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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2101873

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2101873

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2101873
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNATIVELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 février 2021 et le 27 février 2023, la société par actions simplifiée (SAS) SOGÉA Atlantique BTP, représentée par Me Viaud, demande au tribunal :

1°) de condamner in solidum, d'une part, M. C D, la société Mazet et Associés et la société SOCOTEC Construction ou, à défaut, selon une répartition arrêtée par le tribunal, à lui verser la somme de 244 164,40 euros, d'autre part, la société ETPO, à lui verser la somme de 175 223,86 euros, au titre des frais dont elle a fait l'avance pour compte commun dans le cadre de la réparation des désordres ayant affecté les parquets des gymnases du lycée international de l'Ile de Nantes, dit lycée Nelson Mandela, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de condamner in solidum M. C D, la société Mazet et Associés, la société SOCOTEC Construction et la société ETPO à lui verser la somme de 15 000 euros au titre des frais d'assistance juridique et de représentation en justice au cours des opérations d'expertise judiciaire ;

3°) de condamner in solidum M. C D, la société Mazet et Associés, la société SOCOTEC Construction et la société ETPO à lui verser la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société SOGÉA Atlantique BTP soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur la responsabilité des participants à une opération de travaux publics et connaître de leurs actions récursoires ;

- elle a intérêt à agir dès lors qu'elle a effectué les travaux de reprise des désordres de nature décennale en sa qualité de mandataire du groupement ;

- le délai de prescription contre M. D et la société SOCOTEC Construction a été suspendu par l'opération d'expertise, jusqu'au 31 décembre 2019 ; s'agissant de la société Mazet et Associés, le point de départ de ce délai a commencé à courir le 7 juillet 2017, son action n'était donc pas prescrite non plus ;

- M. D a manqué à sa mission en :

° ne s'inquiétant pas de l'absence de mesures d'humidité de la chape support du parquet avant sa mise en œuvre et en ne dénonçant pas le choix inadéquat du parquet,

° en ne relevant pas l'insuffisance de jeux périphériques des surfaces parquetées,

° en n'ayant pas décelé les défauts d'exécution constatée sur les ouvrages réalisés par la société Marchegay ;

° en faisant le choix d'une ventilation naturelle des gymnases qui ne permet pas de réguler l'humidité relative de l'air,

° en prévoyant un dispositif d'ouverture et fermeture des panneaux et ventelles des verrières insuffisamment réactif pour éviter tout passage d'eau en cas d'épisode pluvieux lorsqu'ils sont ouverts ;

- la société Mazet et Associés est responsable :

° du choix inapproprié d'un parquet massif en bois de hêtre, moins stable qu'un parquet contrecollé et plus sensible à l'humidité que d'autres essences,

° du choix d'une simple ventilation naturelle des gymnases et des systèmes de fermeture des panneaux et ventelles des verrières ;

- la société SOCOTEC Construction ne l'a pas alertée sur l'incompatibilité entre le choix d'un parquet massif en hêtre et le choix d'une simple ventilation naturelle ne permettant pas de réguler l'hygrométrie de l'air ;

- ces trois personnes sont ainsi responsables à hauteur de 12 % s'agissant de M. D, de 14,5 % s'agissant de Mazet et Associés et de 7,5 % s'agissant de Socotec Construction ;

- la société ETPO, avec laquelle elle avait des liens contractuels, est redevable de 40 % de la somme mise à la charge du groupement solidaire qu'elle formait avec cette société ;

- le coût des travaux de reprise doit être évalué à 629 557,60 euros hors taxe (HT), somme à laquelle s'ajoute des dépenses intervenues en cours d'expertise et indispensables pour permettre la poursuite de l'utilisation des gymnases et la poursuite des opérations d'expertise et les frais et honoraires des experts s'élevant à 31 718,32 euros, soit un total de 683 933,89 euros ;

- compte tenu des diligences accomplies au cours des opérations d'expertise, elle est fondée à solliciter également la condamnation des défenderesses à lui régler la somme de 15 000 euros au titre de ses frais de représentation en justice et d'assistance juridique ;

- M. D, la société Mazet et Associés et la Socotec Construction doivent être condamnés à lui verser 34 % de ce total soit la somme de 232 537,52 euros ;

- la société ETPO doit être condamnée à lui verser la somme de 24,4 % (soit 40 % de 61 %) de cette somme soit 166 879,87 euros ;

