mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2101092 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
H une requête enregistrée le 29 janvier 2021, M. D A, Mme F A, M. G A et Mme E A, représentés H Me Régent, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 40 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de leur réclamation indemnitaire préalable avec capitalisation en réparation des préjudices consécutifs à la faute commise H l'Etat en refusant de délivrer à M. G A et Mme F A des visas de long séjour en qualité d'ascendants à charge de M. D A, ressortissant français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision du 18 octobre 2018 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France puis la décision du 8 juillet 2019 du ministre de l'intérieur étant illégales, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- cette faute a entraîné aux membres de la famille constituée H M. A et ses trois enfants un préjudice moral de 40 000 euros.
H un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir l'absence de faute et que le préjudice allégué ne présente pas un caractère réel, direct et certain.
H une décision du 10 août 2021, M. D A a été admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25%.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F A et M. G A, ressortissants ivoiriens nés respectivement le 22 mars 1994 et le 23 janvier 1998, ont sollicité des visas de long séjour auprès des autorités consulaires françaises à Abidjan en qualité de descendants à charge de leur père, M. D A, ressortissant français né le 31 décembre 1969. H deux décisions du 12 juin 2018, ces autorités ont refusé de leur délivrer les visas sollicités. H une décision du 18 octobre 2018, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé le 20 août 2018 contre ces décisions. H un jugement n°1902011 du 26 juin 2019, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 18 octobre 2018 au motif que la commission de recours avait manqué à son obligation de procéder à un examen complet de la demande des requérants, dès lors que celle-ci s'était bornée à déduire des anomalies entachant selon elle les actes de naissance présentés à l'appui des demandes de visas que l'identité des demandeurs et leur lien familial avec M. A n'étaient pas établis, sans procéder à l'analyse des éléments de possession d'état transmis à l'appui du recours préalable, et a enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen des demandes des deux enfants dans le délai de deux mois suivant sa notification. Pour l'exécution de ce jugement, le ministre de l'intérieur a pris le 8 juillet 2019 une nouvelle décision H laquelle il a rejeté à nouveau ces demandes. H un jugement n°1910420 du 24 mars 2020, ce tribunal a annulé la décision du 8 juillet 2019 au motif que le ministre n'avait pas procédé à l'analyse des éléments de possession d'état et que, celle-ci étant établie, la décision méconnaissait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le 29 octobre 2020, M. D A, Mme F A, M. G A et Mme E A ont sollicité l'indemnisation des préjudices consécutifs selon eux à l'illégalité des refus de visas qui avaient ainsi été opposés à Mme F A, M. G A. Cette demande a fait l'objet d'un refus implicite. Les requérants demandent la condamnation de l'Etat à leur verser une somme globale de 40 000 euros en réparation du préjudice moral qu'ils soutiennent avoir subis du fait du refus illégal de l'Etat de délivrer les visas sollicités.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute de l'Etat :
2. Ce tribunal a, H un jugement, définitif, du 24 mars 2020, annulé la décision de refus de visa d'établissement en France opposée à Mme F A et M. G A H le ministère de l'intérieur en exécution d'un premier jugement de ce tribunal annulant la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée, motifs pris du défaut d'examen des éléments de possession d'état produits à l'appui de la demande de visa et de l'atteinte portée aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que ces éléments établissaient le lien de filiation allégué. Dès lors, les requérants sont fondés à prétendre que l'illégalité de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée et de la décision du ministre de l'intérieur constitue une faute de nature à leur ouvrir droit à réparation H l'Etat.
En ce qui concerne la période de responsabilité :
3. La responsabilité de l'Etat à l'égard des requérants court à compter de la date à laquelle le refus de visa a été opposé aux demandeurs, ce refus de visa ayant fait obstacle à leur entrée en France, soit à compter du 12 juin 2018, et jusqu'au 10 juin 2020, s'agissant de Mme F A, date à laquelle le ministre lui a délivré le visa sollicité, et jusqu'au 3 mars 2020 s'agissant de M. G A, date à laquelle une carte de séjour en qualité d'ascendant à charge a été délivrée à l'intéressé, qui résidait déjà régulièrement sur le territoire français en qualité d'étudiant. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que la période de responsabilité doit être amputée de la période durant laquelle les services consulaires étaient fermés en raison de la crise sanitaire de la Covid-19 et ont pris du retard, il ne justifie pas de ce qu'il était impossible pour le service consulaire d'Abidjan de délivrer le visa de Mme F A avant le 10 juin 2020.
En ce qui concerne les préjudices :
4. L'illégalité des décisions de refus de visa a eu pour effet de prolonger pendant une période de près de deux ans la séparation de Mme F A avec son père M. D A et sa sœur Mme E A, qui avait bénéficié du regroupement familial à l'époque où M. D A n'était pas encore naturalisé et réside en France depuis 2014. S'agissant de M. G A, cette illégalité a eu pour effet de prolonger la séparation d'avec son père et sa sœur d'environ huit mois, compte tenu de la délivrance le 7 novembre 2018 d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. Eu égard à ces durées respectives de séparation, à l'âge des intéressés, et en l'absence de précisions sur les conditions de vie de M. G A et Mme F A en Côte d'Ivoire durant cette période de séparation, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi H l'ensemble des requérants en leur allouant à ce titre la somme globale de 1 000 euros, tous intérêts compris.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser aux requérants la somme de 1 000 euros, tous intérêts compris, en réparation de leurs préjudices.
Sur les frais liés au litige :
6. Les requérants ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25%, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Régent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. D A, Mme F A, M. G A et Mme E A une somme de 1 000 euros, tous intérêts compris.
Article 2 : L'Etat versera à Me Régent la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Régent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, représentant unique des requérants, à Me Régent et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. B de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public H mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
C. C
Le président,
A. B DE BALEINELa greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026