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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2103941

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2103941

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2103941
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEFEUVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2021, M. B C et Mme A C, représentés par Me Lefeuvre, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016, à hauteur respectivement de 13 635 euros et de 19 394 euros, ainsi que des pénalités correspondantes, pour des montants respectifs de 1 970 euros et 1 791 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les travaux qu'ils ont réalisés ne sont pas des travaux d'agrandissement ou de reconstruction, en l'absence de modification du gros œuvre ou d'augmentation de la surface habitable, mais constituent de simples dépenses d'amélioration d'un logement à usage d'habitation déductibles de leurs revenus fonciers par application du 3° du I. de l'article 156 du code général des impôts et de l'article 31 du même code ;

- certains de ces travaux avaient notamment pour objet de rendre accessible leur logement aux personnes en situation de handicap, d'autres ont été exigés par la mairie de Champtoceaux pour des raisons de sécurité routière ;

- les travaux d'électricité, de plomberie et d'isolation sont de simples travaux de rénovation ayant pour unique objet de mettre le logement aux normes de confort actuelles ;

- ils n'ont pas créé le toit-terrasse, qui existait déjà, et le grenier comprenait déjà une chambre préalablement à sa transformation en appartement ;

- ils entendent se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des paragraphes nos 30, 70, 110 et 140 de la doctrine administrative référencée BOI-RFPI-BASE-20-30-10 et du paragraphe n° 240 de la doctrine administrative référencée BOI-RFPI-BASE 20-30-20 ;

- ils entendent se prévaloir, sur le fondement des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales, de la déclaration verbale, constitutive d'une prise de position formelle de l'administration, qui leur a été faite par une agente des finances publiques au centre des impôts de Cholet dans le cadre d'une opération immobilière précédente, effectuée dans des conditions identiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2021, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Frelaut,

- les conclusions de M. Huin, rapporteur public,

- et les observations de Me Lefeuvre, avocat de M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C sont propriétaires d'un bien immobilier situé 1 rue du Pont Trubert à Champtoceaux (Maine-et-Loire). A la suite d'un contrôle sur pièces de leurs déclarations d'impôt sur le revenu souscrites au titre des années 2015 et 2016, l'administration fiscale a remis en cause le caractère déductible d'une partie des dépenses correspondant à des travaux réalisés sur ce bien et a, en conséquence, mis à leur charge, par une proposition de rectification du 21 mars 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de ces deux années, à hauteur respectivement de 13 635 euros et 19 394 euros en droits, et de 1 970 euros et 1 791 euros en pénalités. Les réclamations préalables des requérants, datées des 17 et 20 novembre 2018 et du 28 décembre 2020, ont été rejetées en dernier lieu par une décision de l'administration fiscale du 4 février 2021. Par leur requête, M. et Mme C demandent au tribunal de les décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur le bien-fondé de l'impôt :

2. Aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété. ". Aux termes de l'article 31 de ce code, dans sa version en vigueur : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : () / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement ,ainsi que des dépenses au titre desquelles le propriétaire bénéficie du crédit d'impôt sur le revenu prévu à l'article 200 quater ou de celui prévu à l'article 200 quater A ; () ". Au sens de ces dispositions, doivent être regardés comme des travaux de reconstruction ceux qui comportent la création de nouveaux locaux d'habitation qui ont pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre, ainsi que les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à des travaux de reconstruction, et comme des travaux d'agrandissement ceux qui ont pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable des locaux existants. Des travaux d'aménagement interne, quelle que soit leur importance, ne peuvent être regardés comme des travaux de reconstruction que s'ils affectent le gros œuvre ou s'il en résulte une augmentation du volume ou de la surface habitable.

3. Il résulte de l'instruction que les travaux effectués de 2014 à 2016 par M. et Mme C au sein de l'immeuble situé 1 rue du Pont Trubert à Champtoceaux ont porté sur l'intégralité de cet immeuble d'une surface générale totale de 362,89 mètres carrés, composé d'une maison avec rez-de-chaussée, premier étage, garage et jardin, et d'un bâtiment sur trois niveaux : rez-de-chaussée, premier étage et deuxième étage, et qu'ils ont abouti à la création, au sein de cet ensemble immobilier, de six appartements comprenant chacun une cuisine et une salle de bains, soit trois appartements au rez-de-chaussée, deux au premier étage et un au deuxième étage.

