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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103810

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103810

mercredi 3 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103810
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 avril 2021 et 12 juillet 2021, M. A F et Mme C E, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leur fille mineure, B G, représentés par Me Menard-Julienne, demandent, dans le dernier état de leurs écritures, au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à leur verser une provision de 721 059,17 euros à valoir sur l'indemnisation des préjudices subis par leur fille B G ;

2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Nantes et la SHAM à leur verser une provision de 154 800 euros à valoir sur leurs préjudices ;

3°) de dire que l'ordonnance à intervenir sera opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes et de la SHAM une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils détiennent une obligation non sérieusement contestable à l'encontre du centre hospitalier universitaire de Nantes ;

- les préjudices subis par leur fille, B G, s'élèvent à :

* 5 033,11 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;

* 729,94 euros au titre des frais d'équipements ;

* 44 370,96 euros au titre des frais relatifs à l'acquisition d'un véhicule adapté sans déduction des provisions accordées de 4 000 euros et 10 000 euros déjà perçues, qui ne portent pas sur ce chef de préjudice, mais sur d'autres matériels adaptés ;

* 14 933,99 euros au titre des frais de logements adapté et aménagé ;

* 603 439 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne non spécialisée, soit, compte tenu de la provision de 91 154 euros déjà perçue, une provision complémentaire de 512 285 euros ; il n'y a pas lieu de déduire les prestations reçues au titre de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ;

* 118 731 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire soit, compte tenu de la provision versée de 30 455 euros, une provision complémentaire de 88 276 euros ;

* 35 000 euros au titre des souffrances endurées, soit, compte tenu de la provision versée de 7 201 euros, une provision complémentaire de 27 799 euros ;

* 30 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire soit, compte tenu de la provision versée de 3 000 euros, une provision complémentaire de 27 000 euros ;

- leurs propres préjudices s'élèvent à :

* 104 800 euros pour le couple au titre du préjudice d'accompagnement ;

* 25 000 euros chacun, soit 50 000 euros au titre de leur préjudice moral.

Par un mémoire enregistré le 13 avril 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique ne s'oppose pas à la demande de provision formulée par les requérants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, le centre hospitalier universitaire de Nantes (CHU) et la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM), représentés par Me Chabot, demandent au tribunal :

1°) d'allouer aux requérants une somme de 181 237,45 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation définitive ;

2°) de ramener à de plus justes proportions la demande formulée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- ils n'entendent pas contester le principe de la créance des requérants mais un débat réel doit avoir lieu devant le juge du fond pour les préjudices relatifs aux frais d'assistance par tierce personne et à la perte de gains professionnels futurs ;

- la demande d'indemnisation des dépenses de santé actuelles doit être rejetée ;

- l'indemnité provisionnelle des frais d'assistance par une tierce personne non spécialisée ne peut excéder la somme de 400 350 euros desquels seront déduites les aides perçues par la famille qui devront être justifiées ;

- ils ne s'opposent pas à l'indemnisation des frais de véhicule adapté sous rserve que les requérants justifient des aides perçues à ce titre qui seront déduites du montant de l'indemnisation ;

- la demande de l'indemnité provisionnelle au titre des frais de logement adapté sera rejetée partiellement en ce que les requérants ne justifient pas que les travaux de la salle de bain aient un lien avec le handicap l'enfant ; les travaux de la terrasse paraissent en lien avec le handicap de l'enfant mais l'indemnisation est conditionnée à la justification par les requérants des aides perçues ;

- il en est de même de la demande de provision au titre de frais d'équipement pour laquelle les requérants ne justifient pas des aides perçues ;

- l'indemnité provisionnelle au titre du déficit fonctionnel temporaire ne peut excéder 42 867 euros desquels sera déduite la somme de 30 455 euros déjà perçue par les requérants ;

- l'indemnité provisionnelle au titre des souffrances endurées par l'enfant ne peut excéder de 15 000 euros desquels sera déduite la somme de 7 201 euros déjà perçue par les requérants ;

- l'indemnité provisionnelle au titre du préjudice esthétique temporaire ne peut excéder la somme de 15 000 euros de laquelle sera déduite la somme de 3 000 euros déjà perçue par les requérants ;

- le préjudice d'accompagnement des parents ne peut donner lieu à une provision supplémentaire.