- elle justifie avoir financé l'intégralité des travaux de reprise assortie alors qu'une quote-part de 5 % avait été mise à la charge de la région des Pays de la Loire par l'expert ;

- cette quote-part doit être mise à la charge de M. D, de la société Mazet et Associés et de la Socotec à concurrence de 34 %, soit 11 626,88 euros et à la charge de la société ETPO à concurrence de 24,4 % soit 8 343,99 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 mars 2021, 1er mars et 26 septembre 2023, la société par actions simplifiées (SAS) Mazet et Associés, représentée par Me Duval-Stalla, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de débouter toutes les parties de leurs demandes ;

2°) à titre subsidiaire, de limiter sa responsabilité à 7,5 %, et, à titre infiniment subsidiaire, à 14,5 % ;

3°) de réduire les demandes indemnitaires de la société SOGEA Atlantique BTP formées à son encontre à la somme de 629 557,60 euros HT correspondant au montant des travaux de reprise fixé par l'expert judiciaire ;

4°) de condamner in solidum M. C D, la société ETPO et la société SOCOTEC Construction à la garantir de l'ensemble des condamnations mises à sa charge, y compris celles au titre des dépens et des frais de justice ;

5°) de condamner la société SOGÉA Atlantique BTP et toute autre partie succombante à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'action de la société SOGÉA Atlantique BTP à son endroit est prescrite ;

- l'expert a établi que les causes majeures des désordres sont des erreurs de pose ou de mise en œuvre, ce qui la décharge de toute responsabilité ;

- les désordres sont imputables à M. D, aux sociétés SOGÉA Atlantique BTP, ETPO et SOCOTEC Construction, qui doivent donc la garantir de toute éventuelle condamnation ;

- le parquet qu'elle a préconisé est conforme à la notice fournie par le fabricant au titre des sols sportifs ;

- le coût des travaux doit être limité à 629 557,60 euros HT, dès lors que la société SOGÉA Atlantique BTP ne démontre ni que les travaux qu'elle a entrepris en cours d'expertise étaient nécessaires et en lien avec les causes et imputabilités fixées par l'expert ni qu'elle a agi contre elle conformément aux exigences jurisprudentielles de la condamnation in solidum ;

- les défendeurs n'ont pas à supporter la quote-part de 5 % mise à la charge de la Région des Pays de la Loire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 janvier 2022 et 28 février 2023, la SAS SOCOTEC Construction venant aux droits de la société SOCOTEC France SA, représentée par Me Guyot-Vasnier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de débouter toutes les parties de leurs demandes dirigées contre elle';

2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum M. C D, la société Mazet et Associés, la société SOGÉA Atlantique BTP et la société ETPO à la garantir de l'ensemble des condamnations mises à sa charge ;

3°) En toute hypothèse, de limiter sa responsabilité à 7,5 % ;

4°) de condamner in solidum M. C D, la société Mazet et Associés, la société SOGÉA Atlantique BTP et la société ETPO à lui verser la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- parmi les missions confiées, seules les missions L et P (solidité des ouvrages et des éléments d'équipement indissociables et solidité des éléments d'équipement non indissociablement liés) seraient éventuellement susceptibles d'engager sa responsabilité, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ;

- il résulte du rapport d'expertise que les responsabilités de M. D, des sociétés Mazet et Associés, SOGÉA Atlantique BTP et ETPO sont mises en évidence ; elles doivent donc la garantir à ce titre ;

- la société SOGÉA Atlantique BTP ne démontre pas que les travaux de ponçage du parquet et de mise en œuvre de déshumidificateurs, réalisés entre 2015 et janvier 2017 étaient nécessaires et en lien avec les causes et imputabilités fixées par l'expert.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 février et le 25 septembre 2023, M.'C D, représenté par Me Livory, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de débouter toutes les parties de leurs demandes ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire dans leur quantum des sommes sollicitées ;

3°) de condamner in solidum la société SOGÉA Atlantique BTP, la société Mazet

et Associés, la société ETPO et la société SOCOTEC Construction à le garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son endroit ;

4°) de condamner la société SOGÉA Atlantique BTP garantir à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il fait valoir que :

- l'action de la société SOGÉA Atlantique BTP est prescrite, son délai de recours de cinq ans ayant expiré le 10 août 2020 ;

- aucun des moyens soulevés par la société SOGÉA Atlantique BTP contre elle n'est fondé ;

- la somme qu'aurait remboursée la société ETPO à la société SOGÉA Atlantique BTP ne lui est pas opposable et n'établit pas le quantum sollicité par la société SOGÉA Atlantique BTP ;

- il résulte du rapport d'expertise que les responsabilités des sociétés Mazet et Associés, SOCOTEC Construction, SOGÉA Atlantique BTP et ETPO sont mises en évidence ; elles doivent donc la garantir à ce titre.

