mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2103761 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat : M. CATROUX - R. 222-13 |
| Avocat requérant | LAPLANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire enregistrés les 3 avril 2021, 3 juin 2020, 12 juin 2022, 21 juillet 2022 et le 30 mai 2024, Mme D B, représentée par Me Laplane, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul à la suite des décisions de retrait de points prises par le ministre de l'intérieur et des outre-mer au titre des infractions des 14 août 2018, 14 février 2019, 22 février 2019, 6 avril 2019, 11 septembre 2019, 12 octobre 2019 et 14 novembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que le solde de points de son permis de conduire ne pouvait être nul au 23 février 2021, alors qu'il était doté d'un point au 26 février 2021 ;
- les décisions de retrait de points consécutives aux infractions ne lui ont pas été notifiées ;
- la réalité des infractions ayant donné lieu aux retraits de points n'est pas établie ;
- s'agissant des infractions du 11 septembre et 12 octobre 2019 et du 14 novembre 2020, la limitation de vitesse étant repassée de 80 km/h à 90 km/h depuis les infractions, les décisions de retrait de points correspondant n'ont plus lieu d'être ;
- la décision de retrait de deux points à la suite de l'infraction du 14 novembre 2020 n'est pas régulière, dès lors que cette décision est datée du 2 janvier 2020 ;
- la décision de retrait de d'un point à la suite de l'infraction du 6 avril 2019 est entachée d'irrégularité, dès lors qu'elle n'a pas reçu les avis initiaux et n'a donc pas reçu l'information tenant à la possibilité de retrait de points en cas d'infraction, qui est obligatoire comme le précise l'avis du Conseil d'Etat de 1995 n°171045 et que le recouvrement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu de manière forcée, à la suite d'un avis d'huissier du 14 octobre 2019 ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle : elle vient de perdre son emploi et se retrouve ainsi dans une situation très précaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 mai 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une décision du 9 décembre 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la route ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2019-1429 du 24 décembre 2019 ;
- le décret n° 2018-487 du 15 juin 2018 ;
- la décision du 28 janvier 2020 modifiant la décision du 3 mai 2017 modifiée portant délégation de signature à la délégation à la sécurité routière ;
- l'arrêté n° 2021 DI/DRR 002 du 22 janvier 2021 fixant la vitesse maximale autorisée à 90 km/h sur la route départementale n°21 pour les sections situées hors agglomérations et ne faisant pas l'objet d'instauration de limitation à 70, 50 ou 30 km/h ;
- l'arrêté n° 2021 DI/DRR 007 du 22 janvier 2021 fixant la vitesse maximale autorisée à 90 km/h sur la route départementale n°28 pour les sections situées hors agglomérations et ne faisant pas l'objet d'instauration de limitation à 70, 50 ou 30 km/h ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Catroux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Catroux a été entendu au cours de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Catroux,
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision référencée " 48 SI " du 5 mars 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité du permis de conduire de Mme B à la suite des infractions au code de la route commises les 14 août 2018, 14 février 2019, 22 février 2019, 6 avril 2019, 11 septembre 2019, 12 octobre 2019 et 14 novembre 2020 et lui a enjoint de restituer son titre de conduite. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision " 48 SI ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée :
2. Par la décision du 28 janvier 2020, visée ci-dessus et régulièrement publiée le 31 janvier 2020, le ministre de l'intérieur a délégué sa signature à Mme C A, attachée principale, chef du service du service du fichier national des permis de conduire, à effet de signer les décisions de la nature de la décision " 48SI ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée du 5 mars 2021 doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la notification de ces décisions :
3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Mme B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, et à la supposer recevable, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen de ce que le retrait de deux points à la suite de l'infraction du 14 novembre 2020 serait intervenu par une décision antérieure à l'infraction :
4. La circonstance que la décision de retrait de deux points à la suite de l'infraction du 14 novembre 2020 soit datée du 2 janvier 2020 et non du 2 janvier 2021, qui résulte d'une erreur purement matérielle n'entache pas d'irrégularité cette décision. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'irrégularité du retrait d'un point à la suite de l'infraction du 6 avril 2019 :
5. Il résulte de l'instruction, compte tenu des mentions probantes du relevé intégral d'information de l'intéressée que le point retiré à la suite de l'infraction en cause a été restitué à Mme B. L'irrégularité du retrait de point est, dès lors, sans incidence sur la légalité de la décision contestée invalidant le permis de conduire de la requérante. Le moyen, à le supposer recevable, ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de ce que la réalité des infractions ne serait pas établie :
6. L'article L. 223-1 du code de la route dispose que : " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte de ces dispositions ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
7. S'agissant de l'ensemble des infractions commises, le relevé d'information intégral de la requérante mentionne que les infractions ont donné lieu au paiement des amendes forfaitaires ou à l'émissions des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait contesté les amendes forfaitaires ou les amendes forfaitaires majorées. Il s'en suit qu'elle n'est pas fondée à soutenir que la réalité de ces infractions n'est pas établie.
