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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2104882

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2104882

lundi 3 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2104882
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril 2021 et 20 décembre 2024, Mme B C, représentée par Me Richard, demande au tribunal d'annuler la décision du 12 avril 2021 par laquelle le directeur Pôle emploi Pays de la Loire, devenu l'opérateur France Travail, lui a demandé de rembourser la somme de 1 648, 94 euros, correspondant au montant d'un indu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) pour la période du 1er juin 2018 au 28 février 2019.

Elle soutient que :

- la mise en demeure du 6 janvier 2020 est irrégulière dès lors qu'elle n'est pas signée par le directeur général de Pôle emploi et n'indique ni le motif du rejet du recours ni la possibilité de former un recours gracieux ;

- la décision de refus de sa demande d'effacement de dette ne comporte aucun motif de refus ;

- la décision attaquée mentionne de façon erronée l'année 2004 ;

- elle était de bonne foi, dès lors qu'elle n'a fait aucune fausse déclaration ;

- elle a été induite en erreur, dès lors qu'un courrier de la caisse d'allocations familiales du 20 mars 2019 l'a informée que les remboursements en faveur de Pôle emploi seraient déduits du montant de ses droits à l'allocation, ce qui n'a pas été fait ;

- elle se trouve dans une situation précaire, eu égard au montant de ses charges.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, la directrice régionale de Pôle emploi des Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la répétition de l'indu est fondée, dès lors qu'en application de l'article L. 5423-7 du code du travail, dans sa version issue de la loi du n° 2019-1917 du 29 décembre 2016, l'allocation de solidarité spécifique et l'allocation aux adultes handicapés ne sont plus cumulables, cette dernière allocation étant versée en priorité.

Par une décision du 2 décembre 2021, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Pétri, rapporteure publique,

- les observations du représentant de France Travail Pays de la Loire.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) s'est vue notifier, par le directeur de Pôle emploi Pays de La Loire, devenu l'opérateur France Travail, par courrier du 2 avril 2019, un trop-perçu d'un montant de 2 274, 24 euros, pour la période du 1er juin 2018 au 28 février 2019. Mme C n'ayant, à la suite d'une première mise en demeure, procédé au remboursement que de la somme de 635 euros, deux autres mises en demeure lui ont été adressées les 13 janvier 2020 et 18 février 2021. Celles-ci étant restées infructueuses, le directeur de Pôle emploi des Pays de La Loire a émis à son encontre une contrainte, le 12 avril 2021, à l'encontre de laquelle Mme C forme opposition.

En ce qui concerne la régularité de la contrainte :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5426-20 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " La contrainte () est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation (). / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement () ".

3. Il résulte de l'instruction que le directeur de l'agence de Pôle emploi dont relève Mme C lui a adressé une mise en demeure le 6 janvier 2020, dont elle a accusé réception le 13 janvier suivant, qui mentionne la nature de la prestation en cause, le montant de la somme réclamée et la période sur laquelle porte la récupération de l'indu donnant lieu à recouvrement. Cette mise en demeure précise également que le motif pour lequel l'indu est réclamé est celui tiré de ce que " de nouveaux justificatifs nous ont conduits à réviser votre droit aux allocations de chômage ". Par ailleurs, la circonstance que ladite mise en demeure ne comporte pas de signature manuscrite, alors au demeurant qu'elle est signée par " le directeur de l'agence ", et celle qu'elle ne comporte pas de mentions informant l'intéressée de la possibilité d'exercer un titre gracieux, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, compte tenu de la portée de cette mise en demeure, et des mentions qu'elle comporte, qui sont conformes à l'article R. 5426-20 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de son irrégularité ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la circonstance que la lettre de Pôle emploi du 17 décembre 2019, refusant l'effacement de la dette de Mme C, ne comporte aucun motif est sans incidence sur la légalité de la contrainte litigieuse.

5. En troisième et dernier lieu, la circonstance que la contrainte en litige mentionne de manière erronée " 2004 " dans une phrase composée d'abréviations indiquant " recouvrement d'allocations ALLOC.SOL.SPEC.2004 " est sans incidence, dès lors qu'y est mentionnée la période précise sur laquelle portent les indus.

En ce qui concerne le bien-fondé de la contrainte :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5423-7 du code du travail : " L'allocation de solidarité spécifique ne peut être cumulée avec l'allocation aux adultes handicapés () dès lors qu'un versement a été effectué au titre de cette dernière allocation et tant que les conditions d'éligibilité à celle-ci demeurent remplies. ".

7. Mme C, qui ne conteste pas avoir cumulé l'allocation aux adultes handicapés et l'ASS, soutient avoir reçu une information erronée dès lors que la caisse d'allocations familiales l'a prévenue, par courrier du 20 mars 2019, que les remboursements qu'elle devait à Pôle emploi seraient directement déduits des montants versés au titre de son allocation aux adultes handicapés. Ce moyen est inopérant dès lors qu'il est sans incidence sur le principe, la quotité ou l'exigibilité de la créance.

8. En second lieu, si la requérante soutient qu'elle est de bonne foi et que sa situation financière est précaire, de tels moyens, qui n'ont pas trait à la régularité ou au bien-fondé de la contrainte émise ni au bien-fondé des créances dont le recouvrement est poursuivi, sont inopérants dans le cadre d'une opposition à contrainte.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 avril 2021. Sa requête doit, en conséquence, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Richard et à France Travail Pays de la Loire.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

Mme Françoise Guillemin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2025.

La rapporteure,

Marina A

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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