Par deux mémoires enregistrés les 24 juillet et 10 octobre 2023, la SAS SOGÉA Atlantique BTP, représentée par Me Viaud, déclare se désister de l'instance engagée à l'endroit de la société ETPO, et informe le tribunal se réserver le droit de poursuivre ultérieurement la participation de cette société à la prise en charge de la quote-part de responsabilité qui resterait à sa charge à l'issue du partage de responsabilités qui sera opéré par le Tribunal, si celui-ci devait attribuer à Monsieur D et aux sociétés Mazet et Associés et Socotec Construction une part de responsabilité inférieure à celle proposée par l'expert judiciaire, et maintient le surplus de ses conclusions à l'égard de M. D, de la société Mazet et Associés et de la société Socotec Construction, par les mêmes moyens.

Par deux mémoires, enregistré le 27 septembre et 6 octobre 2023, la société anonyme (SA) Entreprise Travaux Publics de l'Ouest (ETPO), représentée par Me Nativelle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de donner acte du désistement d'instance de la société SOGÉA Atlantique BTP à son égard ;

2°) de rejeter les conclusions de M. D et de la société Mazet et Associés à son endroit ;

3°) de mettre à la charge in solidum de la ville de Nantes et Nantes Métropole le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'action de la société Sogea Atlantique BTP n'est prescrite ni à l'égard de M. D ni à l'égard de la société Mazet et Associés ;

- le délai de prescription a été suspendu par l'action en référé ;

- ni M. C D ni la société Mazet et Associés ne versent d'élément susceptible de remettre en cause les conclusions du rapport d'expertise et justifiant de mettre à sa charge une part excédant celle qui lui est imputée ;

- aucun des moyens soulevés par société SOGÉA Atlantique BTP n'est fondé ;

- les appels en garantie dirigés contre elle doivent être rejetés.

Par une ordonnance du 28 septembre 2023, la clôture de l'instruction initialement fixée au 27 septembre 2023, a été reportée au 10 octobre 2023.

Par une lettre du greffe du 22 mai 2024, la société SOGÉA Atlantique BTP a été invitée, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024 :

- le rapport de M. Jégard,

- les conclusions de M. Simon, rapporteur public,

- et les observations de Me Noury substituant Me Viaud, représentant la société SOGÉA Atlantique BTP.

Une note en délibéré, produite par la société SOGÉA Atlantique BTP, a été enregistrée le 4 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La construction du lycée polyvalent Nelson Mandela a été confiée à un groupement de maitrise d'œuvre composée de M. D, architecte, mandataire et de la société par actions simplifiées (SAS) Mazet et Associés, bureau d'études techniques (BET) économiste, chargée de la rédaction des cahiers des clauses techniques particulières (CCTP). L'exécution des travaux a été confiée par un acte d'engagement du 5 septembre 2012 à un groupement d'entreprises solidaires ayant pour mandataire la société SOGÉA Atlantique BTP et composé notamment du sous-groupement solidaire constitué entre cette société et la société anonyme (SA) Entreprise Travaux Publics de l'Ouest (ETPO), pour l'exécution de la majeure partie des travaux, à l'exception des lots électricité courants forts et faibles - chauffage ventilation climatisation désenfumage - plomberie sanitaire, des lots démolition terrassements fondations structure béton et des lots charpente bois charpente métallique. Enfin, la SAS SOCOTEC France s'est vue confier le contrôle technique.

2. La réception des travaux comprenant la réalisation de deux gymnases sous lesquels ont été créés quatre logements de fonction a été effectuée le 5 septembre 2014, avec un effet au 29 août précédent. En raison de désordres affectant le sol en parquet des deux gymnases constatés par la Région Pays de la Loire, maître de l'ouvrage, une procédure judiciaire a été engagée par la société SOGÉA Atlantique BTP qui a donné lieu le 20 août 2015 à une ordonnance de référé n°'15/00784 du tribunal de grande instance de Nantes désignant deux experts, M. A, spécialiste du bois, et M. E, spécialiste de l'acoustique. Le rapport d'expertise définitif a été déposé le 31 décembre 2019 et le coût des travaux de reprise a été estimé à 629 557,60 euros hors-taxes (HT).