Vu :

- l'ordonnance de référé n°1701139 du juge des référés du tribunal administratif de Nantes du 31 octobre 2017 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de la santé publique,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. A compter du mois d'août 2007, Mme E a été prise en charge par la maternité du centre hospitalier universitaire de Nantes (CHU) pour le suivi de sa première grossesse, dont le terme était prévu pour le 24 décembre 2007. Le 26 décembre 2007 à 20h35, Mme E a été admise au CHU de Nantes et l'enfant B G est née le 27 décembre 2007 à 01h52 après extraction par forceps avec un score d'Apgar de 1 à une minute, de 2 à cinq minutes et de 3 à dix minutes de vie. La mesure du PH fait au cordon était de 6.81, ce qui exprime une acidose métabolique sévère liée à la souffrance des cellules par manque d'oxygène. L'enfant a été hospitalisée dans l'unité de néonatologie-réanimation pédiatrique du 27 décembre 32007 au 15 janvier 2008. A sa sortie de l'hôpital, le 15 janvier 2008, le compte rendu médical mentionne une naissance dans un contexte d'altération du rythme cardiaque fœtal et une anoxo-ischémie sévère avec souffrance tissulaire multiple et lésions neurologiques mises en évidence à l'IRM cérébrale touchant notamment les noyaux gris centraux de manière bilatérale.

2. Mme E et M. A F ont saisi en 2013 la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) des Pays de la Loire, qui a désigné un collège de deux experts qui a remis son rapport le 2 juillet 2014, concluant à un manquement du CHU de Nantes dans la surveillance du travail d'accouchement, à l'origine des séquelles conservées par l'enfant B. Par un avis du 19 novembre 2014, la CCI a retenu la responsabilité du CHU de Nantes et a mis à la charge de l'assureur du centre hospitalier l'indemnisation des préjudices résultant de cette faute. Le 26 mars 2015, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), assureur du CHU, a proposé à Mme E et M. F une indemnisation provisionnelle de 75 000 euros et leur a adressé un chèque de ce montant. Compte tenu de l'impossibilité d'encaisser le chèque libellé à l'ordre de l'enfant, et estimant la provision insuffisante, les requérants ont fait assigner la SHAM devant le juge des référés du Tribunal de grande instance de Nantes afin de solliciter le paiement d'une somme provisionnelle de 406 575,55 euros. Par une ordonnance du 19 novembre 2015, celui-ci leur a alloué la somme de 284 220,80 euros et a également condamné la SHAM à payer à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Loire-Atlantique une somme de 119 905,68 euros à valoir sur ses débours exposés pour le compte de la jeune B, ainsi qu'une somme de 1 037 euros à valoir sur l'indemnité forfaitaire de gestion. La SHAM a versé les sommes auxquelles elle avait été condamnée par cette ordonnance. Par un arrêt du 18 janvier 2017, la Cour d'appel de Rennes a annulé l'ordonnance de référé au motif que le litige relève de la compétence de la juridiction administrative. Ainsi, par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nantes le 3 février 2017, sous le n° 1701139 Mme E et M. F ont demandé au juge des référés-provision du tribunal administratif de Nantes de condamner solidairement le CHU et son assureur, la SHAM, d'une part au versement de la somme de 457 402,39 euros à valoir à titre provisionnel sur sa condamnation définitive à la réparation des préjudices subis par leur fille B, et, d'autre part, au versement de la somme de 57 600 euros à valoir à titre provisionnel sur sa condamnation définitive à la réparation de leurs propres préjudices. Par une ordonnance du 31 octobre 2017, le juge des référés du Tribunal administratif de Nantes a condamné la SHAM et le CHU à verser la somme complémentaire de 42 201 euros aux requérants, dont 22 201 euros au titre des préjudices de leur fille et 20 000 euros au titre de leurs propres préjudices. En février 2020, Mme E et M. F ont à nouveau saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des Pays de la Loire d'une demande de réévaluation des préjudices subis par leur fille et de leurs propres préjudices. Une nouvelle expertise a été ordonnée. L'expert désigné a rendu son rapport le 30 juin 2020, faisant état de l'évolution de B depuis 2015. Par un avis du 14 octobre 2020, la CCI des Pays de la Loire a constaté les nouveaux préjudices subis par l'enfant et a estimé qu'il appartenait à l'assureur du centre hospitalier d'adresser une nouvelle offre d'indemnisation dans un délai de deux mois. Par une lettre du 28 décembre 2020, la SHAM a proposé le versement d'une provision complémentaire de 300 000 euros. Les requérants ont présenté, par lettre du 30 décembre 2020, une nouvelle demande indemnitaire tendant au versement d'une provision de 738 404 euros, qui a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, Mme E et M. F demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative de condamner le CHU de Nantes et la SHAM à leur verser une indemnité provisionnelle d'un montant de 721 059,17 euros à valoir sur l'indemnisation du préjudice subi par B et 154 800 euros à valoir sur leurs préjudices subis en qualité de victimes par ricochet.

