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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2102620

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2102620

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2102620
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDENIS - MESCHIN - LE TAILLANTER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mars 2021 et le 22 novembre 2021, M. A B et Mme C D, épouse B, représentés par Me Meschin, demandent au tribunal :

1°) de déclarer la commune de Gennes-Val-de-Loire responsable des préjudices subis sur leur propriété à la suite de l'effondrement d'un coteau ;

2°) de condamner la commune de Gennes-Val-de-Loire au paiement de la somme de 23 618,70 euros au titre des travaux de reprise des désordres ;

3°) de condamner la commune de Gennes-Val-de-Loire au paiement de la somme de 3 550,84 euros au titre des frais d'expertise ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Gennes-Val-de-Loire la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité sans faute de la commune est engagée du fait des dommages subis sur leur propriété suite à l'effondrement d'un coteau situé sur une parcelle appartenant à la commune ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité de la commune de Gennes-Val-de-Loire est engagée pour faute en raison de l'absence d'entretien de cette parcelle ;

- ils sont fondés à solliciter la condamnation de la commune de Gennes-Val-de-Loire à les indemniser de leurs préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2021, la commune de Gennes-Val-de-Loire, représentée par Me Boucher, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants.

Elle fait valoir que :

- le litige ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu l'ordonnance du 25 février 2020 par laquelle le tribunal administratif a ordonné une expertise en vue de déterminer les causes des désordres affectant le coteau qui sépare la propriété des requérants de celle de la commune de Gennes-Val-de-Loire.

Vu le rapport de l'expert enregistré le 16 octobre 2020 et le complément de rapport enregistré le 16 novembre 2020.

Vu l'ordonnance n° 1911623-126, en date du 24 novembre 2020, par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 3 550,84 euros et les a mis à la charge de M. et Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond, premier conseiller,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public

- les observations de Me Meschin, avocat de M. et Mme B.

- les observations de Me Boucher, avocat de la commune de Gennes-Val-de-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B sont propriétaires d'une maison d'habitation dénommée " Logis de Mardron " située 1 Place Saint Vétérin à Gennes-Val-de-Loire (Maine-et-Loire), sur les parcelles cadastrées AH n°s 288 et 289. Une partie de cette propriété est située en contrebas d'un terrain appartenant à la commune de Gennes-Val-de-Loire, correspondant à la parcelle cadastrée AH n° 713. M. et Mme B ont constaté le 27 février 2019 qu'une partie du coteau surplombant leurs caves s'était effondré. Ils ont sollicité un géologue qui a estimé que l'éboulement résultait du terrassement d'un mur implanté sur le coteau et d'un manque d'entretien de la partie située en amont et appartenant à la commune. Celle-ci contestant cette analyse, les requérants ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Nantes, qui a ordonné une expertise. L'expert a déposé son rapport définitif le 16 octobre 2020, et un complément de rapport le 16 novembre 2020. Les requérants ont adressé une réclamation indemnitaire à la commune de Gennes-Val-de-Loire le 21 décembre 2020 qui a fait l'objet d'une décision tacite de rejet. Ils demandent au tribunal de condamner la commune de Gennes-Val-de-Loire au paiement de la somme de 23 618,70 euros au titre des travaux de reprise des désordres.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Ont le caractère de travaux publics les travaux immobiliers répondant à une fin d'intérêt général et qui comportent l'intervention d'une personne publique, soit en tant que collectivité réalisant les travaux, soit comme bénéficiaire de ces derniers. Si la commune de Gennes-Val-de-Loire soutient que le présent litige concerne deux propriétés privées, la parcelle cadastrée AH 713 faisant partie du domaine privé de la commune, et qu'il est porté devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, il ressort des pièces du dossier que les travaux effectués en 2014 sur la parcelle cadastrée AH 713 appartenant à la commune avaient pour objectif la sécurisation du coteau qui s'est effondré. Dès lors, ces travaux immobiliers répondant à une fin d'intérêt général et réalisés au bénéfice de la commune ont le caractère de travaux publics. Par ailleurs, aucun contrat n'a été signé entre la commune de Gennes-Val-de-Loire et M et Mme B pour la réalisation de ces travaux. Dans ces conditions, le présent litige relève de la compétence du juge administratif.