3. En sa qualité de mandataire du groupement, la société SOGÉA Atlantique BTP a financé l'intégralité de ces travaux de reprise, qui ont été réceptionnés avec réserves le 17 octobre 2018, les réserves ayant été par la suite levées. Par sa requête, elle demande au tribunal la condamnation in solidum de M. C D et des sociétés Mazet et Associés et SOCOTEC Construction à lui rembourser une partie de cette somme ainsi que la condamnation des mêmes à la réparer de deux préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur le désistement partiel :

4. Si, dans sa requête, la société SOGÉA Atlantique BTP recherchait initialement la responsabilité de la SA ETPO, membre du sous-groupement solidaire formé avec elle, il résulte de son mémoire enregistré le 10 octobre 2023 qu'elle s'est désistée de son instance envers cette dernière en ce qui concerne, d'une part, le remboursement de la part des travaux de reprise et d'autre part la réparation du préjudice qu'elle prétend avoir subi. La requérante maintient en revanche ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

5. Ce désistement d'instance est pur et simple, il y a lieu d'en donner acte.

Sur le bien-fondé :

En ce qui concerne la prescription de l'action :

6. Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Selon l'article 2239 du même code : " La prescription est également suspendue lorsque le juge fait droit à une demande de mesure d'instruction présentée avant tout procès. / Le délai de prescription recommence à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter du jour où la mesure a été exécutée ". Enfin, aux termes de l'article 2241 de ce code : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription (). ". Il résulte de ce qui précède que la demande adressée à un juge de diligenter une expertise interrompt le délai de prescription jusqu'à l'extinction de l'instance et que, lorsque le juge fait droit à cette demande, le même délai est suspendu jusqu'à la remise par l'expert de son rapport au juge. La suspension de la prescription, en application de l'article 2239 du code civil, lorsque le juge accueille une demande de mesure d'instruction présentée avant tout procès, le cas échéant faisant suite à l'interruption de cette prescription au profit de la partie ayant sollicité cette mesure en référé, tend à préserver les droits de cette partie durant le délai d'exécution de cette mesure, ne joue qu'à son profit et non, lorsque la mesure consiste en une expertise, au profit de l'ensemble des parties à l'opération d'expertise, sauf pour ces parties à avoir expressément demandé à être associées à la demande d'expertise et pour un objet identique. Ainsi, une citation en justice, au fond ou en référé, n'interrompt la prescription qu'à la double condition d'émaner de celui qui a la qualité pour exercer le droit menacé par la prescription et de viser celui-là même qui en bénéficierait.

7. D'une part, l'action récursoire exercée par la société SOGÉA Atlantique BTP à l'encontre des co-traitants au marché en cause ne relève pas, à la différence de l'action dont disposait la Région Pays de la Loire, de la garantie décennale des constructeurs mais des dispositions précitées de l'article 2224 du code civil. D'autre part, le point de départ du délai de prescription quinquennale prévu par ces dispositions correspond à la date à laquelle celui qui appelle en garantie a reçu communication de la demande de condamnation présentée à son encontre par le maître d'ouvrage.

8. Il ne résulte pas de l'instruction que la région Pays de la Loire, maître de l'ouvrage, ait présenté à la société SOGÉA une demande de condamnation faisant courir le délai de prescription conformément aux dispositions précitées. Il n'est toutefois pas contesté que le maître de l'ouvrage s'est plaint des désordres en litige et que la société SOGÉA a accepté de procéder à la reprise des désordres. A supposer que le délai de prescription ait commencé à courir au plus tôt à la date de réception des travaux, le 29 août 2014, ce délai a été interrompu le 10 août 2015, date d'introduction de la requête en référé expertise présentée par la société SOGÉA dans laquelle M. D et la société Mazet et Associés ont notamment été appelés à la cause, ce qui a eu pour effet de suspendre le délai de prescription à leur encontre. Un nouveau délai de prescription de cinq ans a recommencé à courir à compter de cette date et a été suspendu le 20 août 2015, date à laquelle le juge des référés a fait droit à la demande d'expertise, jusqu'au 31 décembre 2019, date du dépôt du rapport d'expertise et n'était pas expiré à la date de l'enregistrement de la requête de la société SOGÉA le 16 février 2021. Il suit de là que les exceptions de prescription opposées en défense doivent être écartées.

