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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101562

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101562

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101562
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationMagistrat : M. HANNOYER - R.222-13
Avocat requérantCHERIFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2021, M. B A, représenté par Me Cheriff, demande au tribunal :

1°) de recevoir son opposition à la contrainte du 11 janvier 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique lui demande le remboursement d'une somme de 6 336,75 euros correspondant à un trop-perçu d'aide personnalisée au logement au titre de la période comprise entre le 1er juin 2016 et le 30 juin 2018 ;

2°) subsidiairement, de limiter cette contrainte au montant dû au titre de la période non prescrite comprise entre le 1er mars 2018 et le 30 juin 2018 ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la contrainte litigieuse ;

- la contrainte litigieuse est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a été destinataire d'aucune demande de remboursement au titre de la créance d'APL invoquée par la CAF préalablement à l'édiction de cette contrainte à son encontre, et notamment pas de la mise en demeure du 3 février 2020 mentionnée dans la contrainte ; il appartiendra à la CAF de justifier de la réalité de cette mise en demeure et de sa notification au requérant ; il a ainsi été privé de la possibilité de contester le bien-fondé de cette créance et d'en solliciter la remise gracieuse ;

- la contrainte litigieuse est entachée d'erreur d'appréciation et d'une erreur de fait dès lors qu'elle a été émise pour recouvrer un indu d'APL qui n'est pas fondé ; la CAF ne justifie pas du montant de la créance sollicitée ; le motif de changement de situation de l'allocataire, invoqué par la CAF, est erroné dès lors qu'il n'avait pas, à la date de la contrainte litigieuse, changé de situation depuis qu'il perçoit ladite aide à compter de 2016 ;

- en tout état de cause, la contrainte litigieuse est relative à une créance partiellement prescrite ; en l'absence de fraude invoquée à son encontre, la prescription biennale s'applique, or la mise en demeure mentionnée dans la contrainte date du 3 février 2020, dès lors la CAF ne pouvait pas demander le remboursement de l'éventuel indu portant sur une période antérieure au 3 février 2018.

Par un mémoire, enregistré le 20 août 2024, la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le trop-perçu d'APL de M. A étant fondé, son opposition à contrainte sera rejetée ;

- la pénalité infligée est fondée et son quantum est justifié.

Les parties ont été informées, par courrier du 20 août 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique tendant à la validation de sa contrainte, dès lors que cette dernière dispose, pour le recouvrement desdites sommes, du pouvoir d'émettre une contrainte, telle que celle délivrée en l'espèce, qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hannoyer, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a, sur sa proposition, dispensé la rapporteure publique de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Par décision du 13 septembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. A était bénéficiaire de l'aide personnalisée au logement (APL) depuis au moins juin 2015, et ce jusqu'au 30 juin 2018. La CAF de la Loire-Atlantique a émis, le 11 janvier 2021, une contrainte à l'encontre de l'intéressé pour le recouvrement de la somme de 6 336,75 euros correspondant à un trop-perçu d'aide personnalisée au logement au titre de la période comprise entre le 1er juin 2016 et le 30 juin 2018. Par la présente requête, M. A forme opposition à cette contrainte.

Sur les conclusions à fin d'opposition de la contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ou d'une prestation recouvrable sur la succession et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. / L'huissier de justice avise dans les huit jours l'organisme créancier de la date de signification. / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou pour les débiteurs domiciliés à l'étranger, au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort de l'organisme créancier par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. Le secrétariat du tribunal informe l'organisme créancier dans les huit jours de la réception de l'opposition. / La décision du tribunal, statuant sur opposition, est exécutoire de droit à titre provisoire. ". En outre, aux termes de l'article L. 351-11 du code de la construction et de l'habitation : " L'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale est applicable pour le recouvrement des sommes indûment versées ".

3. M. A fait valoir que l'auteur de la décision attaquée serait incompétent, à défaut de pouvoir en identifier le ou la signataire, agissant pour le compte de la directrice de la CAF de la Loire-Atlantique. A défaut pour la CAF de la Loire-Atlantique, qui s'est abstenu de contester ce moyen en défense, d'établir dans le cadre de la présente instance l'identité de la personne signataire de la contrainte attaquée, qui ne ressort au demeurant d'aucun élément versé à l'instance, ni par suite de ce que celle-ci bénéficierait d'une délégation de signature régulièrement publiée, M. A est fondé à soutenir que la contrainte litigieuse est entachée de l'incompétence de son auteur.

4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la contrainte du 11 janvier 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique lui demande le remboursement d'une somme de 6 336,75 euros correspondant à un trop-perçu d'aide personnalisée au logement au titre de la période comprise entre le 1er juin 2016 et le 30 juin 2018.

Sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la CAF de la Loire-Atlantique le versement à M. A de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la CAF de la Loire-Atlantique :

6. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose, comme il en a usé en l'espèce, du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application des dispositions de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Par suite, s'il incombe au tribunal de statuer sur les oppositions à contrainte formées par les débiteurs, il ne lui appartient pas en revanche de condamner son débiteur à verser la somme afférente à cet organisme payeur. Ainsi les conclusions reconventionnelles présentées en ce sens par la CAF de la Loire-Atlantique ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte émise le 11 janvier 2021 par la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique à l'encontre de M. A pour le recouvrement de la somme de 6 336,75 euros correspondant à un trop-perçu d'aide personnalisée au logement au titre de la période comprise entre le 1er juin 2016 et le 30 juin 2018 est annulée.

Article 2 : La caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique versera à M. A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique, et à Me Cheriff.

Copie en sera adressée au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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