Sur les conclusions à fin de provision :

3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne l'existence d'une obligation non sérieusement contestable :

5. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".

6. Il résulte de l'instruction et notamment des deux rapports d'expertise des 2 juillet 2014 et 30 juin 2020 que la surveillance du travail d'accouchement de Mme E n'a pas été conforme aux pratiques recommandées du fait d'une négligence dans la surveillance de la mesure du PH fœtal, à l'origine d'une asphyxie fœtale, qui est la cause directe de l'ensemble des séquelles conservées par l'enfant. Cette faute n'est, au demeurant, pas contestée par le CHU. Par ailleurs, le tribunal administratif de Nantes a, par ordonnance du 31 octobre 2017, retenu l'existence d'une obligation non sérieusement contestable et a condamné le CHU et la SHAM au versement d'une indemnité provisionnelle. Dès lors, l'obligation dudit centre hospitalier à l'égard de l'enfant présente un caractère non sérieusement contestable au sens de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Par suite, M. F et Mme E, agissant en qualité de représentants légaux de B G, sont fondés à solliciter, à titre de provision, l'indemnisation des chefs de préjudices en lien avec les conséquences dommageables de la faute commise par le CHU lors de la naissance de B et revêtant un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne le montant de la provision :

7. D'une part, que dans le cas où la faute commise a compromis les chances du patient d'obtenir une amélioration de son état ou d'échapper à une aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise initial du 2 juillet 2014, et il n'est d'ailleurs pas contesté par le CHU, que la faute engageant la responsabilité de celui-ci a privé l'enfant B de 100% des chances d'éviter les préjudices dont elle est victime ;

8. D'autre part, il est constant qu'à la suite de l'annulation par la Cour d'appel de Rennes de l'ordonnance du juge des référés du tribunal de grande instance de Nantes du 19 novembre 2015, la SHAM n'a pas demandé à Mme E et M. F, d'une part, à la CPAM de la Loire-Atlantique, d'autre part, la restitution des sommes de 284 220,80 euros et de 119 905,68 euros qu'elle leur avait respectivement versées en exécution de l'ordonnance. Par suite, si, dans le cadre de la présente instance, Mme E et M. F demandent le versement d'une provision au titre de l'ensemble des préjudices subis par leur fille B depuis sa naissance, il n'y a lieu d'accorder une provision qu'à raison des préjudices non sérieusement contestables qui ne correspondent pas aux sommes déjà versées par la SHAM.

S'agissant des préjudices de B G :

9. Il résulte de l'instruction et notamment des rapports d'expertise des 2 juillet 2014 et 30 juin 2020 que l'enfant B G conserve de graves séquelles, consistant en une infirmité motrice cérébrale se traduisant par une d'une tétra parésie spastique à prédominance droite. Il en résulte d'importants troubles moteurs qui lui interdisent la marche et la rende dépendante pour les gestes de la vie courante, associés à une importante dyspraxie bucco-faciale qui réduit considérablement ses possibilités de communication.

