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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104425

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104425

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104425
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSERARL SIRET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 20 avril 2021 et le 18 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Siret, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 162 584 euros en réparation de son préjudice financier lié à la privation de son permis de conduire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration a commis une faute en annulant illégalement son permis de conduire ;

- la privation de son permis de conduire a occasionné un préjudice sérieux dans le cadre de son activité professionnelle et dans le cadre de son activité personnelle, puisqu'il a été licencié à défaut d'avoir un permis de conduire en cours de validité ;

- il doit être indemnisé à hauteur de 162 584 euros au titre de son préjudice financier du fait de la perte des salaires occasionnés par la perte de son emploi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée, l'illégalité ayant entaché la décision de retrait de points du permis de conduire de M. C, consécutive à la commission par le requérant d'une infraction, étant purement formelle, et le préjudice invoqué par M. C n'étant pas lié directement à la privation de son permis de conduire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 novembre 2024 par une ordonnance du 5 novembre 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience qui s'est tenue le 8 janvier 2025 à 10 heures :

- le rapport de Mme A

- les conclusions de M. Guilloteau, rapporteur public

- et les observations de Me Rangeard, substituant Me Siret, représentant M. C.

Une note en délibéré présentée par M. C, enregistrée le 28 janvier 2025, n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur B C s'est vu opposer par le ministre de l'intérieur la commission d'une série d'infractions au code de la route les 27 octobre 1998, 11 avril 1999, 22 août 2000, 12 octobre 2001, 25 juin 2003, 3 mars 2004, 21 juillet 2005, 21 janvier 2006, 24 septembre 2007, 30 septembre 2009, 22 janvier 2010, 7 novembre 2011, 22 avril 2014, 24 mai 2014 et 8 janvier 2015. Par une lettre 48 SI en date du 29 avril 2015, le ministre de l'intérieur a notifié au requérant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul et récapitulé l'ensemble des décisions de retraits de points antérieures. Par un jugement n°1504593 du 7 décembre 2017, le tribunal a annulé la décision de retrait de points relative à l'infraction du 24 mai 2014 et a constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 29 avril 2015 au motif que, le solde de points affectés au permis de conduire de M. C étant redevenu positif, cette décision avait été implicitement mais nécessairement retirée. Par courrier en date du 30 décembre 2020, reçu le 31 décembre 2020 par le service courrier du ministère de l'intérieur, M. C a formé une réclamation indemnitaire préalable tendant à la réparation des préjudices qu'il prétend avoir subis du fait de l'invalidation de son permis de conduire. Il demande au tribunal de condamner l'Etat à réparer ces préjudices à hauteur de 162 584 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". La délivrance, préalablement au règlement de l'amende, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points.

3. Il appartient en principe au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge, outre la réalité du préjudice subi, l'existence de faits de nature à caractériser une faute. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise. En particulier, le vice de procédure entachant un retrait de points d'un permis de conduire ne constitue pas la cause du préjudice résultant de ce retrait de points dès lors que la réalité de l'infraction commise par le titulaire du permis n'est pas contestée.

4. M. C expose que l'invalidation de son permis de conduire a provoqué son licenciement. Il soutient que cette invalidation procède notamment de la décision du ministre de l'intérieur de réduire de quatre unités le capital de points affectés à son permis de conduire, consécutivement à la commission d'une infraction le 24 mai 2014. Il se prévaut de ce que ce retrait de quatre points a été annulé par le jugement du tribunal du 7 décembre 2017 mentionné au point 1. Il soutient qu'en procédant à ce retrait de points illégal, le ministre de l'intérieur a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat envers lui, cette faute, à l'origine de son licenciement, lui ouvrant droit à réparation.

5. D'une part, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions citées au point 2, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. D'autre part, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins soit que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet, soit qu'il démontre que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé, auquel cas la réception d'un avis d'amende forfaitaire majorée ne peut être regardée comme établie.

7. Il ressort du point 9 du jugement du tribunal du 7 décembre 2017, relatif à l'infraction du 24 mai 2014, que M. C ne s'est pas acquitté de l'amende forfaitaire relative à cette infraction relevée par radar automatique et que si un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée a été émis, le ministre n'a pas produit d'attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement du montant de cette amende forfaitaire majorée ni d'autres documents de nature à établir que l'intéressé se serait acquitté de cette amende. Dès lors, le tribunal a annulé la décision de retrait de quatre points relative à l'infraction du 24 mai 2014 en considérant qu'en l'absence de preuve de ce que M. C avait reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement à la décision lui retirant quatre points de son permis de conduire, ce retrait était intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière. Il résulte toutefois des principes énoncés au point 3 que le vice de procédure entachant un retrait de points d'un permis de conduire ne constitue pas la cause du préjudice résultant de ce retrait de points dès lors que la réalité de l'infraction commise par le titulaire du permis est établie.

8. Il résulte des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévus par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire et de l'article R. 49-8 du même code que l'officier du ministère public saisi d'une réclamation recevable porte sans délai cette annulation à la connaissance du comptable de la direction générale des finances publiques. Il appartient ensuite à l'officier du ministère public soit de diligenter des poursuites devant la juridiction pénale au titre de l'infraction contestée, soit de classer l'affaire sans suite. Eu égard aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, l'annulation du titre exécutoire a pour conséquence que la réalité de l'infraction ne peut plus être regardée comme établie. L'autorité administrative doit, par suite, réaffecter au permis de conduire les points qui avaient pu être retirés, sans préjudice d'un nouveau retrait si le juge pénal est saisi et prononce une condamnation. Par ailleurs, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation, mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a, par suite, entraîné l'annulation du titre.

9. Si M. C justifie avoir adressé, le 1er juin 2015, à l'officier du ministère public une réclamation contestant l'amende forfaire majorée mise à sa charge à la suite de l'infraction du 24 mai 2014, dans laquelle il faisait valoir qu'il n'était pas l'auteur de l'infraction, il ne démontre pas que cette réclamation aurait été regardée comme recevable et aurait, par suite, entrainé l'annulation du titre exécutoire. Au demeurant, l'amende forfaitaire majorée de même que l'infraction du 24 mai 2014 figuraient toujours sur le relevé intégral des informations relatives au permis de conduire du requérant daté du 14 mai 2021, versé au dossier par le ministre de l'intérieur. Par suite, la réalité de cette infraction doit être regardée comme établie. Le vice de procédure ayant entaché le retrait de points consécutif à cette infraction, dont M. C se prévaut, ne peut, dans ces conditions, être regardé comme la cause du préjudice financier qui aurait résulté, selon l'intéressé, de la perte de son droit à conduire. M. C n'est, dès lors, pas fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat pour obtenir réparation de ce préjudice.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin de condamnation de l'Etat à réparer les préjudices subis du fait de l'invalidation de son permis de conduire doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2025.

La rapporteure,

J-K. A

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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