En ce qui concerne l'action récursoire :

S'agissant des responsabilités encourues :

9. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que les désordres relatifs à la construction du bâtiment contenant les gymnases et les logements de fonction sont d'une part des nuisances sonores subies par les occupants des logements de fonctions situés sous le bâtiment, interdisant l'utilisation des gymnases les fins de semaine et, en semaine, le soir à partir de 22 heures et, d'autre part, des interstices importants entre les lames de parquet, une déformation de certaines lignes de traçage au sol et des tuilages de lames généralisés et des désaffleurs en bout de lames.

10. Il résulte de l'instruction et notamment des termes du rapport d'expertise que les désordres litigieux ont pour origine le choix du parquet, la pose du parquet, la gestion du climat, c'est-à-dire de l'hygrométrie des gymnases et de la fermeture des panneaux de toiture en cas d'intempéries, les infiltrations d'eau par mauvais raccordement de convecteurs et des infiltrations par la toiture en pied de verrière.

11. Il résulte de l'instruction que M. D, mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre et chargé de l'exécution des travaux, a commis une faute dans l'exercice de ses missions d'une part en ne s'inquiétant pas de l'absence de mesures d'humidité de la chape support du parquet avant sa mise en œuvre, en ne relevant pas l'insuffisance des jeux périphériques des surfaces parquetées et en n'ayant pas décelé les défaut d'exécution constatés sur les ouvrages réalisés par la société Marchegay - sous-traitante de la société SOGÉA - et, d'autre part, dans la conception même de l'ouvrage en faisant le choix d'une ventilation naturelle des gymnases qui ne permet pas de réguler l'humidité relative de l'air et en prévoyant un dispositif d'ouverture et de fermeture des panneaux et ventelles des verrières insuffisamment réactifs pour éviter tout passage d'eau en cas d'épisode pluvieux survenant alors que ces panneaux et ventelles sont ouverts. Enfin, ainsi que le relève l'expert, le choix d'un parquet massif en hêtre était inadéquat, le hêtre étant particulièrement sensible aux variations d'humidité, révèle également une faute commise par le maître d'œuvre.

12. Il résulte également de l'instruction que la société Mazet et Associés, économiste de la construction, en charge de la rédaction des pièces contractuelles et du descriptif des travaux, a commis des fautes dans le choix inapproprié d'un parquet massif et dans les choix d'une simple ventilation naturelle des gymnases et des systèmes de fermeture des panneaux et ventelles des verrières.

13. Enfin, la société SOCOTEC Construction, contrôleur technique, conteste les conclusions du rapport d'expertise qui retient qu'elle aurait dû refuser de poser le parquet dans les conditions prévues ou demander l'installation d'une régulation d'humidité relative de l'air compte tenu de l'extrême sensibilité du hêtre et de n'avoir prévu qu'une simple ventilation naturelle des gymnases ne permettant pas de réguler l'hygrométrie de l'air. A cet effet, la société SOCOTEC Construction fait valoir qu'elle n'a ni conçu les travaux ni ne les a dirigés et qu'elle n'est pas responsable des problèmes d'exécution. Toutefois, s'agissant de la cause n° 6 des dommages, relative aux fuites en toiture, il résulte des termes du rapport d'expertise qu'un examen des plans de fabrication par le contrôleur technique aurait dû l'alerter sur les contraintes d'exécution compte-tenu de la trop faible largeur des capots serreurs pour une aussi grande longueur. Cette cause étant à l'origine des désordres affectant le parquet, la société SOCOTEC Construction, qui était notamment chargée de de la mission L " solidité des ouvrages et des éléments d'équipement indissociables " a commis une faute en n'alertant pas la société SOGÉA Atlantique BTP sur l'incompatibilité entre le choix d'un parquet massif en hêtre et le choix d'une simple ventilation naturelle.

14. Il sera fait une juste appréciation en fixant la part de responsabilité de chaque entreprise constructrice à 12 % pour M. D, à 14,5 % pour la société Mazet et Associés à 12 % pour la société SOGÉA Atlantique BTP et 5 % pour la société SOCOTEC Construction.