Quant aux préjudices patrimoniaux :

Les dépenses de santé actuelles :

10. Mme F et M. E sollicitent le remboursement des dépenses de santé actuelles de B G relatives à l'achat d'un fauteuil électrique et de son équipement et d'un tricycle. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que B G souffre d'une tétra parésie spastique très importante à droite, parasitée par des mouvements dystoniques qui limitent l'exécution de la motricité fine, qu'elle se déplace avec un fauteuil roulant et ne peut se maintenir debout qu'avec des orthèses et attelles et ne marche que quelques pas avec un adulte près d'elle. Enfin, l'expert indique dans son rapport d'expertise du 30 juin 2020 qu'un tricycle doit être prévu afin d'améliorer l'autonomie de l'enfant. Ainsi les appareillages mentionnés sont nécessaires au handicap de l'enfant B. Il ressort de la facture d'achat du fauteuil que 3 487,95 euros ont été pris en charge par l'assurance maladie et qu'il reste à la charge des requérants la somme de 2 865 euros. Par ailleurs, il ressort du devis d'équipement du fauteuil qu'un montant de 120,35 euros resterait à la charge des assurés, 333,65 euros pouvant être pris en charge par l'assurance maladie. Enfin, il résulte de l'instruction et en particulier du devis produit relatif à l'acquisition du tricycle que la somme à la charge des requérants, après prise en charge de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique serait de 2 047,76 euros. Toutefois, ainsi que le relève en défense le CHU de Nantes, les requérants ne justifient pas des aides qu'ils auraient éventuellement perçues au titre de la prestation de compensation du handicap mentionnée au 1° de l'article L. 245-3 du code de l'action sociale et des familles, versée par le département, ni ne produisent d'attestation du département indiquant qu'ils ne perçoivent pas d'aide à ce titre. Par suite, en l'état de l'instruction, la demande des requérants doit être rejetée.

Les frais d'équipements informatiques :

11. Les requérants demandent une somme provisionnelle de 729,94 euros au titre des frais d'équipement pour l'achat d'une tablette et d'un ordinateur portable. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 30 juin 2020 que B a besoin d'une tablette avec synthèse vocale pour communiquer et d'un ordinateur personnel pour sa scolarité. Les requérants versent au dossier deux factures pour un ordinateur portable d'un montant de 549,95 euros et pour une tablette d'un montant de 179,99 euros. Toutefois, ainsi que le relève le CHU de Nantes, les requérants ne justifient pas des aides qu'ils auraient éventuellement perçues au titre de la prestation de compensation du handicap, versée par le département, ni ne produisent d'attestation du département indiquant qu'ils ne perçoivent pas d'aide à ce titre. Par suite, en l'état de l'instruction, la demande des requérants doit être rejetée.

Les frais d'acquisition d'un véhicule adapté :

12. Mme E et M. F demandent le versement d'une somme provisionnelle de 44 370, 96 euros au titre de l'acquisition d'un véhicule adapté au handicap de B, correspondant à l'acquisition et à l'aménagement d'un nouveau véhicule, pour un montant de 46 945,96 euros, selon devis produit, duquel les requérant ont déduit l'estimation de la valeur de leur véhicule actuel, d'un montant de 2 575 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction et en particulier des éléments du devis produit que le coût de l'adaptation du véhicule au handicap de leur fille s'élève 10 767 euros et qu'ils ont perçu une somme provisionnelle de 4 000 euros octroyée par le tribunal judiciaire à ce titre et une indemnité provisionnelle de 10 000 euros allouée par l'ordonnance du 31 octobre 2017 du juge des référés du présent Tribunal, au titre des frais d'adaptation du véhicule et des frais d'appareillage. Ainsi, dans ces conditions, il n'y pas lieu de leur allouer à titre provisionnel une somme supplémentaire au titre de ce chef de préjudice.

Les frais de logement adapté :