4. Pour remettre en cause la déduction de charges en litige, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que les travaux ainsi réalisés par M. et Mme C correspondaient à une restructuration complète du bâtiment ayant affecté le gros œuvre et augmenté la surface habitable, de sorte que ces travaux devaient être regardés comme des travaux de construction, reconstruction et d'agrandissement au sens des dispositions de l'article 31 du code général des impôts citées au point 2.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que les travaux litigieux ont consisté en une redistribution des locaux et des cloisons intérieures, une réfection des cloisons et plafonds, en la suppression de l'escalier existant et la création d'une nouvelle cage d'escalier, en la pose de plusieurs planchers, et l'installation de nouvelles fenêtres. Ils se sont accompagnés de travaux d'électricité consistant en une rénovation du dispositif existant et une adaptation aux appartements créés, de travaux de plomberie et de carrelage, de raccordement au réseau d'eau et d'installation de cuisines et de salles de bains comprenant l'installation de chauffe-eaux, lavabos, douches, mitigeurs et évacuations, ainsi que de travaux d'isolation. Compte tenu de l'ensemble des factures produites devant l'administration fiscale et versées au dossier, il ne résulte pas de l'instruction que ces travaux auraient porté atteinte aux éléments porteurs du bâtiment, ni, contrairement à ce que soutient l'administration fiscale, que des percements auraient été rendus nécessaires pour la pose des menuiseries. Il résulte en outre de l'instruction que les planchers n'ont pas été reconstruits mais pour certains simplement redressés. Il est enfin constant que les travaux litigieux n'ont pas nécessité de renforcement des poutraisons. Il suit de là que ces travaux ne peuvent être regardés comme ayant affecté le gros œuvre du bâtiment, et ne sauraient en conséquence être considérés, au sens des dispositions de l'article 31 du code général des impôts citées au point 2, comme des travaux de reconstruction.

6. D'autre part, si le garage, un local ouvert du rez-de-chaussée et le grenier situé au deuxième étage du bâtiment, en l'absence de tout élément justifiant qu'ils auraient alors comporté des aménagements permettant leur occupation, ne pouvaient être regardés comme ayant présenté un caractère habitable antérieurement aux travaux entrepris et ont acquis cette qualité du fait de ces travaux, il résulte toutefois de l'instruction que d'autres parties du bâtiment anciennement habitables ont été transformées en parties communes, notamment en entrée et en escalier, ne pouvant être prises en compte pour le calcul de la surface habitable par application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de la construction et de l'habitation. Eu égard à ces éléments et aux certificats de mesurage de la superficie privative des appartements réalisés le 18 mars 2021 par un géomètre expert foncier versés au dossier, la surface habitable totale du bâtiment doit être regardée comme ayant été augmentée de moins de 10 mètres carrés par les travaux réalisés par M. et Mme C. Au regard du caractère minime de cette augmentation, c'est à tort que l'administration fiscale a considéré que ces travaux étaient constitutifs de travaux d'agrandissement.

7. Les travaux en litige ne pouvant, compte-tenu de ce qu'il a été dit aux points 5 et 6, être qualifiés de travaux d'agrandissement ni de reconstruction, en l'absence de modification du gros œuvre ou d'augmentation significative de la surface habitable, les requérants sont fondés à soutenir qu'ils constituent de simples dépenses d'amélioration d'un logement à usage d'habitation déductibles de leurs revenus fonciers.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C doivent être déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016, de montants respectifs de 13 635 euros et de 19 394 euros, ainsi que des pénalités correspondantes, de montants respectifs de 1 970 euros et 1 791 euros.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme C sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016, de montants respectifs de 13 635 euros et de 19 394 euros, ainsi que des pénalités correspondantes, de montants respectifs de 1 970 euros et 1 791 euros.

Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme C la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A C et au directeur régional des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La rapporteure,

L. FRELAUT

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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