jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2105312 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat : M. HANNOYER - R.222-13 |
| Avocat requérant | DAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires, et un mémoire en réplique, respectivement enregistrés les 12 mai 2021, 27 avril 2022 et 29 avril 2024, M. et Mme B et C A, représentés par Me Daumont, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 mars 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Sarthe a rejeté leur demande de versement de l'aide personnalisée au logement, ensemble la décision initiale du 16 décembre 2019 ;
2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Sarthe de leur verser, sans délai, le bénéfice de l'aide personnalisée au logement à compter du 1er novembre 2019 ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Sarthe le versement d'une somme de 1 200 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision du 8 mars 2021 ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait, de droit et d'appréciation dès lors que les contrats souscrits à fin d'acquisition de leur logement leur ouvre droit à l'aide sollicitée : ils ont acquis une maison en 2016 à l'aide de prêts familiaux contractés sous seing privé, les 9 novembre 2015, 15 novembre 2015, 10 avril 2016 et 8 novembre 2016, avant le 1er janvier 2018 ; ils ont perçu à ce titre l'aide personnalisée au logement de février 2017 au 1er novembre 2019 ; la CAF ne pouvait leur refuser le bénéfice de cette aide postérieurement, dès lors qu'à ce jour ils n'ont fini de rembourser que le prêt contracté le 8 novembre 2016, les autres prêts étant toujours en cours ; contrairement à ce qui est soutenu en défense, la CAF avait bien été informée de l'existence de l'ensemble des prêts dès la première demande de versement de l'allocation logement ; s'ils ont déclaré initialement devoir rembourser la somme de 20 000 euros au titre d'un emprunt, cela s'explique par le fait qu'ils ont déclaré le premier prêt par lequel ils ont débuté leur remboursement ; ils n'ont pas contracté de nouveau prêt le 4 novembre 2019, il s'agissait seulement d'un versement ayant vocation à regrouper l'ensemble des prêts en cours auprès d'un seul créancier.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, la caisse d'allocations familiales de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 23 novembre 2021
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Hannoyer, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a, sur sa proposition, dispensé la rapporteure publique de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Hannoyer, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A ont déposé, le 2 novembre 2016, une demande d'aide au logement pour leur logement situé avenue Georges Durand au Mans, qu'ils occupent depuis le 1er novembre 2016, indiquant l'avoir acquis à l'aide d'un prêt contracté pour son acquisition, et transmettaient ainsi le 8 novembre 2016 à la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Sarthe un acte sous seing privé mentionnant le prêt contracté auprès d'un membre de leur famille, d'un montant de 20 000 euros, remboursable sur trois ans à compter du 8 novembre 2016. Ils ont perçu l'aide au logement à ce titre, laquelle a été supprimée, par décision de la CAF de la Sarthe du 26 septembre 2019, à compter de novembre 2019. Le 12 novembre 2019 M. et Mme A ont sollicité de la CAF de la Sarthe que leur droit à l'aide au logement soit rétabli, indiquant que les dettes contractées pour l'achat de leur logement n'étaient pas toutes soldées, et transmettaient le même jour un acte sous seing privé daté du 4 novembre 2019, mentionnant un prêt contracté à hauteur de 27 600 euros, versé le 3 avril 2018, afin de solder et regrouper l'ensemble des dettes du couple à l'étranger pour l'achat de leur logement, et dont le remboursement est prévu en quarante-huit mensualités à partir du 6 novembre 2019 et jusqu'au 6 novembre 2023. Par décision du 16 décembre 2019, la CAF de la Sarthe a rejeté la demande de M. et Mme A de rétablir leur droit à l'aide au logement au motif que leur logement ne remplit pas les conditions afférentes pour les prêts signés postérieurement au 31 décembre 2017. Par courrier du 3 février 2020, M. et Mme A ont contesté cette décision du 16 décembre 2019, indiquant que le nouveau prêt contracté postérieurement au 31 décembre 2017 n'a eu pour but que de regrouper les emprunts contractés antérieurement afin de faciliter la gestion de leurs remboursements vers l'étranger. Par une décision du 8 mars 2021, la CAF de la Sarthe a rejeté leur recours et confirmé la décision initiale. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler la décision du 8 mars 2021, ensemble la décision initiale du 16 décembre 2019.