13. Les requérants demandent le versement d'une somme provisionnelle de 14 933,99 euros au titre des frais de logement adapté et aménagé comportant, d'une part l'aménagement d'une salle de bain pour un montant de 11 368,34 euros et d'autre part, l'aménagement d'une terrasse avec un accès handicapé pour un montant de 3 565,65 euros. En ce qui concerne l'aménagement d'une salle de bains, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 30 juin 2020 que la salle de bains du domicile est située au premier étage de la maison et que B ne peut pas accéder à la baignoire, laquelle n'est pas adaptée à son handicap et qu'une douche est nécessaire. Ainsi, en l'état de l'instruction, le préjudice apparaît établi dans son principe. Toutefois, les requérants versent au dossier un devis pour l'aménagement d'une salle de bain comportant à la fois l'aménagement d'une douche et la pose d'une baignoire. Seules dépenses relatives à l'installation d'une douche peuvent faire l'objet d'une indemnisation provisionnelle. Par ailleurs, en ce qui concerne l'aménagement d'une terrasse, les requérants ne donnent pas de précision sur les caractéristiques de leur domicile et de ses accès vers l'extérieur, permettant d'apprécier la nature et la pertinence d'un tel aménagement. En outre, les requérants ne justifient pas des aides qu'ils auraient éventuellement perçues au titre de la prestation de compensation du handicap, versée par le département, ni ne produisent d'attestation du département indiquant qu'ils ne perçoivent pas d'aide à ce titre. Par suite, en l'état de l'instruction, la demande des requérants doit être rejetée.

Les frais d'assistance par une tierce personne :

14. D'une part, lorsque le juge administratif indemnise, dans le chef de la victime d'un dommage corporel, la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit, à cette fin, se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

15. D'autre part, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune.

16. Mme E et M. F demandent le versement d'une indemnité provisionnelle au titre des frais d'assistance par une tierce personne d'un montant de 603 439 euros dont il sera déduit la somme de 91 154 euros déjà versée en application des décisions du juge judiciaire et du juge des référés du présent Tribunal, soit une provision complémentaire de 512 285 euros.

17. Il résulte de l'instruction et notamment des termes des rapports d'expertise des 2 juillet 2014 et 30 juin 2020 que l'état de santé de B G nécessite l'assistance d'une tierce personne non spécialisée. Au titre des années scolaires 2011 à 2014, les experts préconisent l'assistance active d'une tierce personne à raison de 3 heures par jour scolarisé et 5 heures par jour hors période scolaire. Il est précisé que du mois d'août 2012 jusqu'à la fin du mois d'août 2015, B G a été accueillie dans un institut d'éducation motrice en Loire-Atlantique à raison de deux jours par semaine, sans internat, qui peuvent être assimilés à des jours scolaires avec prise en charge toute la journée y compris pour le déjeuner. Pour la période de 2011 à août 2014, cette prise en charge est sans incidence sur le besoin en assistance par tierce personne. Au titre des années scolaires 2014 à 2018, il résulte de l'instruction que le besoin d'assistance par une tierce personne est fixé à 10 heures par jour en semaine et 16 heures par jour durant le week-end et hors période scolaire. Durant cette période, au titre de l'année scolaire 2014-2015, il y a lieu de tenir compte de la prise en charge de l'enfant dans l'institut d'éducation motrice durant deux jours par semaine durant les périodes scolaires soit 36 semaines, et la moitié des vacances scolaires, soit 8 semaines et d'évaluer, pour ces deux jours, le besoin en assistance par tierce personne à 6 heures par jour du 1er septembre 2014 au 31 août 2015. Enfin, à compter de l'année scolaire 2018, le besoin est fixé à 7 heures par jour en semaine, sauf le jeudi pour lequel le besoin est estimé 6 heures par jour puisque l'enfant déjeune à la cantine, et 10 heures par jour le week-end et hors période scolaire.

18. Ainsi, en application du montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance brut augmenté des cotisations sociales dues par l'employeur, soit un montant horaire moyen de 13,10 euros de 2011 à 2014, de 13,56 euros de 2014 à 2018, et de 14,03 euros de 2018 à 2020, le coût de l'assistance par une tierce personne, calculé en tenant compte des périodes scolaires et non scolaires, sur la base de 412 jours par an pour tenir compte des majorations liées aux congés payés et au travail les dimanches et jours fériés, s'élève à 429 685,82 euros.

19. Par ailleurs, en application de l'article L. 242-14 du code de l'action sociale et des familles et de l'article L. 541-1 du code de la sécurité sociale, l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé est destinée à compenser les frais de toute nature liés au handicap et peut faire l'objet d'un complément lorsque ces frais sont particulièrement élevés ou que l'état de l'enfant nécessite l'assistance fréquente d'une tierce personne. Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoyant sa récupération en cas de retour à meilleur fortune de son bénéficiaire, son montant ainsi que son complément éventuel peuvent être déduits d'une rente ou indemnité allouée au titre de l'assistance par tierce personne. Il résulte de l'instruction que le montant total de ces allocations versées par la caisse d'allocations familiales entre septembre 2011 et août 2020 s'élève à la somme de 39 738,65 euros qu'il y a lieu de déduire de l'indemnité évaluée ci-dessus.