S'agissant des différents préjudices :

15. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le coût total des travaux de reprise s'est élevé à la somme de 629 557,60 euros HT. À ce titre, si la société SOGÉA Atlantique BTP demande le remboursement d'autres frais qu'elle prétend avoir subis au titre de dépenses conservatoires, tels que la reprise du parquet endommagé dans la nuit du 29 au 30 mai 2016 et la mise en œuvre de déshumidificateurs ou des interventions ponctuelles en août, septembre et décembre 2016, il résulte du rapport d'expertise que ceux-ci ont été pris en compte dans le total établi par l'expert postérieurement à l'exécution de ces dépenses. Par suite, le montant total des travaux financés par la société SOGÉA Atlantique BTP est arrêté à la somme de 629 557,60 euros HT. Il résulte de ce qui a été dit au point 14, que les responsabilités de M. D et des sociétés Mazet et Associés et SOCOTEC Construction sont engagées à hauteur de 31,5 % de ce montant. Ces sociétés sont donc condamnées in solidum à rembourser à la société SOGÉA Atlantique BTP la somme de 198 310,64 euros HT.

16. En deuxième lieu, s'il résulte du rapport que l'expert a préconisé de mettre une quote-part d'imputabilité de 5 % à la charge de la Région Pays de la Loire, en raison d'une fuite sur un convecteur qui a eu des répercussions sur une petite superficie du parquet, il ne résulte pas de l'instruction que la société SOGÉA Atlantique BTP ait demandé à la Région de prendre en charge ces 5 %. Il n'y a pas lieu de mettre la somme correspondante à la charge des sociétés défenderesses.

17. En troisième et dernier lieu, si la société SOGÉA Atlantique BTP soutient avoir exposé pendant les opérations d'expertise des frais d'assistance juridique pour un total de 15 000 euros, elle ne produit aucun document permettant la réalité du préjudice invoqué, malgré une demande de justificatif de la part du tribunal. Par suite, les conclusions présentées au titre du remboursement de cette somme doivent être rejetées.

S'agissant des intérêts et l'anatocisme :

18. La société SOGÉA Atlantique BTP demande que les sommes auxquelles sont condamnées les défenderesses soient assorties des intérêts à compter du 16 février 2021, date d'enregistrement de sa requête. Par suite, il y a lieu d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de cette date.

19. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 16 février 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 16 février 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

S'agissant des appels en garantie :

20. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la société ETPO ait commis de faute dans la réalisation des travaux. Par suite les conclusions de M. C D, de la société Mazet et Associés et de la SAS SOCOTEC Construction tendant à ce que cette société les garantisse des condamnations prononcées aux points précédents contre eux doivent être rejetées.

21. En second lieu, compte tenu des fautes respectives commises par M. D, la société Mazet et Associés et la société SOCOTEC Construction et de leur appréciation telles qu'exposée au point 14, le calcul des appels en garantie doit être effectué en fonction de la part que représente la responsabilité de chaque intervenant au regard des 31,5 % de la responsabilité commune. Les appels en garantie présentés par M. D et de la société SOCOTEC Construction à l'égard de la SOGÉA Atlantique BTP, doivent être rejetés.

22. Eu égard à ce qui a été dit aux points 14 et 21, il y a lieu de faire droit à l'appel en garantie de M. C D et de condamner les sociétés Mazet et Associés et SOCOTEC Construction à garantir M. D des condamnations prononcées à son endroit respectivement à hauteur de 46 % et 16 %.

23. Eu égard à ce qui a été dit aux points 14 et 21, il y a lieu de faire droit à l'appel en garantie de la société Mazet et Associés et de condamner M. C D et la société SOCOTEC Construction à garantir la société Mazet et Associés des condamnations prononcées à son endroit respectivement à hauteur de 38 % et 16 %.

24. Eu égard à ce qui a été dit aux points 14 et 21, il y a lieu de faire droit à l'appel en garantie de la SAS SOCOTEC Construction et de condamner M. C D et la société Mazet et Associés à garantir la SAS SOCOTEC Construction des condamnations prononcées à son endroit respectivement à hauteur de 38 % et 46 %.

En ce qui concerne les dépens :

25. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / () ".

