jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2105242 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 mai 2021 et le 8 juin 2021, M. C A H, Mme E A D, Mme F C A et Mme B A G, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme totale de 48 622,14 euros en réparation des préjudices matériels et moraux consécutifs à la faute qu'a commise l'Etat en refusant de délivrer à Mme E A D, Mme F C A et Mme B A G des visas de long séjour au titre de la réunification familiale, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 février 2021, date de leur réclamation indemnitaire préalable, et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- en refusant de délivrer des visas à Mme E A D, Mme F C A et Mme B A G, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- en tardant à délivrer les visas après injonction du tribunal administratif, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- ces fautes ont entraîné des frais de transferts de fonds, des frais de location d'un logement à Brazzaville, un manque à gagner au titre des prestations familiales et du revenu de solidarité active, des frais de voyage, un préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les préjudices allégués sont soit inexistants, soit non établis dans leur quantum.
Par une décision du 29 novembre 2021, M. A H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin ;
- les observations de M. A H.
Considérant ce qui suit :
1. M. A H, ressortissant de la République démocratique du Congo, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié le 22 septembre 2016 par une décision de la cour nationale du droit d'asile. Ses enfants E A D, C A F et B A G ont sollicité la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale. Par des décisions du 25 octobre 2018, le consul général de France à Pointe Noire (République du Congo) a rejeté leurs demandes. Par deux décisions du 16 janvier 2019, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre ces décisions. Par un jugement n°1906591 du 12 décembre 2019, ce tribunal a annulé les décisions de la commission de recours refusant de délivrer les visas de long séjour sollicités et a enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à cette délivrance dans le délai d'un mois. Par une lettre du 14 janvier 2020, les intéressés ont saisi le tribunal des difficultés rencontrées dans l'exécution du jugement n°1906591. Les visas ont été délivrés le 2 mars 2020. Le 3 février 2021, M. A H, Mme A D, Mme A et Mme A G ont sollicité l'indemnisation des préjudices consécutifs selon eux au refus illégal de visas initialement opposé. Cette demande a fait l'objet d'un refus implicite. Les requérants demandent la condamnation de l'Etat à leur verser une somme globale de 48 622,14 euros en réparation des préjudices matériels et moraux qu'ils soutiennent avoir subis du fait du refus illégal de l'Etat de délivrer les visas sollicités.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Ce tribunal a, par un jugement, définitif, du 12 décembre 2019, annulé les décisions de refus de visas d'établissement en France opposée par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée à Mme A D, Mme A et Mme A G, le motif tiré de ce que l'identité des intéressées et leur lien de filiation avec le réunifiant n'étaient pas établis étant entaché d'erreur d'appréciation et le motif tiré de la méconnaissance du principe d'unité familiale en raison du caractère partiel de la réunification sollicitée ne pouvant être opposé dans l'intérêt des enfants. Dès lors, les requérants sont fondés à prétendre que l'illégalité des décisions de la commission de recours contre la décision de refus de visa d'entrée constitue une faute de nature à leur ouvrir droit à réparation par l'Etat.
3. Il est par ailleurs constant que les visas ont été effectivement délivrés le 2 mars 2020, soit après la date d'expiration du délai d'injonction fixé par le jugement du 12 décembre 2019 précité sans que le ministre de l'intérieur, qui se borne à faire valoir que le tribunal fixe d'ordinaire un délai de délivrance de deux mois et non un seul, ne fournisse d'explication sur les raisons de ce retard. Ce retard doit être ainsi regardé comme constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne la période de responsabilité :
4. La responsabilité de l'Etat à l'égard des requérants court à compter de la date à laquelle les refus de visa ont été opposés, ces refus de visa ayant fait obstacle à l'entrée en France des intéressés, soit à compter de l'intervention de la décision implicite de rejet des autorités consulaires françaises à Pointe-Noire, en date du 25 octobre 2018, et jusqu'au 2 mars 2020, date à laquelle le ministre a délivré les visas sollicités.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des frais de transfert de fonds :
5. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la période d'indemnisation, M. A H a exposé des frais pour envoyer de l'argent à son épouse chargée de l'entretien de ses filles ainsi qu'à ces dernières directement pour un montant total de 124,40 euros. Il est donc fondé à obtenir le remboursement de ces frais. En revanche, le lien entre les frais exposés à l'occasion d'autres transferts de fonds dont il n'établit pas être l'auteur, ou dont les destinataires sont des tiers, ne peut être regardé comme établi dès lors que les requérants ne démontrent pas que les sommes transférées étaient destinées à l'entretien de Mme A D, Mme A et Mme A G.
S'agissant du surplus de frais de location d'un logement :
6. S'il résulte de l'instruction que durant la période de responsabilité, l'épouse de M. A H a loué une maison de six pièces alors qu'elle a loué après l'établissement en France de Mme A D, Mme A et Mme A G une maison de seulement quatre pièces, ce seul changement de bail n'est pas de nature à établir que les décisions de refus de visa illégales ont fait obstacle à ce que la mère des demandeuses de visa loue un logement moins onéreux durant la période de responsabilité. En outre, en l'absence de ces décisions, M. A H aurait nécessairement exposé des frais de logement supplémentaires en France pour accueillir ses trois filles.
7. L'absence de versement à M. A H de prestations sociales telles que des allocations familiales et l'absence de majoration du revenu de solidarité active versé au requérant sont sans lien direct avec les fautes commises par l'administration, ces aides ayant pour objet de compenser partiellement les dépenses engagées pour l'entretien et l'éducation des enfants présents sur le territoire national, compte tenu du niveau et du coût de la vie en France.
8. M. A H peut en revanche prétendre à l'indemnisation des frais exposés pour l'achat de billets d'avion lui ayant permis de se rendre à Brazzaville où résidaient ses filles, pour rendre visite à celles-ci, lesquelles auraient dû normalement résider en France si les visas de long séjour sollicités ne leur avaient pas été illégalement refusés. Il résulte de l'instruction, notamment de la facture présentée par l'intéressé relative à un voyage effectué en 2019, que ces frais s'élèvent à 955,54 euros.
9. Les requérants sont également fondés à demander l'indemnisation de leur préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence, l'illégalité des décisions de refus de visa ayant eu pour effet de prolonger pendant une période de près de dix-huit mois la séparation de la famille. Eu égard à la durée de la séparation qui leur a été imposée et des conditions de celle-ci, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis par les intéressés en leur allouant à ce titre la somme globale de 5 000 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser aux requérants la somme de 6 079,94 euros, en réparation de leurs préjudices.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
11. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 6 079,94 euros à compter du 3 février 2021, date de réception de leur demande d'indemnisation préalable par le ministre de l'intérieur. En application des dispositions de l'article 1154 du code civil, les requérants ont demandé la capitalisation des intérêts dans leur requête enregistrée le 6 mai 2021. Dès lors, leur demande de capitalisation prend effet à compter du 3 février 2022, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière. Il y a lieu de faire droit à cette demande tant à cette date qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
12. M. A H a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C A H, Mme E A D, Mme F C A et Mme B A G une somme de 6 079,94 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 3 février 2021. Les intérêts échus à la date du 3 février 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Me Pollono une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A H, Mme E A D, Mme F C A et Mme B A G, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELONLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026