20. Il y a également lieu de déduire de cette indemnité provisionnelle la prestation de compensation du handicap mentionnée au 1° de l'article L. 245-3 du code de l'action sociale et des familles, versée par le département. Cette prestation, qui correspond aux charges liées à un besoin d'aides humaines, a le même objet que l'indemnité allouée à la victime au titre de l'assistance par tierce personne et ne peut faire l'objet d'un remboursement en cas de retour à meilleure fortune en vertu de l'article L. 245-7 du même code. Elle est, donc, en principe déductible. Toutefois, les requérants ne justifient ni les sommes perçues à ce titre ni l'absence de perception de cette aide, notamment par la production d'une attestation du département en ce sens. Par ailleurs, l'indemnité provisionnelle doit également être réduite de la somme de 91 854 euros déjà versée à ce titre par la SHAM. En l'état de l'instruction, il y a lieu de fixer à la somme de 150 000 euros la part l'indemnité provisionnelle complémentaire revêtant un caractère de certitude suffisant.

21. Il résulte de ce qui précède que l'indemnité provisionnelle complémentaire mise à la charge solidaire du CHU de Nantes et de la SHAM au titre des préjudices patrimoniaux temporaires subis par l'enfant B G est fixée à 150 000 euros.

Quant aux préjudices extrapatrimoniaux :

Le déficit fonctionnel temporaire :

22. Au titre du préjudice résultant du déficit fonctionnel temporaire, les requérants demandent le versement d'une indemnité provisionnelle de 118 731 euros, soit, compte tenu de la provision déjà versée d'un montant de 30 455 euros, une provision complémentaire d'un montant de 88 276 euros.

23. Il résulte de l'instruction et notamment des rapports d'expertise et de l'avis de la CCI des Pays de la Loire, que B G dont l'état sera consolidé à l'âge de dix-huit ans, a été atteinte d'un déficit temporaire de 100% pendant les période d'hospitalisation, et de 60% hors période d'hospitalisation dès lors que B souffre d'importants troubles moteurs la rendant totalement dépendante et de troubles de l'oralité qui gênent considérablement ses possibilités de relation et de scolarité. Il est également précisé que B a souffert en 2016 d'un déficit temporaire de 75% pendant six semaines pendant une période d'immobilisation par des bottes en résine. Sur l'ensemble de la période depuis sa naissance le 27 décembre 2007, elle a ainsi été hospitalisée pendant vingt-deux jours et a été immobilisée pendant quarante-deux jours. Il y a lieu, pour l'évaluation du préjudice, de tenir compte des périodes d'hospitalisation, et, s'agissant des périodes hors hospitalisation, d'une période d'indemnisation débutant à l'âge de deux ans de l'enfant soit le 28 décembre 2009, dès lors qu'avant cet âge, il ne résulte pas de l'instruction que l'enfant était moins autonome qu'un enfant du même âge sans handicap. Dans ces conditions, compte-tenu d'une période d'indemnisation du 28 décembre 2009 jusqu'à la date de mise à disposition de la présente ordonnance, et sur une base de quinze euros par jour, il y a lieu de fixer l'indemnité provisionnelle à un montant de 42 220,50 euros au titre de ce préjudice, dont il y a lieu de déduire la somme de 30 455 euros correspondant aux provisions de 28 455 euros et 2 000 euros octroyées par les ordonnances du 19 novembre 2015 du juge des référés du Tribunal de grande instance de Nantes et du 31 octobre 2017 du juge des référés du présent Tribunal, soit une indemnité provisionnelle complémentaire de 11 765,50 euros.

