre 2017. Par ailleurs, les conclusions présentées par Mme C à titre principal ayant été accueillies, il n'y a pas lieu de répondre à celles présentées à titre subsidiaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que les sommes éventuellement prélevées en remboursement de l'indu d'APL soient restituées à Mme C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la CAF de la Loire-Atlantique de lui restituer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les sommes éventuellement prélevées en remboursement de l'indu d'APL au titre de la période du 1er janvier au 30 novembre 2017 inclus.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales la somme de 1 000 euros à verser à Mme C en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du 23 novembre 2020 est annulée en tant qu'elle porte sur un indu d'allocation personnalisée au logement d'un montant de 4 425 euros pour la période comprise du 1er janvier 2017 au 30 novembre 2017.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique de restituer à Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les sommes éventuellement prélevées en remboursement de l'indu d'allocation personnalisée au logement au titre de la période comprise du 1er janvier 2017 au 30 novembre 2017.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

La magistrate désignée,

A. BAUFUMÉ

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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