Sur l'étendue du litige :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 351-51 du code de la construction et de l'habitation, en vigueur jusqu'au 31 décembre 2019 : " () les contestations des décisions prises en matière d'aide personnalisée au logement () par les organismes ou services payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours préalable est seule susceptible d'être déférée au juge en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision attaquée du 8 mars 2021 s'est substituée à la décision initiale de la CAF du 16 décembre 2019 et est seule susceptible en conséquence d'être déférée au juge. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 décembre 2019 sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 mars 2021 :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide au logement, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui en tout état de cause manque en fait en l'espèce, doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le bien-fondé de la décision du 8 mars 2021 :
5. Aux termes de l'article L. 841-4 du code de la construction et de l'habitation : " Aucune allocation de logement n'est due pour les prêts permettant d'accéder à la propriété de l'habitation signés après le 31 décembre 2017 ". L'article L. 831-1 du même code prévoit que : " L'aide personnalisée au logement s'applique aux : / 1° Logements occupés par leurs propriétaires, construits, acquis ou améliorés au moyen d'aides de l'Etat ou de prêts dont les caractéristiques et les conditions d'octroi sont fixées par voie réglementaire, sous les réserves énoncées à l'article L. 831-2 ; () 6° Logements occupés par des titulaires de contrats de location-accession conclus dans les conditions prévues par la loi n° 84-595 du 12 juillet 1984 définissant la location-accession à la propriété immobilière, lorsque ces logements ont été construits, améliorés ou acquis et améliorés au moyen d'aides de l'Etat ou de prêts dont les caractéristiques et les conditions d'octroi sont fixées par voie réglementaire, sous les réserves énoncées à l'article L. 831-2 ". Aux termes de l'article L. 831-2 de ce code : " Les logements qui ont fait l'objet d'un prêt ou d'un contrat de location-accession mentionné au 1° ou au 6° de l'article L. 831-1 signé après le 31 décembre 2017 n'ouvrent pas droit à l'aide personnalisée au logement. / Toutefois, continuent à ouvrir droit à l'aide les logements ayant fait l'objet des mêmes prêt ou contrat de location-accession signés avant le 1er janvier 2020 dès lors qu'ils répondent à la double condition d'être anciens et situés dans une commune ne se caractérisant pas par un déséquilibre important entre l'offre et la demande de logements entraînant des difficultés d'accès au logement dans le parc résidentiel existant. / Un arrêté des ministres chargés du logement et du budget dresse la liste des communes répondant aux conditions énoncées au deuxième alinéa ". L'article 49 de l'arrêté du 27 septembre 2019 dispose que : " Les zones géographiques prévues au présent arrêté sont celles définies par l'arrêté du 17 mars 1978 modifié susvisé. / Pour l'application du dernier alinéa de l'article L. 831-2 du même code, les communes auxquelles s'applique la dérogation sont celles appartenant à la zone III ".
6. En principe, aucune allocation de logement n'est accordée aux personnes qui ont souscrit, après le 31 décembre 2017, un prêt, quel qu'il soit, permettant d'accéder à la propriété de leur l'habitation. Toutefois, les personnes qui ont conclu, entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2019, l'un des contrats ou prêts aidés, mentionnés aux 1° et 6° de l'article L. 831-2 du code de la construction et de l'habitation, en vue de construire, d'acquérir ou d'améliorer leur résidence principale peuvent continuer à bénéficier de l'aide personnalisée au logement à la condition que ces contrats ou prêts aidés concernent des logements anciens situés en zone III.
7. D'une part, il est constant que le logement situé avenue Georges Durand au Mans dont M. et Mme A sont propriétaires n'est pas situé en zone III et que les contrats de prêt qu'ils ont souscrits entre 2016 et 2019 ne sont pas au nombre des contrats ou prêts aidés mentionnés aux 1° et 6° de l'article L. 831-2 du code de la construction et de l'habitation.
8. D'autre part, il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 1 du présent jugement, que lorsqu'ils ont sollicité l'aide au logement en 2016 pour leur logement situé au Mans, les requérants ne se sont prévalus que d'un acte sous seing privé mentionnant un prêt contracté auprès d'un membre de leur famille, d'un montant de 20 000 euros, remboursable sur trois ans à compter du 8 novembre 2016, lequel était ainsi échu en novembre 2019. Il résulte en outre de l'instruction que les intéressés ne se sont ensuite prévalus devant la CAF de la Sarthe, que le 12 novembre 2019, d'un acte sous seing privé daté du 4 novembre 2019, mentionnant un prêt contracté à hauteur de 27 600 euros, versé le 3 avril 2018, dont le remboursement est prévu en quarante-huit mensualités à partir du 6 novembre 2019 et jusqu'au 6 novembre 2023, prêt qui aurait été contracté afin de solder et regrouper l'ensemble des dettes contractées par les intéressés à l'étranger pour acquérir leur logement, les 9 novembre 2015, 15 novembre 2015 et 10 avril 2016. Si les requérants soutiennent qu'ils n'avaient à la date de la décision attaquée fini de rembourser que le prêt contracté le 8 novembre 2016, et que les autres prêts étaient toujours en cours, il résulte toutefois de l'instruction et notamment de leur courrier du 3 février 2020 que les prêts des 9 novembre 2015, 15 novembre 2015 et 10 avril 2016, dont ils ne se sont prévalus qu'à partir de novembre 2019, ont été remboursés au moyen d'un unique prêt contracté le 4 novembre 2019, afin de faciliter la gestion de leurs remboursements vers l'étranger. Or, aucune disposition législative ou réglementaire ne permet à un allocataire d'aides personnelles au logement propriétaire d'un logement qui fait l'objet d'un prêt immobilier souscrit avant le 1er janvier 2018 de continuer à percevoir des aides lorsque, notamment pour des motifs de convenances personnelles, cet allocataire a remboursé de manière anticipée ce prêt et a décidé de souscrire un nouveau prêt immobilier pour le même bien. Dès lors, en estimant que M. et Mme A ne pouvaient pas bénéficier à compter de novembre 2019 d'aide au logement au motif qu'ils ont souscrit, après le 1er janvier 2018, un nouveau prêt immobilier n'entrant pas dans le champ de la dérogation analysée au point 7 du présent jugement, la CAF de la Sarthe n'a pas commis d'erreur de droit, de fait ou d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et C A, à la caisse d'allocations familiales de la Sarthe et à Me Daumont.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
Le magistrat désigné,
R. HANNOYER
La greffière,
B. GAUTIER La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026