26. Il résulte de l'ordonnance de fixation de rémunération de l'expert du 24 janvier 2020 du premier vice-président du tribunal judiciaire de Nantes que l'expertise judiciaire a été taxée et liquidée à la somme de 31 718,32 euros, mis à la charge de la société SOGÉA Atlantique BTP. Il résulte de ce qui a été dit au point 14, que M. D, les sociétés Mazet et Associés et SOCOTEC Construction doivent respectivement rembourser la société SOGÉA Atlantique BTP les sommes de 3 806,20 euros, 4 599,16 euros et 1 585,92 euros.

27. La décision par laquelle la juridiction administrative met les frais d'expertise à la charge d'une partie ayant le caractère d'une condamnation à une indemnité, au sens de l'article 1153-1 du code civil, les intérêts sur le montant des frais et honoraires de l'expert ne courent qu'à compter de la date à laquelle ils ont été fixés par la décision juridictionnelle. Dès lors, les sommes écrites au point précédent porteront intérêts à compter du 25 septembre 2024 et non à compter de l'introduction de la requête ainsi que le demande la requérante.

28. M. D, les sociétés Mazet et Associés et SOCOTEC Construction présentent des conclusions d'appel en garantie à l'encontre les uns des autres, ainsi qu'à l'encontre de la société SOGÉA Atlantique BTP. Il y a lieu de condamner M. C D et les sociétés Mazet et Associés et SOCOTEC Construction à se garantir selon la même clé de répartition que celle indiquée aux points 22 à 24.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société SOGÉA Atlantique BTP les sommes demandées par les défenderesses en application de cet article.

30. Ces dispositions font également obstacle à ce que soit mise à la charge de la société ETPO la somme demandée par la société SOGÉA Atlantique BTP sur ce fondement.

31. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C D et des sociétés Mazet et Associés et SOCOTEC Construction respectivement les sommes de 1 000 euros chacun demandées par la société SOGÉA Atlantique BTP sur le même fondement.

32. Il n'y a pas lieu de faire droit, dans les circonstances de l'espèce aux sommes demandées par la SA ETPO.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la société SOGÉA Atlantique BTP tendant à la condamnation de la SA ETPO à lui rembourser les frais qu'elle a versés en avance à la région Pays de la Loire ainsi qu'à réparer le préjudice subi.

Article 2 : M. C D, les sociétés Mazet et Associés et la société SOCOTEC Construction sont condamnés in solidum à verser à la société SOGÉA Atlantique BTP la somme de 198 310,64 euros HT au titre des travaux de reprise.

Article 3 : La somme dont la condamnation est prononcée à l'article 2 portera intérêts au taux légal à compter du 16 février 2021 et les intérêts échus à compter du 16 février 2022 puis à chaque échéance ultérieure à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : M. C D est condamné à garantir la société Mazet et Associés et la société SOCOTEC Construction à hauteur de 38 % de la condamnation prononcée aux articles 2 et 3.

Article 5 : La société Mazet et Associés est condamnée à garantir M. D et la SAS SOCOTEC Construction à hauteur de 46 % de la condamnation prononcée aux articles 2 et 3.

Article 6 : La société SOCOTEC Construction est condamnée à garantir M. C D et la société Mazet et Associés à hauteur de 16 % de la condamnation prononcée aux articles 2 et 3.

Article 7 : M. C D est condamné à verser à la société SOGÉA Atlantique BTP la somme de 3 806,20 euros au titre des dépens.

Article 8 : La société Mazet et associés est condamnée à verser à la société SOGÉA Atlantique BTP la somme de 4 599,16 euros au titre des dépens.

Article 9 : La société SOCOTEC Construction est condamnée à verser à la société SOGÉA Atlantique BTP la somme de 1'585,92 euros au titre des dépens.

Article 10 : Les sommes dont la condamnation est prononcée aux articles 7 à 9 porteront intérêts au taux légal à compter de ce jour.

Article 11 : M. C D, les sociétés Mazet et Associés et SOCOTEC Construction sont condamnés à se garantir des sommes mises à leur charge au titre des articles 7 à 9 selon les mêmes modalités que celles indiquées aux articles 4 à 6.

Article 12 : M. C D, les société Mazet et Associés et SOCOTEC Construction verseront au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative 1 000 euros chacun à la société SOGÉA Atlantique BTP.

Article 13 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 14 : Le présent jugement sera notifié à :

- La SAS SOGÉA Atlantique BTP,

- M. C D,

- La SAS Mazet et Associés,

- La SAS SOCOTEC Construction,

- La SA ETPO.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Specht-Chazottes, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats St Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

F. SPECHT-CHAZOTTES

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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