Les souffrances endurées :

24. Les requérants demandent le versement d'une indemnité provisionnelle d'un montant de 35 000 euros au titre des souffrances endurées par leur fille. Les premiers experts ont évalué ces souffrances à 4 sur une échelle de 0 à 7 puis aux termes de la seconde expertise du 30 juin 2020, le taux a été porté à 5 sur une échelle de 0 à 7. Il ressort de cette deuxième expertise que B G est lourdement équipée par notamment un fauteuil roulant, un corset, des orthèses, des attelles, que des injections de toxine botulique lui sont administrées chaque année et qu'elle a été immobilisée à la suite de ces injections. Par ailleurs, elle a été plusieurs fois hospitalisée en orthopédie puis en chirurgie dentaire. De plus, l'expert relève un ralentissement de la vie sociale et familiale et scolaire et une anxiété de l'enfant dans ses relations avec le corps médical. Dans ces conditions, il y a lieu d'accorder aux requérants la somme provisionnelle de 15 000 euros au titre de ce chef de préjudice dont il y a lieu de déduire la somme de 7 201 euros octroyée au même titre par l'ordonnance du 31 octobre 2017 du juge des référés du présent Tribunal, soit une indemnité provisionnelle complémentaire de 7 799 euros.

Le préjudice esthétique temporaire :

25. Au titre du préjudice esthétique temporaire, les requérants demandent le versement d'une indemnité provisionnelle d'un montant de 30 000 euros. Il résulte de l'instruction que le premier rapport d'expertise remis le 2 juillet 2014 avait évalué le préjudice esthétique temporaire de B G à 3 sur une échelle de 0 à 7, du fait de la dyspraxie bucco-faciale avec bavage dont B souffre. Le rapport d'expertise du 30 juin 2020 porte le taux de ce préjudice à 5 sur une échelle allant de 0 à 7. Il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à 15 000 euros dont il y a lieu de déduire la somme de 3 000 euros octroyée au même titre par l'ordonnance du 31 octobre 2017 du juge des référés du présent Tribunal, soit une indemnité provisionnelle complémentaire de 12 000 euros.

26. Il résulte de ce qui précède que l'indemnité provisionnelle complémentaire mise à la charge solidaire du CHU de Nantes et de la SHAM au titre des préjudices extra patrimoniaux temporaires est fixée à 31 564,50 euros.

27. Il résulte de ce qui précède que l'indemnité provisionnelle complémentaire mise à la charge solidaire du CHU de Nantes et de la SHAM au titre des préjudices patrimoniaux et extra patrimoniaux subis par l'enfant B G est fixée à 181 564,50 euros.

S'agissant des préjudices subis par les parents de B G :

Les préjudices extrapatrimoniaux :

Le préjudice d'accompagnement et le préjudice moral :

28. Mme E et M. F demandent une provision globale de 108 800 euros au titre de leur préjudice d'accompagnement et une provision de 25 000 euros chacun au titre de leur préjudice moral. Il résulte de l'instruction que ces derniers ont souffert d'un préjudice d'affection lié à la constatation des séquelles dont est atteinte Lilou-Bourdeau E, et du bouleversement dans leurs conditions d'existence. Toutefois, une somme globale de 20 000 euros leur a été accordée à ce titre par l'ordonnance du 31 octobre 2017 du juge des référés du présent Tribunal. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, de leur allouer à titre provisionnel une somme supplémentaire au titre de ce chef de préjudice.

29. Il résulte de tout ce qui précède qu'en application des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative il y a lieu de fixer à 181 564,50 euros le montant de que le CHU de Nantes et la SHAM doivent être solidairement condamnés à verser à Mme E et de M. F, à titre de provision complémentaire à valoir sur l'ensemble des préjudices résultant des conditions de la naissance de leur fille le 27 décembre 2007.

Sur les conclusions tendant à ce que le jugement soit déclaré commun et opposable :

30. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie qui a été régulièrement mise en cause dans la présente instance et est, par suite, devenue une partie à l'instance. Par suite, les conclusions de Mme E et de M. F aux fins de déclarer le jugement commun et opposable à cet organisme doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

31. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nantes le versement à Mme E et M. F de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Nantes et la SHAM sont condamnés solidairement à verser la somme de 181 564,50 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Nantes et la SHAM verseront à Mme E et M. F la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E et M. F est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C E, à M. A F, au centre hospitalier universitaire de Nantes, à la société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM) et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 3 août 2022.

La juge des référés,

F. D

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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