mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2103293 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 mars 2021 et les 19 janvier et 20 février 2024, Mme B A, représentée par Me Daumont, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 81 368,50 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis du fait des retards et errements de l'administration dans le traitement de ses demandes liées à sa création d'entreprise ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le recteur de l'académie de Nantes ne pouvait légalement, ainsi qu'il l'a fait par la décision du 28 août 2019, la placer en disponibilité pour convenance personnelle alors qu'elle avait sollicité une disponibilité pour créer une entreprise ;
- cette même autorité ne pouvait légalement, par sa décision du 15 octobre 2019, la placer rétroactivement en disponibilité pour créer une entreprise ;
- le retard pris dans le traitement de ses demandes de temps partiel avec cumul d'activité, puis de disponibilité pour créer une entreprise est constitutif d'une faute de service, de même que le traitement de sa demande d'information quant au montant de l'indemnité de départ volontaire en cas de démission ;
- sont également constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat la transmission par l'administration d'informations incomplètes et d'informations erronées ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice financier qui s'élève à 71 368,50 euros et un préjudice moral évalué à 10 000 euros dès lors qu'elle n'a pu commencer sa nouvelle activité avant le 18 octobre 2019, et non en avril 2019 ainsi qu'elle le souhaitait.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, la rectrice de l'académie de Nantes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- aucune faute ne saurait être reprochée à l'administration qui a traité avec diligence les demandes de Mme A ;
- l'arrêté du 28 août 2019 la plaçant en disponibilité pour convenance personnelle a été pris dans l'attente de l'avis de la commission de déontologie ;
- l'arrêté du 15 octobre 2019 la plaçant rétroactivement en disponibilité pour création d'entreprise à compter du 1er septembre 2019 avait pour objet de régulariser sa position statutaire ;
- les préjudices allégués par la requérante ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martel,
- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,
- et les observations de Me Daumont, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, infirmière de l'éducation nationale, a sollicité en janvier 2019 un temps partiel pour création d'entreprise. Par un courrier du 15 mars 2019, le recteur de l'académie de Nantes l'a informée que cette demande devait être accompagnée d'une demande de cumul d'activités. Le 27 mars 2019, Mme A a demandé un cumul d'activités à titre accessoire avec un temps partiel à 50 % en vue de la création d'une entreprise. Puis, le 24 avril 2019, elle a sollicité son placement en disponibilité pour création d'entreprise. Cette demande a été transmise à la commission de déontologie afin qu'elle se prononce sur la compatibilité de l'activité envisagée de " coaching et soutien scolaires " avec les fonctions d'infirmière scolaire de l'intéressée. Par un arrêté du 28 août 2019 pris avant que la commission de déontologie ne se prononce, le recteur a placé Mme A en disponibilité pour convenance personnelle pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2020. A la suite de l'avis favorable émis par la commission de déontologie et reçu le 1er octobre 2019 par le rectorat, le recteur a placé l'intéressée en disponibilité pour créer une entreprise du 1er septembre 2019 au 31 août 2020 par un arrêté du 15 octobre 2019, notifié à celle-ci le 18 octobre suivant.
2. Par un courrier en date du 17 novembre 2020, reçu le 23 novembre 2020 par le rectorat, Mme A a formé une réclamation préalable afin d'être indemnisée à hauteur de 46 670 euros des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des conditions dans lesquelles ses demandes ont été traitées par l'administration. Le recteur ayant gardé le silence sur cette réclamation, l'intéressée demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 81 368,50 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis à raison de la gestion fautive par l'administration de sa situation administrative.
Sur la responsabilité de l'Etat :
3. D'une part, aux termes de l'article 44 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " La mise en disponibilité sur demande de l'intéressé peut être accordée, sous réserve des nécessités du service, dans les cas suivants : / () / b) Pour convenances personnelles () ". Aux termes de l'article 46 de ce décret : " La mise en disponibilité peut être prononcée, sur demande du fonctionnaire, pour créer ou reprendre une entreprise. Sa durée ne peut excéder deux années. Elle n'est pas renouvelable. Elle ne constitue pas une disponibilité pour convenances personnelles au sens du b de l'article 44 () ".
4. D'autre part, les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. Toutefois, s'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires, l'administration ne peut, en dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive que dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation.
5. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 28 août 2019, le recteur de l'académie de Nantes a placé Mme A en disponibilité pour convenance personnelle pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2019. Puis, par un arrêté du 15 octobre 2019, il l'a placée, pour la même période, en disponibilité pour créer une entreprise. Or, les dispositions citées au point 3 faisaient obstacle à ce que le recteur place l'intéressée, qui avait uniquement sollicité une mise en disponibilité pour créer une entreprise, en disponibilité pour convenance personnelle, quand bien même l'administration était dans l'attente de l'avis de la commission de déontologie. Ce faisant, le recteur a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. En revanche, alors que le second arrêté du 15 octobre 2019 a pour objet de régulariser la situation de l'intéressée au vu de sa demande de disponibilité pour création d'entreprise, le recteur pouvait légalement lui conférer une portée rétroactive.
6. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'échanges de courriels entre les services du rectorat et la commission de déontologie, qu'alors que Mme A a déposé sa demande de disponibilité le 24 avril 2019 pour l'année scolaire 2019-2020, ce n'est que le 28 juin 2019 que son dossier a été transmis pour avis à la commission de déontologie. De plus, cette commission a, dès le 8 août 2019, alerté les services du rectorat quant au caractère incomplet du dossier. Or, ce n'est que le 11 septembre suivant que les pièces manquantes ont été transmises à cette instance, sans que ce retard n'apparaisse imputable à l'agent. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que l'administration a traité avec retard et en commettant des erreurs sa demande de disponibilité pour créer une entreprise. Ces fautes sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son égard.
7. Par ailleurs, si Mme A soutient également que l'administration a répondu de manière incomplète et erronée à ses demandes d'information sur le cumul d'activités, puis a traité avec retard sa demande initiale de temps partiel à ce titre, ces affirmations ne sont assorties d'aucun commencement de preuve. En outre, il résulte de l'instruction que la demande de temps partiel de Mme A a été reçue le 31 janvier 2019 par les services du rectorat. Par un courrier du 15 mars 2019, le rectorat a accusé réception de cette demande et a invité l'agent à compléter son dossier par une demande d'autorisation de cumul d'activités, laquelle est parvenue à l'administration le 29 mars 2019. Puis, le 24 avril 2019, Mme A a sollicité une demande de disponibilité pour créer une entreprise au titre de l'année scolaire 2019-2020, laquelle avait vocation, ainsi qu'elle le reconnaît dans sa requête, à se substituer à sa demande initiale de temps partiel. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient Mme A, tant la demande de temps partiel avec cumul d'activités que la demande de disponibilité concernaient l'année scolaire 2019-2020. Au vu de ces éléments, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'administration a traité avec retard sa demande de temps partiel pour cumul d'activité et qu'elle n'a, de ce fait, pu commencer son activité en avril 2019, ainsi qu'elle l'escomptait initialement.
Sur les préjudices et la réparation :
8. Les fautes commises par l'administration dans le traitement de la demande de Mme A de disponibilité pour créer une entreprise ont eu pour conséquence que l'intéressée n'a pu débuter son activité le 1er septembre 2019, mais seulement à compter du 18 octobre 2019, date à laquelle lui a été transmise la décision faisant droit à sa demande. En outre, étant en position de disponibilité pour convenance personnelle, elle ne percevait plus son traitement sans pouvoir légalement se procurer de revenus. De ce fait, elle a subi, pour la période du 1er septembre au 18 octobre 2019, une perte de revenus au titre de cette nouvelle activité qui, au vu des revenus déclarés au titre de sa première année d'activité, doit être évaluée à 1 100 euros. La requérante ne peut en revanche être indemnisée d'une perte de traitement au titre de cette même période, la situation de disponibilité dans laquelle elle a été placée, à sa demande, ne pouvant y ouvrir droit.
9. Mme A justifie en outre avoir réglé un loyer de 600 euros pour un bureau à usage professionnel pour la période du 1er août au 30 septembre 2019, alors qu'il était vraisemblable que son activité allait pouvoir débuter très prochainement. Dès lors que son activité ne pouvait débuter avant le 1er septembre 2019, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi à ce titre en fixant à 300 euros la somme destinée à le réparer.
10. En outre, le retard et les erreurs commis par l'administration dans le traitement de la demande de disponibilité pour création d'entreprise présentée par Mme A ont été à l'origine directe d'un stress important, découlant en particulier de la crainte d'être privée de revenus. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral en résultant en fixant à 500 euros la somme destinée à le réparer.
11. En revanche, si Mme A sollicite, à hauteur de 15 524 euros, l'indemnisation de la perte d'une indemnité versée par Pôle emploi, elle ne démontre pas qu'elle aurait pu prétendre au versement d'une telle indemnité, alors qu'à raison de la position de disponibilité, la relation de travail avec l'Etat n'aurait pas cessé. En tout état de cause, un tel préjudice apparaît sans lien avec les fautes imputables à l'Etat.
12. La requérante demande également la réparation, à hauteur de 4 889 euros, du préjudice résultant des frais de formation en lien avec sa nouvelle activité, faisant valoir qu'elle n'a pu mobiliser son compte personnel de formation en raison de sa position de disponibilité. Toutefois, cette dépense, sans lien avec les fautes retenues contre l'Etat, ne saurait donner lieu à indemnisation.
13. Enfin, Mme A sollicite également l'octroi d'une somme de 28 317,50 euros au titre de l'indemnité de départ volontaire qui lui a été proposée le 2 juillet 2020, et à laquelle elle n'a pas donné suite, n'étant alors pas prête, ainsi qu'elle l'expose dans sa requête, à démissionner de l'éducation nationale. A supposer, ainsi que la requérante le soutient, que l'administration ait tardé à l'informer de ses droits à ce titre, il résulte de l'instruction que cette information avait été portée à sa connaissance lorsqu'elle a fait le choix de ne pas l'accepter. Par suite, elle ne peut prétendre à être indemnisée à ce titre.
14. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à Mme A la somme de 1 900 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
15. Mme A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 1 900 euros à compter du 23 novembre 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par le recteur de l'académie de Nantes.
16. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée dans la requête introductive d'instance le 24 mars 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 23 novembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 1 900 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 novembre 2020. Les intérêts échus à la date du 23 novembre 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Nantes.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cantie, président,
Mme Martel, première conseillère,
M. Delohen, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La rapporteure,
C. MARTEL
Le président,
C. CANTIÉLa greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. DUMONTEIL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026