En ce qui concerne le moyen tiré de relèvement de la vitesse maximale autorisée à la suite des infractions du 11 septembre et 12 octobre 2019 et du 14 novembre 2020 :
8. D'une part, aux termes du I de l'article R. 413-2 du code de la route, dans sa rédaction issue du décret du 15 juin 2018 visé ci-dessus : " Hors agglomération, la vitesse des véhicules est limitée à : () 3° 80 km/ h sur les autres routes. Toutefois, sur les sections de ces routes comportant au moins deux voies affectées à un même sens de circulation, la vitesse maximale est relevée à 90 km/ h sur ces seules voies. ()".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 3221-4-1 du code général des collectivités territoriales, issu de l'article 36 de la loi n° 2019-1428 du 24 décembre 2019 d'orientation des mobilités : " Le président du conseil départemental () peut fixer, pour les sections de routes hors agglomération relevant de sa compétence et ne comportant pas au moins deux voies affectées à un même sens de circulation, une vitesse maximale autorisée supérieure de 10 km/ h à celle prévue par le code de la route. Cette décision prend la forme d'un arrêté motivé, pris après avis de la commission départementale de la sécurité routière, sur la base d'une étude d'accidentalité portant sur chacune des sections de route concernées ". Par les arrêtés permanents visés ci-dessus, publiés au recueil des actes administratifs du Département de la Mayenne, le président du conseil départemental de cette collectivité a fixé la vitesse maximale autorisée à 90 km/h sur les routes départementales n° 21 et n° 28 pour les sections situées hors agglomérations et ne faisant pas l'objet d'instauration de limitation à 70, 50 ou 30 km/h.
10. Enfin, saisi d'une contestation portant sur un retrait de points du permis de conduire, qui constitue une sanction infligée à un administré, le juge administratif se prononce comme juge de plein contentieux. Par suite, il lui appartient, le cas échéant, de faire application d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle la réalité de l'infraction à l'origine du retrait de points a été établie et celle à laquelle il statue, et, à cette fin, de prendre une décision qui se substitue à celle de l'administration. Constitue, pour l'application de ces règles, une loi nouvelle plus douce dont le juge doit faire application une modification du barème de retrait de points établi sur le fondement de l'article L. 223-2 du code de la route dans un sens moins rigoureux, ainsi que l'abrogation, postérieurement à la commission de celle-ci, des dispositions qui réprimaient l'infraction. Tel n'est pas le cas, en revanche, de la modification, postérieurement aux faits litigieux, de la réglementation routière applicable au lieu où l'infraction a été relevée, une telle modification n'affectant ni l'incrimination, ni la sanction.
11. S'agissant en particulier des infractions commises sur des tronçons routiers dans lesquelles la vitesse maximale autorisée a été portée à la suite de ces infractions de 80 à 90 km/h, à savoir les infractions du 11 septembre et 12 octobre 2019 et du 14 novembre 2020, commises sur la route départementale n° 21 et, selon ce qu'allègue la requérante sans toutefois l'établir, sur la route départementale n° 28, si l'intéressée fait valoir que les retraits de point correspondants sont illégaux, un tel moyen, tenant au changement de réglementation routière postérieur aux infractions en litige, aux lieux où les infractions ont été relevées ne peut qu'être écarté par le juge administratif, dès lorsqu'une telle modification des obligations résultant de cette réglementation locale n'affecte ni l'incrimination, ni la sanction.
En ce qui concerne le moyen tiré de ce que le solde de points du permis de conduire était doté d'un point au 26 février 2021 :
12. Il résulte de l'instruction que Mme B a été informée qu'elle disposait d'un solde d'un point par une décision référencée 48 du 27 février 2021, à la suite du retrait de points consécutif à l'infraction du 11 septembre 2019. Toutefois, cette décision précise qu'elle dispose d'un solde d'un point sous réserve de l'enregistrement ultérieur dans son dossier d'autres infractions qu'elle aurait pu commettre. Toutefois, une nouvelle infraction du 12 octobre 2019 a été enregistrée postérieurement, et a entraîné un retrait de deux points notifié par la décision référencée 48SI du 3 mars 2021. Le moyen tiré de ce que cette décision serait, à cet égard, entachée d'une erreur d'appréciation doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la situation de la requérante :
13. Le ministre de l'intérieur est tenu de procéder au retrait des points attachés au permis de conduire à la suite d'infractions, comme en l'espèce, définitives et, le cas échéant, de prononcer l'invalidation du permis de conduire pour solde de points nul. Le moyen tiré de ce que la requérante a besoin de son permis de conduire notamment pour sortir d'une situation économique et sociale précaire est donc sans incidence sur la légalité de la décision contestée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même par voie de conséquence des conclusions présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le magistrat désigné,
X. CATROUX
La greffière,
V. MALINGRELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026