Sur la responsabilité de la commune de Gennes-Val-de-Loire :

S'agissant de la responsabilité sans faute de la commune de Gennes-Val-de-Loire :

3. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers, tant en raison de leur existence que du fait de leur fonctionnement. Il appartient alors au demandeur ayant la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage d'apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'il allègue avoir subis et de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et ces préjudices. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel. Le maître de l'ouvrage ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise établi en exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nantes du 25 février 2020 et déposé le 16 octobre 2020, qu'il n'existe pas de lien de causalité direct entre les travaux effectués par la commune de Gennes-Val-de-Loire sur la partie haute du côteau surplombant la propriété des requérants et le sinistre, survenu plus de quatre ans après ces travaux, la cause la plus probable de ce sinistre résidant dans l'altération progressive du coteau accentuée par le développement de la végétation à l'aplomb des caves. Si M. et Mme B contestent cette expertise et soutiennent qu'il existe un lien entre les travaux réalisés en 2014 et l'éboulement d'une partie du coteau, le rapport effectué en mars 2019 par un géologue à leur demande et produit dans la présente instance, ne permet pas d'établir un lien de causalité direct et certain entre ces travaux et le sinistre, conséquence, selon ce rapport, à la fois du terrassement du mur sus-jacent et d'un manque d'entretien global de la partie amont. En outre, le rapport déposé par le cabinet Polyexpert à la demande de l'assurance des requérants le 21 mai 2019 conclut à l'impossibilité d'établir techniquement un lien causal direct, certain et exclusif entre les travaux réalisés il y a cinq ans sur le mur et l'effondrement observé. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas fondés à mettre en cause la responsabilité sans faute de la commune pour les travaux réalisés en 2014.

S'agissant de la responsabilité pour faute de la commune de Gennes-Val-de-Loire :

5. Il ressort du complément de rapport déposé par l'expert le 16 novembre 2020 concernant la responsabilité de l'entretien du coteau, que le sinistre a eu lieu uniquement au niveau de la propriété de M. et Mme B, sur la partie du coteau leur appartenant, ainsi que dans la cave sous-jacente. En l'absence d'agent extérieur, l'altération naturelle du coteau associé au défaut d'entretien de la partie du coteau qui s'est effondrée sont à l'origine du sinistre. Les requérants, en tant que propriétaires, sont de ce fait responsables de cette absence d'entretien et du sinistre. Si M. et Mme B soutiennent que le croquis du complément de rapport d'expertise ne serait pas exact concernant la limite de propriété et la pente du terrain, les photographies produites à l'appui de ces allégations ne permettent pas de remettre en cause l'exactitude de ce rapport. En outre, si M.et Mme B soutiennent également qu'une partie de la cave effondrée serait sur la propriété de la commune de Gennes-Val-de-Loire, contrairement à ce qu'indique le schéma figurant dans le rapport d'expertise, il résulte toutefois de l'instruction que le " fontis " correspondant à l'affaissement du sol est situé seulement sur leur propriété, mais non celle de la commune. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à mettre en cause la responsabilité pour faute de la commune de Gennes-Val-de-Loire en raison d'un défaut d'entretien de la partie du coteau qui s'est effondrée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la condamnation de la commune de Gennes-Val-de-Loire à leur verser en réparation la somme de 23 618,70 euros.

Sur les frais d'expertise

7. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge définitive de M. et Mme B les frais et honoraires de l'expertise judiciaire, liquidés et taxés à la somme de 3 550,84 euros par ordonnance n° 1911623-126 du président du tribunal du 24 novembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de la commune de Gennes-Val-de-Loire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants le versement de la somme demandée par la commune à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les frais de l'expertise seront mis à la charge de M. et Mme B, sous déduction des sommes déjà réglées à l'expert.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Gennes-Val-de-Loire sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à Mme C D, épouse B, ainsi qu'à la commune de Gennes - Val-de-Loire.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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